OBSERVATION III
(Prise dans le service de M. le professeur Poncet.)
Ostéomyélite aiguë du calcanéum.
Résection simultanée de l’astragale et du calcanéum.
Charles L..., 14 ans, entre le 30 janvier 1893 dans le service de M. Poncet, salle St-Martin, pour une affection aiguë du pied.
Antécédents héréditaires. — Nuls.
Antécédents personnels. — Le malade avant le début de son affection, a toujours eu une très bonne santé.
Vers la fin de décembre, sans cause appréciable, le malade fut pris tout à coup d’une douleur vive dans le talon droit. Au bout de deux à trois jours, le malade s’aperçut du gonflement du talon ; en même temps, les douleurs augmentaient d’intensité. Puis apparaissent des symptômes généraux plus ou moins graves: fièvre, agitation, etc. Ces symptômes ne sont point assez accusés cependant, pour que l'on ait pu croire un.
instant à un début de dothiénentérie, comme cela arrive sou- : vent. Un médecin appelé fit très probablement le diagnostic de lésion osseuse aiguë, car quelques jours après, il pratiqua sur les faces interne et externe du calcanéum, deux petites : incisions par où s’écoula assez de pus.
Huit semaines après, l'enfant entre à l'Hôtel- Dieu, ayant traversé la période dangereuse de son affection. .
À cette époque, toute la partie postérieure du pied droit est : le siège d’une déformation considérable, caractérisée par une‘ augmentation de volume avec effacement complet de tous les méplats articulaires. |
La peau est rouge, violacée en certains points et présente soit en dedans, soit en dehors du calcanéum deux trajets fistuleux, par lesquels suintent quelques gouttes de pus plus ou moins strié de sang. — Le pied a basculé en avant dans un équinisme assez prononcé, et la déformation, caractérisée surtout par l’augmentation du volume de l’arrière- pied, s'arrête au niveau de l’articulation médio-tarsienne, L’avant-pied est libre, et le malade peut facilement remuer les orteils.
L’interligne tibio-tarsien est au contraire tuméfié et douloureux ; le malade ne peut faire les mouvements de flexion et d'extension et ces mouvements passifs sont douloureux. =: On ne provoque aucune douleur en remontant et en pressant avec force le long des gaines des muscles de la jambe.
La température présente des oscillations quotidiennes de de plus d’un degré entre 3802 et 395,
- Opération, — On s’abstient systématiquement avant elle de toute exploration avec le stylet. M. Poncet se propose d'ouvrir uñe large voie jusqu’à la lésion initiale, de détruire le foyer pathologique profond, et, suivant l’étendue des altérations découvertes dans les divers temps de l'acte opératoire, enlever ou non les portions squelettiques irrémédiablement frappées..
M. Poncet fait une incision circonscrivant le bord postéroexterne du galcanéum. On arrive sur un os complètement
dénudé, entouré: de tous côtés par des fongosités inflammatoires sous-périostiques, qui paraissent seules le maintenir en rapport avec les parties voisinés. Avec quelques coups de détache-tendon, le calcanéum est facilement mobilisé et extrait à la maniëré d’un gros séquestre libre,-« à la façon'd’une noix sèche qu'on sépare de son brou. ».(M. Poncet.)
Un examen rapide de l’os enlevé ayant montré des lésions osseuses diffuses, la disparition complète. des cartilages asiragalo- -calcanéens, en même temps que des altérations avancées
- de l’astragale par continuité, avec invasion de l'articulation tibio-tarsienne, M. Poncet enlève également l’astragale. ?
La résection terminée, la large cavité talonnière ainsi formée est remplie dé gaze iodoformée, et le so la jambe sont immobilisés dans une attelle plâtrée. | ;
En ne faisant pas la réunion immédiate par première es tion, on recherche ainsi un certain degré d’irritation des couches parostales pour obtenir des bourgeons charnus, appelés à constituer plus tarde une masse plastique formant un
nouveau talon.
Fin novembre 1893 — - Etat général satisfaisant. Forme du pied. Le pied. à première vue est beaucoup plus court que l’autre, Il mesure 21 cent. de longueur, le gauche 24. La voûte plantaire est ‘un peu abaissée et le pied est un peu’
dévié en. dehors.
Station debout. — Ne ad pas le malade. \
Marche. — Es DORE va et vient toute fs journée sans bé quilles. Appuie plus fort sur le sol : avec le pied GE etc est,
surtout l’avant-pied qui appuie.
L'atrophie des. muscles, de la jambe droite consécutie à
l'opération. a complètement disparu.