B. BRACTÉATES DU GRAND-DUCHÉ DE BADE
On a attribué (1) aux margraves de Bade, Hermann IV, 1190-1243, et Henri ^^ 1190-1221, qui régnèrent en commun, deux intéressantes bractéates au type de Souabe, représentant les bustes de deux personnages couronnés paraissant derrière une muraille. Un de ces personnages semble plutôt un prélat. Une bractéate de même famille représente un seigneur debout, sous une porte de ville,* tenant une épée sur l'épaule. Elle est attribuée au margrave HermaiMQ, régnant seul de 1221 à 1243.
a. Dynastes de Bodmann (sur le lac de Constance). — On conserve, dans les archives de cette famille, des bractéates que l'on dit avoir été frappées autrefois par ces seigneurs. Elles sont au type de Souabe : cercle perlé, puis cercle en relief, et dans le champ, tantôt une, tantôt trois feuilles de tilleul. Ne seraient-ce pas tout simplement des bractéates deLindau, ou du moins des imitations de celles<ci?
b. Ville de Brisach ou Vieux - Brisach {Breisachy Alt-Breisach). — Cette ville est une des plus anciennes des bords du Rhin. Aux douzième et treizième siècles, les évêques de Bàle en furent les principaux souverains; plus tard la ville et son atelier monétaire passèrent sous la domination des comtes d'Autriche, Léopold et Albert.
Les bractéates frappées par les évêques sont au type bâlois de la tête d'évêque de profil, entre les lettres B-R
(i) lYumûmcOisc^ Zdmng, 1861, n» 10.
(isacum). Elles appartiennent aux treizième et quatorzième siècles et sont également quadrangulaires.
Sur les petites bractéates frappées sous les comtes d'Autriche, figure leur écusson couronné entre les mêmes lettres B-R. Enfin, sur les bractéates proprement municipales, on voit dans un cercle perlé un écu aux armes de la ville : six montagnes.
c. Comtes de Fribourg-eri'Brisgau {de la famille d'Urack). — MM. de Berstett et Meyer décrivent une bractéate à cercle perlé, portant un écu sur lequel figure une aigle éployée, et qui appartiendrait, selon eux, aux comtes de Fribourgen-Brisgau. M. Leitzmann (1) confirme cette attribution et décrit douze variétés, de diverses grandeurs, de ces bractéates, qui se retrouvent communément aux environs de Fribourg-en-Brisgau ; sur quelques-unes, le dessin de Taigle est des plus grossiers ; souvent l'aigle est seule figurée sans écu.
Sur une bractéate attribuée aux mêmes seigneurs de Fribourg (2), figure un seigneur tenant à bras tendu son épée, et chevauchant sur un lion héraldique à tête d'aigle (griffon ?).
d. Ville de Fribourg-en-Brisgau. (PI. VIII, 92.) — Nombreuses petites bractéates, le plus souvent irrégulièrement quadrangulaires, marquées d'une tête de corbeau tournée tantôt à gauche, tantôt à droite, soit seule dans le champ, soit placée dans un écu. Un certain nombre de ces bractéates sont rondes, à cercle perlé.
Meyer attribue à la ville de Fribourg, et au quatorzième siècle, époque de la domination des ducs d'Autriche, une petite bractéate quadrangulaire au type ordinaire des brac-
(1) NumimaHsche Zeitung, 1844> n» 3.
(3) Numismatische Zeitung, 1861 , n» 10.
téates de ces seigneurs, type qui fut adopté simultanément par plusieurs villes de leurs possessions badoises ; dans le champ de cette petite pièce figure le casque surmonté du panache de plumes d'Autriche, entre les lettres F-R.
e. Margraves de Bade-Hochberg. — Ligne éteinte en 1418. M. Leitzmann (1) attribue aux margraves Henri I" f 1221, ou Henri II, deux bractéates sur lesquelles figure une aigle planant entre deux tourelles^ au-dessus d'un lion passant.
f. Abbaye de Reichenau [Avgia dives^ Augia major). Riche et puissante abbaye qui s'élevait sur une île du lac
de Constance. Bractéates au type de Souabe, à bord composé de petits rectangles alternant avec des croisettes ; dans le champ un lion ailé passant à figure humaine de face.
g. Ville de Thiengen [Tùngen ou Thungen\ près de Waldshut, à l'entrée de la forêt Noire, dans le Kleggau.
Ce fut, depuis 1262, la résidence des seigneurs de Krenkingen qui y ont frappé de petites bractéates, longtemps attribuées par erreur, soit à Zurich ou à Zofingue, soit à la petite ville de Thengen.
Ces petites bractéates quelquefois rondes, plus souvent quadrangulaires, portent une tête de profil, coiffée d'un
haut bonnet, entre les lettres T-— • Il en existe de très-nombreuses variétés, sur lesquelles figure toujours ce buste du seigneur ou peut-être du Saint; mais la forme de la coiffure est très- variable. Parfois le type usuel est remplacé par
une tête mitrée de profil, entre les mêmes lettres T-— , tête analogue à celle des évêques de Bâle sur leurs bractéates.
(i) I^umismattëcheZeitmg, 1864, d» 10.
Ce doit être celle de Tévèque de Constance, dont relevaient les seigneurs de Krenkingen.
h. Ville de Tottnau. — Les petites bractéales de celle ville ont longtemps été confondues avec celles de Zofingue. Les deux lettres T O qui les distinguent passaient pour les initiales de Tobinium^ prétendu nom lalin de Zofingue.
Ces bractéales ont été frappées au quatorzième siècle, par les ducs d'Autriche, qui avaient à Tottnau un de leurs nombreux ateliers monétaires du pays badois. Elles sont fort abondantes, rondes ou quadrangulaires, frappées à deux types différents. Sur les unes, figure la tête de profil du Saint patron de Tottnau, tantôt diadéraée et nimbée, tantôt sans autre coiffure qu'une abondante chevelure, tantôt enfin portant un haut bonnet pointu ; parfois la même tête parait de face ou de profil, devant ou au-dessus de Técu aux armes d'Autriche. Sur les bractéates de la seconde variété, on voit seulement l'écu avec la fasce simple ou triple d'Autriche, ou bien encore le casque avec les plumes de paon.
Toutes ces bractéates portent les deux lettres T-0 (Tottnau) ; sur l'une d'elles on lit même TOT; sur d'autres enfin, appartenant probablement aussi au même atelieri on lit T-A.
i. Ville (T Ueberlingen. — Atelier monétaire des Hohenstaufen au treizième siècle ; bractéates au type de Souabe, à cercle perlé, portant un lion passant couronné, entre deux étoiles.
j. Ville (fUsenberg-en-Brisgau. — Bractéates à cercle perlé, marquées aux armes de la ville : un vol d'oiseau ; audessus, à gauche, une étoile ou une croix.
k. Ville de Villingen [dans la Forêt- Noire). — Petites brac-
téates frappées sous la domination des ducs d'Autriche, portant tantôt la tête de profil d'un Saint (Saint-Vincent), nimbée ou bien encapuchonnée et barbue, tantôt le casque d'Autriche avec la couronne et les plumes de paon, entre les deux lettres V-l.
1. Ville de Waldshut. — Petites bractéates frappées sous la domination des ducs d'Autriche, au type ordinaire de ces princes, le casque couronné et empanaché entre les lettres W-A.
Il n'y a jamais eu, dans toute l'Alsace, de bractéates vraies. On ne saurait donner ce nom aux petits pfennigs unifaces de billon [Hohlpfennigé)^ frappés au dix-septième siècle, et plus tard encore, par les abbés de Murbach, et auxquels on avait cru pouvoir assigner un âge beaucoup plus reculé. Il en est de même des petites pièces unifaces frappées, vers la même époque, à Mulhouse, à Colmar, à Wissem* bourg, à Thann, à Haguenau, et par les comtes de Hanau et Lichtenberg, ainsi que pour le landgaviat d'Alsace.
Quant aux nombreuses monnaies unifaces frappées à Strasbourg, et connues sous le nom de Schwarzpfennige, bien que par leur apparence elles se rapprochent des bractéates, elles ne peuvent cependant être confondues avec elles ; bien loin, en effet, d'appartenir à une époque aussi reculée, il paraît démontré qu'aucune de ces petites pièces minces et plates, portant la fleur de lis ou l'écu aux armes de Strasbourg, ne remonte au-delà du quinzième siècle; leur émission continua même abondamment jusqu'à la fin du dix-septième. 11 est donc impossible de faire rentrer ces petites pièces dans le vaste système des bractéates allemandes, et même dans celui des bractéates de moindres di-
mensions qui eurent seules cours en Souabe et en Suisse aui treizième et quatorzième siècles.
On attribue également à Strasbourg, mais sans pouvoir en préciser l'époque, une petite pièce uniface , épaisse et assez grossière, sur laquelle figure dans un cercle perlé un ange passant à gauche, portant de longues ailes et soutenant des deux mains une grande croix. Ce petit pfennig uniface se retrouve fréquemment sur les rives du Rhin, particulièrement aux environs de Strasbourg.
De petites pièces plates, bractéatiformes, du quinzième siècle, portant Timage grossière d'une roue, ont été attribuées par M. de Berstett à la ville de Molsheim, aux environs de laquelle on les retrouve abondamment. Quant aux bractéates et deniers unifaces, classés par le même auteur à Ferette et à Saverne, ce sont des attributions fort douteuses.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de certaines demibractéates qui ont pu être frappées par des évoques de Strasbourg, mais qui appartiennent peut-être aussi, en partie, aux évêchés voisins de Spire et de Worms, peut-être même aux abbés de Selz.
On connaît depuis peu, grâce à Meyer, la patrie d'une petite bractéate quadrangulaire, au type suisse, portant dans un cercle en relief une tête de Saint couronné, entre les lettres B-E. Cette monnaie, qui offre tant d analogie avec celles de Thiengen, Tottnau, etc., a été frappée à Bei^heim, petite ville de la haute Alsace, possession de la maison d'Autriche au quatorzième siècle, bien qu'enclavée dans l'évêché de Bâle. On trouve le nom de Bergheim mentionné dans les deux conventions monétaires successives que le duc Léopold conclut, en 1377 et 1387, avec de nombreuses villes et seigneuries suisses, au nom de ses propres ateliers monétaires de Fribourg-en-Brisgau, de Schaffhouse, de Brisach, de Zofingen, de Bergheim, puis encore de Villingen et de Tottnau.
BRAGTÉATES
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