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CHAPITRE IL

Symptomatologie. — Complications.

«Plus rares, moins faciles à diagnostiquer, souvent plus profondes que les lésions des os longs, celles des os courts sont d'autre part remarquables au point de vue anatomo-pathologique par l'étendue généralement moindre de la nécrose », dit M. le professeur Gangolphe dans son livre sur les maladies infectieuses et parasitaires des os. Nous ajouterons que leur symptomatologie est aussi bien plus variable, notamment en ce qui concerne le calcanéum.

Nous avons, d’après nos observations, pu distinguer en effet trois formes de calcanéites infectieuses.

La première, heureusement la plus rare, est ia forme suraiguë, presque foudroyante. Nous en rapportons deux exemples très beaux. Les sujets jeunes, surpris en pleine santé, ayant subi seulement l’action du froid ou d’un léger trauma, ont été pris tout-à-coup de frissons violents, de céphalée intense, avec abattement extrême et délire, dès le début même de l'affection, La

température était élevée, et on avait un tableau, se rapprochant, pour un de nos malades, du rhumatisme cérébral, pour l’autre de la fièvre typhoïde. Mais les douleurs ayant manifestement pour siège le talon dominaient, intermittentes, excruciantes, exagérées par le moindre mouvement, le heurt du lit, et à plus forte raison par la palpation. En même temps existait un gonflement très marqué de la région avec œdème de la jambe. L'infection était d’ailleurs si intense que nos malades succombèrent en quelques jours, avec d’autres localisations infectieuses, osseuses ou viscérales, ayant leur rôle dans ce dénouement si rapide.

Ce n’est heureusement qu’une exception, et la panostéite calcanéenne n’évolue point toujours avec cette rapidité. La seconde forme ou forme aiguë avec état général plus ou moins grave, mais où les lésions paraissent limitées, circonscrites, est la plus fréquente. Ici c’est une douleur vive, ayant son siège surtout en arrière dans la zone juxta-épiphysaire (point de départ le plus fréquent de l’ostéomyélite), qui est le phénomène initial. La douleur à ce niveau peut être très violente, spontanément et surtout à la pression. Elle s'accompagne alors de phénomènes généraux plus ou moins graves : fièvre, agitation, soif vive, appétit nul, qui peuvent faire croire au médecin, non prévenu dela possibilité d’une calcanéite, à toute autre chose, qu’une ostéite infectieuse. Mais au bout de deux ou trois jours survient un gonflement œdémateux du pied, apparaissant tout d'abord en arrière dans la région des malléoles, en raison de l'épaisseur des téguments plantaires. La peau est luisante, parsemée de plaques

ayant une teinte vineuse, violacée, Une huitaine de jours suffisent ordinairement pour la formation de l’abcès sous-périostique, Si on laisse alors, et cela est fréquent, la suppuration envahir les articulations voisines, on pourra observer tous les symptômes objectifs et subjectifs d’une arthrite aiguë tibio-tarsienne, que nous n'avons pas à rappeler ici.

Le plus souvent quand le malade se présente au médecin, la période aiguë de {l'affection est passée. On constate alors une déformation plus ou moins considérable de l’arrière-pied, caractérisée par une augmentation de volume avec effacement complet de tous les méplats articulaires. La peau est rouge, violacée ; présente quelquefois des orifices fistuleux, reliquat des ouvertures spontanée ou chirurgicale des abcès profonds. Le pied bascule souvent en avant dans un équinisme assez prononcé, surtout quand par continuité l’astragale et l'articulation tlbio-tarsienne ont été envahies.

Il va sans dire que pendant l’évolution de tous ces symptômes, la marcheestimpossible, pas même souvent avec des béquilles. |

Nous ferons enfin entrer dans une troisième catégorie que nous désignerons sous le nom de calcanéites subaiguës, ces cas d’ostéomyélite du calcanéum, qui évoluent presque sans réaction générale, où les phénomènes locaux sont beaucoup moins marqués, èt qui demandent des mois pour la formation de quelques séquestres. C'est surtout au moment où la soudure de l’épiphyse avec la masse calcanéenne doit se produire, c'est-à-dire généralement entre 16 et 18 ans, que la

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calcanéite revêt ce type, et nous avons tout lieu de croire ainsi que l'affection locale est plus ou moins en rapport, dans sa malignité relative, avec la faible activité ostéogénique de l’épiphyse en voie d'ossification.

Quant aux deux cas curieux et intéressants d’ostéilé calcanéenne, à la suite de blennorrhagie, signalés par Jacquet, les seuls symptômes subjectifs étaient la douleur avec impossibilité de poser le pied à terre, avec une tuméfaction en masse du calcauéum, comme symptômes objectifs.

Complications. — On a observé, dans l’ostéomyélite du calcanéum, quelques complications pouvant parfois amener la mort.

La plus fréquente, c'est l'extension du processus infectieux aux articulations voisines, nécessitant quelquefois des ablations plus larges (Observation Charles L...), comme l’ablation de l’astragale.

On a noté aussi des complications viscérales, surtout dans les formes aiguës et graves. La bronchopneumonie, la péricardite, les épanchements pleuraux ont été signalés ainsi que des abcès multiples dans les reins. L’ostéomyélite paraît alors revêlir dans ces cas une véritable forme pyohémique. L'élévation de la température, les désordres fonctionnels des divers appareils intéressés peuvent attirer l’attention et permettre le diagnostic. Toutefois l’état d'adynamie est souvent si marqué et l’évolution de la maladie si

rapide, que la plupart du temps, c’est sur la table d’amphithéâtre que l’on reconnaît les complications viscérales. |

Enfin Lücke a cité un cas de mort par suite d’embolie graisseuse du poumon chez un sujet atteint d’ostéite calcanéenne.

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