OXFORD
du champ de la l>ractéate, ou empiétaot parfois sur sa gurrace.
Ces divers caractères sont généralement communs aux bractéates d'uue même époque appartenant à un même atelier; du moins il en est ainsi pour les variétés les plus importantes et les mieui étudiées. On comprend combien la connaissance exacte de ces dispositions peut offrir d'avantages pour la détermination des -pièces muettes ou à légendes indéchiffrables.
Sur une foule de bractéates thuringiennes, en particulier sur beaucoup de bractéates laodgraviales, la circonférence porte une ornementation uniforme, consistant presque toujours en quatre croix à branches globuleuses, alternant avec des points ou des besants.
Sur d'autres bractéates de fabrication également thuringienne, le bord large et plat est marqué d'un gros grénclis d'aspect caractéristique, indépendamment des cercles perlés qui, la plupart du temps déjà, tracent ta limite entre le champ et la circonférence.
Sur les petites bractéates de l'Allemagne du Nord, la circonférence en relief est tantôt unie, tantôt marquée de stries ou rayons divergents du centre à l'extérieur, d'autres fois encore marquée d'anneaux ou de points, etc.. Le bord uni appartient en général aux plus anciennes ; te bord rayonné n'apparait au contraire que sur tes plus modernes.
On constate aursi d'importantes varialioris d'oruementation de ta circonférence, sur les nombreuses petites bractéates de la Souabe et de la Suisse allemande. Le plus ordinairement leur bord est marqué d'un cercle perlé, ou grénetis circulaire formé de perles plus ou moins grosses ; parfois même il est uni. Mais très-souvent les cercles perlés sont doublés ou remplacés par des ornements d'un dessin très-élégant, consistant tantôt en croisettes alternant avec des annetcts ou de petits rectangles, tantôt en crois-
sants à convexité extérieure, se reliant par leurs extrémités. Souvent entre les cornes de ces croissants figurent des annelets ou des croisettes. Sur d'autres pièces de Souabe, principalement sur des bractéates attribuées à Tabbaye de Kempten, la circonférence porte un bizarre assemblage de petites surfaces triangulaires alternant avec des besants.
Nous avons déjà parlé des divers cercles concentriques, à relief souvent dégradé de dehors en dedans, qui limitent le champ de la bractéate, l'encadrent et le séparent de la circonférence. Nous avons dit aussi que sur certaines bractéates d'une grande beauté, ces encadrements circulaires étaient d'une richesse extrême et d'une grande finesse de détails. Tous ces cercles perlés, striés, ponctués, parfois vrais chefs-d'œuvre de gravure, se modifient, se multiplient, deviennent souvent un des principaux ornements de la bractéate, et peuvent par leur répétition uniforme sur celles d'une même série, fournir d'excellents indices de classement. Ce sont tantôt des stries légères, ou de petites losanges, tantôt des successions de courbes délicates, ou bien un pointillé d'une finesse extrême, etc., etc. (voyez les belles bractéates du douzième siècle, celles des abbesses de Quedlinbourg, des premiers margraves de Brandebourg, celles attribuées aux comtes de Falkenstein et d'Arnstein, etc. , etc.). Très-souvent le circuit du champ n'est marqué que par un simple cercle ou filet circulaire en relief ; mais dans la majorité des cas cependant, du moins en Thuringe , ce cercle intermédiaire est constitué par un grénetis qui, selon l'époque et selon les ateliers, offre toutes les variétés imaginables de dimensions et d'exécution, depuis le cercle de points d'une finesse et d'une régularité parfaite, jusqu'à celui formé de véritables globules aussi grossièrement figurés qu'irrégulièrement disposés. Entre ces deux extrêmes il existe mille variétés. Souvent les cercles perlés se multiplient non pas une fois seulement, ce qui est le
cas le plus fréquent, mais jusqu'à deux, trois et même quatre fois. Nous citerons comme exemple les deux cercles à grosses perles, qui ne manquent pour ainsi dire jamais sur les nombreuses bractéates au type de deux personnages couronnés, frappées dans l'atelier de la ville thuringienne de Nordhausen, et sur toutes celles frappées à leur imitation. Sur une foule de bractéates thuringiennes, la légende est circonscrite entre deux de ces cercles perlés, et ces parties concentriques constituent à elles trois le cercle qui limite le champ et le sépare de la circonférence. D'autres fois, les deux cercles en relief qui entourent la légende, au lieu d'être perlés, sont simplement unis ou marqués de stries rayonnantes.
Tous ces détails du bord , du relief, des divers cercles perlés ou non, ont, nous le répétons encore, une importance très-grande pour le classement de tant de bractéates muettes .
On a voulu tirer du poids relatif des bractéates une indication pour arriver à la connaissance de leurs âges respectifs, en se basant sur ce fait généralement vrai, que pour une même série de bractéates, les plus anciennes ont toujours un poids supérieur. Beyschlag a même essayé de classer, d'après ce système, les nombreuses bractéates impériales et épiscopales du diocèse d'Âugsbourg et de la Souabe in génère; mais il n'y a réussi que bien faiblement. En effet, tout ceci est fort vrai en principe, mais toutes les fois qu'on veut en venir aux faits de détail , on se heurte à des écueils sans nombre; d'autant plus et surtout qu'il faut faire accor^ der cette question de poids avec bien d'autres données importantes, celles des caractères de la fabrication, du type, de la plus ou moins grande épaisseur de la bractéate , du titre plus ou moins pur, des caractères du bord indiquant une plus ou moins grande ancienneté, etc., etc.
En dehors des faits absolument généraux, la seule manière de faire servir l'étude du poids des bractéates des divers ateliers monétaires à la déterminatiDn de leurs âges respectifs, est de chercher à Jaire concorder les pesées avec les renseignements historiques qu*on peut retrouver, et qui se rapportent aux diverses vicissitudes de la monnaie de ces ateliers.
Malgré l'absence trop fréquente de textes de ce genre, cette entreprise a été tentée par plusieurs numismatistes auteurs de monographies étendues et détaillées. On comprend qu'en coordonnant tous ces renseignements, toutes les anciennes ordonnances des princes ou des prélats, tous les règlements, tous les contrats, toutes les conventions monétaires qu'il est possible de retrouver, on puisse, dans certains cas spéciaux, recueillir de cette étude comparée du poids des bractéates d'une même série, des indications capables de donner leur âge d'une manière assez précise, parfois absolumen t exacte .
L'étude du titre des bractéates peut rendre aussi, dans le même ordre d'idées, des services signalés pour leur classement chronologique. Bien que nous ne puissions aborder l&s détails d'une question aussi ardue, question qui du reste ne rentre pas directement dans notre sujet, il nous est impossible de ne pas rappeler ici, que le titre différent de deux pièces d'une même localité ou d'un même seigneur, peut souvent, de même que leur poids relatif, suffire pour indiquer leur âge, parfois même avec une parfaite exactitude. Il subsiste encore, en effet, bien des documents anciens, qui ont presque tous eu pour origine ledéplorable sans-façon, avec lequel les princes et prélats allemands altéraient à chaque instant le titre de leurs monnaies. Certains de ces textes nous indiquent avec précision telle date oh la monnaie d'une ville ou d'un seigneur fut si mauvaise, que ses sujets s'en plaignirent plus violemment que d'habi-
tude ; d'autres fois ce sont les États voisins qui en interdisent absolument la circulation au dedans de leur frontière; d'autres fois encore, c'est le prince ou le prélat, qui, après avoir trop souvent falsifié la monnaie et épuisé la patience de ses sujets, s'engage à ne plus frapper de nouvelles bractéates que tous les deux ou trois ans ; quelquefois même il jure de n'en plus fabriquer pendant le reste de son règne; on sait, en effet, que chaque émission nouvelle était le plus souvent le signal d'une nouvelle falsification. Puis ce sont des textes anciens, des ordonnances, annonçant qu'à telle époque, sous tel prince, la monnaie subit une dépréciation très-considérable, ou, au contraire, éprouva pour quelque raison une amélioration notable. Tous ces documents sont, du reste, moins nombreux qu'on ne pourrait le désirer. Lorsqu'on cherche, en effet, à étudier l'origine du droit monétaire des seigneurs ou des villes allemandes, on s'aperçoit à chaque instant que les guerres, les incendies et les ruines du moyen âge ont fait leur œuvre, et détruit l'immense majorité des plus anciennes archives municipales ou conventuelles.
Cependant, avec le peu que l'on possède encore, on comprend qu'on ait pu s'enrichir de renseignements importants, et que le titre des bractéates, par les données qu'il fournit sur leur ancienneté relative, constitue un élément capital de leur étude. Mais, dans ce travail général, nous nous contenterons d'exposer à ce sujet une seule proposition , la plus importante de toutes : plus une bractéate est ancienne, plus son titre est élevé- Toutes les premières bractéates furent d'argent pur, sans presque aucun mélange d'alliage. A me« sure, au contraire, qu'on marche vers le treizième siècle, vers cette époque où les longues querelles des empereurs et de leurs compétiteurs eurent jeté l'anarchie dans toute l'Allemagne, et permis à d'innombrables seigneurs de s'emparer du droit si fructueux de frapper monnaie^ à mesure
^lussi apparaît et augmente Taltération du titre des brac- ^éates. Cette dépréciation , presque toujours parallèle à la diminution du poids, fait des progrès incessants ; et malgré les plaintes toujours renaissantes du peuple, malgré les barxières opposées par les pays voisins à la circulation des bractéates d'un titre trop bas. la plupart des possesseurs d'ateliers ne fabriquent plus guère que de la véritable monnaie de billon. Chaque année, retirant l'émission ancienne, ils la remplacent par une monnaie plus déplorable encore, au grand détriment du peuple, forcé d'échanger à perte contre cette fausse monnaie, les pièces anciennes un peu plus riches en argent.
Les dernières bractéates sont, pour la plupart, d'un titre si bas, que, selon l'heureuse expression de Mader, on ne sait plus s'il faut les regarder comme des monnaies d'argent additionné de beaucoup de cuivre, ou comme des monnaies de cuivre additionné d'un peu d'argent.
Nous ne pouvons songer ici à résumer même brièvement l'histoire de l'économie monétaire de l'empire allemand à l'époque des bractéates. Nous nous contenterons de rappeler quelques faits généraux dont la connaissance est nécessaire à l'intelligence de notre sujet.
Nous avons déjà dit qu'aux douzième et treizième siècles, l'immense majorité des bractéates ont été frappées, soit par les empereurs ou en leur nom par leurs baillis, soit par les princes ou les prélats de rang divers, monnayant aussi en leur propre nom ou par l'entremise de leurs baillis. Nous avons dit également qu'à cette époque fort peu de villes possédaient encore un droit monétaire véritable.
La plupart de ces princes et prélats ont frappé des bractéates depuis 1150 ou 1200 jusqu'à 1350, sans y avoir jamais été autorisés en aucune façon par les empereurs ; et si quelques-uns des membres les plus importants de l'em-
pire germanique jouissaient d'un droit légitime reposant sur des documents certains et incontestables, ces mêmes documents font absolument défaut pour une foule énorme de seigneurs moins puissants. Dans des temps aussi troublés que ceux du moyen âge allemand, en face de l'affaiblissement extrême du pouvoir impérial, une foule de familles nobles, en possession de châteaux ou de quelque bourg fortifié, s'arrogèrent simplement ce droit si envié, se souciant fort peu d'une autorisation quelconque.
Du reste, toute cette question de l'origine du droit monétaire féodal est encore pour le moment plongée dans une grande obscurité ; et les historiens consciencieux, qui s'obstinent à fouiller les archives du moyen âge pour y rechercher la date d^ l'autorisation accordée à chaque famille seigneuriale, feraient bien de méditer sur un fait d'une certaine importance : c'est que presque tous les textes qu'on a pu retrouver jusqu'à aujourd'hui, contiennent simplement la confirmation d'un droit, considéré comme déjà existant en fait ou comme remontant, du moins, à une prétendue autorisation préalable, vraisemblablement inventée pour les besoins de la cause. Il est plus que probable même que, quand ce sujet, si ardu et si intéressant à la fois, aura été retravaillé à fond, il eu surgira cette conviction que le droit monétaire faisait partie constituante de la souveraineté, et que par cela seul qu'un seigneur régnait, il jouissait de plein droit de la faculté de frapper monnaie, sans être forcé d'attendre l'autorisation supérieure. Seulement, les empereurs profitaient de toutes les occasions possibles, pour chercher à confirmer ces prérogatives dont s'étaient emparés leurs sujets, et pour paraître être seuls les maîtres d'en disposer.
Du reste, ce droit monétaire constituait, on le voit, non pas tant une distinction honorifique dont ces rudes seigneurs se souciaient fort peu, mais un revenu des plus lucratifs.
onstante ambition de tout baron désireux de s'enrichir
ux dépens du bourgeois et du paysan condamnés à se
ervir de ses bractéates, qu'il frappait et falsifiait à son
En résumé donc il existe des bractéates d'une foule de fainilles seigneuriales de TÂllemagne, sur le droit monélaire desquelles on ne possède point ou presque point de documents ; et jamais autant qu'à la fin du treizième siècle ne vit princes et prélats frappant, suivant leur bon plaiir, des bractéates de mauvais aloi.
Le possesseur de latelier monétaire, que ce fût l'eniper, un prince ou un prélat, faisait ordinairement frapper directement ses bractéates, sous la direction d'un chef ou xnaitre de la monnaie^ généralement intéressé dans cette C3pération. 11 en était du moins ainsi dans l'atelier situé dans 1 a résidence habituelle du suzerain. Quant aux ateliers plus 1 ointains, ils étaient souvent sous la surveillance de baillis ou d'autres officiers spéciaux. Il ne faut pas confondre, répétons-le, le bailli {voigt)^ tantôt gouverneur impérial, tantôt fonctionnaire dépendant de quelque couvent ou de quelque ;prélat, et l'avoué {advocatm\ prince généralement puis- ^ant^ sous la protection duquel se plaçaient les abbayes et les couvents voisins. Ces advocati {schutz- ou schirmvoigte, défenseurs) frappaient aussi parfois monnaie à ce titre; Binais leurs bractéates sont bien plus rares que celles des baillis, qui existent au contraire en fort nombreuses "variétés.
Telle fut, au début de l'époque des bractéates, l'organisation monétaire de l'Allemagne ; plus tard, à mesure que les plaintes du peuple contre les falsifications apportées au monnayage par les seigneurs, furent devenues plus légitimes et plus fréquentes, souvent aussi à la suite de graves embarras pécuniaires; ou par toute autre raison que nous n'avons pas à étudier ici, on voit se multiplier les arrange-
ments et les contrats passés entre les possesseurs d'ateliers monétaires et divers personnages.
Une foule de seigneurs et de prélats engagent temporairement leur droit de frapper monnaie et tous les avantages qui y sont rattachés, sous certaines conditions et généralement à un taux constituant une somme très-élevée pour Tépoque. Tantôt alors les fermiers de l'atelier seigneurial sont simplement d'autres seigneurs, tantôt au contraire ce sont les membres du conseil des bourgeois de la ville, ou bien encore divers personnages plus particulièrement revêtus d'un caractère commercial : négociants, juifs ou autres ; tantôt enfin ce sont les propres baillis du seigneur résidant dans la ville, ou bien le maître de la monnaie lui-même.
Tous ces personnages traitent directement avec le seigneur, et se chargent de frapper les bractéates du suzerain à leurs propres risques et périls.
Ce sont ces innombrables arrangements qui viennent à chaque instant jeter une confusion déplorable dans l'étude de la numismatique allemande. Souvent un même atelier change plusieurs fois de possesseur dans le cours d'un quart de siècle ; il faut être averti de ces perpétuels changements pour ne pas commettre de grandes erreurs de classement. Fréquemment en eCTet, l'atelier continue à frapper monnaie au même type; mais, suivant qu'il passe des mains d'une famille seigneuriale dans celles de quelque autre possesseur, noble ou bourgeois, un signe particulier, un emblème quelconque placé dans le champ, ou plus ordinairement sur un point de la circonférence, est destiné à donner connaissance de ce fait. C'est ainsi que l'échiquier de Hohnstein, paraissant sur la circonférence des bractéates au type ordinaire des deux personnages couronnés de Nordhausen, vient annoncer la participation temporaire des seigneurs de cette famille à l'administration ou à la possession de cet atelier monétaire. (V. pi. V, 54.)
Plus on se rapproche de la fin du treizième siècle, plus on voit grandir l'intervention des bourgeois dans la surveillance de la monnaie seigneuriale. Les arrangements, les compromis avec les habitants rendus déBants par les perpétuelles falsifications de la monnaie seigneuriale, deviennent de plus en plus fréquents. Ils obtiennent d'abord le <lroit de faire entrer quelques-uns des leurs dans le conseil <le surveillance qui règle l'émission et le titre de la monnaie; puis, s'enhardissant au fur et à mesure de l'affaiblissement de l'autorité seigneuriale, ils en arrivent, comme nous J'avons vu, à prendre à ferme l'atelier monétaire, d'abord pour un temps limité, puis pour des espaces de plus en plus xapprochés et de plus en plus longs, bien que toujours en marquant les bractéates à l'effigie du prince. Plus tard oniin, ils lui enlèvent définitivement le droit de frapper monnaie; et c'est alors seulement qu'apparaissent les premières véritables bractéates municipales, bractéates souvent encore frappées en commun par le seigneur ou le prélat et la commune, puis enfin par la commune seule.
Souvent aussi le conseil de la ville, devenu fermier de l'atelier monétaire seigneurial, en repassait la jouissance à un ou plusieurs des plus riches ou des plus importants particuliers de la cité.
Beaucoup de seigneurs trouvaient plus avantageux de ne pas faire les frais d'un atelier monétaire, et faisaient frapper leurs bractéates dans une des villes voisines. Il est un fait sur lequel nous avons déjà insisté et qui pourrait se rattacher à cette coutume, c'est la présence fréquente sur des bractéates d'une même époque, mais appartenant à des princes différents, de la marque d'un seul et même maître de monnaie ; il en est ainsi par exemple de certaines bractéates archiépiscopales mayençaises, frappées à Erfurt, et de bractéates des abbesses contemporaines de Quedlinbourg. Il paraît plus probable cependant, et nous avons déjà donné
cette explication, que ces marques identiques trouvées sur des bractéates d'origine différente, sont plutôt en rapport avec un autre fait de même nature; h savoir la difficulté qu'éprouvaient ces seigneurs, surtout parmi les moins puissants, à se procurer de bons ouvriers, graveurs de coins ou monnayeurs, difficulté qui les forçait à recourir aux ouvriers voisins, pour peu que ceux-ci eussent quelque réputation. Ceci pouvait se faire d'autant plus facilement, que Ton ne monnayait jamais dans chaque atelier qu'à une époque donnée de l'année.
L'atelier monétaire était, à la fois, le lieu de fabrication de la monnaie et une sorte de maison de banque pour le seigneur; il était placé sous la surveillance directe d'un maître de la monnaie {mùnzmeister) ^ assisté généralement de douze compagnons formant une puissante corporation. Leurs charges étaient héréditaires; ils constituaient trèssouvent une vraie association commerciale et jouissaient de prérogatives étendues; ils avaient entre autres droit à un fort intérêt dans la fabrication de la monnaie, et retenaient sur le nombre des bractéates émises un tant pour cent variant suivant les localités.
Les noms de ces maîtres de monnaie qui jouèrent au moyen âge un rôle si considérable jusque dans les moindres villes allemandes, et dont l'importance grandissait avec celle de la cité et l'étendue de son commerce, figurent tout au long sur quelques bractéates de la belle époque dont nous avons déjà parlé ; mais leurs marques et emblèmes paraissent beaucoup plus fréquemment ou plutôt presque toujours. Il est souvent fort difficile de les distinguer des marques qui indiquent la date annuelle de l'émission.
Souvent les seigneurs trouvaient plus avantageux d'affermer pour un temps donné, ou même complètement, le droit de frapper monnaie à l'association même des ouvriers moné-
lairesy qui, de simples employés ou associés, passaient au Taug d'entrepreneurs principaux.
Dans beaucoup de localités, particulièrement dans les Tilles cil se trouvaient des ateliers impériaux, la haute surveillance était exercée par les baillis dont dépendait le maître de la monnaie; dans d'autres villes, ils étaient remplacés par un officier ou vérificateur, nommé directement à cet effet par le seigneur, A Erfurt, par exemple, les archevêques de Mayence, retenus au siège archiépiscopal, appelaient à la haute direction de leur important atelier thuringien, des magistrats connus sous le nom device-domini, mzthume (vidâmes). Cette charge fut longtemps héréditaire dans la famille des dynastes d'Âpolda, et la famille actuellement existante de Viztkum en a tiré son nom.
L'atelier monétaire n'était pas toujours situé dans la ville, mais bien parfois dans le burg seigneurial, souvent isolé de la cité. C'était une manière de le mettre à l'abri des fureurs populaires. Dans les nombreuses séditions occasionnées par les coïitinuelles dépréciations de la monnaie, les bourgeois ameutés commençaient toujours par assouvir leur colère en mettant hors de service l'atelier seigneurial, d'où sortaient tant Ae pfennigs de mauvais aloi.
Il serait presque impossible d'admettre que des monnaies aussi extraordinairement fragiles et incommodes que les bractéates, aussi difficiles à saisir sans les briser, aient pu fournir une carrière de quelque longueur, et aient pu servir pendant un certain nombre d'années à tous les besoins de la circulation journalière, sans avoir bientôt été mises complètement hors de service* Heureusement qu'il n'est pas nécessaire de venir défendre cette opinion ; car Téfude des textes et des documents monétaires du moyen âge nous révèle un fait des plus curieux, riche en déductions du plus haut intérêt, et qui explique fort bien comment les fragiles
bractéates pouvaient traverser sans trop de périls et d'accidents leur bien éphémère existence.
Nous lisons, en effet, que dans la plupart des ateliers monétaires allemands, on frappait et refondait chaque année les bractéates de Tannée précédente.
Cette opération se faisait à une époque précise, variable suivant les localités : par exemple à Fribourg, le jour de la Chandeleur; à Erfurt, le jour de Saint-Jacques, etc. Ce jourlà, le maître de la monnaie, quel qu'il fût, nommé par le seigneur, par le conseil de la ville, ou soumissionnaire à ses propres risques et périls, devait jeter dans le creuset toutes les bractéates de l'année précédente retirées de la circulation ; et le métal provenant de cette refonte fournissait alors une nouvelle émission sTnnuelle, tout aussi éphémère que la précédente.
On comprend tout le parti que devaient tirer de ces constantes transformations les possesseurs d'ateliers monétaires. Chaque frappe nouvelle était un prétexte à de nouveaux édits, une occasion surtout, et une occasion par trop tentante et facile, de diminuer le titre de l'émission nouvelle et de réaliser ainsi d'incessants et considérables profits.
Dans certaines parties de la Saxe, cette refonte de la monnaie n'avait lieu qu'à chaque nouvel avènement. C'est ainsi, par exemple, que les habitants d'Erfurt, en 1341, obtinrent de l'archevêque Henri, que sa monnaie ne serait plus renouvelée ou changée tant qu'il vivrait, et que même à l'avènement de son successeur les anciennes bractéates auraient encore cours pendant six mois à partir du renouvellement de la monnaie. D'autres fois, les habitants obtenaient que la monnaie ne serait changée que tous les trois anS; tous les six ans. D'après le droit souabe la refonte des bractéates avait lieu tous les trois ans.
Du reste, au début même du règne des bractéates, cette refonte ne se faisait pas encore à des termes aussi
rapprochés que ceux-là, mais seulement tous les huit ou dix ans au plus. Ce fait coïncide précisément avec Tépoque de l'épaisseur bien plus grande et de la fabrication bien plus soignée des bractéates, qui, par conséquent, pouvaient fournir une plus longue carrière. Toujours cependant, à chaque avènement nouveau, toute la monnaie du prince ou du prélat défunt était jetée au creuset. Nous avons vu déjà que la mort d'un prince entraînait en général de grands changements dans l'atelier monétaire et presque toujours l'installation d'un nouveau maître de la monnaie.
Ce n'est que plus tard, à mesure qu'on avance dans le treizième siècle, qu'on voit se rapprocher de plus en plus les époques fixées pour la refonte des bractéates, et, dans la seconde moitié de ce siècle, prévaut presque partout la coutume de refrapper annuellement toute la monnaie. Ce fait coïncide à son tour avec un très-grand développement du commerce, et surtout, comme il est facile de le constater, avec une déplorable négligence dans l'art de frapper les bractéates; on les fabriquait à la hâte, minces, fragiles, affreuses, tout juste assez solidespour traverser leur courte existence^ qu'on savait ne jamais devoir dépasser une année.
Quoi qu'il en soit, dans chaque atelier, depuis le jour de cette nouvelle émission fixé par une ordonnance, ni le maître de la monnaie, ni les ouvriers de la corporation, ni personne dans la ville, ne pouvait, sans encourir des peines sévères, pratiquer des échanges avec les anciens pfennigs, qui étaient démonétisés, soit le jour même, soit deux ou trois jours plus tard.
Tout r argent monnayé devait, au bout de chaque année, retourner ainsi à la monnaie; chaque habitant était forcé sous les peines les plus graves d'y apporter le sien, et pas un seul pfennig ne devait en être détourné pour un autre
usage. Une fois rapporté à Tatelier monétaire, l'ancien argent était refondu, et rendu sous forme de bractéates à ses anciens possesseurs ; et le droit monstrueux de Tépoque forçait chaque habitant à acheter ces nouveaux pfennigs par Tabandon d'un nombre équivalent d'anciens, avec addition d'un ou de deux pfennigs en plus par cent. Plus tard, cet impôt vexatoire, destructeur de tout commerce et source de gain énorme pour le seigneur, s'éleva jusqu'à quatre, six et même douze pfennigs pour cent. 11 fallait payer cet impôt pour avoir de nouveaux pfennigs, presque toujours déjà d'un titre inférieur; mais comme ces derniers seuls devaient avoir cours, il fallait bien en passer par là et s'en procurer pour les besoins de l'année. Lorsqu'un habitant avait négligé de rapporter les bractéates de l'année précédente^ il était passible de peines ou d'amendes, lesquelles variaient suivant le droit de chaque province. Ordinairement les bractéates étaient confisquées ; parfois on les lui rendait, mais après les avoir mises hors de service, en les coupant en morceaux, ou en leur infligeant une marque spéciale. Enfin, dans certaines localités, ces bractéates dépréciées continuaient à avoir cours, mais en perdant une portion énorme de leur valeur : c'est ainsi qu'à Brunswick, les pfennigs de l'année écoulée que leurs possesseurs avaient négligé de rapporter au creuset, étaient frappés d'une perte de 25 pour 100.
Ce n'était pas tout, la même opération se pratiquait pour tout l'argent étranger, pour toutes les bractéates des ateliers voisins apportées dans la ville par les habitants des cités environnantes. Avant de pouvoir pratiquer un seul achat, il leur fallait échanger àgrande perte leurs bractéates contre celles delà ville où ils se trouvaient; en d'autres termes, ils vendaient leurs bractéates à latelier monétaire de cette ville, et lui achetaient à perte celles qui pouvaient seules leur servir.
— lis —
II n'entre point dans le cadre de notre sujet de rechercher ici les conséquences d'un pareil état de choses, qui faisait de chaque seigneur à la fois un usurier et un faux monnayeur. Nous ne nous occuperons ici que de ce qui regarde spécialement les bractéates au point de vue de leur si courte existence. On comprend mieux en effet, dans les conditions que nous venons d'exposer, la possibilité pour les anciens Allemands de s*ètre servis de ces monnaies d'une si grande fragilité, monnaies qui en somme ne devaient durer qu'un an et disparaître après. Dans certaines localités même, leur existence était plus courte encore; c'est ainsi que l'on cite l'exemple de l'archevêque Wichmann de Magdebourg, qui, malgré les réclamations désespérées de ses sujets, retirait impudemment ses bractéates tous les six mois et les refrappait chaque fois un peu plus mauvaises.
Cette coutume de refondre annuellement toute la monnaie, explique certaines particularités importantes de l'histoire des bractéates; avant tout, c'est grâce à elle qu'on peut expliquer la variété souvent extraordinaire des types appartenant à un même règne. C'est ainsi que ce même Wichmann, archevêque de Magdebourg, dont l'épiscopat eut, il est vrai, une fort longue durée, est connu par plus de cent cinquante variétés de bractéates, sans compter bien des types muets qui ne peuvent lui être attribués avec une parfaite certitude.
C'est à cette même coutume des émissions annuelles qu'il faut rattacher la présence, sur une foule de bractéates, de signes différentiels spéciaux, accompagnant le même type principal uniforme, et qui ne sont autre chose que les marc|ues successives de ces diverses années. 11 est impossible de citer ici un exemple plus frappant que celui qui nous est fourni par les petites bractéates on pfennigs au type du lion, frappées pendant une longue suite d'années dans l'atelier monétaire de la ville de Brunswick [lôwenpfen*
nige). On aperçoit sur ces bractéates, dont le type principal varie à peine, une foule d'emblèmes divers, généralement placés au-dessous du lion. Chacun de ces signes indique une émission nouvelle; c'était comme une marque mise sur la bractéate par le maître de la monnaie, et qui devait signifier : bon pour l'année présente.
Schônemann, dans son ouvrage publié en 1852 et traitant de diverses trouvailles de bractéates, a fait graver des exemplaires de plus de soixante émissions annuelles de ces pfennigs brunswickois. On aperçoit au-dessous du lion, entre autres signes, une cloche, un anneau, une étoile, un maillet, une clé, un fer de lance, etc., etc., puis aussi diverses grandes initiales; et, depuis l'ouvrage de Schonemann, on a encore décrit un certain nombre de variétés nouvelles de ce même type du lion. Lorsque, bien plus tard, on eut abandonné à Brunswick la mode de la refonte annuelle, les nouveaux pfennigs, toujours frappés au type du lion, furent baptisés par le public du nom caractéristique de ewige-pfennige (pfennigs perpétuels).
Sur d'autres séries de braciéales, sur les bractéates seigneuriales et épiscopales par exemple, la même variété dans les dispositions, bien que se manifestant généralement d'une manière un peu différente, n'a également pas d'autre but que de distinguer les émissions annuelles successives. C'est ainsi que la plupart des princes ou des prélats figurent, chacun, sur une foule de variétés diverses de leurs bractéates, dans une ou deux attitudes absolument uniformes et qui se répètent sans cesse. Ils paraissent de face, debout, assis, ou ne sont vus qu'à mi-corps; seulement, de chaque main, le prélat ou le prince tient un objet ou un emblème quelconque, et cet objet, toujours différent, sert à indiquer Tannée de la frappe. Tantôt le prélat tient deux croix, deux crosses, deux sceptres fleurdelisés, deux livres, deux bannières; le seigneur lient deux épées, deux tourelles,
deux lances, etc., etc. Pour peu qu'on étudie les bractéates, on sera vivement frappé de cette foule immense de légères variantes d'un même type, variantes que Ton a cru pendant longtemps n'être que le résultat du caprice de l'ouvrier, et qui en réalité avaient pour le public du moyen âge une bien autre importance, puisqu'elles indiquaient que telle ou telle bractéate avait cours, que telle ou telle autre devait retourner au creuset.
Il en est encore de même, nous l'avons déjà dit, d'autres bractéates, généralement de petites dimensions, fréquemment retrouvées dans le Nord, et simplement marquées dans le champ d'une grande lettre gothique. Longtemps on a cru que c'étaient là des bractéates de villes différentes, et que les lettres du champ étaient les initiales de ces divei*s ateliers monétaires. La vérité de cette assertion n'a été prouvée que pour une quantité relativement petite de ces bractéates; il parait établi aujourd'hui que la grande majorité de ces initiales étaient uniquement destinées à indiquer les émissions annuelles de certains ateliers; on a réussi à reconstituer des séries de bractéates appartenant évidemment à une seule et même famille, et marquées successivement de toutes les lettres de l'alphabet gothique. On n'avait pas autre chose sous les yeux que les bractéates /l'une même ville, mais d'époques un peu différentes, époques que ces grandes initiales étaient destinées à indiquer immédiatement.
Il est encore une circonstance importante à tirer des faits que nous venons de rapporter; elle a trait aux trouvailles de bractéates et aux précieuses indications de temps qu'on peut en retirer, et qui, nous l'avons vu, sont un des auxiliaires les plus utiles pour l'étude de cette branche de la numismatique. Étant donnée, en effet, cette condition capitale que chaque émission de bractéates disparaissait presque partout et complètement à la fin de l'année, ou du
moins au bout d'un nombre d'années très-restreint, il est évident que chaque trésor de bractéates ne peut contenir des variétés appartenant à des époques bien éloignées les unes des autres, mais qu'au contraire chacune de ces trouvailles doit appartenir à une période très-limitée.
II est facile de saisir les avantages considérables qu'on pourra retirer de ce fait général; dans le cas, par exemple, d'une découverte de bractéates appartenant à plusieurs ateliers monétaires différents, pour peu qu'une indication quelconque, un nom d'évêque ou de prince, ou tout autre fait, vienne fixer la date précise d'une seule des variétés, on pourra en conclure, sans crainte de se tromper beaucoup, que la totalité du trésor appartient à une période extrêmement restreinte de la même époque.
11 n'y a évidemment là rien d'absolu, et les exceptions sont fort nombreuses. Cependant on ne saurait croire à quel point la règle que nous venons d'indiquer, facilite le classement des bractéates à leurs époques véritables, et combien fréquemment on peut en vérifier l'exactitude. Aucun fait n'est d'une application plus journalière et plus importante pour l'étude de cette classe de monnaies.
Nous devons revenir ici sur un point spécial de l'histoire des bractéates, point que nous avons déjà signalé, et qui n'est qu'un des résultats de ces émissions si fréquemment renouvelées. On conçoit, en effet, qu'une si continuelle mutation des coins entraînait rapidement des changements très-considérables dans l'apparence des bractéates d'un même atelier, lors même qu'elles appartenaient à des époques relativement très-peu éloignées les unes des autres. Il existe souvent entre les bractéates d'une même ville, frappées à un intervalle de vingt ou trente ans, des différences bien plus grandes que celles qu'entraîne un espace de temps trois ou quatre fois plus considérable, sur la majorité des autres séries monétaires, dont les coins ont
varié bien moins fréquemment. Cette, circonstance est d'une grande importance pour le classement des bractéates. Il est, la plupart du temps, impossible, à moins d'inattention absolue, de classer à une même époque des bractéates émises à une cinquantaine d'années de distance les unes des autres. Bien plus, nous l'avons déjà dit, il est souvent possible, avec quelque soin, de parvenir à préciser avec une extrême exactitude la place d'une bractéate dans une période relativement très-courte, une dizaine ou une quinzaine d'années tout au plus; et c'est justement ce fait qui n'a point attiré l'attention des fabricants de bractéates fausses, et qui a souvent permis de découvrir leur fraude. Ils ont, la plupart du temps, commis cette erreur grossière de fabriquer de nombreuses bractéates d'une même ville, bractéates embrassant souvent une période fort longue, sans se préoccuper de ces grandes et rapides variations du type. Aussi ces bractéates fausses ontelles, à travers un demi-siècle et plus, un cachet de parfaite similitude, qui non-seulement révèle la main d'un seul et unique graveur, mais est en complet désaccord avec la réalité des faits sur lesquels nous venons d'insister.
Nous avons dit que les bractéates étaient la seule monnaie nationale en usage dans une foule de localités. La monnaie d'or et de cuivre n'existait pas encore en Allemagne à cette époque; c'est tout au plus si les pièces d'or de fabrique étrangère circulaient sur les marchés principaux.
Les bractéates, si fragiles et incommodes, devaient donc servir non-seulement aux besoins du menu commerce, mais souvent même aux payements plus considérables. Les marcs et schillings^ d'après lesquels on comptait généralement pour les sommes de quelque importance, étaient de pures valeurs de convention.
Les bractéates furent les pfennigs ou deniers unifaces des
douzième et treizième siècles, et, jusqu'à la fin du treizième et plus longtemps encore, on compta dans la majeure partie de l'Allemagne d'après le vieux pied monétaire de vingt schillings ou 240 pfennigs au marc.
Au commencement, les bractéates étant d'argent presque pur, le talent ou livre comptée et le marc ou livre de poids eurent une valeur égale. Plus tard, lorsque la refonte annuelle fut devenue une coutume presque générale, les pfennigs devenant chaque année plus légers et plus mauvais, cet accord n'exista plus, et l'écart entre les deux valeurs alla toujours en augmentant. Pour les payements plus considérables on n'usa plus que du marc, comme représentant une mesure moins sujette aux variations. Il est vrai que souvent alors on se servait d'argent en barre non monnayé et pesé à la balance; mais, pour les payements importants, le même système des pesées prévalut tout aussi pour les bractéates. On évitait ainsi la peine de compter tous ces pfennigs et de vérifier leur poids, ce qui eût été une grande perte de temps, vu leur peu .de valeur intrinsèque et le nombre considérable qui entrait dans un seul marc.
On retrouve souvent de ces paquets de bractéates, parfois plusieurs paquets ensemble, dont le poids devait représenter exactement pour chacun celui d'un marc. Pour parfaire exactement le poids voulu, on avait même ajouté à chaque paquet quelques-unes de ces fractions régulières de bractéates dont nous avons déjà parlé, et sur lesquelles nous reviendrons encore, véritable monnaie d'appoint de l'époque. Parfois même on retrouve au milieu de ces paquets quelque denier à double empreinte, quelque demi-bractéate, ou bien encore des bractéates de localités éloignées, égarées au milieu de la masse totale. Tout cela rentrait dans le poids général d'argent monnayé qui représentait exactement la valeur pondérale de convention.
Ces paquets de bractéates qu'on retrouve soigneusement empilées, retenues encore les unes aux autres par la terre et l'oxyde, conservent parfois les traces des liens qui les unissaient, et sont pour nous de curieux témoignages de la manière dont les anciens Allemands parvenaient à se servir en grand de cette monnaie si incommode et si fragile.
Les bractéates empaquetées, et comme emboîtées Tune dans Tautre par leur convexité, portent alors sur leurs bords déjà recourbés, trois ou quatre empreintes plus fortement enfoncées; ces empreintes, que Ton suit tout le long de la pile de bractéates, sont la marque évidente des liens qui maintenaient le paquet tout entier.
Un trésor découvert à Seifersbach en 1865, renfermait trois paquets de grandes bractéates de Henri Tlllustre de Misnie; ces trois paquets, contenus dans une poterie gros^ sière, retenus ensemble par l'oxyde et la terre, devaient peser chacun un marc; l'un comptait 242 bractéates et trois moitiés comme appoint; l'autre, 244 et une moitié; le troisième enfin, 238 et cinq moitiés; la section ne paraissait pas avoir été faite aves les ciseaux ou le couteau, mais bien par un mécanisme tout à fait spécial. Malgré les recherches les plus minutieuses, on n'a pu retrouver autour des paquets aucune trace d'une substance enveloppante; ils paraissaient plutôt avoir été retenus par des liens.
Dans une autre trouvaille faite à Weisskirchen, les bractéates étaient soigneusement et régulièrement empilées; les moins bien conservées adhéraient entre elles par paquets de cinq à dix, et c'était leur bord qui, fortement recourbé à dessein, tantôt d'un seul côté, tantôt des quatre à la fois, les maintenait étroitement unies.
Celte coutume de pratiquer les payements par pesées du numéraire, explique pourquoi l'on continua si longtemps en Allemagne à compter par livres, marcs et schillings. Dans la
plupart des villes commerçantes se trouvaient des balances publiques, soit dans la maison municipale, soit dans un édi* fice construit ad hoc sur la place publique du marché, balances destinées à peser soit Tor ou l'argent en barre, qu'on appelait argentum examinatum y soit aussi l'argent monnayé, les bractéates, appelées argentum usuale.
Ces balances étaient sous la surveillance de certains officiers ou magistrats municipaux, souvent aussi directement sous celle du maître de la monnaie, qui cumulait alors plusieurs fonctions^ et devenait par le fait un véritable changeur. Lorsqu'on avait besoin d'argent, on allait, selon la vieille coutume mérovingienne, faire monnayer à la monnaie son propre argent, ou bien l'échanger contre de l'argent déjà monnayé. Aussi, dans chaque ville pourvue d'un marché, devait-il se trouver un bureau de change, et le plus souvent possible un atelier monétaire; et c'est ce qui nous explique la prodigieuse quantité de ces ateliers répandus en Allemagne à cette époque. Une ville sans atelier monétaire ne pouvait prétendre à voir le moindre commerce animer son marché ou enrichir ses habitants. La première préoccupation de tout seigneur ou prélat, de tout conseil de bourgeois, devait être d'établir un atelier monétaire dans leur ville, toute petite qu'elle fût. Et comme ces personnages ou ces réunions de personnages^ souvent fort obscurs et peu puissants, visaient avant tout aU bénéfice, et ne pouvaient disposer de moyens pécuniaires considérables, il n'est pas étonnant que la question d'économie, poussée même à Texcèô, ait eu à cette époque une grande influence sur le mode de fabrication de la monnaie. Cette influence, que nous avons déjà longuement constatée, se fit sentir surtout à la fin du règne des bractéates, lorsque les besoins du commerce ayant fait augmenter le numéraire dans des proportions énormes, les seigneurs furent d'autant plus préoccupés de ne pas laisser s'accroître proportionnellement les
frais de monnayage; d'où résulta une négligence plus grande de la fabrication, et la production de bractéates grossières et informes.
Nous avons parlé du procédé au moyen duquel les payements importants se faisaient en bractéates; on ne possède que peu de détails sur la manière dont ces mêmes Iractéates si fragiles étaient transportées pour Tusage journalier, qui, du reste, à cette époque devait mettre en circulation une quantité de numéraire infiniment plus restreinte <jue de nos jours. Il est évident qu'on ne pouvait les porter <lans des besaces, des poches ou des bourses faites de matière souple; elles auraient été bien vite brisées. Le récipient qui devait les contenir lorsque le bourgeois ou le c^ommerçant allemand les transportait sur lui, devait offrir <ies parois tant soit peu résistantes. On a retrouvé, quoique rarement, de pareils objets. Le plus souvent, en effet, on découvre les bractéates contenues en quantités plus ou imoins considérables dans des vases en terre, ou simple- THient répandues dans le sol. Mais on possède cependant un c^ertain nombre de petits récipients, boîtes ou capsules circulaires en métal, semblables à nos bonbonnières et qui ont été retrouvés contenant quelques bractéates. Parfois xnême il s'y trouvait de grandes bractéates au diamètre ^lesquelles celui de la boîte paraissait s'approprier parfaitement. Nous possédons nous-mêmes une de ces boîtes métalliques fort curieuse, aplatie et circulaire, marquée de pseudo-légendes en caractères gothiques, et portant, sur ses laces supérieures et inférieures planes, l'effigie d'un lion en relief. Elle contenait quelques grandes bractéates et tout fait présumer qu'elle a été fabriquée à cette intention. D'autres boîtes de formes diverses, en corne, en bois, ont égaleïïientété retrouvées contenant diverses variétés de bractéates.
Les vfermigs ou bractéates étaient la seule monnaie
frappée; mais, malgré leur faible valeur intrinsèque , elles ne répondaient point encore aux plus infimes besoins du commerce journalier. Le public, dans un certain nombre de localités, éprouva donc le désir d'avoir de la monnaie divisionnaire, d'une valeur moindre que le pfennig. On y procéda par ce mode si primitif et curieux que nous avons déjà mentionné, le sectionnement de la bractéate, ordinairement en deux moitiés, parfois en quatre quarts, sectionnement qui paraît avoir été pratiqué nettement et régulièrement à Taide d'un instrument tranchant. 11 n'est pas de collection qui ne possède des échantillons, parfois fort nombreux, de ces demi-deniers ou de ces oboles factices d'un caractère si particulier.
Cependant, comme le fait remarquer M. Grote, il est juste de rappeler que ce ne fut nullement là un fait général. En effet, si des bractéates sectionnées en fragments réguliers ont été retrouvées dans beaucoup de trésors, il ne s'en est par contre jamais rencontré une seule dans une foule d'autres; jamais même les pièces sectionnées n'ont formé la majorité d'une trouvaille. Enfin, les trésors de bractéates appartenant aux dix ou vingt premières années de l'apparition de cette classe de monnaies, ne contiennent point de ces fragments; ce n'est que plus tard , et dans un certain nombre de localités seulement, qu'on s'avisa de ce moyen de fabriquer des demi- deniers.
Ces considérations ont de l'importance; elles réduisent, en effet, à une valeur moindre, un fait qu'on a voulu généraliser et regarder comme lié à l'essence même de la nature des bractéates. Des numismatistes distingués, Schônemann entre autres, attachant à un fait de détail une valeur trop considérable, avaient émis cette théorie nouvelle de l'origine des bractéates, que l'amincissement si rapide du flanc, qui en constitue le caractère le plus saillant, n'avait
^u d'autre but que de faciliter ce sectionnement en mon- :Kiaie divisionnaire.
M. Grote, comme nous Tavons vu, a soutenu avec talent mine opinion d'un ordre très-rapproché, puisque selon lui l'amincissement du flanc a eu pour but principal, de faciliter le détachement des flancs du lingot. Mais ce savant :aa'en démontre pas moins avec évidence Terreur de SchozHiemann, en s'appuyant pour cela sur les arguments que Mious venons d'exposer, et en particulier sur ce fait euvieux, que jamais encore, paraît-il, on n'a rencontré de ^3es fragments régulièrement sectionnés dans les trouvailles «le bractéates de la première époque.
On a découvert dernièrement quelques textes anciens dont Me témoignage tendrait à infirmer, en partie du moins, H'opinion généralement adoptée sur la natuçe de ces fragmments de bractéates. On y lit, en effet, que dans certaines localités, lorsqu'un bourgeois avait négligé de rapporter son gent à l'atelier monétaire, pour qu'il y fût refondu jour de la nouvelle émission annuelle, on saisissait ces bractéates démonétisées et on ne les rendait à leur possesseur qu'après les avoir brisées en deux morceaux pour les :mettre hors de service. II se peut qu'il y ait un fond de mérité dans chacune des deux théories, et que ces fragments ^e bractéates représentent tantôt des portions de pfennigs ^volontairement coupés en deux pour les besoins du comxnerce, tantôt les débris de bractéates mises ainsi administrativement hors d'usage.
Quoi qu'il en soit, jusque vers le milieu du treizième siècle, ces bractéates fragmentées furent la seule subdivision du pfennig; vers cette époque, on commença à frapper, principalement à Brunswick, à Goslar, puis aussi <ians les ateliers monétaires d'Anhalt, des bractéates de dimensions inférieures, valant exactement une de ces demil)ractéates sectionnées. 11 en fallait donc deux pour faire un
pfennig : on les appela hcllblinge (dans les vieux documents helbelincky et plus tard hdlbeling ou helblingy de halb, moitié). Il y eut entre ces hdlblings et les pfennigs, le même rapport qu'entre les anciens deniers et les oboles. La fabrication de ces nouvelles monnaies augmenta rapidement au détriment des vrais pfennigs, et elles constituèrent la grande majorité des dernières bractéates qui inondèrent TÂllemagne et principalement les diverses provinces saxonnes, de 1300 à 1350, et jusque vers 1400. Nous savons qu'à la même époque une nouvelle unité monétaire, le gros, commença à faire son apparition en Allemagne; ses subdivisions unifaces, d'une valeur moindre encore que les hdlblings^ et qui pullulèrent en Allemagne pendant deux siècles, ne rentrent plus en aucune manière dans l'ancien système du denier ou />/i?wm^-bractéate.
Dans une foule de localités, cette monnaie minuscule, généralement frappée au titre le plus bas {scherfé)^ constitua, pendant les quinzième et seizième siècles surtout, la seule monnaie en usage pour les besoins du petit commerce ; quant aux payements plus considérables, ils se faisaient soit par livres pesées de cette petite monnaie, soit par marcs d'argent fin.
Dans certaines villes cependant, les véritables hdlblings ou oboles des bractéates persistèrent fort tard; tels sont, par exemple, les grossiers petits pfennigs, au type de Saint- Mathias, frappés à Goslar (voy. pi. Vil, 73), jusqu'après la guerre de Trente ans, et les freipfennigs, émis à Erfurt jusqu'en 1663 (voy. pi. V, 59).
Dans le Midi, en Souabe, les hdlblings, qui, là aussi, avaient fini par se montrer à côté des plus grandes bractéates, furent remplacés eux-mêmes par une petite monnaie trèsmince encore, mais frappée sur ses deux faces ; le type primitif de ces petites pièces, marquées d'une main^ fut fabriqué à Halle, en Souabe; elles en prirent le nom de heller. Il y
«ul donc dans TAUemagne méridionale des heller-pfennigsj ^ui remplacèrent les hdlblings ou oboles des bractéates.
Il résulte de tout ceci qu'on ne doit faire rentrer dans Jl'étude des bractéates véritables que les pfennigs ou deniers, ^ui, pendant deux cents ans, furent le seul numéraire ayant cours dans une grande partie de rÂllemagne, et avec eux, leur unique subdivision^ les oboles, hdlblings^ ou ^emi'PfennigSy qui, au treizième siècle, remplacèrent les :iiioitiés de bractéates ou oboles artificielles.
Lorsqu'on étudie les bractéates des divers ateliers d'une vnême province, celles de Thuringe par exemple, on est :tfrappé d'un fait auquel nous avons souvent déjà fait allusion; ^■lous voulons parler de la ressemblance extrême des types sur les bractéates appartenant à ces ateliers monétaires différents, ressemblance parfois si frappante qu'il est impossible de ne pas y voir une imitation volontaire. 11 s'est 3[)assé dans ce cas particulier, ce qui a si souvent eu lieu au xnoyen âge pour une foule d'autres espèces monétaires, amais plus cependant que pour les bractéates; et c'est là ^n des points les plus importants de leur histoire, qui donne à leur étude un cachet tout spécial.
Lorsque les bractéates d'un atelier impérial, seigneurial ou épiscopal, par l'étendue de leur circulation, par l'éléva^ tion de leur titre, ou par tout autre motif, jouissaient d'une faveur réelle auprès du public, aussitôt tous les posses^ seurs d'ateliers monétaires environnants, princes, bourgeois ou prélats, non-seulement les petits, ce qui était le cas le plus fréquent , mais bien aussi les plus puissants, se liâtaient d'imiter à l'envie le type aimé de la foule. Quel- <iues-uns, les moins scrupuleux, ou les plus effrontés, imitaient hardiment et complètement les bractéates voisines, en les fabriquant presque toujours, bien entendu, à un titre très-inférieur. On connaît de très-nombreux docu-
ments, par lesquels divers seigneurs interdisent l'entrée de leur territoire à la mauvaise monnaie voisine frappée à l'imitation complète de la leur.
Le plus ordinairement ces contrefacteurs officiels, feignant un reste de loyauté, imitaient bien absolument le type et l'aspect général de la monnaie, mais la marquaient du moins d'une légende spéciale. La supercherie n'en était pas moins complète, car, dans ces temps d'ignorance, bien peu nombreux étaient ceux qui pouvaient déchiffrer une inscription presque toujours incorrecte, abrégée ou tout à fait énigmatique. Le peuple, pour lequel les lettres del'alphabet étaient un parfait mystère, se contentait de jeter les yeux sur l'effigie principale ; et, trompé par sa ressemblance parfaite avec celle de la monnaie en faveur dans le moment, il passait outre, et le tour était joué ; la monnaie voisine, malgré sa légende distincte et son titre inférieur, n'en passait pas moins sous la protection de la meilleure.
L'exemple peut-être le plus frappant et le plus extraordinaire de ces contrefaçons si fréquentes, nous est donné par l'étude des innombrables bractéates, qui, principalement vers le milieu du treizième siècle, furent frappées à l'imitation de celles émises à Erfurt par les archevêques de Mayence, au type de Saint-Martin. Ces bractéates erfurtoises portent l'effigie du saint, mitre et revêtu du costume épiscopal, effigie qui figure si souvent sur les monnaies de cette époque. Le saint est tantôt simplement assis de face, tantôt caché en partie derrière une balustrade; il porte la crosse et divers attributs, avec la légende *. M ARTINVS. Un cercle perlé sépare ordinairement la figure centrale de la légende. Ces pfennigs fort répandus en Thuringe, grâce à l'importance capitale de l'atelier d'Erfurt, furent imités par presque tous les petits seigneurs environnants. Nous citerons principalement les bractéates, qui, frappées absolument au même type et représentant identiquement le même prélat, portent les légendes
». NiCOLAVS— . ARNSTETE — TANRODA — MA*D€*LA «. ILM€N€— «. RflLOia'rra — *. WIPfïRTVS. — Ces légendes désignent les divers ateliers monétaires d'Ârnfttadl, d'IIm, deTanrode, de Magdala, de Remda. Quelquesunes d'entre elles montrent encore mieux à quel degré d'impudence allait cette rage d'imitation. Que viennent faire, en effet, sur les bractéates seigneuriales de Magdala, deTanrode, d'Ilm, non-seulement Teffigie d'un prélat, mais surtout cette abréviation de sanctus qui précède le nom de la ville? Il y â là une intention évidente de supercherie, poar arriver à simuler jusqu'au point le plus extrême l'aspect extérieur de la monnaie d'Erfurt.
Outre ces bractéates, il en existe encore une foule d*autres absolument identiques et frappées au même type épiscopal, nais tout à fait muettes. Il est probable qu'une partie ci'entre elles ont été frappées à Erfurt; mais rien ne jprouTe que la grande majorité ne provienne de ces ateliers environnants si portés à la contrefaçon. C'est, du reste, un problème qu'il sera toujours impossible de résoudre entiè- B^ment.
Souvent, en place de légendes, les seigneurs ou les
^lles, pour paraître distinguer quelque peu leurs bractéates
€le celles qu'ils faisaient imiter, les marquaient d'un signe
particulier, parfois de leurs armes. Nous citerons, comme
exemple, les bractéates frappées par les comtes de Hohn-
stein, à l'imitation des nombreuses pièces émises par Talelier
impérial de Nordhausen. Elles ne s'en distinguent que par
la simple apposition sur la circonférence plane extérieure
de Técu échiqueté de Hohnstein. (Voy. pi. V, 53 et 54.)
Parmi les types le plus fréquemment imités, figurent les types ecclésiastiques. Soit que le caractère vénérable de ces ^gies les fit bien, voir du public, soit que la monnaie épiscopale eût en général une réputation meilleure, il est en tout cas certain qu'une foule de bractéates à type épiscopal,
principalement parmi les anépigraphes, sont des imitations fabriquées par des ateliers municipau:sç ou seigneuriaux^, mais nullement ecclésiastiques.
Un de ces types le plus souvent imités, après celui de saint Martin d'Erfurt, fut le type si connu des bractéates de Goslar, portant les deux chefs de saints et la légende des saints Simon et Jude. Une foule de seigneurs et de couvents environnants imitèrent plus ou moins servilement ces bractéates. Les uns se contentèrent de reproduire la légende ou du moins un assemblage de lettres la rappelant de fort près, et en reproduisant l'aspect trompeur aux yeux du public illettré; les autres allèrent jusqu'à imiter le type des deux têtes de face, en y inscrivant une légende différente; d'autres enfin, plus hardis encore, copièrent absolument et complètement, et la lecture des documents qui contiennent a ce sujet de nombreuses récriminations, donne la preuve à peu près certaine que beaucoup de ces bractéates que l'on est dans l'habitude de classer encore toutes à Goslar, appartiennent à des ateliers environnants dont les possesseurs n'étaient que de perpétuels contrefacteurs de la monnaie impériale. C'étaient surtout les petits barons qui ne craignaient pas de faire graver ainsi sur leurs bractéates de mauvais aloi des types qui ne leur appartenaient point; mais des faits nombreux attestent que des seigneurs plus puissants n'avaient guère plus de scrupules. On a entre autres retrouvé et décrit des bractéates frappées par Bernard d'Anhalt, duc de Saxe, portant son nom et ses titres, et qui ne sont autre chose que de flagrantes imitations des pfennigs si connus, frappés au type de saint Maurice par les archevêques de Magdebourg, dans l'atelier voisin de Halle, et qui eurent en Saxe, au moyen âge, une vogue considérable. On pourrait citer, dans l'histoire des bractéates, cent autres faits de contrefaçons aussi hardies pratiquées par des seigneurs ou des prélats, que leur importance semblait
devoir mettre au-dessus de pareilles pratiques. Nous rappellerons seulement encore les célèbres et belles bractéates trouvées dans TOdenwald, et qui, selon toute apparence, sont des contrefaçons des monnaies de l'empereur Fré- <léric V\ Sur ces imitations, frappées par l'arche vêque Conrad de Mayence, ce prélat a fait figurer une effigie couronnée absolument identique à celles des bractéates im*^ périales, mais seulement entourée de la légende CVNR A DVS, destinée à sauver les apparences.
De même que l'étude de la numismatique ancienne est ^ tout instant entravée par la présence d'innombrables pièces fausses ou douteuses, de même il existe de très-nombreuses i)ractéates fabriquées par des faussaires modernes. Ces contrefaçons n'ont pas peu contribué à jeter dans cette ^tude déjà si difficile, de nombreuses obscurités, des erreurs <iéplorables, et ont souvent servi à étayer les plus fantastiques affirmations. Très-souvent ce sont des types véri- ^bles, simplement retouchés; c'est ainsi qu'une inscription ^courtée ou douteuse est fréquemment complétée par le i^aussaire, ou totalement transformée par lui au gré de son imagination, ou des erreurs qu'il a voulu propager. Dans l)eaucoup d'autres cas, ce sont des bractéates fabriquées de toutes pièces» et qui n'ont jamais eu d'existence que dans la j)ensée du faussaire. Mais celles-là sont plus généralement faciles à reconnaître, pour peu qu'on ait quelque peu étudié Jes bractéates.
Très-souvent enfin les bractéates fausses ne sont que des imitations serviles de pièces fort rares, que leur prix élevé -signale à la cupidité des fabricants. Ces imitations sont j)arfois d'une étonnante perfection. C'est ainsi que l'observateur le plus attentif ne distinguera qu'avec peine les véritables bractéates au type de l'aigle éployée de Falken- «tein et entourées de Tinscription ERTMM. VELMAR» ME
FICID. d'avec leurs nombreuses et parfaites contrefaçons.
Chose curieuse, la grande majorité des bractéates inventées ou imitées ont été fabriquées au siècle dernier, et ne sont pas d'époque toute moderne. Déjà, vers la fin du dixseptième siècle, on retrouve des traces de bractéates fausses, par exemple, dans certains écrits devenus rares d*01earius; mais rimitation est si grossière et le dessin d'une si flagrante invraisemblance, que la supercherie est facile à découvrir.
Quant aux bractéates imitées ou créées avec plus de perfection, elles paraissent pour la plupart avoir été fabriquées depuis le commencement du siècle dernier, à l'époque où se développa rapidement en Allemagne le goût de la numismatique du moyen âge, presque complètement négligée jusque-là. Alléchés par le prix élevé des bractéates et la demande rapidement croissante, quelques hommes sans scrupules conçurent la pensée coupable, non-seulement d'imiter des bractéates déjà connues, mais même d'en fabriquer de complètement nouvelles. 1-.' absence de travaux antérieurs explique comment les premiers écrivains allemands, qui contribuèrent à répandre quelques notions sur cette classe de monnaies alors si peu étudiée, et dont ils connaissaient eux-mêmes fort peu la véritable nature, se laissèrent si aisément tromper par les créatibns de quelques habiles faussaires. Puis, à mesure que Schlegel, Schmidt, Leuckfeld et d'autres, eurent popularisé davantage l'étude des monnaies du moyen âge allemand, à mesure augmentèrent le nombre et l'habileté des fabricants.
Aussi ce fut avec une parfaite bonne foi, mais sans critique aucune, que ces écrivains peuplèrent leurs ouvrages de descriptions de bractéates absolument dépourvues d'authenticité; ils enrichirent l'histoire de la numismatique allemande d'une foule de noms de princes et de prélats parfaitement imaginaires, et qu'ils avaient triomphalement déchiffrés sur ces pièces inventées.
Peu à peu, rendus attentifs par les conclusions historiques, souvent par trop fantastiques, tirées de tant de bractéates fausses, des observateurs moins naïfs commencèrent à éprouver des doutes sérieux. Le jour se fit, quoique lentement, et, à rheure qu'il est, on a la certitude que nonseulement il existe, soit dans les ouvrages du siècle dernier, soit dans les musées ou les collections particulières, de nombreuses séries de bractéates imitées, retouchées ou complélement fausses, et cela parmi les plus belles et celles qui passent pour Jes plus rares. Cependant, chose bizarre, il existe anssi une quantité d'imitations relativement modernes des petites bractéates les plus vulgaires et les plus répandlues. Cela prouve une seule chose, c'est qu'il fut un moment où ces mêmes bractéates étaient beaucoup plus rares qu'elles Mie le sont devenues aujourd'hui, grâce à de nombreuses et c^onsidérables découvertes de trésors faites depuis une centaine d'années. Dans la première moitié de ce siècle, un faussaire a fabriqué à Berne de nombreuses petites bractéates de Souabe, de la Suisse allemande, des comtes de Tieuch&tel, etc., etc.
A l'époque actuelle, grâce à d'intelligentes et persévérantes recherches, la plupart des erreurs dès auteurs an- <^iens ont été rectifiées, et les nombreuses bractéates fausses, <iont fourmillaient les ouvrages classiques publiés au siècle dernier ou au commencement de celui-ci, comme, par exemple, l'ouvrage de Becker, sont définitivement rayées du cadre de la numismatique allemande. Tout n'est pas fini cependant, et il est probable que, d'ici à quelque temps, des bractéates, sur Tauthenticité desquelles ne pèse encore aucun doute, seront reconnues pour être, elles aussi, l'œuvre habile d'indignes faussaires.
Parmi ceux-ci, il en est un qui mérite entre tous une place à part, pour l'habileté et l'étendue de ses supercheries; nous voulons parler de Seelander, longtemps considéré
comme une des gloires de la numismatique allemande, auteur de travaux célèbres sur les bractéates, que plus que personne il a contribué à faire connaître au siècle dernier. On sait aujourd'hui que cet érudit fut en même temps un faussaire, et un faussaire d'autant plus dangereux qu'il sut mettre au service de ses coupables intentions des connaissauces étendues, une intelligence hors ligne, et malheureusement aussi un grand talent de graveur.
Longtemps son ouvrage intitulé : Zehen Schriften von teutschen Mùnzen mitlerer Zeiten. Hamwver, 1743, fut entre " les mains de tous ceux qui étudièrent la numismatique du moyen âge allemand; ses planches, gravées avec une rare perfection, représentaient les types prétendus des plus belles bractéates connues.
A l'heure qu'il est, il n'est presque plus permis d'avoir de doutes sur les pratiques malhonnêtes de Seelânder ; il faut regarder comme fausses ou retouchées une foule de ses magnifiques bractéates. Lui seul paraît les avoir fabriquées, publiées et répandues dans toute l'Allemagne, au grand détriment de la science. C'était, du reste, le premier auteur allemand qui eût peuplé ses planches de bractéates fausses, artistement et nettement fabriquées.
Dans le journal numismatique de Weissensee (année 1860), se trouve une critique détaillée de l'ouvrage de Seelânder. Une foule d'erreurs, malheureusement presque toutes volontaires, y sont relevées et rectifiées; longue est la liste des bractéates fausses. Aucune preuve absolument certaine n'est là pour accuser Seelânder, mais bien une foule d'indices d'une accablante évidence. Il est, en efifel, un fait parfaitement positif, c'est que de son temps il dut exister une fabrication trcs-active de bractéates fausses. Or, à cette même époque, personne ne s'est occupé des "bractéates avec autant d'activité et de zèle que Seelânder, originaire d'Erfurt, en Thuringe, et que l'on sait avoir été un graveur
excellent. 11 possédait une nombreuse collection de bractéates, tant en exemplaires originaux, qu'en empreintes ou en simples dessins. Lui seul peut, et cela grâce à son extrême habileté, avoir été Tauteur d'un nombre si grand de bracléates fausses, d'un si beau travail et si intelligemment exécutées. Un graveur ordinaire eût été incapable d'une pareille œuvre, et surtout n'eût pu réussir à se procurer tous les modèles possédés par Seelànder, qui avait visité les collections les plus renommées d'Allemagne. Enfin, preuve plus accablante que toutes les autres, ces imitations révèlent une intelligence dès longtemps et parfaitement familiarisée avec les types du moyen âge.
Au cours des nombreux voyaiges que fit Seelànder, principalement dans le nord de l'Allemagne, pour enrichir sa collection, il dessina toutes les bractéates qui lui parurent intéressantes; puis, d'après ces dessins représentant souvent des exemplaires indistincts ou incomplets, il fabriqua de nouveaux coins, en complétant volontairement Jes légendes, ou bien en les modifiant et les transformant du tout au tout. Généralement donc, sur les grandes bractéates fabriquées par lui et se rapportant surtout aux principautés ecclésiastiques de Wurtzbourg, de Fulde, de Hildesheim, de Corvey, on retrouve des inscriptions plus considérables que sur les pièces originales de la même époque. La forme des lettres est aussi trop moderne, et les légendes sont d'une bien trop grande régularité.
Il est un autre fait, dont nous avons du reste longuement parlé, et qui a échappé à l'habileté de Seelànder ; et c'est ce fait même qui peut le plus souvent mettre sur la trace de ses supercheries. On sait, en effet, que les types des bractéates se modifiaient d'année en année avec une extrême rapidité. Or souvent, en comparant entre elles les bractéates de Seelànder, on reconnaît non-seulement de suite, qu'elles sont l'ouvrage d'un seul et unique artiste.
mais on s'aperçoit en même temps que des pièces qui de* vaient avoir été frappées à un siècle de distance ont toute l'apparence de pièces jumelles.
En outre, pour leur donner un air d'ancienneté, Seelânder a donné à ses bractéates une teinte bleuâtre, parfois noirâtre, répandue sur elles comme une légère buée, exactement de même que sur les coins antiques faux, fabriqués par Becker.
Comme il résulte de la fragilité ordinaire des bractéates, que la plupart d'entre elles sont écornées ou cassées sur leur bord, Seelànder s'efforça d'imiter cette particularité sur beaucoup de ses contrefaçons; mais, sur celles-ci, la brisure naturelle est remplacée, soit par une section mécanique d'apparence beaucoup trop nette, et produite à l'aide d'un instrument tranchant, soit par une déchirure faite avec les mors d'une pince.
Enfin, le métal même, dont le titre, pour les bractéates véritables, varie d'une extrême à l'autre, suivant leurs diverses variétés, est toujours d'une composition parfaitement identique dans celles de Seelànder, soit qu'il ait négligé ce point particulier, soit qu'il ait éprouvé de trop grandes difficultés à opérer différemment.
Il est le plus souvent facile de retrouver les types originaux, d'après lesquels ont été fabriquées les bractéates fausses, et principalemeipt celles de Seelànder. C'est ainsi que M. de Posern-KIett , frappé de l'extrême ressemblance qu'offraient certaines bractéates de Mayence publiées par Seelànder, avec des bractéates épiscopales de Mersebourg, fut pour la première fois amené à se demander si toute celte série n'était pas fausse d'un bout à l'autre. Poursuivant cette piste, il en vint à découvrir non-seulement un nombre considérable de bractéates fausses, dans la riche collection municipale de Leipsick, dont il était conservateur, mais bien aussi dans sa propre collection ; il acquit ainsi la triste
conviction de la fausseté d'un nombre considérable de bracléates encore regardées et recueillies comme authentiques par les numismatistes allemands.
Sur les belles bractéates mayençaises de Seelànder, ce faussaire a presque toujours conservé les types des bractéates bien plus anciennes de Mersebourg; la légende seule est retouchée; c'est ainsi que le nom de Tévèque Eberhard est transformé en celui de l'archevêque Gérard I'% qui vécut un demi-siècle plus tard.
Mais c'est dans la remarquable série des bractéales épiscopales de Wiirtzbourg, publiées par Becker, d'après les planches et les coins de Seelànder, qu'éclate plus que partout ailleurs l'audacieuse supercherie de ce dernier. En effet, il est aujourd'hui établi que jamais il n'a existé en Franconie de bractéates véritables, jamais surtout de bractéates de si grandes dimensions^ et d'une si belle fabrication. Aussi, pendant plus d'un siècle, jusqu'à ce que les doutes sur l'honnêteté de Seelànder eussent pris quelque consistance, les bractéates des évêques de Wiirtzbourg furent-elles un sujet de trouble et d'étonnement pour les numismatistes allemands. Maintenant, du moins, leur opinion est fixée sur ce point, et toutes ces belles pièces dont nous avons fait reproduire (pi. VllI, n° 101) un exemplaire d'après l'ouvrage de Becker, doivent être reléguées parmi les séries imaginaires.
Dans la foule des bractéates fausses, fabriquées par Seelànder, nous citerons encore les nombreuses et belles pièces des évêques de Hildesheim et des abbés de Fnlde, puis aussi les bractéates impériales sur lesquelles figurent les noms retouchés des empereurs Lothaire et Conrad ; enfin, les bractéates imaginaires des abbés de Corvey, qui n'en ont jamais fait frapper.
Seelànder vécut presque continuellement à Hanovre ou dans les alentours de cette ville. Un fait qui donne plus
de poids encore à raccusation de faussaire portée contre lui, est que les plus anciennes coHections de cette localité et des environs, contiennent un nombre tout h fait extraordinaire de ces pièces qu on croit fabriquées par lui. On pourrait arriver à donner une liste bien plus exacte encore de ses imitations, liste qui serait fort précieuse, si l'on parvenait à retrouver ses nombreux dessins qui, d'après ce qu'il raconte, lui furent volés dans un de ses voyages.
11 est curieux de rechercher quelles furent les destinées de l'ancien denier épais à double empreinte, pendant le règne des bractéates. Nous avons vu qu'au début, dans une foule de localités, ces deniers commencèrent par diminuer d'épaisseur, et se transformèrent en demi-bractéates^ d'où émanèrent les bractéates vraies. On a prétendu que dès que les bractéates eurent définitivement pris le dessus, et pendant toute leur durée, les véritables deniers à double empreinte disparurent absolument des ateliers où se fabriquait la nouvelle monnaie. Cette opinion est vraie dans la majorité des cas, mais elle souffre cependant de nombreuses exceptions. On peut même distinguer à ce sujet deux ordres défaits, ou plutôt deux degrés différents d'un môme fait. Et d'abord, dans bien des ateliers monétaires, où les bractéates finirent par régner sans partage, la disparition du denier ne fut pas immédiate; parfois même, on voit persister pendant deux règnes successifs la fabrication commune des bractéates et des deniers à double empreinte. Il est juste de dire, à ce sujet, que cette proposition, assez étonnante au premier abord, le devient beaucoup moins lorsqu'on approfondit un peu la question. On s'aperçoit en effet que, dans ces cas, il s'agit le plus fréquemment de seigneurs ou de prélats puissants possédant de vastes domaines, et par conséquent de très-nombreux ateliers monétaires, souvent disséminés à de grandes distances h travers l'Allemagne.
Or, nous savons que les bractéates ne furent jamais adoptées dans toute Tétendue de l'empire germanique, et ce que nous venons de dire n'est que la confirmation de ce fait. Le même seigneur pouvait fort bien, en effet, faire frapper des deniers dans un de ses ateliers pour la partie de ses domaines où le système des bractéates n'était pas en usage, et des bractéates au contraire, dans un ou plusieurs autres, pour ses possessions de Saxe ou de Thuringe. C'est ainsi que les archevêques de Mayence frappaient des deniers à double empreinte sur les bords du Rhin, et des demi-bractéates et des bractéates à Erfurt et à Heiligenstadt, pour leurs domaines de Thuringe et de l'Eichsfeld. Rien n'empêche du reste d'admettre que, dans certains cas, le même atelier ait pu dans un but identique frapper concurremment des deniers et des bractéates.
Un fait d'un ordre plus général nous est fourni par la numismatique des margraves de Hrandebourg : ces princes, pendant toute la période des bractéates, continuèrent à faire frapper, concurremment avec elles, de petits deniers ou pfennigs à double empreinte, qui constituèrent même une notable portion du numéraire de Rrandebourg au moyen âge. Nous verrons, à propos de la description des bractéates de ce pays, que très-probablement les margraves faisaient fabriquer ces deniers pour leurs propres provinces, ^t ne frappaient au contraire des bractéates que pour le commerce avec les États voisins, comme l'archevêehé de Magdebourg, où cette classe de monnaie seule avait cours. Ces exemples divers suffisent pour donner la raison des cas où nous voyons les mêmes ateliers frapper concurremment des deniers à double empreinte et des bractéates. Mais répétons, en terminant, que les faits de ce genre sont les moins nombreux, et que du moins, pendant un siècle et demi, la grande majorité des ateliers de Saxe et de Thuringe ont frappé presque exclusivement des bractéates. Et cela est
encore plus vrai pour la Souabe, et principalement pour cette portion de TAUemagne, qui constitue actuellement la Suisse allemande et le sud du pays de Bade. Les ateliers monétaires situés dans cette région, ont pendant deux siècles frappé exclusivement les petites bractéates dont on trouvera plus loin la description.
Les bractéates allemandes, les seules dont nous nous soyons occupés, sont toutes des monnaies d'argent. Nous serions cependant incomplet, si nous ne disions quelques mots d'un certain nombre de bractéates appartenant également à l'Allemagne, mais qui sont en or. Hâtons-nous d'ajouter que ces pièces sont toutes d'une grande rareté, et rie constituent aucun système spécial; ce sont, au contraire, des exceptions très-particulières, qu'on s'empresse de signaler dans les diverses revues numismatiques, au fur et à mesure de leur découverte.
Il faut du reste distinguer, parmi ces bractéates, deux catégories fort tranchées.
Une première classe contient un certain nombre de bractéates d'or qui ne sont que des coins modernes, soit que les faussaires aient imité en or de véritables bractéates anciennes en argent , soit qu'ils aient inventé de toutes pièces des coins nouveaux. Un certain nombre de ces pièces, appartenant principalement à cette dernière section, ont été fabriquées avec assez de soin pour tromper l'œil le plus exercé.
Cappe, dans son ouvrage sur les bractéates des empereurs, a décrit plusieurs bractéates en or, qui sont évidemment d'origine moderne. Il en est au moins ainsi des n°* 401 et 402, que Cappe lui-même tient pour des imitations anciennes, fabriquées probablement, ainsi que plusieurs autres, par quelque habile graveur de Dortmund.
La bracléate en or, que Cappe décrit aussi en tête de son
ouvrage, comme appartenant à l'empereur Lothaire II, et dont il cherche à faire la plus ancienne bractéate connue, est de fabrication hongroise et plus moderne ; peut-être appartient-elle au roi Ladislas (1272-1290). D'autres bractéates en or de fabrication moderne, et qui ont été achetées à des prix très-élevés, par certains amateurs peu défiants, proviennent des environs de Minden et de Munster.
Meyer parle de pièces unifaces en or, frappées au seizième siècle à Ziîrich, aux armes de cette ville, et qui ne doivent point être considérées comme des monnaies, mais bien seulement comme des jetons ou des marques de présence. Des pièces d'or analogues, ayant la même destination, ont été frappées dans plusieurs villes d'Allemagne, et aussi à Berne, Bàle et Zug.
A Erfurt, depuis le seizième siècle, on a aussi frappé en or quelques exemplaires de ces petites bractéates particulières, connues sous le nom de freipfennige (v. Erfurt).
Une seconde classe, beaucoup plus intéressante, de bractéates en or, est formée de pièces d'une authenticité non douteuse , et qui paraissent remonter à l'époque des bractéates véritables. Ici encore, on peut considérer deux catégories de faits très-distincts ; mais, avant tout, il faut rappeler qu'il s'agit toujours de monnaies fort rares, et presque exclusivement d'exemplaires uniques. Un certain nombre de ces bractéates en or ont été frappées avec les mêmes coins dont on s'est servi pour des bractéates en argent actuellement existantes : les types sont absolument pareils ; le métal seul est différent, et, comme celles en or sont en nombre infiniment restreint, il est très-logique de les regarder comme des exemplaires d'un caractère spécial et extraordinaire, remplaçant à peu près nos pieds-forts plus modernes.
D'autres bractéates en or, en fort petit nombre, présentent des types dont les analogies ne se retrouvent plus parmi celles
qui ont été frappées eu argent ; elles n'en constituent pas moins des pièces authentiques^ appartenant évidemment à Tépoque des bractéates, mais qui n'ont jamais été fabriquées que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. En tout cas, elles n'ont jamais été destinées à circuler, ni à faire véritablement partie du système monétaire allemand, représenté exclusivement par le pfennig ou bractéate d'argent.
La plupart du temps, la fabrication de ces bractéates doit avoir eu pour origine quelque caprice ou quelque intention spéciale du maître de la monnaie, qui frappait en or un ou plusieurs de ses pfennigs^ de même que plus tard, en Allemagne, on a presque toujours aussi frappé en or quelques exemplaires des thalers et des gros, soit comme pièces commémoratives de l'émission nouvelle , soit comme objets de simple curiosité. Â notre avis donc il existe la plus grande analogie entre ces bractéates authentiques en or^ et nos anciens pieds-forts.
Parmi les bractéates en or, ayant une authenticité non douteuse, nous citerons une belle bractéate muette, gravée dans le journal numismatique, publié à Saint-Pétersbourg par M. de Kôhne (vol. VI, pL vn, n*" 3), et qui a été reproduite par Cappe, sur la première planche de ses bractéates impériales. Un empereur y figure assis, tenant dans chaque main le globe impérial. Â la suite de la description de cette bractéate, M. de Kôhne en cite encore deux autres dont les types en argent sont connus, et qui appartiennent, selon lui, l'une au roi Przemislas Ottokar de Bohême (1253- 1278), l'autre à l'archevêché de Magdebourg, vers la première moitié du treizième siècle.
Mader et Voigt ont décrit d'autres bractéates en or des rois de Bohême.
li nous parait presque iQuIile de dire ici, qu'il n'existe pas la moindre analogie entre ces bractéates en or du moyen âge allemand^ et les célèbres bractéates d'or d'origine scan-
dinave^ dont nous avons parlé au début de notre travail, qui sont plus vieilles de plusieurs centaines d'années et n'ont jamais été des monnaies, mais bien des ornements^ des portions de parures ou des amulettes.
Les dessins les plus exacts, quoique d'un grand secours, ne peuvent jamais remplacer pour Tétude, Texamen des bractéates elles-mêmes, du moins de celles qui sont en bon état de conservation , et l'on est souvent étonné, même lorsqu'il s'agit des planches en apparence les plus minutieusement exactes, comme celles des ouvrages de Cappe, de voir quelles différences sensibles existent encore entre le dessin et l'original. C'est ainsi, par exemple, que la gravure ne peut que bien difficilement rendre le plus ou moins grand degré de courbure des bractéates, leur convexité, les variétés si considérables du relief de l'empreinte ; bien souvent, surtout, il est vrai, dans les ouvrages anciens, on croit avoir affaire à une pièce plate, quand, en réalité, elle est parfaitement cupulaire, et qu'elle présente les courbures et les reliefs les plus considérables. Les dessins représentant donc en général fort inexactement l'aspect véritable des bractéates, il est souvent préférable, pour l'étude ou les communications, d'en avoir de bonnes empreintes. Malgré la fragilité et le peu d'épaisseur de ces monnaies, ces empreintes se prennent facilement et sont en général très-fidèles^ pourvu que l'on observe certaines précautions en usage chez les numismatistes allemands, et dont chacun peut acquérir facilement la pratique. Après avoir convenablement lavé et nettoyé la face postérieure de la bractéate, dont les inégalités artificielles sont souvent dissimulées par la terre ou la poussière, on humecte cette face avec un pinceau, mais fort légèrement ; puis, après avoir rapidement étendu la cire, selon l'épaisseur et la largeur voulues, on applique doucement la bractéate sur cette cire, par sa face inférieure,
comme on placerait un pain à cacheter. Lorsque la cire est refroidie, on enlève la bractéate avec le doigt ou la pointe d'un couteau, et celle-ci se détache avec la plus grande faci* litéy pourvu qu'on n'ait pas négligé de Thuraecter préalablement, comme nous Tavons recommandé. Sans cette précaution, la bractéate peut adhérer à la cire, et il est plus difficile de la retirer sans l'endommager ; il faut en effet, pour cela, chauffer la cire, qui souvent adhère par petits fragments à la face inférieure de la bractéate.
Les numismatistes allemands des seizième et dix-septième siècles affectèrent pour le rude moyen âge de leur patrie un mépris absolu, et ne s*occupèrent que de l'antiquité, de Rome et de la Grèce. Honteux de leur barbare origine, ils ne voulurent avoir affaire qu'aux élégantes productions de la civilisation antique ; aussi faut-il remonter jusqu'aux dernières années du dix-septième siècle, pour découvrir en Allemagne les premières lueurs d*un réveil d'intérêt pour l'histoire nationale et ses monuments au moyen âge ; c'est à k même époque qu'il faut placer les plus anciennes traces de l'étude des bractéates.
Les premiers écrits qui traitèrent de ces monnaies parurent, en général, sous forme de dissertations, ayant tantôt pour objet l'examen de quelque bractéate isolée, tantôt intercalées dans l'histoire générale d'une province, d'une ville ou d'une abbaye.
Au milieu de beaucoup d'ignorance, d'obscurités, d'erreurs souvent grossières, de longueurs infinies et de digressions inutiles et pédantesques, ces écrits contiennent cependant un certain nombre de faits réels qui ont servi de base àTétude future des bractéates.
A Melle, qui écrivit de 1678 à 1699, parait revenir l'honneur d'avoir le premier attiré sur les bractéates de Thuringe l'attention de ses contemporains. Il fut suivi par Olearius,
Sagittarius, Scbmidt, Schlegel, Sperling et Liebknecht. Ces quatre derniers auteurs surtout sont d'illustres représentants de la numismatique allemande, et ont largement contribué à la connaissance plus approfondie des bractéates.
Olearius publia en 1694, à lena, son Isagoge ad numch phylacium bracteatorum, qui contient de courtes généralités sur les bractéates ; puis en 1698, toujours à lena, son Spécimen rei nummariœ, et enfin le Spicilegium antiquidatis, spicileg. II et III, lena, 1702 et 1703.
Scbmidt est l'auteur de plusieurs dissertations sur les bractéates, une entre autres sur une bractéate célèbre attribuée par lui à Henri II, comte de Blankenbourg, et qui fut l'origine d'une vive discussion entre lui et Schlegel ; il écrivit aussi un traité sur les bractéates ecclésiastiques de Pegau et de Naumbourg-Zeitz , et en dessina quelques-unes ave^ soin ; mais il les distribua d'une manière complètement fausse entre les différents prélats.
Schlegel dépassa tous ses devanciers, et le premier puilia, sur les bractéates, de véritables travaux de quelque étendue, travaux qui se distinguent par des dessins plus exacts, par des explications plus raisonnables , par une Techerche de sources plus certaines et plus sûres. Malgré cela, il est impossible, on le comprend, que ces ouvrages ne fourmillent d'erreurs et d'attributions défectueuses. Dans ses nombreux traités, écrits entre 1700 et 1725, il s'est attaché uniquement à l'étude des bractéates de Thuringe et des contrées qui l'avoisinaient directement, et y fait montre d'une véritable érudition.
Il a traité principalement des monnaies d'Eisenach, de Aiulhausen, de Nordhausen, de Weissensee, de Blankfenhourg (lettre à Schmidt), de Gotha, de Cobourg, de Mersebourg, de Hersfeld, de Saalfeld, d'Arnstadt, d'Iena, d'Altenbourg, d'Augsbourg, de Nuremberg, etc.
Un de ses contemporains, Otto Sperling, est l'auteur
d'une dissertation publiée en 1700 à Lubeck : De nummorum bracteatorum et cavorum nostrœ ac superioris œtatis origine et progressu. Ce travail contient une planche de bractéates dont quelques-unes sont bien dessinées, mais qui pour la plupart sont absolument méconnaissables. Quant aux explications qu'en donne Sperling, elles sont trop souvent fantaisistes.
Il en est de même de celles de Bircherod^ qui traita des bractéates du Danemark, dans son Spécimen antiquœ rei monetariœ Danorum, Hafniœ, 1704, ouvrage rempli de fautes grossières dont nous citerons un seul exemple : Une bractéate frappée par Albert de Brandebourg, comme bailli à Goslar, est transformée en une monnaie du roi Canut le Saint!
Notre intention n'est nullement de donner ici une bibliographie complète de la science des bractéates, mais bien d'énumérer simplement les noms des principaux écrividns qui s'en sont le plus spécialement occupés, et d'indiquer surtout les ouvrages les plus connus ou les plus indispensables qu'ils ont publiés. Nous omettons donc à dessein une foule de publications, tant spéciales que générales, éditées séparément ou intercalées dans des ouvrages de nature différente, et qui, soit par leur insignifiance, soit par les erreurs grossières qui y ^ont accumulées, soit, plus souvent encore, par leur manque absolu de valeur, n'ont qu'une importance tout à fait secondaire ou même tout à fait nulle.
Georges Lieb^necht écrivit à Helmstâdt , en 1716, une lettre-dissertation sous ce titre : De nonnullis bracteatis nummis Hassiacis, deque isiorum usu in locis Rheno sic et Franco-^ niœ vicinioribm , lettre adressée à Schmidt et publiée avec une réponse de celui-ci. Ce travail, d*une certaine valeur d'érudition, n'a plus d'importance aujourd'hui que les progrès de la science ont réformé presque toutes les propositions avancées par Liebknecht sur la numismatique hessoîse.
Heineccius est l'auteur d'un travail très-superficiel sur les monnaies si nombreuses de Goslar ; il se contente d'énumérer les moins connues d'entre elles sans chercher à les expliquer.
Franck, dans son travail intitulé : Numophylacii Vimariensis rariores bracteati nummique^ a publié des dessins précieux, mais sans explications suffisantes.
£n 1729, Dôderlein publia une Commentatio de nummis Germaniœ mediœ, volumineux fatras que relèvent seules quelques planches gravées avec soin. Kôhler, dans ses travaux célèbres et considérables publiés sous le nom de Mûnzbelusiigungen, a souvent traité des bractéates.
En 1 709, Ludewig écrivit son introduction à la numismatique allemande, ouvrage republié en 1752 avec de nombreuses notes rectificatives par Moser. Ce travail, qui ne roule guère que sur les bractéates , aborde pour la première fois toutes les questions si importantes, si ardues et si obscures de leur histoire, de leur origine, de leur patrie véritable, de leurs transformations successives, et traite longuement de leurs caractères principaux.
C'est ainsi que Ludewig s'étudie à résoudre les diverses cjuestions que se sont posées tous les numismatistes allemands. Pourquoi a-t-on fabriqué des bractéates? Oii ontelles été frappées pour la première fois? Dans quel pays ontelles existé? Quand ont-elles disparu? Doit-on les regarder Cîomme des monnaies véritables ou bien comme des médailles? Bien qu'il y ait, par suite de la nouveauté même de L'entreprise, bien des renseignements précieux à puiser dans ^^et ouvrage, et que les rectifications de Moser aient fait ciisparaltre les erreurs les plus saillantes, celles qui restent ^ont si nombreuses encore, et sont mêlées de tant d'obscu- ^mrïiés et die bavardage, qu'il y a peut-être autant de mauvais c]ue de bon à retirer de la lecture de ce petit volume.
Cependant, il constitue la première et presque unique
tentative d'une étude générale des bractéates ; le premier, Ludewig a soulevé des questions que bien peu ont Reprises après lui. 11 faut en effet Tavouery et c'est là la grande lacune de cette partie de la numismatique, lacune que nous aurions voulu chercher à combler quelque peu , les travaux généraux sur les bractéates n'existent pas, non pas seulement les travaux de compilation et de classification, embrassant la description de la masse des bractéates connues, œuvre immense et peut-être impossible, mais bien aussi et surtout les ouvrages traitant de Tétude générale de la bractéate, considérée comme classe monétaire particulière ; tant les auteurs allemands^ déjà peu portés à s'occuper d'autre chose que de travaux tout à fait spéciaux, ont été effrayés par le manque à peu près absolu de documents. Aussi la bibliographie presque tout entière des bractéates se cornpose-t-elle jusqu'à présent de monographies, et surtout de descriptions ou d'énur^érations minutieuses, soit des bractéates d'une ville, d'un évèché, ou d'une famille de seigneurs, soit de celles qui composaient un trésor ou une trouvaille importante.
En dehors de ce genre de travaux, quelques dissertations anciennes et les ouvrages de Ludewig et de Mader constituent tout ce qui a été écrit sur les bractéates^ considérées dans leur ensemble et dans leurs caractères généraux. 11 faut, pour avoir d'autres renseignements, fouiller péniblement les revues numismatiques de l'Allemagne ou les préfaces des ouvrages spéciaux. De cette manière il est possible de retrouver encore, soit quelques courtes considérations, sous forme d'articles de journapx , soit l'énoncé de Topinion de tel ou tel auteur, sur quelques-uns des points les plus importants de cette science difficile.
Il ne faut cependant point oublier de citer à ce propos Heusinger, qui, dans son petit ouvrage intitulé : Vermch einer AbhancUung von den JNûtzen der teuischen MûnzwiS"
senschaft mittlerer Zeitenj etc. ; Nuremberg, 1 750, a présenté, au sujet des bractéates, de courtes considérations bien supérieures à tout ce qu'on avait écrit jusque-là.
Rehtmeyer, dans le chapitre numismatique de sa description de Brunswick et Lunebourg en 1722, a commis une foule d'erreurs. Le mieux serait de se servir de ses dessins seulement, sans s'occuper du texte.
Leuckfeld tient par ses monographies un des premiers rangs parmi les numismatistes allemands du dix-huitième siècle. En 1721 et 1723, il a publié les descriptions des bractéates de Halberstadt, de Magdebourg, de Quedlinbourg, accompagnées de planches bien et correctement gravées. Ses ouvrages, malgré des fautes inévitables et des lacunes nombreuses, en partie comblées par les découvertes modernes, ont encore une véritable valeur. Beaucoup de ses travaux ont été corrigés par Mader.
En 1743, le fameux Seelânder fit paraître à Hanovre ses 2ehn Schriften ûber das Mûnzwesen mittlerer Zeiten. Dans «et ouvrage pourvu de nombreuses planches supérieurement ^gravées, Seelânder aborde l'histoire des bractéates d'un ^rand nombre de localités fort importantes, rectifie une foule d'erreurs de ses devanciers, et donne de ses planches des explications claires et nettes. Malheureusement , nous J'avons dit, il est à peu près prouvé que Seelânder a été un faussaire, et que son ouvrage fourmille d'erreurs volontaires et de descriptions de bractéates fabriquées par lui-même, ce qui lui ôte naturellement presque toute valeur scientifique.
Seelânder avait entrepris un Bracteaten-Cabinet, ou description générale des bractéates, qui n'a jamais vu le jour. Son contemporain Plato est l'auteur de quelques pages excellentes publiées en 1 765 , uber einige hofgeismarische Mûnzen. Enfin Obermayr, vers la même époque, en 1763, fit paraître un volumineux travail sur les monnaies bava-
roises du moyen âge, dans lequel on retrouve d'intéressants renseignements sur les demi-bracléates de TAllemagne méridionale.
Nous arrivons à Mader, l'une des gloires de la numismatique allemande, et en particulier de la science des bractéates. Il écrivit vers la fin du siècle dernier et le commencement de celui-ci. Reprenant à propos de la numismatique de Bohême au moyen âge , dans la préface de son premier essai sur les bractéates , les notions générales qu'avait tenté d'élucider Ludewig , Mader y révèle des qualités supérieures. Faisant bonne justice des obscurités, des absurdités accumulées par ses devanciers, et s'en remettant uniquement à son bon sens et à l'examen direct, il a résumé en quelques pages les notions indispensables à celui qui veut sérieusement étudier les bractéates. Ce travail, malheureusement trop bref, dépasse en netteté et en clarté tout ce qu'on avait écrit jusqu'alors sur l'histoire générale des bractéates. Poursuivant cette étude dans son Second Essai sur les bractéates publié à Prague en 1808, Mader entre dans de plus grands détails, parcourt rapidement le champ de toute cette portion de la numismatique, donnant des exemples de toutes les séries importantes, les décrivant avec une critique sévère, corrigeant de nombreuses erreurs, en commettant peu lui-même , enseignant beaucoup de faits nouveaux. Cet homme vraiment distingué, nature créatrice et originale, a malheureusement trop peu produit, et beaucoup de ses travaux manuscrits n'ont pas été publiés, ce qu'on ne saurait trop regretter.
Avec Mader et le commencement de notre siècle, la science des bractéates entre décidément dans une voie plus sûre et plus précise ; les connaissances commencent à abonder, et bien des bractéates mal connues ou regardées comme indéchiffrables trouvent leur place véritable. Les écrivains sont plus nombreux et suivent la voie tracée par Mader, qui avait
éclairé d'une si vive lumière cette portion si obscure encore de la nniûismatique allemande. Nous ne nous arrêterons, ni au nom de Gôtz dont les travaux, excellents autrefois, sont rendus presque inutiles aujourd'hui par des publications plus récentes et plus complètes, ni à celui de Tencyclopédiste Appel, homme de talent, mais inexact et inégal ; ses descriptions et attributions de bractéates, en particulier, sont en grande partie erronées ou même tout à fait fautives.
Son élève Becker, dans son ouvrage intitulé : Ueber zwei hundert JUûnzen des Mittelalters {DresdCf 1813), a décrit de nombreuses bractéates accompagnées de planchesgravées avec le plus grand soin. Malgré de graves erreurs, corrigées depuis dans diverses revues, malgré la description de plusieurs bractéates reconnues fausses aujourd'hui, entre autres la belle série des bractéates épiscopales de Wûrtzbourg, eet ouvrage est encore d'une grande utilité.
Les travaux d'Erbstein, à Dresde, sont faits avec grand soin et beaucoup de science, mais ils sont trop spéciaux, trop détaillés, et ne peuvent être d'une utilité très-grande. Enfin, nous ne pouvons passer sous silence l'illustre Lelewel, qui, dans la troisième partie de sa numismatique du moyen âge, a consacré quelques pages à l'époque des l)ractéates allemandes. Ces pages, insuffisantes aujourd'hui, mais marquées au coin de cet homme de génie , sont encore peut-être ce qu'on connaît le mieux en France, de tout ce qui a été écrit sur l'histoire monétaire du moyen âge allemand.
Nous en sommes arrivés à l'époque toute moderne, aux ouvrages d'un usage journalier, et qui marquent pour le moment le point extrême de nos connaissances sur les bract.éates.
Nous citerons avant tout l'important ouvrage de M. de Posern-Klett (Leipsick, 1846), qui traite de l'histoire monétaire, et en particulier des bractéates de la Saxe au moyen
âge ; les bractéates des villes et des Étals ecclésiastiques de Thuringe, de Lusace, de Misnie, y sont décrites et étudiées avec une grande fidélité et une parfaite érudition. Malheureusement la mort prématurée de M. de Posem-Klett a brusquement interrompu son œuvre, et le second volume, où devaient être passées en revue les bractéates seigneuriales de Saxe et de Thuringe, n'a jamais paru.
On trouve aussi d'excellents renseignements sur la numismatique de Saxe au moyen âge, et en particulier sur Tépoque des bractéates, dans l'ouvrage de M. Bode, publié en 1847 sous le titre de : Dos altère Mûnzwesender Staateii und Stàdte Niedersachsens .
Les bractéates de la Suisse allemande et du pays de Bade ont été admirablement étudiées et très-complètement décrites dans les ouvrages du docteur Meyer, dont le dernier, publié à Zurich en 1858, sous le titre de : Die Denare und Bracteaten der Schweitz, résume les deux précédents.
Les ouvrages du baron de Berstett sur la numismatique de l'Alsace et du pays de Bade (Fribourg en Brisgau, 1840 et 1847), donnent la description des petites bractéates qui furent frappées sur les rives du Rhin.
IjCs bractéates d'Âugsbourg en particulier et de la Souabe en général ont été traitées pour la première fois par le docteur Beyschlag, Stuttgart, 1835.
Les nombreux ouvrages de Cappe, publiés de 1846 à 1860, par la beauté et souvent la fidélité des planches, par l'extrême exactitude et la minutie des descriptions, constituent les plus complètes des monographies parues jusqu'ici.
On possède de Cappe : les descriptions des bractéates de Bohême, des empereurs d'Allemagne et rois des Romains, des abbesses de Quedlinbourg, des évêques de Hildesheim, des archevêques de Mayence, de la ville de Goslar, etc. On peut reprocher à Cappe le manque du tact nécessaire à la
rigoureuse classification des bractéates d'après les époques, et même d'après les régions, ainsi qu'un parti pri^ trop opiniâtre de ne pas modifier ses opinions une fois conçues. Il a parfois aussi fait dessiner sur ses planches, plutôt ce qu'il désirait voir, que ce qu'il voyait réellement ; cela n'empêche pas que ses ouvrages ne soient indispensables pour l'étude de la numismatique des divers États, malheureusement trop peu nombreux, dont il s'est occupé.
Le docteur Schônemann, dans son travail intitulé: Zur vaterlàndischen Miinzkunde vom ztoôlften bis fûnfzehnten lahrhunderte^ a rendu de grands services , en publiant dans sa préface quelques généralités nettes et précises sur la science des bractéates en général, et surtout en donnant de très-nombreuses descriptions et attributions discutées avec beaucoup de savoir, d'une foule de bractéates, petites ou de moyenne grandeur, muettes ou restées jusque-là indéterminées.
Les descriptions savantes faites par MM. Stenzel et le docteur Erbstein, de quelques riches trouvailles de bractéates, ont aussi contribué à dissiper bien des incertitudes. Mais pour qui veut aujourd'hui étudier les bractéates en détail, et diminuer autant que faire se peut les obscurités de sa collection, la lecture attentive des revues numismatiques allemandes est absolument indispensable. Ces revues fourmillent d'articles trop souvent obscurs ou incomplets, mais où l'on trouve cependant de nombreux et intéressants détails, fruits des patientes et minutieuses investigations, si chères aux savants allemands ; on y trouve surtout d'innombrables descriptions de bractéates isolées, dont la critique est souvent faite avec le plus grand soin; enfin une foule.de monographies de bractéates de villes et d'États divers, et des descriptions de nombreux trésors.
Nous citerons en première ligne, la revue intitulée \Die numismatische Zeitung, que M. Leitzmann publie sans inter-
ruption depuis 1834 dans la petite ville de Weissensee en Thuringe. Dans cette revue, consacrée presque entièrement à la numismatique nationale, et dans laquelle nous avons largement et constamment puisé, on retrouve les bractéales presque à chaque pas. Les bracléates de presque toutes les provinces, de presque toutes les villes d'Allemagne, y sont plus ou moins complètement passées en revue; tous les ouvrages publiés sur ce sujet depuis 1834 y sont soumis à une critique sévère, sinon brillante, et du moins toujours basée sur une réelle et solide observation. Enfin, de nombreuses rectifications des auteurs anciens et d'innombrables descriptions de groupes de bractéates ou de trésors plus abondants, font de cette revue un des plus précieux auxiliaires de cette étude. On peut reprocher cependant à son savant directeur une certaine précipitation dans la rédaction de ses travaux, et la présence de planches affreuses, absolument indignes de la science moderne.
D'autres revues périodiques, bien moins spécialement consacrées à la numismatique allemande, contiennent cependant souvent des articles importants pour l'étude des bractéates. Nous citerons d'abord la revue que M. de Kôhne a publiée sous des titres différents, d'abord à Berlin, puis à Saint-Pétersbourg, puis de nouveau à Berlin, et qui se continue de nos jours par l'excellente revue intitulée : Berliner Bldtter fur die Munz- Siegel- und Wappenkunde. On y lira avec fruit les descriptions d'un certain nombre de trésors de bractéates , descriptions accompagnées de notes rédigées avec soin par M. Dannenberg, ce parfait connaisseur de la numismatique allemande au moyen âge.
Enfin les travaux critiques publiés à intervalles périodiques, par le docteur Grote, d'abord à Hanovre, puis actuellement à Leipsick, sous le nom de Mûnzstudien^ contiennent des travaux intéressants sur diverses séries de bractéates.
Parmi les monographies, nous citerons encore le travail
du docteur Hinkelbein, sur les bractéates des abbés de Fulde, paru dans le journal Buchonia^ publié à Fulde en 1829, ouvrage accompagné de nombreuses notes rectificatives par Herquel; puis aussi l'bistoire des monnaies prussiennes du moyen âge, par Yossberg (Berlin , 1843), où sont décrites les bractéates des chevaliers de l'ordre Teutonique. Les monnaies et bractéates de Poméranie ont été publiées par M. Dannenberg, dans la revue de M. de Kôhne. Enfin M. Elze a entrepris depuis peu l'histoire des bractéates de Bernard, comte d'Ânhalt et duc de Saxe.
FIN DE hk PREMIÈRE PARTIE.
SECONDE PARTIE