DES BRACTÉATES IMPÉRIALES
Henri V (1106-ilil-1125).
Voyez l'article Goslar, pour les nombreuses demi-bractéates frappées dans cette ville au nom des empereurs Henri V (1106:1111-1125) et Lôthaire II (H25-1137).
On connaît aussi quelques demi- bractéates frappées à Mersebourg par Henri V, encore roi (U06-im), comme protecteur [Schutzvoigt) de Tévêché.
Voyez encore à Tarlicle Goslar la description d'une nombreuse série de demi-bractéates que Cappe regarde comme frappées à Goslar, au nom de Lotbaire II (M 25-1 137) ou de Conrad III (1138-1152) par leurs baillis, et les demibractéates frappées d'un seul côté, qu'il décrit aussi comme frappées dans la même ville, au nom de ces empereurs, et en particulier par leur bailli Hermann; mais^ d'après M. Leitzmann, ce seraient bien plutôt des bractéates de fabrication rhénane, appartenant probablement à une des principautés ecclésiastiques de Spire, Worms ou Mayence. Plusieurs de ces demi-bractéates, appartenant à une seule et même époque, comme M. Leitzmann Ta parfaitement démontré, ont été fort à tort distribuées par Cappe entre Frédéric I", Otton IV, Adolphe de Nassau, ou même Albert d'Autriche, etc. Pour M. de Posern-Klett, ces monnaies auraient été frappées à Heiligenstadt, au nom des archevêques de Mayence.
LothairbII (1125^1137).
Les plus anciennes bractéates impériales ont été attribuées à Lothaire II; mais ces pièces, dont nous avons déjà parlé, et sur lesquelles la légende Lutger me fedt rappelle le nom d'un maître de la monnaie, et non celui de Lothaire, sont des bractéates landgraviales thuringiennes frappées à Saalfeld et à Erfurt, ou des bractéates impériales plus modernes, émises par les mêmes ateliers.
Des falsifications modernes ont également été attribuées à Lothaire II, ainsi qu'une bractéate d'or qui paraît plutôt d'origine hongroise.
Quant aux bractéates sur lesquelles on a cru retrouver
la légende : Loiharius cornes de Supplinburg, ces mois seuls suffisent pour en démontrer le peu d'authenticité.
Conrad IH (11381152).
Voyez, à Tarticle Helmstâdt, la description de la célèbre bractéate frappée probablement par un abbé Lambert, au nom de Conrad 111, une des plus anciennes bractéates authentiques connues.
Toutes les autres bractéates attribuées à Conrad 111 ou à Lothaire 11, par Gôtz, Becker, Appel et autres, l'ont été à tort et sans preuves satisfaisantes, en faisant violence à certaines légendes pour y lire le nom de Conrad. Quant à celles attribuées par Cappe au même prince, et sur lesquelles il a cru ou voulu lire son nom avec le titre d'empereur, qui ne lui appartint point, puisqu'il ne fut jamais que roi des Romains, ce sont certainement des bractéates de son suc* cesseur Frédéric, portant de simples pseudo-légendes; quelques-unes même ne sont pas des monnaies impériales.
De même, les bractéates attribuées par Cappe, en commun à Conrad 111 et à son fils Henri, doivent être reportées à Frédéric et au fils de celui-ci.
Frédéric r (1152-1155-1190).
Avec Frédéric P' commencent véritablement les bractéates des empereurs allemands et rois des Romains. Leur série est extrêmement nombreuse, riche et belle; malheureusement, la plupart de ces grandes bractéates sont muettes ou pourvues de ces pseudo-légendes indéchiffrables dont nous ayons si souvent parlé. C'est sous le règne du grand Hohenstaufen que les bractéates atteignent le maximum de leur beauté; quelques-unes sont de véritables œu^^res d'art. Sur l'immense majorité d'entre
ellesy Tempereur, couronné, parait assis de face sur une arcade, sur un banc d'apparat, souvent sur un Irône orné de têtes de dragons ou d'autres animaux; il porte à la main les divers attributs du pouvoir impérial, le globe crucigère, le sceptre fleurdelisé, etc., etc.
Une première série de bractéates de Frédéric I" comprend celles qui furent frappées dans les premières années de son règne (II 52- H 55), lorsqu'il n'était encore que roi des Romains; elles le représentent assis, avec une couronne de forme bizarre et les légendes très-distinctes : FRIDERI-
CVS REX. ou F-R-IDE-RIC-VS-R-E-X,etc.
Cette série de bractéates porte le même signe monétaire que d'autres bractéates trouvées avec elles et qui sont de Tabbesse Cécile de Nordhausen et de l'archevêque Henri de Mayence ; elles ont donc été frappées soit à Erfurt, soit à Nordhausen .
Il faut citer ici une belle bractéate portant la même légende : Fridericus rex, et qui représente l'empereur à micorps, entre deux personnages également vus à mi-corps et de profil, l'un couronné, probablement la reine, l'autre en cotte de mailles, nu-tête et tenant une large épée (un bailli).
Une autre superbe bractéate, absolument de même fabrique et avec la même légende, porte l'empereur assis, à côté d'un autre personnage de moindre stature, également assis et couronné, probablement la reine Béatrice, car son fils Henri n'était pas encore né.
Un certain nombre de ces pièces de Frédéric, avec la légende Fridericus rex^ ont été retrouvées en 1 860, près de Zeilz, avec des bractéates épiscopales de Naumbourg-Zeitz, bractéates frappées de 1150 à 1160, et auxquelles elles ressemblent si extrêmement qu'il faut, de toute nécessité, y voir la main d'un seul et même ouvrier; elles sont de même grandeur,- de même fabrique absolument, et portent les mêmes petits rectangles dans le champ. Ces bractéates im^
pénales ont probablement été frappées dans Talelier de Zcitz, au moment du passage de Frédéric, en 1152, lorsqu'il alla séjourner à Mersebourg; elles constituent un exemple frappant d'un fait que nous avons déjà mentionné : l'émission de bractéates impériales dans les ateliers des villes où séjouroaient momentanément les empereurs, et durant toute la durée de ce séjour.
Nous arrivons à une longue et riche série de bractéates de grandes dimensions au type de l'empereur assis, assez souvent muettes, mais qu'il est toujours possible cependant de rattacher à un certain nombre de pièces identiques, pourvues de légendes fort distinctes : FRIDERICVS IMPE-
RATOR. — FRIDERICVS INPERATOR ET SEMP OU ET SE- RRA [semper Augustusf) — FRIDERICVS IMPER. DEI G. etc. Un certain nombre de ces bractéates portent des pseudolégendes; sur d'autres le nom et le titre de Frédéric sont écrits à rebours. Presque toujours celui-ci porte à la main le sceptre fleurdelisé ou le globe impérial simple ou double, parfois aussi la croix ou bien encore Tépée et la bannière. Dans ce dernier cas, il figure souvent comme protecteur de quelque couvent dont on aperçoit de chaque côté les tours ou les clochers. Plus rarement on voit seulement le buste de Frédéric, soit sous la voûte d'un édifice, soit diversement encadré.
Plusieurs de ces bractéates ont été frappées à l'atelier impérial de Saaifeld (voyez ce nom). Nous rappellerons, entre autres, les célèbres bractéates où l'empereur assis est entouré des légendes : Furitigher-biter Salf et Ludger me fecit, légendes qui rappellent le nom du maître de monnaie et celui de l'atelier impérial. D'autres auraient été frappées à Hildesheim, d'après Mader.
Une série non moins nombreuse de bractéates d'un style tout différent, plus petites, plus épaisses et d'un travail extrêmement élégant, montrent l'empereur, tantôt assis de
face, tantôt en buste, derrière une balustrade, seul ou à côté de son fils Henri, également couronné et assis ou vu à mi-corps (pi. VII, 76). Sur ces bractéates, dont plusieurs ont été, nous l'avons vu, attribuées à tort, par Cappe, à Conrad III et à son fils Henri, on lit tantôt des légendes tout à fait ou presque tout à fait correctes, comme FRiDRICVS-HElNRICVS,etc., tantôt, au contraire, beaucoup plus inexactes et où Ton ne retrouve qu'avec peine les noms de Frédéric et de Henri. Une portion de la légende est souvent placée sur une arcade transversale au-dessous des deux princes. Parfois même elle fait absolument défaut. Sur un certain nombre de ces jolies bractéates provenant d'une trouvaille faite dans TOdenwald, on lit plus ou moins distinctement, mais d'une manière évidente, à côté des noms des deux empereurs et principalement de Henri, le nom de Conrad : CEVRA, CEVPA, etc. Or il paraît inadcaissible, vu l'âge de cette trouvaille et l'aspect de ces belles bractéates, qu'elles aient été frappées sous Conrad III. D'après une ingénieuse explication, ce Conrad serait Conrad, archevêque de Mayence, j* 1200, et ces bractéates ne seraient point impériales, mais bien archiépiscopales et frappées par ce prélat peu scrupuleux, qui marquait ses espèces des effigies des souverains et de légendes obscures pour leur donner partout le cours de la monnaie impériale. II aurait même été assez hardi pour placer son nom et son titre sur une des plus belles monnaies de cette série, où, autour du buste de Henri et de son nom écrit transversalement, on croit lire: CHVRA €LARI€ (CHVRArfwir ELecius ARchlEpiS" copus).
Enfin, avant de quitter l'empereur Frédéric et son long règne, il nous faut rappeler ici les belles, grandes et minces bractéates impériales frappées à Mùlhausen, au type de l'empereur chevauchant avec la bannière et le bouclier (voyez Mùlhausen); quelques-unes portent la légende cé-
lèbre : FRIDERICVS IMPERATOR MVLCHVSIGENSIS DE- NARIVS.
Une très-petite bractéate attribuée à tort à la Souabe, à la ville de Constance, et frappée très-probablement à Magdebourg, montre dans un riche encadrement circulaire le buste couronné de face de l'empereur, avec la légende FRIDERCHI ou FRIDEPCVI gravée sur un bord plat et large.
Pour les nombreuses bractéates frappées à Goslar sous le règne de Frédéric 1", par ses baillis, voyez, à l'article Goslar, les opinions de Cappe et les rectifications de M. Leitzmann.
On peut classer encore, au règne de Frédéric I, un certain nombre des bractéates aux types et à la légende des Saints-Simon-et-Jude, bractéates qui furent pendant une longue série d'années frappées sans interruption dans l'atelier impérial de Goslar. (V. Goslar.)
Henri VI (H90-H99j.
Les bractéates de Henri ne 'diffèrent aucunement de celles de son père ; aussi ne peut-on lui attribuer avec certitude que celles qui portent son nom. Mais un très-petit nombre seulement ont une inscription distincte et lisible, et toutes celles dont la légende manque complètement, ou seulement en partie, ne sont classées à ce règne que par à peu près, et grâce à l'ensemble de leurs caractères; aussi sera-t-il toujours fort difficile de les séparer exactement, d'avec celles de Frédéric. Le métal de ces bractéates est encore pur, mais leurs dimensions sont très-variables, et beaucoup de pièces déjà moins belles témoignent de l'inhabileté croissante des graveurs.
Nous trouvons ici les mêmes jolies bractéates, d'un travail si élégant, de moyenne grandeur et d'un métal épais, que nous avons décrites, au règne précédent, comme por-
tant tantôt l'effigie de Frédéric, tantôt encore la sienne, mais à côté de celle de son fils. Sur celles-ci, Henri paraît seul, assis de face ou vu à mi-corps, derrière une balustrade. Les légendes, qui manquent parfois, ou sont absolument indéchififrables , sont plus souvent correctes : H€NRIC-R-€X
ROMAI. ou HCNRICVS IMPER.
Les grandes bractéates, au type habituel de Tempereur assis, sont plus rares sous ce prince. Sur quelques-unes se lit, plus ou moins complètement, la légende : HCNRICVS