DE LA STE-VIERGE
contre quelqu'un, c'est le maudire, c'est le vouer au malheur, au démon, c'est, par conséquent, défaire l’œuvre du baptême et de la rédemption toute entière,
D'où viennent les imprécations ?
Nous venons de citer quelques formules
e d’imprécations ; mais il y en a un grand nombre d’autres, et de si affreuses, qu'on r ne pourrait jamais comprendre d'où elles 6, sont sorties, si l’on n’était persuadé qu’elles i- ont été inventées dans les enfers, et répan- )C dues parmi les hommes par l’instigation de je l'esprit de ténèbres. Comment se pérsua- 6. Ÿ der, en effet, je ne dis pas que des nu i, tiens, mais que des hommes, doués d'u peu de raison, puissent proférer des pas é- los si exécrables ?
Nous allons être forcés d'en citer enco- 6 pisalens,
mm
Contre qui des imprécations sont-
elles lancées ? |
Nous pouvons lancer des imprécations contre nous-mêmes, contre le prochain, ct contre les créatures privées de raison, comme les bêtes, les éléments.
19 Contre nous-mêmes. — Il en est qui ont la déplorable habitude de ne prononcer aucun discours sans se maudire euxmêmes, sans se donner au démon. Ils diront à tout propos : Que je périsse — Que je meure !.. Que le diable m’emporte !.. J'veux que le bon Dieu me punisse | étc., etc. Pour mieux faire croire ce qu'ils disent, ils pestent, ils jurent : Que je ne bouge pas d'ici si je mens — si je ne me venge … Que les bras me sèchent ; que la I gue me tombe, si je ne dis pas la vérité. — Que ce morceau m'étrangle ! Ils proüoncent ces vœux affreux qui font frémir les ane et que ma langue a horreur de péter: Que le diable m'emporte.. Dieu
ST DMPRÉOATIONS. 77.
me damne |. Ge sont là des serments exécratoires, ainsi que nous venons d'en faire la remarque, et ils sont les plus griefs de tous, a dit St-Augustin. Celui qui se maudit ressemble à un enragé qui se déchire et se tue de ses mains ; il'est même pire, en ce qu’il s'attaque quelque fois: à son âme. Dites-moi, Ô malheureux, connaissez-vous toute la force de vos paroles!
Quoi ! vous vous donnez au démon, à l'ennemi de Dieu, à votre plus grand ennemi!
Le diable m'emporte ! dites-vous ; Dieu me damne |! Que pouvez-vous attendre que d’être pris au mot, condamné par votre propre bouche? N'est-il pas écrit que Dieu exaucera les imprécations des m
chants: Maledicentis exaadietur deprecatio (1).
20 Contre le prochain.—ÆElles sont les
premiers et les plus communs traits de la Colère. Faute d’autres armes, l’on se venge par des désirs pernicieux. Arrive-t-il
@)'Ecol. 1v, 6,
quelque chose de fâcheux # certaines personnes, elles ne se possèdent plus ; c'est le démon de la haine, de la vengeance qui les entraîne, et les paroles les plus odieuses s’échappent de leurs lèvres. Que de gens dont la bouche est pleine de malédictions? Leur a-t-on volé quelque chose ; un domestique, par imprudence, leur at-il renversé une chaise, cassé un verre ; eux aussitôt de dire : Le diable t'emporte, maudit fou.—Qu'il s'en aille au fin fond des enfers, et autres abominations semblables, | Les malédictions les plus dignes de bldme et d'horreur sont celles que les parents lancent contre leurs enfants, et celles que le mari et la femme, que les frères et les sœurs selancent les uns aux autres. Unis par les liens les plus étroits, ils doivent s'aimer et se supporter mutuellement ; comment peuvent-ils donc prendre plaisir à s’entredéchirer ? Frères et sœurs, n'avez-vous pas le même sang qui coule dans vos veines ?
ET IMPRÉOATIONS,
Pourquoi donc vous accabler d'insultes ?
Epoux inhumains, comment osez-vous vous déchaîner contre une épouse qui n’est avec vous qu'une même chair, et avec laquelle vous ne devez former qu'un cœur et qu'une âme? Parents dénaturés, comment pouvez-vous souhaiter la mort à ceux à qui vous avez donné la wie? Pour quelque léger tort dont vous les croyez ou voyez coupables, vous vous emportez aussitôt, et
dans l’aveuglement de votre fureur, vous,
voulez que la langue leur sèche, que la terre les engloutisse, etc., et vous vous oubliez jusqu’à donner au démon cet enfant qui est votre sang et que vous aime, que Jésus-Christ a racheté au prix de sa vie, et que le Père céleste réclame pôur le mettre
au nombre de ses élus ! Et c’est ainsi que
la violence de votre caractère vous fait participer au crime abominable de ces païens qui immolaïent leurs fils et leurs filles aux
esprits infernaux (1). Et vous vous plai-
(1) Ps. ov. 37.
guez, après cela, coupables et malheureux parents, de ne pouvoir être les maîtres de vos enfants ? Vous dites qu'ils vous déso- . lent et vous font mourir de regrets par les chagrins et les inquiétudes qu'ils vous causent, par les désordres où ils se plongent, par les déshonneurs qu'ile attirent dans vos familles ? Je n’en suis point surpris : ils ressemblent au maître à qui vous les avez donnés. Satan exerce sur eux son empire ; illes rend désobéissants, rebels, el vicieux comme vous; pervertis qu'ils sont par vos mauvais exemples, ils répètent les malédictions que vous leur avez apprises dès leur plus tendre enfance, et Dieu veuille qu'ils ne vous donnent pas, aussi à leur tour, ce que l’on ne voit que trop souvent |
Ce qu’il y a de bien certain, c’est que ‘ les malédictions des pères et mères contre . leurs enfants pcrtent coup, témoin. la malédiction que Noé porta contre son fils Cham, dont les descendants portent enco-
LA
ro aujourd'hui la peine. Ce qui a fait dire au Sage que les malédictions des mères E renversent les maisons, jusqu’à en arracher | les fondements (1). |
Des mots grossiers.
Mais nous ne devons pas manquer de stigmatiser ici, comme se rapprochant des malédictions, ce langage grossier et brutal, ce langage des halles et des carrefours, tout plein de paroles outrageantes, telles que celles de sorcier, de chien, de vw... etc…., où l’on fait gronder encore, comme pour lui donner plus d'énergie, ces mots sales, qu’une bouche honnête n’ose prononcer, et qu’on ne désigne que par les lettres initiales, D, f, ce, où l’on joint aussi quelque fois le mot Sacré, qui signifie ou une chose sainte ou une chose abominable, dévouée à l’anathème, et qui renferme, par consé-
(1) Eccli. xxr. 11.
quent, ou un blasphème affreux, ou‘une injure atroce. Un chrétien ne doit pas perdre de vue, que Jésus-Christ, dans son Evangile, condamne sous les peines les plus sévères, toute qualification odieuse, tout mot offensant pour le prochain, qu’Il ne veut pas même qu'on traite de jou, d’insensé (1).
30 Contre les créatures privées de raison. — Quelle folie de s’emporter contre le froid ou le chaud, contre le vent ou la pluie, contre les bêtes, contre les: instruments de travail, tels que le bois ou la pierre, ou autres objets qui sont tout à fait sourds à nos paroles ou n’y comprennent rien ! Quoi! parce qu’une chose nous incommode ou ne nous réussit pas selon nos désirs, est-ce une -aison de jurer, de tempêter, d’exécrer ? Parmi les diverses créatures sorties de la maison de Dieu, il n’en est aucune qui ne soit ou ne puisse être de quelque utilité.
(1) Matth. v. 22.
Les maudire, c'est abuser du pouvoir que Dieu nous donne sur elles, c'est recon-
naître très mal les services qu’elles nous rendent, c’est mériter que le Seigneur nous en prive. |
Il |
4 Les imprécations de leur nature F sont un péché très grave.
re Les imprécations réunissent souvent, la tout à la fois, la bassesse, la grossièreté, la u- barbarie, le blasphème et le sacrilège, êT- Quelle fureur d'appeler sur soi ou sur les QU autres les vengeances divines, de se donnÿ ner soi-même au démon, de lui dévouer ses ” | voisins, ses amis et ce qu'on a de plus cher: 08 | sa femme, ses enfants !..
Pr Proférer des malédictions, c’est i° com- ” battre l'esprit de Jésus-Christ Ce divin
Sauveur n’a respiré que bonté, douceur, charité ; il n’a jamais rendu malédiction pour malédiction, ni menace pour mènace :
quand on l'a chargé d'injures, il n'a point
répondu par des injures ; quand on l'a maltraité, ü n'a point fait de menaces, mais il s’est livré entre les maïîns de celui qui le jugeait injustement (1).
11 nous recommande de bénir nos persécuteurs, de faire du bien à ceux qui nous font du mal : Bénissez ceux qui vous persécutent (2). C'est done lui être apposé que d’éclater en invectives contre ses frères. C’est 20 se laisser conduire ‘par l’esprit du démon, cet ennemi de Dieu et du genre humain, toujours plein de rage. C’est lui qui anime la langue accoutumée à maudire ; 4 s’en sert, dit St. Jean Chrysostôme, comme de l'organe et de l'instrument le plus propre qu'il ait pour nous induire au péché (3).
Avoir souvent le diable dans la bouche, c'est une marque qu’on l’a souvent dans le cœur. C’est 30 faire l'office des damnés.
Ces malheureux, dans le désespoir qui les
(1) 1 Pet. 11. 28.
(2) Rom. x1r. 14, (8) How. 60. ad pop. Ant.
es-
est u-
pousse, vomissent toute sorte de malédictions, malédictions .contre Dieu, malédictions contre eux-mêmes, -malédictions contre les attres. Prononcer comme eux des malédictions, c'est s'associer à leur malice, à leurs hurlements, à leurs blasphèmes ; c'est former avec eux un chorus infernal.
Les imprécations retumbent sur ceux qui les profèrent.
O vous qui, à la moindre contradiction qui vous arrive, au moindre dommage qu'on vous cause, êtes toujours prêts à lancer l’imprécation, que prétendez-vous falre ? En invoquant le courroux céleste sur ce qui vous fâche et vous nuit, voulezvous que Dieu serve de ministre à votre fureur ? Prétendez-vous le rendre exécuteur de vos pensées de vengeance? Mais alors, quelles injures ne faites-vous pas à ce Dieu de patience et de sainteté? Par cette hideuse dépravation de votre cœur,
vous outragesz à la fois, la religion et la charité. D'un autre côté, quel avantage retirez-vous de vos malédictions ? Réparent-elles le tort qu’on vous a fait ? Diminuent-elles la perte que vous avez éprou- vée? Hélas ! elles ne font qu’ajouter à cette perte, qui, le plus souvent, n’est rien,
ciel. incapables de nuire à celui à qui elles e a ressent, elles vous font à vous-mêmes, le plus grand mal : elles blessent votre âme de la manière la plus cruelle, puisque, par exemple, souhaiter /a mort à quelqu'un, : C’est, devant Dieu, se rendre homicide, dit St-Jean-Chrysostôme,
La mulédiction, dit l’Esprit-Saint, est comme une pierre qui retombe sur la tête de celui qui l'a lancée (1). | e Cet homme a aimé la malédiction, ajou-
te le prophète, ek bien ! la malédiction sera son partage ; W a rejeté la bénédiction, elle s'éloignera de lui. La malédiction
Q) Pr. xxvz
une sutre perte bien plus grande, celle du.
ET IMPRÉOCATIONS, 87
la l'environnera comme d’un vétement ; il en Be sera tout couvert. Ce n’est pas assez. On # ôte quand on veut, un habit qui incomid mode; mais il n’en est pas ainsi de la ma- ” | lédiction ; elle pénètrera comme de l'ear ” au-dedans de cet homme; elle s'écoulera:
dé comme de l'hûile jusque dans ses os ; il en Ru ‘|. sera tout environné -comme d'une ceintu- re (1); c’est-à-dire, suivant l’expression de ” Théodoret, commentant ce passage, qu’il sé sera au-dedans et au-dehors exposé à tous o les traits de la vengeance divine, qui n'’éju pargnera aucune partie de son âme ni de à son corps, et qui le rendra tout entier une
victime de la malédiction dès ce monde, et sé ; l'objet éternel de sa justice dans l’autre,
Toute malédiction x’est pas un péché mortel.
Quelque condamnables que soient les