OBSERVATION V
Thèse Lagrange, Paris 1880.
(Publié dans le Mémoire de MM. Lannelongue et Comby).
Calcanéite aiguë 10 mois auparavant. Ostéite prolongée. Ablation d'un séquestre.
B..., Louis, 11 ans, entré le 5 septembre 1878 dans le service de M. Lannelongue à l’hôpital Sainte-Eugénie. Cet enfant a été pris subitement d’une douleur vive au talon, quatre jours auparavant. Dès le lendemain, il y avait un gonflement considérable, de la fièvre, du délire, de l’insomnie. Ces accidents furent mis tout d’abord sur lecompte d’un traumatisme, d’une entorse. Mais comme ils ne faisaient que s’aggraver, les parents se décidèrent à conduire leur enfant à l’hôpital. M. le Dr Humbert, qui suppléait alors M. Lannelongue, ouvrit l’abcès sous-périostique et passa un drain à travers le calca-
néum, Ce traitement énergique et rationnel ne réussit pas de
suite à arrêter la marche des accidents. Déjà on avait pu constater la présence de l’albumine dans les urines. M. Humbert fut sur le point d’amputer la jambe et ne fut arrêté que par la gravité de l’état général et l’albumine. Cependant l’acuité des symptômes tomba peu à peu, les urines redevinrent normales, et l’enfant entra dans la période chronique, où nous le trouvons aujourd’hui. HAS
“État actuel. — Il est grand et pâle comme un enfant, qui fait du pus depuis longtemps, mais pas de traces de lésions scrofuleuses antérieures. Il n’a eu d’autre maladie qu’une fièvre iyphoiïde étant tout petit. Nous le considérions comme scrofuleux à cause de la lésion chronique et suppurée qu’il portait au talon. Mais un jour, mis sur la voie par des faits analogues, nous pensâmes à l’ostéomyélite et quelques questions adressées aux parents nous apprirent toute la. vérité. D RU Le talon gauche présente un développement énorme, la peau
est épaisse, rouge, violacée, Les veines sous-cutanées sont dilatées et dessinent un réseau très appréciable autour du cou-de-pied. Il existe trois fistules, deux diamétralement opposées en dedans et en dehors, vestiges du drainage fait par M. Humber1, la troisième située en ‘arrière au niveau de l’attache du tendon d’Achille. Du pus s’écoule constamment par ces orifices, le stylet fait sentir un os dénudé, la fistule postérieure traverse le tendon d'Achille au niveau de son insertion sur l’os nouveau. Quand on saisit le talon entre les doigts, on constate que le gonflement tient surtout à l’hypertrophie osseuse; le calcanéum est au moins doublé de volume. ‘La jambe est grêle ainsi que l’avant-pied, Cette atrophie audessus ct au-dessous de la lésion. contraste avec le volume énorme du talon.
Température locale du côté malade. , . . . 3705.
: id. sd. "ide sain 20 : PP 090n; ce Il est évident que nous sommes en présence d'une de ces ostéomyèélites prolongées que M. Lannelongue a fait connaître. :
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Il n’y à rien de scrofuleux dans cette lésion du calcanéum ; autour de cette nécrose, un os nouveau s’est formé et a donné lieu à cette augmentation de volume considérable. Que deviendra cette lésion ? Si l’on n'intervient pas, elle persistera indéfiniment, entretenant une suppuration intarissable qui affaiblira le malade et lui 6tera l’usage de son membre, sans préjudice de poussées plus ou moins graves qui peuvent à tout moment tenir compliquer la situation.
30 juin 1879. — L’indication étant ainsi nettement posée, M. Lannelongue après avoir fait endormir le malade et appliqué la bande d'Esmarch, pratique uneincision à la partie ex-
. terne du talon au niveau de la fistule externe, en ayant soin de ménager les tendons péroniers. L’orifice intra-osseux qui se présente est agrandi à l’aide de la gouge et de la pince Liston. On peut sentir alors avec le doigt une cavité contenant un gros séquestre mobile. Après quelques tentatives faites avec des pinces, il a été possible d'extraire le séquestre tout entier. Il a le volume d’une grosse noix et présente une face postérieure rugueuse, silionnée, rappelant tout à fait la surface d'insertion du tendon d’Achille. Une face interna lisse, régulière, semée de trous de diverses grandeurs, formant le "premier degré de la vermoulure. Ce sont les deux ‘seules faces reconnaissables du calcanéum ancien. En dehors, ‘au contraire, il manque plusieurs fragments quiont été enle- ‘vés par les pinces lors des premières tentatives d'extraction. Le tissu, à ce niveau, est très spongieux et rempli d'une ‘moelle gélatiniforme. Après. l'extraction du séquestre, on peut ‘explorer la cavité qui le contenait ; elle est assez régulière et ‘occupe tout l’intérieur du calcanéum nouveau, réduit par ‘cela même à une coque osseuse assez résistante pour supporter la pression des os voisins. Le tendon d’Achille s'insère sur cet os nouveau à sa partie postérieure. On voit très bien que la fistule postérieure traverse le nouveau calcanéum pour pénétrer dans la cavité qui contenait le séquestre. L’opération étant terminée, un gros drain est introduit dans la ca- “vité et un pansement de Lister recouvre le tout. La cavité du
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calcanéum de nouvelle formation ne tardera pas à se fermer, et la guérison sera prompte. Les premiers jours, en effet, il y a à peine un peu de fièvre, la cavité bourgeonne, la suppuration diminue et l'enfant va aussi bien que possible.
OBSERVATION VI. (INÉDITE.) (Due à l’obligeance de M. le professeur Poncet.)
Calcanéite aiguë,
B..., 12 ans, entre le 14 juillet 1887, dans le service de M. le professeur Poncet, salle Saint-Joseph, lit ne 25.
Antécédents héréditaires nuls.
Antécédents personnels. Pas de maladie antérieure. Pas de signes de scrofulose.
Maladie actuelle. Il y a six semaines environ, il éprouva subi. tement dansle pied droit, sans causeoccasionnelle appréciable, une douleur extrèmement vive. En même temps anorexie, frissons. Le pied enfle rapidement, et le malade est obligé de rester couché. Le gonflement du pied progressa assez vite; et au bout de huit jours, une ouverture spontanée se fit à la partie interne du calcanéum, puis une seconde, ensuite trois autres à la partie externe. Par ces ouvertures, sort un pus séro-sanguinolent,.
. Actuellemont, on constate encore un gonflement de toute Îa partie postérieure du pied, bien accusé sur les parties latérales, mais peu à la face antérieure. La peau est violacée par places. Les fistules donnent encore issue à du pus séro-sanguinolent. La pression. est extrêmement douloureuse sur le calcanéum,
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pas sur les malléoles. Les mouvements sont, douloureux. et le malade ne peut poser le pied. à terre,
Le 27 juillet, on résèque le calcanéum. Etat général s’améliore. Appétit revenu. Pas de toux.