‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 106 sur 110 · TOme II. Suppl · texte numérisé non relu

TOme II. Suppl

rait penser sans effroi à l'effet de ces batteries douantes , pour la destruction de ses b 'ai mens , s'ils venaient à être surpris par un calme ou même par un vent qui les * pousserait à la côte.

Les papiers anglo-américains de juillet i8t5 s’expriment ainsi, après avoir rendu compte de la mise en mer d’un de ces b&limens, avec tout le succès désirable et tout l'appareil militaire que pouvait comporter cette espèce de cérémonie.

« Il est maintenant constaté par celte expérience que cette grande invention , a pour l’art militaire , réalisera l'espoir de nos plus chauds partisans ; notre a Gouvernement peut avec raison s’énorgueillir d’avoir vu une telle épreuve se u faire sons scs auspices. Que nos ennemis tremblent d’effroi de la supériorité que a nous acquérons ainsi sur eux. Chaque port des Etats-Unis a maintenant de quoi » se défendre contre les forces maritimes les plus formidables ; et tout port do » l’Europe, quelle que soit sa faiblesse, pourra aussi résister, par ce moyen, » aux attaques maritimes les plus fortes (t). u

Nous soumettons ici aux réflexions du lecteur le texte et la traduction d'un journal anglais , où se trouve la description gigantesque d’un de ces bâti— mens. Il est inutile d’observer qu'il s’agit de mesures et de poids anglais , et que les pièces du plus gros calibre paraissent être des caronades (2).

« On a lancé 4 New-Yorck une frégate à vapeur , longue de 3oo pieds , a large de 200 ; son bordago a 1 3 pieds d’épaisseur , et est composé de planches de » chêne et de liège, placées alternativement l’une’ contre l’autre; clic porte u 44 pièces d'artillerie, dont 4 sont de 100 livres de balles, celles de flanc sont » de Go livres , celles de l’avant ex de l'arrière sont de 4? livres ; de plus , » pour uuire 4 l'ennemi qui tenteraiL l’abordage , elle peut décharger 100 u gallons d’eau bouillante par minute , et des mécaniques peuvent lancer » sur son pont 3oo lames de fer avec la plus grande régularité ; d’autres machines

(1) Glasgow Chronidc 8,A. August, i8i5.

Il u dow Mcerteined, bj actqgl «périment , tint this great invention in war wil redise ail the li opes of iu warmcft friends. Onr Gouvernement au y bc prend that the triai bas been mu de und«r their auspices. Onr ennemies raaj tremble at tbe fremendous power tbos arrayed against tbem. Evtry liarbour in tbc United States bas non the mean of protccting itsdf against slrongcr maritime foire». Ail the porta of tfle weakçr coropean nations la a y bcncy forward accurc tbcmadve* against the aitarks of their focs , how fomiilaÿile soerer mt ara.

(a) Edinbnrgh Evening Courant, 3ir". August. i8i5-

A stram fiigate has been laanchcd at New-York; Icneib on deek 3oo feet; broath, aw/ fe«t ; thickncss of hdr aidea t3 feet; carnes 44 gun» „ four of whicb are 100 poonder»; waist gu ns , 60 pouader» ; qnarter-dcck and foreeaatle gu os, 4» pounder* ; and Cnrtbcr , to anoov an enemyattempting to board, can discharge too gallons of boiling waler in a minute and, b j mcchaaism, brandi the* three bnmlrcd rutlatsrs with the otmost regolanry over ber gnnwalcs , work aJso an eqoal oamber of hegvy ironpikes of great lengih , rl&rting lhem fions her sidea with prodigiotu force, and withdrawing the smac every qnarter of a minute.

DE FRANCE. 5g

» peuvent lancer avec une force prodigieuse un nombre égal de fortes et a grandes piques de fer , et ces décharges peuvent être recommencées à chaque a quart de minute a.

Le parti que les Anglo-Américains tirent des bateaux h vapeur semble indiquer l'influence que peut avoir un jour leur usage pour la population et la puissance des autres parties du Nouveau - Monde, qui présentent même des localités encore plus favorables pour le climat et la beauté de la navigation , telles que la rivière du Paraguay, celle de la Plata, navigable pendant plus de 4°o lieues , dans un des pays les plus fertiles, et sous le climat le plus heureux , l'Orénoquc , le fleuve des Amazones, qui a plus de mille lieues de navigation , et où la marée se fait encore sentir à a5o lieues de son embouchure.

Mais, saus nous arrêter à l'autre hémisphère , on doit considérer avec un intérêt plus rapproché le parti que l’Angleterre commence à tirer de leur emploi q, sur les grands fleuves des Indes , pour accroître sa richesse et affermir sa puissance dans ces belles et vastes contrées où notre révolution, en anéantissant une marine qui lui disputait si glorieusement l'empire des mers, lui a assuré la domination exclusive d'une population triple de celle des Trois-Royaumes-Unis.

En parlant, dans le premier volume, de la navigation intérieure de la Russie, nous remarquons que l’application des bateaux k vapeur lui est aussi facile et peut-être plus importante que pour les Etats-Unis d'Amérique.

En effet , la Russie peut être comparée aux Etats-Unis d’Amérique pour son étendue. Elle contient de grands lacs quelquefois exposés à des tempêtes qui exigent des embarcations capables de soutenir des coups de mer. Elle possède do grands fleuves sur lesquels la marche des bateaux h vapeur serait encore plus facile que sur certains fleuves de l’Amérique septentrionale. *

Par exemple, le Volga a bien moins de rapidité et d'inégalité dans son cours (qui a plus de 4«o lieues en navigation) que le Mississipi , qui présente souvent d'ailleurs les obstacles d'une nature sauvage, tels que ces débris d'arbres énormes, de forêts détruites par leur vétusté , dont ses immenses débordemens encombrent quelquefois son lit.

La Russie peut être de tons les états celui où le transport des voyageurs et des marchandises a le plus besoin de cette célérité et de ces facilités que présente l'emploi des bateaux k vapeur , dont la marche est indépendante des vents et surpasse en vitesse tous les moyens de navigation connus.

Il suffit, pour apprécier cette observation, de ' rappeler ce que nous avons dit dans l’introduction , sur les grandes lignes navigables de la Russie.

Eu effet la ligne navigable qui joint la Baltique k la mer Noire présente plus de Soo lieues de développement, soit en prenant la Dwina , le Canal de Bcressinski , qui se joint k la Bérésina, qui s’embouche dans le Niepcr , soit par le

Co

Niémen , le Shara, qui , par le Canal d'Ogimj^i, se joinl au Prepiec qui s'embouche également dans le Nicpcr , dont les 1 3 cataractes entre Caminka et Kitchass sont franchies par la navigation , ou moyen de travaux extraordinaires.

La jonction de Pétersbourg avec la mer Koirc s'établit par le Canal Ladoga , le Wolcbow , le Canal de Novogorod qui tombe dans le lacllmen, d'où sort le Lowat qui, par nn Canal qu’ou exécute, doit joindre la Dwina, dont noos venons de citer la communication avec le Nieper par le Canal de Bercssinski.

La ligne navigable qui va de Pétersbourg à la mer Caspienne a plus de 600 lieues de développement , en prenant par le Canal de Ladoga, le Wolchovv , laMsta , le Canal do Wiscbneï Wolotcliok, construit par Picrrc-le-Grand , la Twerka, qui se jette à Tvver , dans le Volga , qui s’embonebe dans la mer Caspienne après un cours de (joo lieues , sur lequel nous venons d'exposer que l'emploi des bateaux à vapeur se ferait avec le pins grand avantage.

A ces deux lignes navigables il faut joindre celle qui fait communiquer la iner Noire b la mer Caspienne par le Don , l’ilova , le Canal de Kamiichinka , qui embouche dans le Volga.

Outre leur utilité pour ces grandes communications , les bateaux U vapeur pourraient naviguer avec sécurité sur les eûtes , dans les parages les plus difficiles pour les vaisseaux voiliers', ils établiraient ainsi une communication régulière entre les ports (1).

L'empercnr Alexandre , en terminant des projets de Picrre-le-Grand , et en y ajoutant d'autres projets importuns qu'il fait exécuter pour l’amélioration de la navigation intérieure de la Russie et notamment pour les grandes lignes navigables, assure à scs états la progression la plus rapide et la plus étendue de richesse et do puissance , et les soins apportés k l'application de bateaux à vapeur en Russie , surtout pour ces grandes lignes navigables , doit encore accélérer et accroître leurs avantages. *

Il n’était point étranger b notre sujet d'observer l'accroissement que le commerce doit prendre dans ces vastes contrées par ces lignes de jonction de la mer Baltique b la mer Caspienne et b la mer Noire , qui communique avec la Médi-

(1) Un estime que la s&gcne cube de Loi* de pin suffirait poor alimenter pendant heure* une machine à hsux pression de la force d« 54 chevaux , qui sur le Volga ferait le mime effet qne 60 journée* ordinams de chevaux de lial&gc.

Beaucoup de contré* de la Russie, cl surtout U- Gouvernement de Penne, présenteraient , pour la construction des bateaux à vapeur, le concours du bas prix de la main-d'œuvre , de l'abondance des coati 1res premières , et du combustible.

Les bords ue la Rama et de la Cbonffovaia ont de belles forges. Dans beaucoup d'endroits, le xnrlèse remplacerait avec avautoge le bois de chine.

La Finlande, le Gouvernement d'Olonetz , présentent tontes les ressources désirables pouf le» bateaux qui naviguer, ikni sur la Baltique cl k* rivières qui *' j embouchent.

Gi

terranée, car celte considération doit noua faire mettre d'autant plus d’importance à la construction de nos grandes lignes navigables, pour la jonction de cette mer avec nos ports sur l'Océan Atlantique et sur la Manche.

Il était encore de notre sujet de considérer , par des exemples existans , l'utilité que peut avoic l'emploi des bâtimens b vapeur pour notro navigation intérieure, savoir:

Les bateaux dragueurs, pour le curage de nos Canaux , de nos ports, pour la liberté de leurs embouchures et de leurs passes, pour le creusement d'un chenal ou d'un fleuve ;

Les bateaux à vapeur ordinaires , pour l’actioité de notre navigation intérieure et la correspondance régulière de nos ports. .

Enfin, nous avons parlé des frégates à vapeur et des batteries à vapeur, parce que l'expérience, en les perfectionnant encore, peut les indiquer à l’habileté de nœ ingénieurs , à la bravoure de nos marins, et au zèle éclairé du Gouvernement , comme un beau moyen d’assurer la liberté de nos ports et de les préserver des attaques les plus formidables. On peut observer d'ailleurs que le perfectionnement de cette grande invention peut former une nouvelle ère pour le système des opérations maritimes.

Ce que nous venons de dire des bateaux à vapeur des Etats-Unis d’Amérique est extrait de l'article du premier volume de cet ouvage , qui concerne la navigation intérieure de ce pays , et qui , par les raisons que nous avons exposées , n’a pu paraître en même temps que le second volume. Nous croyons devoir y joindre l’extrait de ce qni est relatif an système adopté par leur Gouvernement pour l’exécution de scs Canaux navigables , et qui, malgré la différence des localités, offre une suite déconsidérations qui nous sont applicables.

Cet extrait expliquera plus amplement le peu que nous avons dit de ce système ; au commencement du livre V , page 4"6 de ce volume.

NOTE E

Sur le système adopté par le Gouvernement des Etats-Unis d Amérique pour la confection des Canaux navigables*

Les Etats-Unis d’Amérique, malgré l’immense différence des localités, présentent aussi des observations qui prouvent que l’esprit d’association , poussé au pl us haut degré, ne suffit pas pour transmettre aux entreprises des Canaux navigables l'activité que l'émulation particulière leur a donnée en Angleterre, par suite d'un concours de circonstances dont nous avons rendu compte.

6a CANAUX NAVIGABLES -

En effet , l’esprit d'association ne pent se manifester pins activement que dans les Etats-Unis d'Amérique.

Les routes y sont généralement faites par des sociétés particulières , et moyennant un droit de barrière , comme en Angleterre , à l'exception de quelques-unes d'une très grande étendue, et dont le but est de réunir, dans l’intérêt général, des contrées très éloignées. Dans le seul état de New-York , i35 compagnies ont été créées pour des routes ; leurs fonds montent k 7,558,ooo dollars , et elles ont confectionné entr'autres cinq routes de 4,5oo milles, dont 1,680 milles sont eu chemins ferrés.

Quantité de chemins de fer ontsélé établis par des compagnies ; en 1816 il s’était formé 5o compagnies, depuis >8o3, pour ces sortes d’entreprises , dans le seul étal de Connecticut.

Nous venons de voir combien les compagnies pour les bateaux k vapeur sont nombreuses.

11 s'est aussi formé des compagnies pour des Canaux navigables, et le Gouvernement des Etats-Unis, portant k ce moyen de prospérité publique tout l’intérêt qu'il comporte , demanda en 1807 k M. Galatin , alors secrétaire d’Etat de la trésorerie , et maintenant ambassadeur des Etats-Unis k Paris , un rapport sur les routes et Canaux essentiels k établir dans l’Union , avec un tableau des grands «ravatrx de ce genre les plus intéressans pour la prospérité publique , et que le Gouvernement devait plut particulièrement favoriser.

Cet habile ministre, dans son rapport du 4 avril 1808 , a satisfait de la manière la plus complète aux désirs du sénat , en prouvant également scs vastes connaissances et les soins qu'il prit pour remplir les intentions du Gouvernement.

Parmi diverses observations i ru portantes, il fit valoir celles qui suivent et qui nous sont applicables. 1°. L’emploi des capitaux ne trouvait point, dans les entreprises des Canaux, des bénéfices proportionnels k ceux que présentaient d’autres opérations -. ce motif rend la souscription insuffisante pour la confection des Canaux ; et les fonds employés étant pendant long-temps improductifs , les intérêts se cumulaient avec les capitaux et augmentaient d'autant les dépenses effectives, n*. Le produit d’un Canal dépend essentiellement de la bonne navigation des rivières dont il établit la communication , et de l’exécution des projets des Canaux qui peuvent se rattacherau système d'une navigation générale. Il faisait remarquer ensuite que les travaux achevés ont été onéreux aux concessionnaire», que la plupart des projets k exécuter ne pouvaient l'être d'après la disproportion de leurs produits et de lenrs dépenses, et que c'était au Gouvernement k lever les obstacles qui empêchent d'établir nn bon système de navigation intérieure -, qu'il devait , k pet effet, avancer les capitaux necessaires à la confection des grandes améliorations de la navigation intérieure , et rendre ainsi avantageuses pour les compagnies le»

igitized by Googîe

entreprises qu'elle» ont commencées ou projetées, et qu’elles s’empresseraient alors de terminer.

M. Calatin divise ensuite son rapport en quatre articles : le i« concerne les grands Canaux du nord au sud , le long de la côte de l'Océan Atlantique ; le a*, la communication à établir entre cet Océan et les rivières de l’ouest ; le 3* , les communications entre les eaux atlantiques et les grands lacs , ainsi qu'avec le fleuve Saint-Laurent; le 4* concerne les Canaux intérieurs.

11 termine cet important rapport , par la récapitulation des travaux à faire pour établir les communications les ptus utiles: il en estime la dépense lao, 000,000 dollars, et propose an Gouvernement d’accorder chaque année, et pendant dix années, a, 000, 000 dollars , en observant que cette somme peut être prise dans l'excédant des revenus ordinaires des Etats-Unis, cl qu’il estime. . 14,000,000 dol. , sur les dépenses annuelles en état de paix, qu’il évalue, y compris 4,600,000 dollars , pour le service de la dette publique.

et 400,000 dollars pour les cas particuliers 8,5oo,ooo

Ce qui donne an excédant de 5,5oo,ooo

M. Gulatin observe en mime temps qu’on aurait l'option d’y employer le prix de vente de terres incultes, et il cite entre autres too millions d'acres au nord de l'Ohio, et 5o millions d'acres au sud de Tencssée, indépendamment de la Louisiane. 6e dernier emploi aurait l'avantage d’assurer les fonds , même dans un cas de guerre.

Il propose, lorsque ces ouvrages publics auraient acquis la valeur qu'ils doivent avoir, de les vendre par actions et d’en employer le produit à de nouvelles améliorations du même genre, jusqu'à ce que les divers Etats de l'Union eussent toutes les routes nécessaires et tous les Canaux qu’il serait possible d'exécuter.

Par suite d'un rapport si intéressant , la plupart des Etats qui composent l'Union se sont décidés à encourager les entreprises particulières par des secours efficaces. Quelques-uns ont arrêté de prêter jusqu’à concurrent^- du quart du montant des dépenses, pour les entreprises reconnues utiles, sous la condition de n'en retirer d'intérêt que quand le dividende monterait à six pour cent.

D’autres poussent les encouragemens plus loin : ainsi * la législature de l'état de « Virginie a passé un acte dans la session de x 8 1 5 à 1816, pour l'cncouragc- » ment des Canaux et chemins ferrés, en souscrivant pour la moitié ou le tiers a des fonds , et ne se réservant point de dividende que le profit particulier des ac- » tionnaires ne soit monté à six pour cenl(t).

(1) Statistique îles Etats-Unis pat M. Warden , ancien cotunl américain, et membre îles Sociétés philosopbiqocs de Philadelphie, page x\\, vol.lil. *

Les divers Etats font construire entièrement à leurs frais les Canaux qui paraissentuu-dessus des moyens des entreprises particulières : ainsi l’Etat de New- York, par suite d'un acte du i5 avril 1817 , fait établir une communication entre les grands lacs de l’ouest et du nord avec l’Océan Atlantique, et notamment un Canal entre le lac Erié et la rivière d’Hudson au-dessus d’Albeny. Ce Canal doit avoir 353 milles de développement , et est estimé {,806,138 dollars.*

Le Gouvernement a affecté à ces dépenses divers produits, et notamment une somme a5û,ooo dollars , que les commissaires de Canaux sont autorisés à prèle* ver sur les terrains et étublissemens situés à moins de »6‘ milles de chaque côté des Canaux, en ayant égard au plus ou moins d’uiantagrs que chaque localité peut en retirer, et sauf l’approbation préalable du chancelier cl des juges de la cour suprême.

Page 1