A. PROVINCE DE BRANDEBOURG
a. Margraves de Brandebourg. Les bractéates des margraves de Brandebourg ont été étudiées par M. de Kôhne, dans une série d'articles publiés sous forme de lettres sur la liu-^ mismatique de Brandebourg (1).
On connaît des demi-bractéates, ou du moins des deniers fort minces frappés à Brandebourg par Przibislas, seigneur 4es Wendes ou des Havelles (f 1142), qui, en se convertissant au christianisme, prit le nom de Henri, nom qui figure sur ses monnaies,
Les plus anciennes bractéates margraviales sont celles d'Albert TOurs, de la maison d'Ascanie, fils d'Otton le Riche, margrave de Soltwedel et comte de Ballenstâdt. Albert prit le premier le titre de margrave de Brandebourg ; il régna de 1133 à 1170, et fut un des grands princes de son temps. Ses bractéates sont rares et belles entre les belles ; elles ne le cèdent à aucune autre, au point de vue artistique. Albert y paraît de face, en cotte de mailles, avec le manteau doublé de vair, coiffé du heaume, richement armé de pied en cap, portant Tépée ou la bannière et le bouclier du douzième
(1) Zeitschrift fur Mûnz- Siegel- und Wappenkunde.— Berlin > an 3 et suit^
siècle, bouclier marqué d'une bande ou de quatre fasces, qui ne sont à cette date que Tarmature de Técu. La plus belle de ces superbes bractéates représente le margrave, debout, à côté de la margrave Sophie, de la famille des comtes de Reineck; légende : AD€LBERTS MARCHIO. (V. pi. I, nM.)
Tantôt le margrave, coiffé du heaume conique, paraît à mi-corps, de face ou de profil^ entre deux tourelles que réunit une balustrade richement sculptée; tantôt il ne figure qu'à mi-corps, nu-têle, tenant un sceptre fleurdelisé ou quelque autre emblème ; d'autres fois, et toujours nu-têle, il figure assis sur une voûte, tenant le glaive et la bannière. Légendes : ADELDCRTVS MARCHIO ANEHAL- DCNSI, ou MARCHIO ALB€, etc.
Sur quelques bractéates portant la légende : ABCLBRTVS MARCHIO, Albert de Brandebourg est représenté à côté de révoque Ulrich de Halberstadt, et figure, dans ce cas, comme défenseur [schutzvoigt) de Tévêché. (V. Halberstadt.) On fait rentrer dans la même catégorie des bractéates sur lesquelles Albert parait seul, mais qui ont une frappante analogie avec les types ordinaires de Halberstadt.
Une série des plus belles bractéates d'Albert l'Ours parait avoir été frappée par lui comme bailli à Goslar. (V. Goslar et pi. 1, n°2.)
Albert TOurs partagea ses riches domaines entre ses fils. L'aîné, Otton 1" (H 70-11 84), eut la marche de Brandebourg, et fut la tige des margraves de Brandebourg de la ligne d'Anhall ou d'Ascanie (ce dernier nom ne prévalut que plus tard). Les bractéates d'Otton le cèdent à peine en beauté à celles de son père, et, quand elles sont muettes, elles sont par conséquent fort difficiles à distribuer entre le père et le fils. Celles d'Otton sont cependant, en général, plus légères; on y retrouve toujours la même finesse de détails, la même richesse d'ornementation. Légendes :
— 168 ^ OTTO, OU OTTO MARCHIO, OU OTTO BRAND, ou
simplement BRANDEBVRGENS, etc. Le margrave, debout, et armé de pied en cap, porte tantôt l'épée, tantôt la bannière et un bouclier marqué de quatre fasces. D'autres fois il parait à cheval et brandissant Tépée (v. pi. I, n** 3), d'autres fois encore, debout, entre deux écuyers vus à micorps et armés de boucliers, ou bien entre deux tourelles, sur une arcade que surmontent une main céleste et deux oiseaux (des aigles ?) .
Sur une bractéate très-rare, on voit un édifice religieux gravé avec une extrême finesse, précédé d'une cour et d'un avant-portique où figure le nom d'OTTO , et sur la circonférence de la bractéate, on lit : BR-AND6BV-RG.
Un certain nombre de bractéates d'Otton sont muettes.
Sur quelques bractéales d'une grande beauté, la tête du margrave bouclée figure de face entre deux tourelles , sous une arcade que surmonte la légende : OTTO ou OTTO- MARCHIO. La légende de la circonférence S/S-SR-SIMVON IVDA, si fréquente sur les monnaies de Goslar, doit faire regarder ces bractéates comme frappées par le margrave en qualité de bailli dans cette ville ; il est plus que probable qu'il s'agit ici du premier margrave Otton de Brandebourg, et non du second, comme paraît le croire M. Cappe.
Otton P' laissa la marche de Brandebourg indivise entre ses trois fils, Otton II, Henri et Albert II, qui régnèrent conjointement, le premier avec le titre de margi'ave, les deux autres avec celui de comte. Un de leurs premiers actes fut une réduction considérable de la monnaie. Leurs brac^ téates- sont beaucoup plus petites et plus légères .que celles des deux précédents margraves, et accusent déjà une rapide décadence dans l'art de la fabrication. Ils frappèrent monnaie tantôt en commun, tantôt séparément ; mais, pour ce qui est de leurs bractéates, celles que Ton connaît ont été frappées par chaque prince isolément. Comme ces petites
bractéates de ces princes et de leurs successeurs sont le plus souvent muettes , elles sont d'une détermination très-difficile et souvent impossible. Presque toujours frappées au type du margrave debout et de face, parfois coiffé d'un heaume bas et arrondi, plus souvent la tête nue avec une longue chevelure , on ne peut guère non plus les distinguer de celles de mêmes dimensions, qui furent frappées au même type par des princes voisins, tels que les margraves de Misnie et les princes de Saxe de la maison d'Anhalt, cousins de ceux de Brandebourg de la même maison, etc.> etc.
Il en résulte que, malgré la quantité très-considérable de ces petites bractéates appartenant bien évidemment à des margraves de Brandebourg, celles qu'on peut attribuer avec certitude à chaque margrave en particulier sont fort peu nombreuses, surtout en dehors du petit nombre de celles qui portent une légende.
Les bractéates d'Otton II, l'aîné des trois frères (1184- 1206), sont beaucoup plus petites que celles du premier Otton ; elles sont aussi plus épaisses et ressemblent à celles de son frère, Henri de Gardelegen. Otton est généralement figuré debout, de face, rarement assis^ armé de la lance, de la bannière, du bouclier ; quelquefois il ne paraît qu'à micorps, avec la tête nue ou coiffée d'un heaume plutôt bas et arrondi que conique; d'autres fois enfin, le margrave est à cheval. Le bouclier porte souvent une disposition qui rappelle la fasce du comté de Ballenstâdt, et qui reparaît sur beaucoup de monnaies des margraves de Brandebourg. Sur quelques bractéates on voit, en place de reffigie du margrave, une Jête de cheval, ou bien un édifice avec une croix, ou plus souvent avec une clef placée obliquement ou en pal (ancien emblème de la ville de Salzwredel, un des premiers ateliers monétaires des margraves de Brandebourg). La plupart de ces bractéates sont muettes. Quelques-unes portent les légendes plus ou moins correctes : OTO MARCHio
ceUe< «
le de
Jles
(v. pi. I, n*4) ou BRANDC, OU OTO MARCHIO ZALTVC
(Salzwedel) ou OD DO. Sur une bractéate, on lit Z (Salzwedel; sur une autre, où figurent l'édifice et la clef, ZALLTW€D6 €STC. {Saltwedelensis est denariusiy
Un grand nombre de bractéates margraviales muettes d l'époque d'Otton II, attribuées par quelques-uns à c margrave, sont très-difficiles à distinguer des bractéates ég( lement muettes de Bernard d'Ânhalt, et même des rare pfennigs contemporains de Halle, sur lesquels Saint-Mauric figure sans nimbe. Sur les plus nombreux de ces jo/er^mj des archevêques de Magdebourg, le nimbe fait ordinairemer reconnaître Saint-Maurice, qui figure absolument dans le mêmes attitudes que le margrave de Brandebourg ou le du de Saxe. Il est plus que probable que les ateliers brandc bourgeois, magdebpurgeois et saxon, de Salzwedel, Halle < ^ittenberg, ont souvent frappé des bractéates destinées une circulation internationale entre ces trois provinces, ( que c'est là l'origine de l'extrême ressemblance de ces brac téates, ressemblance si grande qu'elle défie toutes les ten latives de classement.
Henri, comte de Gardelegen, frère d'Otton II, posséda sussi les villes de Tangermttnde et de Stendal ; mais la plupai <ie ses bractéates furent probablement frappées dans l'atc lier monétaire de Salzwedel, appartenant à son frère Otton I! Sur une d'entre elles, Henri est représenté debout, arm< tenant une épée et une clef, avec la légende : H€l N Ri C COMCS
sur une autre , son buste est placé entre deux clefs et h lettres W£{nricus) CO{mes). Les autres bractéates de (
prince sont muettes. Il abdiqua en 1188.
Le troisième fils d'Otton V% Albert II d'Arnebourg, régi
conjointement avec son frère Otton II de 1192 à 1205, pu
seul jusqu'en 1220.
11 existe plusieurs bractéates muettes frappées parles dei
frères comme co-régnants ; ils sont représentés l'un à cô
de l'autre, en pied ou seulement à mi-corps, toujours nutête. On ne connaît pas de bractéates positives d'Albert II, de la période de 1205 à 1220.
Les deux fils d'Albert II, Otton III et Jean, régnèrent conjointement jusqu'en 1266, puis se partagèrent leurs domaines et gouvernèrent isolément. On connaît de la période de leur règne commun, des bractéates muettes, sur lesquelles les deux frères sont représentés en pied, tenant entre eux le même sceptre ; quelquefois leurs deux têtes sont seules figurées. Il existe aussi deux bractéates trèsrares, frappées par le margrave Jean seul ; Tune porte son buste entre deux épées , l'autre Taigle de Brandebourg. Les légendes sont : MARCHIO I0HANN€S et O MARCHIO lOHA D€.
Les deux frères laissèrent une postérité nombreuse , Jean six fils, et Otton quatre. Les margraves de chaque ligne régnaient en commun, avec prépondérance des frères aînés.
Du margrave Jean II, on connaît une seule bractéate positive ; elle est des plus rares, et a été frappée à Crossen, ce qu'indique la légende : CRO-SS€, entourant le margrave debout, une palme dans chaque main. On classe au même margrave plusieurs autres bractéates muettes, mais ce ne sont toujours que des attributions par probabilité.
Des margraves Otton IV et Conrad 1", descendants de Jean, qui régnèrent en commun de 1282 à 1288, on connaît de grandes bractéates, toutes différentes du type ordinaire de Brandebourg, et frappées par ces princes pour leurs possessions de Lusace; elles portent une tête couronnée et la légende : OT(/o), C{unradus) y W(enerabi/es\ L{usa(tœ), \A{archiones) (V. pi. I, n^ 10). Erbstein avait cru lire sur ces bractéates le nom de la ville de Culhot.
De petites bractéates, muettes, où sont représentés des margraves au type de Brandeboui^, peuvent tout aussi bien être attribuées à ces deux princes, qu'à Otton V et Albert III
«ie la ligne Ottonienne, qui régnèrent aussi conjointemnenl.
De petites bractéates, portant une tête de face couronnée, «t la légende OTTO, appartiennent à Otton IV ou Otton V. Des bractéates de Conrad 1*"^ le montrent debout, de face, portant une épée ou deux sceptres , etc. ; elles sont tantôt xnuettes, tantôt elles portent les légendes : C-V-N (radus)^ ou iien C-VORA... M AD (rétrogade) ; et, comme toujours, ce sont ces bractéates qui ont permis d'attribuer au même prince d'autres bractéates muettes, et ayant avec celles-ci une frappante analogie. Voyez encore à Bautzen les grandes tractéates frappées dans cette ville par Conrad. La dépréciation de la monnaie avait été si rapide, que déjà les bractéates de Conrad I" pèsent juste la moitié moins que celles d'Albert TOuis.
Otton V, Albert III et Otton VI de la ligne Ottonienne, ont frappé en commun (1280-1298) des bractéates où figurent leurs trois têtes.
On attribue à Albert III seul des bractéates le représentant debout de face, avec la légende : ALB-RGG ; d'autres, plus curieuses et toujours muettes, représentent un personnage ailé (le margrave? ou bien un ange?). Enfin, sur des bractéates du même margrave, apparaît un A tantôt gothique, tantôt latin, parfois surmonté d'une tête de face. Beaucoup de bractéates muettes peuvent être déterminées par la comparaison, soit avec des pfennigs bi-faces de ces mêmes margraves, portant des légendes, soit même avec leurs sceaux.
On ne connaît pas encore de bractéates que l'on puisse regarder avec certitude comme frappées pour le Brandebourg par Hermann, fils d'Otton V (1307), ni par son successeur Waldemar (1319), après lequel s'éteignit presque aussitôt la ligne des margraves de Brandebourg de la maison d'Anhalt. Les margraves frappaient deux sortes de monnaies : des
pfennigs à deux faces, plus particulièrement destinés à la marche de Brandebourg, et des bractéates du même titre, du même poids, de la même valeur exactement. Ces bractéates étaient plus spécialement fabriquées pour le commerce avec les pays voisins, où elles avaient seules cours, principalement l'archevêché de Magdebourg, et à ce sujet nous insisterons encore sur leur ressemblance frappante avec la monnaie magdebourgeoise contemporaine, ressemblance qui apparaît déjà à l'époque d'Albert TOurs. (V. les pfennigs^ sur lesquels Saint-Maurice présente une si parfaite analogie avec les effigies des margraves sur leurs propres bractéates.)
La coutume, si fructueuse pour le prince , de retirer au bout de chaque année toutes les bractéates, et de les remplacer par de nouvelles, que le public était forcé d'acheter, existait aussi dans la marche de Brandebourg. La refonte de la monnaie devait être terminée huit jours avant la Saint- Jacques. Mais ici, il semble que les maîtres de monnaie, loin de désigner, comme à Brunswick par exemple, rémission nouvelle par une marque accessoire spéciale^ aient adopté au contraire chaque année un type tout différent de celui de Tannée précédente, et que ces changements aient été laissés à leur parfaite discrétion. Fort souvent, comme nous le verrons, ils ont fait figurer sur les monnaies margraviales les armes des divers ateliers monétaires, avec une foule de variantes très-probablement volontaires, et destinées aussi à distinguer les diverses émissions. Parmi ces ateliers, auxquels on peut attribuer ainsi beaucoup de bractéates muettes des margraves, nous citerons principalement Salzwedel, Stendal, Brandebourg, etc., etc. (V. ces noms.) Sous les derniers margraves de la ligne d'Anhalt, ces ateliers furent souvent donnés à ferme par les princes aux bourgeois de la ville, à des sociétés de banquiers ou de commerçants, ou à de simples particuliers. A la mort du dernier des margraves de la ligne
d'Anhalty ceux de la ligne de Bavière recueillirent leur succession, diminuée par une foule de morcellements; mais, à cette époque, Tàge des vraies bractéates était passé.
Le nombre des bractéates, qu'on peut avec certitude attribuer à tel ou tel margrave de la ligne d'Ânhalt, est, on le voit, fort restreint, et cependant on connaît de cette période plusieurs centaines de variétés. Beaucoup d'entre elles peuvent du moins, se rapporter, comme nous lavons vu, à quelques ateliers monétaires déterminés; mais la plupart restent encore sans attribution certaine, et tout ce qu'on a pu écrire à leur sujet, pour les distribuer entre tel ou tel margrave, n'est, la plupart du temps, que pure conjecturé.
Quant à les distinguer des bractéates muettes, si nombreuses, et à types identiques (seigneur de face, debout, à micorps, tête du seigneur, etc.), frappées à la même époque par les princes de la ûiême maison, qui régnaient sur le pays <l'Anhaltet en Saxe, c'est une entreprise des plus difficiles, «qui réclame un coup d'œil fort exercé, et ne mène généralement qu'à de simples probabilités. Ici , comme presque toujours pour les bractéates muettes, la connaissance exacte du lieu de découverte est l'unique indice sérieux, un signe de toute importance, seul capable de désigner avec quelque apparence de vérité la patrie positive d'une de ces petites bractéates.
Bractéates margraviales de Brandebourg quon 'peut attribuer à un atelier monétaire déterminé. — On attribue aux deux ateliers de la ville de Brandebourg des bractéates avec un écu portant un aigle, et surmonté de quatre tours, ou placé sous une porte qu'entourent trois ou quatre tourelles; sur d'autres figurent le buste ou la tête du margrave, placés dans l'encadrement d'une porte de ville (nombreuses variétés).
Ville de Konigsberg. — Petites bractéales à bord uni pour les plus anciennes et les plus grandes , rayonné pour les plus modernes et les plus petites, portant une tête de face couronnée, assez semblables à celles au même type que Von regarde en général comme d'origine Scandinave, mais de dimensions plus grandes ; ces dernières, en effet, sont bien plus petites et faites de métal plus épais que celles de la marche de Brandebourg.
Il est encore possible que toutes ces bractéates à tête couronnée de face aient été frappées dans Tatelier de la ville de Greifswald. (Voyez ce nom.)
Ville de Kyritz (un des plus importants ateliers de Brandebourg). — Bractéates représentant le margrave tenant de chaque main une fleur de lis, ou un sceptre fleurdelisé.
Ville de Morin. — Bractéates fort rares, portant un écu parti d'un demi-aigle et d'un poisson en pal. — Fin du treizième siècle.
Ville de Perleberg. — Les armes de Perleberg sont une étoile à huit rais ; sur les bractéates frappées dans cet atelier, le margrave figure debout ou assis entre deux étoiles. On peut même attribuer en général à cette ville toutes les bractéates des margraves de Brandebourg, sur lesquelles figurent une ou plusieurs étoiles, soit seules, soit aux côtes du margrave ou sous une porte de ville.
Ville de Salzwedel (le plus ancien atelier monétaire des margraves). — Toutes les nombreuses bractéates margraviales, sur lesquelles paraît la clef, dans les mains du margrave, ou à ses côtés. (Voy. entre autres, celles déjà décrites dans la série des bractéates margraviales, et pi. I, n° 5\)
Ville de Stendal (le plus important atelier monétaire du Brandebourg au moyen âge). — Bractéates portant une tour terminée généralement par un toit aigu. Nombreuses variétés ; /?/i?wm]^5 et demi'pfe?î7ugs. Peut-être faut-il également attribuer à cet atelier les bractéates où le margrave paraît assis ou debout, entre deux tours.
Les Électeurs de Brandebourg ont fait fabriquer au quinzième siècle, et surtout à Brandebourg, de nombreuses petites monnaies unifaces, d'un titre très-bas, qui ne rentrent plus dans la classe des bractéates. Ces monnaies sont frappées à deux types principaux, qui comportent de nombreuses variétés : Taigle de Brandebourg, ou le casque d'électeur surmonté du pan.ache de plumes, parfois d'une couronne, et entouré d'un cercle rayonné. Au-dessus de l'aigle, sur le rebord, se voient, tantôt l'initiale du nom du prince, tantôt un petit écu aux armes de Zollern. Souvent l'aigle porte un sceptre sur la poitrine.
b. Ville de BraîidenburffÇBraxidehourg). (Voyez Tarticle : Margraves de Brandebourg.) Quant aux anciens évoques de Brandebourg, qui possédaient dès 1051 le droit de frapper monnaie, on leur a attribué des bractéates muettes^ qui peuvent appartenir tout aussi bien à quelque autre évêché de la marche de Brandebourg. Cependant M. Dannenberg possède une bractéate qu'il croit pouvoir attribuer positivement à l'évêquede Brandebourg, Otton (1252-1261).
G. Ville et Seigneurie de Cottbus. — Grande bractéate analogue aux bractéates de Lusace; on y voit une tête de bœuf de face, et sur la circonférence trois grands A.
De petites pièces unifaces du seizième siècle, portant les iiouvelles armes de Cottbus, une écrevisse, ne sont point des bractéates.
d. Ville de Crossen (voyez une bracléate du. margrave Jean II). — De petites pièces bractéatiformes, des quinzième et seizième siècles, au type de Técu, parti d'une aigle et d'une double fleur de lis, et au-dessus la lettre C, appartiennent plutôt à Crossen qu'à Kyritz, comme on l'a cru longtemps.
e. Ville de Franc f or t-sur-t Oder. ' — Petites bractéates au type du coq; parfois deux coqs (diamètre plus considérable, mais appartenant plutôt àlaLusace). On attribue à Francfort-sur-l'Oder une partie des petites pièces bractéatiformes au type du casque de Brandebourg orné du panache, avec bord rayonné et dentelé.
f. Ville de Kônigsberg {in der Neumark). — Petites bractéates du quinzième siècle; tète de face couronnée, bord uni ou rayonné ; appartenant plutôt à Greifswald. (Voy. ce nom).
g. Ville de Copnick, Kôpnick ou Koperdck. — Cette vieille cité de la marche de Brandebourg parait avoir été la résidence et l'atelier monétaire principal d'un prince assez mystérieux du nom de Jackza ou Jakza, dont on connaît fort peu de chose, sans être même absolument fixé sur le point de savoir si ce nom de Jakza, qui réparait dans plusieurs documents, se rapporte à un seul personnage, ou bien à plusieurs homonymes.
En général, cependant, on est dans l'habitude d'attribuer à un certain seigneur, nommé Jakza, Jackza, Jaxa ou Jaczo, qui, de 1142 à 1156, fut prétendant à la souveraineté de Brandebourg , de belles et curieuses bractéates où figure ce nom de Jacza (forme slave du nom de Jean). Ce personnage parait avoir été le neveu du dernier roi des Wendes, Przibislas, dont nous avons déjà cité les denoii-
])ractéates. Il n'accepta point, semble-t-il, la cession de biens, faite par son oncle au margrave de la marche du Word, Albert l'Ours, et un moment même , il parait s'être emparé violemment de la marche de Brandebourg; enfin, en 1156, après une longue lutte, le margrave parvint à l'expulser définitivement, et le força à se réfugier en Poméranie, où l'histoire perd sa trace.
On possède, au nom de Jakza, de belles bractéates de deux variétés très-différentes frappées pendant sa courte domination de la marche centrale (Miitelmark) : 1"" sous une porte flanquée de deux tours carrées et crénelées, on voit figuré de face Jakza à mi-corps, armé de toutes pièces, coiffe d'un heaume bas et sphérique, tenant d'une main l'épée, de l'autre un rameau garni de feuillage. La légende «st lA-KZA-COPTNiK-CHE ou CNE. (V. pi. I, n° 14.) Ces bractéates ont donc bien été frappées à Kôpnick. Une variété de ce premier type est muette. 2"* Sur les bractéates de la seconde variété, les seules décrites par Mader, le buste du prince est figuré de trois quarts ou de profil; sur l'une, il tient une bannière et un bouclier, derrière lequel se voit une double croix ou croix patriarcale; sur l'autre, il épaule sa large épée et tient une grande palme de l'autre main; sur toutes deux, il porte les cheveux longs et une grande barbe, d'un aspect caractéristique ; c'est même un des seuls exemples d'un prince figuré avec sa barbe, sur les bractéates allemandes. Sur une de ces bractéates, on retrouve l'inscription lA-CZA. DE. COPNIC; sur l'autre, la légende est incomplète. Sur une variété, l'épée est remplacée par une bannière, et la barbe est divisée en six tresses.
Enfin une dernière et rare variété, de fabrique beaucoup plus grossière, représente Jakza, en pied, à gauche, avec le heaume conique, la cotte de mailles, la lance et un grand bouclier marqué de larges raies et portant au centre une pointe aiguë ; derrière le bouclier figure une palme. La lé-
gende est IAC-K€S. Celte légende, extrêmement curieuse, est slave, comme la fin de la première, et non latine, comme la seconde. CN€ ou K€S est pour Knaes^ Knds {prince, en slave). En outre, on voit que le nom du prince est écrit avec une orthographe différente sur ses diverses bractéates :
lACZA — IAKZA — lACZO.
Il existe de très-rares variélés des bractéates magdebourgeoises, au type si répandu de Saint-Maurice, qui sont absolument pareilles à la première bractéate de Jakza, que nous décrivons plus haut. La ressemblance est incontestable, et le type du personnage vu à mi-corps, armé de Tépée, est identiquement le même; la légende SCTS MAURICIVS seule est différente, et il manque le petit ornement florifornie de gauche. M. Leitzmann émet à ce sujet l'opinion que les monnaies de Jakza furent très-répandues à Tépoque de leur émission vers 11 56, et par suite imitées dansTalelier des archevêques de Magdebourg, à Halle. L'absence du nimbe a fait classer ces pfennigs de Saint-Maurice parmi ceux qu'on regarde, probablement à tort, comme frappés exclusivement par les burgraves de Magdebourg, (Voyez ce nom.)
Pour M. Grote, qui consacre un long article à Jakza, il a existé très-probablement plusieurs personnages de ce nom, sans qu'il soit possible d'attribuer les bractéates à l'un plutôt qu'à l'autre ; mais elles ont en tout cas été frappées vers 1150, et paraissent appartenir à un seul et même prince. M. Grote affirme, en outre, et nous sommes absolument de son avis, que ce ne sont pas les archevêques de Magdebourg qui ont imité les bractéates de Jakza, mais que le contraire est bien plutôt arrivé.
h. Ville de Kyritz. (V. plus haut.)
i. Ville de Morin. {V. plus haut.)
j. Ville de Perleberg (v. plus haul); petites bractéates portant un demi-aigle et une demi-étoile.
k. Ville de Sorau. — Petites bractéates muettes, portant \ine corne de cerf fortement recourbée, et une rosette; attribution très-douteuse.
Les nombreuses petites pièces unifaces frappées plus tard par ces dernières villes et les autres cités de Brandebourg, ne sont plus des bractéates, et rentrent dans cette classe si nombreuse, dont nous avons parlé souvent, et que les numismatistes allemands connaissent sous le nom de hohlpfenfriige.
• fl. PROVINCE DE SILÉSIE.
Les ducs et princes de Silésie, au treizième siècle, affertolèrent fréquemment la fabrication de leur monnaie à divers particuliers, souvent entre autres à des marchands jiiifs qui employèrent desgraveurs et des ouvriers de leur nation. Ceuxoi inscrivirent sur leurs bractéates des légendes en lettres l:iébraïques, comme cela eut si fréquemment lieu en Pologne, et surtout, semble-t-il^ pendant le règne de Miecislas III C 1 183-1202). Mais la plupart de ces bractéates de la fin du douzième siècle^ attribuées plus spécialement à la Silésie, ^^e portent aucune légende, au moyen de laquelle on puisse affirmer qu'elles appartiennent réellement à cette province, ;(:»Iutôt qu'à la Pologne. A cette époque, en effet, l'histoire ^:^omme la numismatique de ces deux pays sont presque onfondues, et c'est dans l'histoire des bractéates polonaises, u'il faut chercher tout ce que l'on sait actuellement sur ^^^^Ues frappées en Silésie. En général, cependant, les bractes d'un travail plus soigné et plus élégant sont polonai-
ses ; celles plus grossières sont de Silésie ; celles à légend hébraïque sont aussi plus spécialement polonaises.
Au quatorzième siècle, les ducs vendirent leur droit d frapper monnaie, ou en firent abandon à diverses villes d Silésie.
a. Ville de Breslau. — Boleslas I", fils de Wladislas 11^ roi de Pologne, devenu seigneur de Breslau et duc de Silé — sie(1169-1201),et ses successeurs, ont frappé, probablement^ à Breslau, des bractéates, dont plusieurs portent une légende, oîi figure le nom de Boleslas, BOLESLAVS DV...; sur d'autres la légende est dépourvue de sens et écrite tantôt en caractères latins, tantôt en caractères hébfaïques; d'autres enfin sont entièrement muettes, et quelques-unes doivent appartenir plutôt aux successeurs de Boleslas.
Sur ces bractéates, on voit souvent le prince à mi-corps, de face, coiffé du heaume aplati, etarmé de la lance; d'autres fois, il porte la chevelure bouclée, et est figuré de face ou de profil, seul, ou accompagné d'un autre personnage vu également à mi-corps ; d'autres fois enfin la tète de Boleslas est figurée de profil sous une voûte, comme on voit celle de saint Jean-Baptiste, sur les bractéates frappées à la même époque par Tévèché de Breslau ; la légende est BOLEZ
b. Evêché de Breslau. — Bractéates du commencement du treizième siècle, portant le chef de Saint-Jean-Baptiste de profil, avec son nom pour légende (plusieurs variétés) j d'autres fois, la tète du Saint est figurée en compagnie d'une clef et d'un édifice religieux avec la légende CAPVT lOH AN-» NIS BAPT, O (bractéate probablement fausse).
A la seconde moitié du treizième siècle appartiennent, entre autres, les types suivants : une tête ailée surmontant une plaque où figure la légende lOH-S ; une croix richement ornementée, dans les cantons de laquelle on voit la légende
CS-lOHS-CARl-TAS, OU les quatre lettres i-0-A«N, ou bien xicore quatre tètes (les quatre évangélistes ?) ', Taigle de
ilésie ; un demi-vol d'aigle, etc. ; toujours avec les mêmes 1 Rendes, une fois avec IVSTITIA.
Une rare et curieuse bractéate, représentant un prince de ^ace, coiffé du heaume, tenant l'épée et une bannière, vu à i3Qi-corps derrière une muraille élevée entre deux tourelles ^t portant les lettres VRATIZ, a été attribuée par Yossberg, de fCôhne et d'autres, au duc Yratislas de Poméranie. Pour AI. Dannenberg, cette bractéate serait plutôt silésienne, et V^RATIZ serait pour Vratislavia^ Breslau.
c. Ville de Glogau. — Petites bractéates muettes du treize ième siècle, marquées [d'un rencontre de bœuf (attribution douteuse).
d. Ville de Gôrlitz. — Une des anciennes six villes du graviat de Haute-Lusace.
Grandes bractéates cupulaires avec une couronne (la couonne de Bohême?) et la légende GORLIZ (époque de la doinatîon des rois de Bohême, ou bien plutôt de celle des argraves de Brandebou% comme margraves de Hauteusace). L'opinion d'Erbstein, qui croit que Gôrlitz fut l'uique atelier monétaire commun des deux Lusaces, est eaucoup trop exclusive.
e. Lusace {Lausitz). — ATépoque oii la Lusace était sous domination des rois de Bohême, les bractéates de ces
HÎnces y furent la monnaie courante, mais rien n'est venu nfîrmer absolument l'opinion que les rois de Bohême aient it frapper des types spéciaux pour cette province (v. cédant aux bractéates de Bohême).
A.U treizième siècle , lorsque les principales villes de la , Budissin ou Bautzen, Gôrlitz, Lauban ot Lobau ap**
partenaient aux margraves de Brandebourg, on a frappé, tant dans ces villes que dans les ateliers de Lusace, dépendant des margraves de Misnie, de nombreuses et grandes bractéates, généralement eupulaires et à reliefs considérables, d'un aspect uniforme et très-caractéristique, quoique varié dans son expression. Ce type, remarquable par sa grossièreté, est connu sous le nom de type de Lusace. Ces bractéates appartiennent, par tous leurs caractères, principalement à la seconde moitié du treizième siècle; elles ont, en effet, une grande analogie avec les grossières bracléates des margraves de Misnie contemporains, Henri Tlllustre et son fils Albert,
De nombreuses et grandes bractéates d'un type moins barbare, et par conséquent un peu plus ancien, se trouvent aussi fort souvent en Lusace, et y ont probablement aussi élé frappées au nom des margraves de Brandebourg. Beaucoup plus plates et mieux fabriquées que celles de la première variété dont nous avons parlé, munies d'un bord plat, uni, très-large et mince, elles représentent toutes le margrave assis de face, la chevelure bouclée, ou plus souvent longue et retombant sur les tempes, tenant les divers insignes du commandement, épée, sceptre, bannière, croix, etc.
Sur une partie des bractéates de la première variété, figurent des légendes composées de simples et fort grandes initiales, où les margraves de Brandebourg prennent le titre de margraves de Lusace. Telle est la grande bractéate que nous avons déjà citée, portant une tête couronnée, grossièrement figurée et entourée des lettres O-T-C-V-L-H (OT/o- CWnradm'Lusaiiœ-Marchiones); l'H remplace très-souvent l' M sur les légendes si fautives de cette époque (pi. 1, n"" 10). Voyez encore les grandes bracléates frappées à Gôrlitz (peut-être par les rois de Bohême) et à Brandebourg, avec la légende CDCM {Conradus Dei gratia marchio ; Conrad P' de Brandebourg).
Plusieurs de ces bractéates portent des initiales qui n'ont pas encore pu être déchiffrées ; la plus grande partie d'entre elles sont muettes ; mais leur type est toujours caractéristique, et se rapproche tant de celles que nous venons de décrire, qu'on ne peut jamais y voir autre chose que des monnaies frappées en Lusace, et probablement sous la domination des margraves de Brandebourg. Ajoutez à cela qu'elles se retrouvent constamment dans la contrée qui constituait l'ancienne Lusace, et que les types variés qui y sont figurés se rencontrent presque tous sur les véritables monnaies margravialeSy frappées pour le Brandebourg même. Tout ce qu'on peut dire cependant s'arrête à ce point, et pour le moment, il est impossible d'en venir à -des attributions plus précises, et de classer. à tel ou tel atelier de Lusace^ ou au règne de tel ou tel margrave, les bractéates dont nous parlons. 11 paraîtrait cependant , d'après certains numismatistes, que la plus grande partie d'entre elles auraient été frappées dans l'atelier de la ville deGôrlitz. Mais ce qui semble bien plus positif encore, c'est que beaucoup de ces bractéates cupulaires de Lusaceont été frappées par les margraves de Misnie, pour la portion de cette province qu'ils conservèrent après le morcellement de la Lusace, qui suivit la mort du margrave Conrad en 1210. Ces pièces ont en effet, nous l'avons dit, une ressemblance frappante avec les bractéates margraviales, principalement avec celles de Henri r Illustre et de son fils Albert, et c'est tout à fait à tort qu'on les a prises pour des bractéates purement municipales, frappées par les diverses villes de haute et basse Lusace.
Les bractéates cupulaires de Lusace sont fort nombreuses. Parmi les types les plus fréquents nous citerons : la tête couronnée de face; — le casque de Brandebourg avec le panache de plumes; — deux casques affrontés; — le panache de plumes seul, étalé de face en éventail (pris faussement par Erbstein pour l'écrevisse de la ville de Cottbus); — deux
demî-Yols, parfois séparés par un fer de lance ou une croix (type fréquent sur les petites monnaies à deux faces des margraves de Brandebourg) ; — un demi-vol et une demicroix; — deux clefs en pal (attribuées faussement aux abbés du couvent de Neuzelle, en basse Lusace) ; — deux couronnes opposées, avec les initiales M. N. (moneta nova) attribuées à Gotha par M. de Posern-Klett , mais ayant un trop grand air de famille avec les bractéates de Misnie ; — deux étoiles et deux croissants ; — grand coq ou poule ; — grande aigle éployée, la tète à droite (pi. I, n"* 11), ou bien aigle à deux têtes, dont les tètes, les ailes et les plumes de la queue envahissent la circonférence de la bractéate; — tige de lis; — deux croix superposées; — grande tête de chien ; — grand portail avec trois tours crénelées; — deux tours, etc., etc. Les variétés de tous ces types sont fort nombreuses.
A l'extinction de la lignée des margraves de Brandebourg de souche Ascanienne, leurs villes de Lusace retournèrent, en 1319^ à la couronne de Bohème, et lui appartinrent jusqu'en 1623.
f. Ville de Lowenberg. — Un des plus anciens ateliers monétaires de Silésie. Le duc Boleslas II y a frappé monnaie, d'après un document de 1261.
Sutorius parle de bractéates de celte ville au type du lion ; on n'en a cependant point retrouvé, jusqu'à présent, qui puissent lui être attribuées avec certitude.
g. Ville ctOppeln. — Petites bractéates du treizième siècle, aux armes de la ville : une demi-croix et un demiaigle.
h. Ville de Ratibor. — Petites bractéates du treizième siècle, aux armes de la ville : une demi-roue et un demi-aigle.
i Ville de Schweidnitz. — Petites pièces bracléatiforraes [holdpfetinige) des quatorzième et quinzième siècles, aux armes de la ville, une tête de sanglier