‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 10 sur 110 · CANAUX DE FAZELEY, DE FAZELEY AND BIRMINGHAM, ET DE OLD BIRMINGHAM · texte numérisé non relu

CANAUX DE FAZELEY, DE FAZELEY AND BIRMINGHAM, ET DE OLD BIRMINGHAM

On doit observer que l’on va parler ici de trois canaux contigus, comme ayant été incorporés ensemble par actes du Parlement, tant .à cause de leur entière connexion, que parce qu’ils ont été établis aux frais des mêmes actionnaires.

Le premier, nommé par plusieurs auteurs Canal de Fazeley, joint le Canal du Grand Trunckà celui de Coventry, sur un seul niveau, qui a environ 11 milles de longueur.

Le second, appelé Canal de Fazeley and Birmingham , s’étend de l’une à l’autre de ces deux villes.

Le troisième, également connu sous les noms de Old Birmingham, ou Birmingham Canal, vieux Canal de Birmingham, ou tout simplement Canal de Birmingham, compose la partie qui va de cette ville à Aldersley, et s’y embouche dans le Canal de Staffordshire et Worce3tcrshirc.

Quoique la ligne navigable dont la description nous occupe principalement, ne comprenne réellement que la partie appelée communément Canal de Fazeley, on va cependant exposer ici les principaux détails rclatife à ces canaux réunis, non-seulement parce qu’ils oui été incorporés, comme on vient de le dire, mais surtout parce qu’ils présentent des avantages et des produits qui leur sont communs, et qui tiennent essentiellement à leur union avec la ligne navigable dont il s’agit. Cette union a rendu leurs produits tels, que l’action, qui était originairement de i4o liv. sterl., se vend actuellement taoo liv. sterl., et a même monte jusqu’à 1600 liv. sterl.

La largeur moyenne de ces canaux était de 28 pieds à la ligne d’eau;

®n la porte actuellement à 4o pieds. La profondeur de l’eau y est de 4 pieds ^ ; les écluses y ont 70 pieds de long et 7 de large; les bateaux chargent aa tonnes. On en a vu à Birmingham quelques-uns en fer, qui paraissent spécialement destinés aux réparations du Canal.

Le Canal de Fazeley, qui est compris dans la grande ligne navigable de Liverpool à Londres , joint les canaux du Grand Trunck et deCovcntry, sur un développement qu’on a déjà dit avoir environ 11 milles de longueur, et être de niveau avec l’extrémité de chacun de ces canaux.

Le Canal de Fazeley and Birmingham a 2 1 milles de long ; il fuit suite au precedent, et traverse la rivière de Tame sur un pont-aqueduc de sept arches, d'une largeur moyenne de 18 pieds.

La branche de Digbelh qui, à Birmingham, va joindre le Canal de Warwick, est souterraine dans la partie qui traverse la ville.

En partant du point de jonction des Canaux de Fazeley et de Coventry, et remontant le Canal de Fa/eley and Birmingham, on s’élève de a-»G pieds un moyen de trente-huit écluses, jusqu’au Canal de Old Birmingham, dans Birmingham ; treize de ces écluses, qui rachètent 85 pieds de pente, existent dans la partie comprise depuis cette branche de Digbeth jusqu’au Canal de Old Birmingham, et qui a un mille huit de ces écluses sont pour ainsi dire accolées dans la ville même de Birmingham, et elles ne sont séparées que par un petit bief qui sert de bassin pour contenir plusieurs bateaux. Une pièce de foute reçoit à chaque écluse le choc de la porte quand elle se ferme ; les éperons des bajoyers sont armés d’une pièce de fonte pour recevoir le choc des bateaux.

La manœuvre pour le passage de ces écluses se fuit par les bateliers eux-mêmes, d’après la grande activité de la navigation, qui exigerait uti éclusier pour chaque écluse. Chaque bateau est, à cet effet, muni de l’instrument propre à ouvrir et fermer les ventelles.

Un seul éclusier préposé pour le Canal, veille à la police et à la régularité des passages des bateaux dans ces huit écluses.

Deux réverbères sont placés à chaque écluse pour éclairer la manœuvre du passage pendant la nuit, quand le jour n’a pu suffire, quoique

sR • CANAUX .NAVIGABLES ’

le passage de chaque écluse ne dure pas plus de deux minutes, d’après

l’activité et l’économie de temps qu’on y apporte.

Dans les endroits où le passage des piétons est très fréquenté, pour ne point l’interrompre et ne point nuire à la aélérité du passage des écluses, on place sur l’écluse un petit pont tournant en fer, mais en deux parties séparées dans leur milieu, par un intervalle d’environ a pouces, pour laisser jwsser la corde de halage du bateau.

Près la jonction des deux canaux de Fazeley and Birmingham et de Old Birmingham, se trouvent deux vastes ports revêtus de quais, où aboutit le Old Birmingham.

Ces deux ports sont distingués par la désignation d’ancien et de nouveau. L’ancien port reçoit une beaucoup plus grande quantité de charbon; les bassins qu’il forme ont leurs murs revêtus de plaques de fonte pour garantir le choc des bateaux. Ce sont des plaques de g pouces à 1 pied de large, qui s’adaptent les unes aux autres par leurs entrémites, au moyen d’une mortaise; des trous pratiqués dans leur épaisseur laissent passer des têtes de boulons avec écrous qui les fixent.

Le Canal de Old Birmingham fait suite, comme on vient de le dire, par une de scs extrémités, au Ca'nal de Fazeley and Birmingham, avec lequel il est incorporé; par l’autre extrémité, il communique au Canal de StafTordsliire et Worcestersbire à Aldersley, près de Wolverhampton. A partir de ce dernier Canal , dans le trajet d’un mille J , on monte vingt écluses, qui rachètent i5i pieds d’élévation; on arrive au bief de distribution, ou bassin de partage, qui a 18 milles £ de long; et l’on descend ensuite sur deux branches du Canal par trois écluses, qui rachètent 18 pieds de pente pour chacune de ces branches , dont la principale se joint au Canal de Birmingham et Fazeley, après avoir parcouru un trajet de 4 milles 5 huitièmes de niveau avec ce dernier Canal.

Ce Canal traverse un pays tellement abondant en mines de charbon, qu’une couche principale y a communément jusqu'à 5fi pieds d’épaisseur; ce pays a aussi plusieurs mines de fer, et ce fut pour créer des débouchés aux unes et aux autres, que le Canal fut établi.

Il a une si grande quantité d’embranchemens pour communiquer à des exploitations de mines et à des fonderies ou autres grandes fabrications, que, dans plusieurs endroits, sou cours présente, sans se laisser entraîner par l’exagération , l’image d’un vrai labyrinthe.

Ces exploitations sont si abondantes t que le sol naturel est, dans beaucoup d’endroits, entièrement recouvert, et pour ainsi dire masqué par leurs déblais et leurs scories; c’est avec ces matières que l’on forme les bords et les levées des cmbranchcmcns du Canal. Leur abondance est telle, que l’on voit de ces embranchemens à a5 pieds au-dessus du sol naturel; mais dans tous les cas, le liL de l’embranchement au Canal est toujours formé par une couche épaisse d’argile.

Cette précaution de glaiser sur une forte épaisseur, a été pratiquée dans beaucoup d’eudroits pour le canal de Birmingham lui-même, et depuis on l’a réitérée dans quelques endroits, où il a fallu relever ses berges, à cause de l’aflaissement du sol littoral, occasionné par la trop grande multiplicité d'exploitations irrégulières , qui font regretter qu’il n’y ait point de mesures prises dans l'intérêt général pour régulariser les opérations de l’intérêt particulier, qui, d’ailleurs, ne s’en trouverait luimême que plus assuré; car on se trouve forcé d’abandonner les exploitations de charbon mal dirigées ; on recouvre alors généralement leurs puits d’une bâtisse en brique qui a la forme d’un petit cône.

Cependant, il n’y a jamais eu d’irruption qui engouffrât les eaux sur le Canal; ses propriétaires ont le droit de visiter les mines circonvoisines , pour empêcher les travaux d’approcher de plus de douze verges de la ligne du Canal.

Les propriétaires d’exploitations qui ne sont pas éloignées de plus de mille verges de la ligne du Canal , ont le droit d’y établir des communications avec des chemins de fer; celles qui sont à des distances plus grandes, ont leurs communications par des embranchemens de canaux, à la charge toutefois de ne pouvoir nuire à la quantité d’eau affectée au Canal ; ces embranchemens doivent, à cet effet, avoir une ou plusieurs stop-gates. .

La plus grande partie de ces nombreux cmbrancheniens peuvent être évalues à un mille l’un dans l’autre de longueur ; mais il s’en trouve de beaucoup plas longs, dont les principaux sont :

Celui qui va à la ville Vassal. Sa longueur est de 8 milles J; à lui seul il présente neuf autres embranchemens , allant à autant de mines de cliarbon ;

Celui qui communique à la fameuse fonderie que MM. Bolton et Watt ont établie à Soho;

Celui de la fonderie de Horseley appartenante à M. Manby.

Comme chacun de ces embranchemens multipliés n’est accordé par les propriétaires du Canal aux propriétaires des diverses exploitations-, qu’à la charge de verser dans le Canal les eaux extraites de ces exploitations pour leur épuisement , nous allons citer ici, ce qui est relatif à cet égard à l’exploitation de M. Manby, pour donner une idée de ce que le Canal peut retirer de ce moyen pour alimenter sa navigation.

La pompe à feu établie pou» les mines de M. Manby , est de la force de cent chevaux environ ; le puift d’ascension n’a pas moins de Goo pieds ; des galeries d’écoulement pratiquées dans l’étendue des travaux souterrains, aboutissent au bas de ce puits, après avoir reçu les eaux d’une surface de plus de 3oo acres.

Ces eaux sont épuisées et déversées dans l’embranchement du Canal par l’effet de cette pompe à feu; les-tuyaux ont au moins un pied de diamètre, le balancier agit treize fois dans une minute, et le degré d’élévation de sa tige est de 7 pieds.

Cependant , malgré les ressources que donnent les pompes agissant ainsi dans un grand nombre d'exploitations, le Canal a été obligé d’établir sur son cours 10 pompes à feu qui n’ont d’autre but que de lui fournir de l’eau.

Pour en donner une idée, on citera plus particulièrement celle qui dans Birmingham même reprend les eaux, dans la chambre de la huitième des écluses accolées, pour les faire remonter dans la chambre de la première, et réparer ainsi la dépense d’eau qui sc fait au passage de ccs

' D’ANGLETERRE. 3t

écluses. Elle a été construite par MM. Bolton et Watt, et est «double effet ; son cylindre à vapeur est de 36 pouces de diamètre , sa force est de quarante chevaux; le strock ou degré d’élévation du piston est de 7 pieds; il y a quatorze coups de piston par minute ; l’autre extrémité du balancier fuit agir un piston de pompe de 26 pouces de diamètre , qui procure ainsi à l’eau une ascension de 7 pieds à chaque impulsion, et l’on évalue à i4o gallons la quantité d’eau fournie ainsi par chaque coup de piston ( le gallon fait 4 pintes).

On doit observer ici que, malgré des moyens si efficaces, et quoique le pays ait présenté plusieurs petites rivières, dont on a tiré tout le parti possible, et enfin, quoique l’on ait construit pour le point de partage trois grands réservoirs, et qu’on ait appliqué aux écluses accolées qui étaient à chacune de ses extrémités une pompe à feu , pour faire remonter dans le bief de partage une partie de l'eau qu’il pouvait dépenser de l’un ou de l’autre côté pour le passage de ces écluses, la quantité d’eau que recevait le canal de Birmingham était encore inférieure à ce que sa navigation fuisait désirer; il fallut, pour subvenir à cet inconvénient, abaisser de 28 pieds sur une longueur de 1000 verges, le bief ou bassin de partage dans lequel on a pu recueillir, en raison de son abaissement, une beaucoup plus grande quantité d’eau.

On voit ici, comme pour la plupart des Canaux, combien la consommation est supérieure à ce que l’on suppose ordinairement ; mais l’exemple que l’on cite est particulièrement remarquable pour ceux qui croient possible d’alimenter un canal de navigation avec des pompes à feu.

Avant de donner ici un aperçu des établissemcns qui existent aujourd’hui dans Birmingham et ses environs, on exposera ce qu’il pouvait être il y a une cinquantaine d’années, en observant simplement que ce fut à cette époque et dans ce pays, que le nommé Wilkinson fit usage pour la première fois du charbon de terre purifié , et rendu propre h la combustion par une première torréfaction, qui le réduit en ce qu’on appelle cOack, et le rend propre à remplacer l’usage du charbon de bois. Ce fut encore lui qui imagina les souffleries à cylindres en fonte,

5a CANAUX NAVIGABLES

mises en jeu par des machines à vapeur, qui font agir de forts pistons dans ces cylindres qui , par leur capacité et leur force de résistance aux pressions d’air qu’ils éprouvent, chassent dans le foyer auquel la soufflerie est destinée, plusieurs milliers de pieds cubes d’air par minute.

Une si grande masse d’air dépose ainsi dans le foyer où aboutit la tuyère, qui la dirige à sa sortie du cylindre, une telle quantité d’oxigène , que rien ne résiste à l’action dévorante de la chaleur.

Ces procédés n’ont produit nulle part des effets plus remarquables qu’à Birmingham; car la facilité de transport, tant pour le minerai de fer que pour le charbon de terre et les immenses débouchés qu’ont donnés à cette ville les lignes navigables qui la font communiquer avec Hall , Bristol , Liverpool et Londres , l’ont rendue progressivement comme un immense atelier, on pourrait même dire comme une vaste fournaise, par la multiplicité des fourneaux qu’on y voit, pour des verreries, pour des fonderies en cuivre, surtout pour des fonderies en fer, et encore par la quantité de machines à vapeur qui non-seulement servent de force motrice aux énormes instrumens de diverses fabrications, mais encore qui font agir de ces souffleries énergiques à cylindres en fonte dont nous venons de parler.

Au moyen de procédés qui accompagnent l’application de ces souffleries à la plupart des fourneaux, la fumée même du combustible est incessamment consumée comme combustible elle-même par le degré irrésistible de l’action du calorique, et la réduction du minerai en fonte et de celle-ci en fer coulé, se fait dans ces fourneaux avec une activité telle, qu’il semble voir jaillir des sources de fluide métallique.

Dans des fonderies de cuivre, on voit ce métal prendre comme une pâte, les degrés d’épaisseur et les formes qu’on veut lui donner.

C’est ainsi qu’un énorme morceau de cuivre , en passant successive* ment entre deux puissans cylindres, se transforme en peu de temps en lames minces, destinées à divers usages, et notamment à doubler des vaisseaux.

L’usage de ces grands cylindres est très varié , et leur effet est sur-

prenant, non- seulement comme laminoir pour réduire le métal en feuilles minces, mais encore pour donner à la substance métallique, la forme qu’on lui fait prendre ailleurs à grande peine et à grands frais , avec le marteau et d’autres procédés à mains d’hommes.

Dans les fonderies pour la fonte et pour le 1er, les unes travaillant dans le genre de celles de M. Manby, que l’on a déjà cité, établissent tous les appareils des pompes à feu , dont la force excède quelquefois celle de cent chevaux; des charpentes de fer pour des ponts, etc. Les autres offrent le fer coulant comme un fluide dans divers moules, où il reçoit, comme une cire molle, toutes les formes qu’on veut lui donner, depuis celle des ustensiles les plus grands jusqu’à celle des objets les plus détaillés, et à l’usage journalier des cuisines et des ménages. Ou fond ainsi même des clous, (j)

Dans d’autres ateliers, on voit du fer en barres de plus d’un pouce d’épaisseur, s’avancer pour se soumettre à l’action de ciseaux énormes et fortement acérés, que de puissantes mécaniques font ouvrir ou fermer incessamment , et qui découpent ce fer comme du carton.

(1) Il y a près d’un siècle que Réaumur, dans scs Mémoires sur l’Art de traiter le fer, avait indiqué les moyens de jeter en moule des objets de petites dimensions en fonte de fer adoucie; cependant ce n’est que récemment que MM. Baradelle et Deodore, en simplifiant les procédés pour y parvenir, en ont fait k Paris une application économique et utile pour le commerce.

Ils ont remporté le prix qu’avait proposé k ce sujet, depuis >4 ans , la Société d’Encouragcmenl pour l’iudustrie nationale, de Paris; et en recevant ce prix, ils oui déclaré que c’était à cette constance de la Société d’Encouragoment a maintenir cet objet dans scs programmes successifs, qu’ils ont dû l’émulation qui a déterminé leur succès.

Ils livrent au commerce, avec une très grande diminution de prix, tous objets de petites dimensions de cette nature, tels que des roues d’engrenage, des serrures avec leurs clefs , des couverts de tables , des clous , etc.

Enfin ils coulent, pour le public, en fonte de fer adoucie, k raison de 1 fr. Soc. le kilogramme , tous les objets qui leur sont commandés k Paris, chez. M. Levasseur , marchand , rue Saint-Martin , u® 129, qui tient un dépôt de leur fabrique.

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