A. ATELIERS COMPRIS DANS LE ROYAUME ACTUEL DE BAVIÈRE
a. Évéché dAugsbourg. — Au douzième siècle, les évoques d'Augsbourg ont frappé des demi-bractéates (pi. VII, 84, VIII, 99); avec le début du treizième, ils passèrent aux bractéates. Celles-ci sont caractérisées en général, par les petits croissants qui bordent leur circonférence, d'autres fois par un bord perlé; elles possèdent du reste tous les autres caractères des bractéates souabes, champ entouré par un bord circulaire d'un relief considérable, épaisseur du métal, netteté de Tempreinte, etc.
Les types épiscopaux figurent constamment sur ces bractéates; tantôt c'est la tète seule du prélat, de face, coiffée d'une mitre très-basse, ordinairement à double pointe;
tantôt de chaque côté de la tête du prélat figurent ses deux bras ou ses deux mains, tenant divers attributs ; tantôt enfin le prélat figure en entier, soit assis ou plutôt accroupi de face, soit plus rarement passant, avec la tête de face, tenant la croix dans ses mains et portant attachées aux épaules de grandes ailes d'ange.
Il existe de très-nombreuses variétés de ces bractéates épiscopales muettes. Toutes les classifications par lesquelles on a cherché à les attribuer à tel ou tel évêque, ne reposent que sur de pures présomptions. Le mieux est de les classer simplement sous la rubrique « évêché d'Augsbourg y>, ce qui n'empêche que la plupart d'entre elles ne demeurent douteuses, même sous ce titre, et n'appartiennent peut-être, soit h Tévêché de Constance, soit à d'autres petits États ecclésiastiques environnants.
Les évoques d'Augsbourg auxquels Beyschlag a, avec plus
ou moins de raison, attribué des bractéates déterminées sont :
Siboto de Seveld, 1227-1252; — Hartmann de Dillingen,
4249 ou 1252 à 1286; — Siegfried d'Erlichshausen, 1286-
1288; — Wolfart de Roth, 1288-1300 ou 1302.
Rappelons ici que beaucoup de bractéates impériales, ou sur lesquelles figurent du moins, soit la tête de Tempe- Teur, soit divers emblèmes impériaux, ont dû être frappées sur le territoire du diocèse d'Augsbourg.
b. Ville de Donauwôrth. — On retrouve souvent, aux environs de cette ville, deux bractéates que Beyschlag a tenté d'attribuer à cet ancien atelier monétaire impérial. (PL Yll, 83.)
1"* En dedans du cercle ordinaire de petits croissants, figurent une tête couronnée (Otton IV?) et à sa gauche un Jion couronné (le lion de Brunswick ?).
2"* Même cercle de croissants. Buste de l'empereur (Frédéric H?) portant une couronne à trois fleurons. De chaque
épaule part en guise de bras une sorte de bâton, sur lequel perche un faucon.
c. Comtes de Hirschberg. — Une bractéate à cercle perlé, au type de Souabe, portant un cerf passant, doit appartenir à ces comtes ou à leurs voisins les comtes de Sigmaringen, qui portaient aussi un cerf dans leurs armes. Sur une autre de ces bractéates, également à cercle perlé, figure un mas* sacre de cerf.
d. Ville de Kaufbeuren. — Des bractéates au type de Souabe, à cercle perlé, sur lesquelles figure une étoile, soit seule, soit placée sur un édifice de forme variée, appartiennent peut-être à Kaufbeuren , qui portait une étoile dans ses armes.
e. Abbaye de Kempten. — L'abbaye princière de Kempten prétend avoir été fondée en 773, par Tépouse de Charlemagne, Hildegarde.
Quelques bractéates, fréquemment retrouvées dans les environs de Kempten, peuvent appartenir aux abbés du treizième siècle ou de la fin du douzième. Deux d'entre elles sont attribuées par Beyschlag à l'abbé Berchthold Hochberg de Sacro Ligno [de Heiligenholz) qui gouverna l'abbaye de 1187 à 1208. Sur l'une, en dedans d'un cercle perlé, figure le buste de face de l'abbé, coiffé de la mitre basse à deux pointes et tenant de chaque main une croix, à laquelle est suspendue une petite bannière. Sur la seconde on voit, dans un cercle perlé, l'abbé assis de face, vu à mi-corps, coiffé de la mitre basse à une pointe, tenant la crosse et le livre des évangiles ; à ses côtés, une seconde crosse.
Beyschlag attribue au successeur de l'abbé Hochberg, Rodolphe Wolfgang de Kônigseck, 1 208-i 220, quatre variétés
de bractéates sur lesquelles figure une légende, particularité fort rare sur les bractéates souabes. Ces variétés ne diffèrent que par la forme de la coiffure de Tévèque ou par de légères variantes dans la disposition des lettres de la légende. L'abbé est assis de face, tenant la crosse et le livre des évangiles. Au lieu du cercle perlé extérieur habituel, figure la curieuse légende suivante : PRINCE PS CAMPIDONH pour princeps Campidonii.
On classe encore à Kempten quelques curieuses monnaies d*un aspect tout spécial, et qui se rapprochent des demibractéates ; le revers représentant un personnage de face est presque toujours absolument effacé ; sur la face opposée figure une tète d'évêque de profil, avec la mitre basse à deux pointes. L'encadrement de cette figure centrale est caractéristique et se compose de petits triangles à base tournée en dedans, à pointe dirigée extérieurement et alternant avec des annelets ou des besants. Le même encadrement se retrouve sur la face opposée. (PL VII, 86.)
Trois variétés de bractéates portant le buste d'un prince couronné, avec la légende plus ou moins correcte Hildegardis regina (HILTICAR REGINA, Hildegarde, femme de Charlemagne, patronne et fondatrice de l'abbaye), appartiennent également à Kempten, et doivent avoir été frappées après 1220, non dans l'atelier abbatial, mais bien dans l'atelier impérial de la même ville, probablement sous Henri YII^ l'infortuné fils de Frédéric II, f 1292.
De nombreuses bractéates de l'abbaye de Kempten provenant de la trouvaille récente d'Ueberlingen, portent les unes un château, les autres une haute porte crénelée entre deux tours ; sous la porte paraît une tête couronnée.
■ f. Ville de Lindau (pi. VII, 85 ; pi. VIII, 89).— Cette ville, bâtie sur le lac de Constance, fut élevée à la dignité de cité impériale par l'empereur Rodolphe, en 1274. Il s'y trouvait
une abbaye princière de femmes, maisjusqu'à présent on n'a pas retrouvé de monnaies abbatiales de Lindau. Toutes celles qu'on possède paraissent avoir été frappées par la ville, soit pour son compte particulier, soit comme atelier impérial , principalement dans la première moitié du treizième siècle.
Les bractéates de Lindau sont marquées des armes parlantes de la ville» des feuilles de tilleul (Lindbaum, tilleul). Tantôt c'est un lion, avec figure de face, passant devant un tilleul à trois feuilles (monnaie dite impériale, des premières années du douzième siècle), tantôt une tête couronnée de face entre deux branches de tilleul (Frédéric II, 1212- 1250), tantôt, et bien plus souvent, un tilleul avec sept feuilles ou bien seulement trois ou cinq (nombreuses variétés de type et de fabrication, suivant Tépoque, la seconde moitié du treizième siècle ou le commencement du quatorzième siècle). Les feuilles sont généralement entremêlées de bourgeons ; parfois les racines sont aussi figurées. Sur la circonférence, on voit, suivant les variétés, les divers genres d'ornementation qui se retrouvent sur les bractéates de Souabe.
Sur une de ces bractéates de Lindau, on lit LIND; sur une autre LINDAVGIA.
g. Ville de Memmingen. — Beyschlag attribue à celte ville des bractéates impériales à cercle perlé portant le lion guelfe à face humaine passant, ou bien une forteresse. Ces pièces auraient été frappées sous Otton IV, de 1208 à 1212.
h. Ville de Schongau. — Beyschlag tente d'attribuer à l'atelier de cette ville quelques-unes de ces bractéates muettes des Hohenstaufen, qui rentrent dans la classe générale des bractéates frappées par les empereurs et rois en Souabe.