‹ Des bractéates d'allemagne: considérations générales et classification des types principauxChapitre 38 sur 53 · EMPEREURS D'ALLEMAGNE ET ROIS DES ROMAINS · texte numérisé non relu

EMPEREURS D'ALLEMAGNE ET ROIS DES ROMAINS

(PI. III, 37, pi. IV, 41, pi. V, 50, 53, pi. VI, 63, pi. VII, 7*2, 74, 76, 77, 78, 80, 81, 83, 85, pi. VIII, 98.)

Les bracléates des empereurs d'Allemagne et rois des Romains, dont nous avons déjà décrit une notable partie aux articles Goslar, Mûlhausen, Nordhausen, Saalfeld, etc., constituent la plus belle et la plus riche série de bractéates, embrassant une période de près de deux siècles.

Leur classement est souvent hérissé de difficultés; elles sont en grande partie muettes, et s'il est souvent possible, par Tétude de leurs caractères généraux, de retrouver approximativement le règne sous lequel elles ont été frappées, il est bien autrement difficile d'arriver à la connaissance de leur véritable lieu d'origine.

En effet, loin de faire monnayer à leur coin, dans un ou deux ateliers spéciaux, les empereurs allemands, au fur et à mesure du développement et des besoins du commerce, érigèrent des ateliers monétaires dans presque toutes leurs possessions, disséminées du nord au midi de l'Allemagne, et y firent fabriquer en leur nom la quanlité nécessaire de deniers ou de bractéates, sous la surveillance de leurs baillis {Voigte, prœfecti, vice-domini) .

Les bractéates impériales se distinguent de toutes les autres bractéates allemandes par la présence des insignes de l'empire : la couronne, le sceptre et le globe crucigère.

Très-souvent aussi, les empereurs affermaient la fabrication de la monnaie au conseil des bourgeois de la ville, ou bien à de simples entrepreneurs particuliers, et c'est ainsi que peut s'expliquer l'existence d'un certain nombre de bractéjates, portant un nom de cité et remontant à l'époque des Hohenstaufen, lorsque les villes ne possédaient encore ni droit monétaire ni atelier. C'était simplement alors la monnaie impériale, prise à ferme par les bourgeois et frappée par eux, à leurs risques et périls, mais toujours temporairement et par contrat avec l'empereur.

Peu à peu, une foule de ces villes augmentèrent d'importance et obtinrent des franchises et des droits; souvent aussi elles tombèrent sous l'autorité d'évêques et d'abbés qui, grâce à la piété des princes, à l'influence croissante de rÉglise, surent s'approprier le droit, alors si lucratif, de frapper monnaie.

Parfois les empereurs se réservaient cependant leur propre atelier monétaire à côté de celui de Tévêque. Mais il semble que le plus souvent, en cédant leurs droits et leurs ateliers aux princes de l'Église, ils se bornaient à stipuler comme réserve la faculté pour eux de faire frapper, dans ces mêmes ateliers, l'argent qui leur serait nécessaire, toutes les fois et pendant tout le temps qu'ils seraient de passage dans ces localités; et ce fait se renouvelait souvent, grâce aux si fréquents déplacements de leur vie errante, soit qu'ils vinssent dans ces villes pour y tenir des assises souveraines, soit qu'ils y fussent amenés pour la célébration et les réjouissances de quelqu'une des grandes fêtes reli- . gieuses. Tantôt alors cette monnaie impériale était fabriquée par les ouvriers de la corporation spéciale qui faisait partie de la maison impériale et la suivait partout; tantôt,

au contraire, c'était la monnaie municipale ou épiscopale qui était chargée de l'émission des bractéates impériales.

Quelques textes qui ont survécu donnent la preuve certaine de ces faits curieux, qui expliquent la difficulté d'attribuer à un atelier déterminé beaucoup de bractéates des empereurs. Telle est la lettre d'Otton IV, de l'année 1209, adressée à l'archevêque Albert de Magdebourg, et où se trouvent ces mots : « Porro cum Romani imperatores et reges antecessores nostriin omnibus civitatibus etoppidis ecclesianim imperii durantibus curiis imperialibus in illis accipere consueverunt thelonium ac monetam et in suos usus commit tej^e; in terris quoque, ubi ex antiquo Magdeburgensis numismatis percussio currere consuevit, statuimus, nec thelonium, nec monetam, aut per nos, aut unquam per alium aliquem, nisi de voluntate et consensu ipsius archiepiscopi vel successorum suorum ponendam. )) (Cf. Sagittarii hislor. archiepisc. olim nunc ducatùs Magdeburg.)

Voyez encore, dans l'ouvrage de M. de Saulcy, les curieuses ordonnances monétaires de 1353 et de 1385, concernant l'émission de la monnaie impériale pendant le séjour des empereurs à Metz (1).

Dans la plupart de ces villes de l'empire, et probablement aussi dans le reste des ateliers impériaux, la monnaie adoptait un type spécial décrété par le souverain et qui se perpétuait sur toutes les espèces sorties de l'atelier (voyez les types de Miilhausen, Nordhausen, etc.). Ce sont ces types mêmes qui, dans une foule de localités, ont fini par se transformer petit à petit et par devenir les armes de la ville.

Les plus anciennes bractéates impériales portent souvent

(1) Quand il lui (l'empereur) plaît d'y Tenir, il fait faire telle monnoye comme il veut et en telle fleur comme il veut. Cette monnoye doit courre huit jours devant sa venue et tant comme il est dans la ville, et huit jours après son allée, et cette monnoye doit-on passer à telle vaillance qu'il le veut. (Ordonnance de 1353.)

des légendes, mais la plupart des suivantes sont muettes, ou bien Ton n'y voit plus que d'innombrables pseudo-légendes. La couronne impériale est un de leurs caractères constants, et toutes les bracléates dépourvues de ce signe doivent être écartées de cette série. Le globe impérial, qui y figure aussi le plus souvent, manque cependant dans un certain nombre de cas.

Les empereurs sont presque toujours figurés assis de face, et souvent alors entre deux tourelles, parfois debout, plus souvent à cheval; d'autres fois ils ne paraissent qu'à mi-corps, surtout en Souabe, ou bien même leur tête seule figure dans le champ des plus petites bractéates de cette dernière catégorie.

Les empereurs sont tantôt assis sur un siège orné de têtes de chiens, de lions ou d'autres animaux; tantôt sur un banc, sur un escabeau, très-souvent aussi sur une simple voûte ou arcade, réminiscence probable de la porte de la ville ou du château. Ils tiennent presque toujours le sceptre fleurdelisé avec le globe de l'empire , simple ou double; plus rarement l'épée, la bannière, la croix ou un bâton terminé par une fleur rayonnante; parfois ils élèvent de chaque main une tour, marque probable de la participation des villes à la fabrication de la monnaie. Lorsqu'ils sont à cheval, ils portent la bannière et le bouclier triangulaire.

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