LIVRE III
CANAUX NON COMPRIS DANS LES GRANDES LIGNES NAVIGABLES, ET DÉCRITS COMME EXEMPLES POUR DIVERSES BRANCHES D'UTILITÉ PUBLIQUE.
CANAL D’ELLESMERE.
T i e Canal d’EUesmere doit être décrit plus particuliérement, parce qu’il fut le premier qu’on ait entrepris en Angleterre dans l’intérêt spécial de l’agriculture.
On voulait, par son moyen , créer des débouchés et apporter des engrais dans la contrée fertile sise au sud de la Severn, au nord de la Merscy , et qui comprenait environ 5o milles de long sur plus de 20 en large , non compris les vallées au nord du pays de Galles , qui s’y réunissent.
Les résultats avantageux de ce Canal firent successivement étendro et multiplier scs branches. Voici le détail de celles qui existent aujourd’hui.
La branche qui va de Gwerselt aux mines de charbon de
Talvvcrn a 9
Celle qui va de la commune de Francton, par Witchurch,
au Canal de Chcster, a 128 pieds de chute et a5
Celle qui va de Fcn-Moss à Press-Heath a 7
Celle qui va de Hordley au Montgomery-Canal, prés Lani-
minech, a ig pieds de chute et u
Celle de Wiral, qui va de la Dce à la Mersey a 8
Go
Longueur en mille*.
Ci-contre 60
Celle qui va de la Dec à la branche de Tahvcrn, a une montée de 58o pieds et * 11 v
De la branche de Talwern au souterrain de Chirk, il y a. . 8 j
Du souterrain de Chirk au grand pont-aqueduc en fer de Cysylty, avec une chute de 75 pieds t
Du pont Cysylty aux marais Saint-Martin 9
Du marais Saint-Martin à la branche de Witchurch, avec
i3 pieds de chute a ♦
De Witchurch à Lamiuinech, 33 pieds de chute ï
De Lamininech à Ormond-Parc i
De Ormond-Parc à la Sevcrn, 107 pieds de chute... a
Total du développement. .. . 10g.
Ces débouchés donnèrent lieu aussi à des exploitations de carrières et de mines. On prend une idée de la haute utilité de ce Canal , eu considérant quelques-uns des travaux d’art qu’il présente , tels que le pont-aqueduc de Chirk et celui de Cysylty.
L’aqueduc de Chirk est tout en maçonnerie; sa longueur est d’environ aoo verges ; il pose sur dix arches en plein ccintre , d’environ 5o pieds de diamètre ; les parties baignées par l’eau sont en pierre de taille de grand appareil ; la partie supérieure des piliers et la partie inférieure des voûtes sont en moellon taillé régulièrement ; tous les angles, toutes les saillies sont en pierre de taille.
Il est à 65 pieds au-dessus de la Cériog, dont le lit principal passe sous la première arche à droite, en se tournant vers la mer.
Sous la troisième arche il passe un cours d’eau provenant d’une prise faite plus haut dans la rivière , et qui va Eure mouvoir , à environ aoo verges en aval de l’aqueduc, trois trailtcs qui plongent dans deux puits, et en pompent l’eau qui vient s’y rendre àes exploitations de charbon de terre du voisinage.
nS CANAUX NAVIGABLES
Sous la dixième arche se trouve un autre cours d’eau, mais plus petit.
L’aqueduc, ainsi soutenu, a environ »o pieds de large. Il contient un chemin de halage qui est sur le côté d’aval; ce chemin a une rampe ou balustrade en fur, posée sur une plate-forme supérieure de corniche en pierre de taille ; il est recouvert de cailloux et d'une quantité suffisante de terre, pour les aglomérer. D’un côté , il pose sur la base de la balustrade en fer , et de l’autre il pose sur des traverses horizontales soutenues par des pièces de bois qui plongent dans le Kt du Canal, en laissant entre chacune d’elles un intervalle de 10 pieds.
Les bateaux qui passent sur cet aqueduc ont les dimensions dé ceux du Canal de Birmingham; ils chargent environ ■ 1 8 tonnes.
A l’extrémité de Paquedue, ü y a une porte de garde busquée. La simplicité de sa construction ne l’empêche pas de faire un très bel effet , parce qu’il traverse toute la largeur de la vallée , et que les côtes sur lesquelles ses culées sont appuyées étant boisées, elles font ressortir avantageusement cet ouvrage d’art.
A un demi-mille de cet aqueduc, on tra^ rsc un souterrain de 775 verges, avec un chemin de halage qui semble faire suite à celui du pont-aqueduc, et qui est soutenu de même par des petits piliers en bois, qui plongent dans le lit du Canal.
Dans plusieurs parties de l’encaissement que le Canal éprouve, comme cela arrive ordinairement, à l’entrée et à la sortie du souterrain, à cause de la pente de la montagne qu’il traverse, il se faisait des éboulemens qui obstruaient souvent le Canal; on a remédié à cet inconvénient, dans les endroits où il était le plus sensible, par de forts clayonnages soutenus par des pieux qui ont jusqu’à 5 et 6 pouces d’équarrissage, et qui ne sont qu’à un pied l’un de l’autre.
Dans plusieurs endroits on a pratiqué des muraillemens derrière ccs clayonnages; ailleurs on a construit des murs de soutènement en chaux.
On a planté les pentes qui forment ccs encaisaeœcns, en bois, où le mélèse est l’espèce dominante.
D’ANGLETERRE. ng
Avant de parler du pont-aqueduc de Cy sylty, nous dirons un mot d’un barrage à poutrelles mobiles , que Ton voit à quelque distance de ce pont, parce que ce barrage offre une particularité.
Les poutrelles de ce barrage ne se lèvent point, elles se glissent horizontalement dans une espèce de chambre pratiquée dans l’une des rives du Canal, et cette chambre n’a que la longueur des poutrelles et qu’une largeur proportionnée à leur épaisseur, pour les recevoir. Un petit cabestan, fixé sur le sol, fait mouvoir le barrage et le fait parvenir horizontalement dans la rainure du bord opposé. Lorsqu’on veut s’en servir, le même cabestan le fait, à volonté, rentrer dans la chambre qui est destiuée à le loger.
Ce barrage agit d’uue seule pièce, les poutrelles étant emboîtées par leurs extrémités dans deux pièces de bois perpendiculaires. Il est situé près d’un pont dont les arceaux sont en fonte , et qui est sur la branche dite de Langollen.
La célébrité du pont de Cysylty en a détermine plusieurs descriptions. M. Dupin en a annoncé une qui ne doit rien laisser à désirer ; M. Dutens, dans son Ouvrage sur les travaux publics d’Angleterre , en a parlé et en a donné toutes les dimensions, en annonçant modestement qu’il voulait seulement en donner une idée. 11 entre dans le but de cet Ouvrage de parler ici de ce pont, et j’acquitterai en même temps un tribut dû à l’amitié, en exposant ci -après un extrait des détails que m’en a donnés mon ami., M. Ferrand, que j’ai déjà cité, qui fut sur les lieux en prendre les dessins , pour me les communiquer.
Le pont-aqueduc en fer, de Cysylty, est peut-être, de toutes les constructions relatives aux Canaux d’Angleterre, celle qui peut le mieux faire juger l’importance qu’ou'aitache à réunir ensemble des communications navigables.
Une inscription placée sur la base du pilier qui sort du torrent, porte en substance que a La noblesse et la population , réunies aux cllbrts du commerce et ayant pour protecteur fi. Middclton de <Cbirk, cfc-
CANAUX NAVIGABLES vèrcnt ce monument comme moyen d’union de la Sevcrn, de la Dec et de la Mcrscy , afin d’accroître la prospérité de l’Empire britannique. »
Pour obtenir un résultat si intéressant, quoiqu’il ne fut opéré que par un Canal de petite navigation , il fallait traverser la vallée de la Dec, rivière rapide et encaissée dans celte partie.
Pour y parvenir, on établit , dans l’endroit que l’on crut le plus rétréci de la vallée, des remblais considérables sur ses bords; celui de la droite surtout est un ouvrage des plus remarquables de cette nature ; on réduisit ainsi à environ 1000 pieds la distance d’un bord à l’autre de la vallée, et pour franchir cette distance, on construisit le pont-aqueduc en fer de Cysylty, qui a ainsi 1000 pieds anglais de longueur, y compris un prolongement d’environ 6 pieds sur chaque culée; ces culées ont chacune des murs circulaires en retour, de îo pieds de long.
Pour soutenir ce pont-aqueduc, qui traverse la vallée à environ 1 15 pieds au-dessus des eaux, de la Dée , on construisit 18 piles en belles pierres de taille, qui soutiennent jq arches ou cintres en fonte.
Les plus profonds de ces piliers sont les 6e, 7', 8e et 9', en partant de la gauche et regardant la mer, entre lesquels passe le cours rapide de la rivière; en raison de ces circonstances, ces piliers ou piles posent sur une base revêtue d’un éperon curviligne ; cette base est surmontée d’une plinte unie sur laquelle pose la pile.
Les piles sont couronnées par une plinte sur laquelle pose un massif en pierre de taille, d’une épaisseur moindre que le haut de la pile audessous de la plinte; de sorte que c’est contre ce massif et en s’appuyant sur la saillie que forme le haut de la pile, que tiennent s’arcbouter , en formant leur poussée de chaque côte , les voussoirs qui forment les fermes de chaque arche. Ces fermes sont tout en fonte chacune d’elles est composée de trois voussoirs; ces voussoirs euxmêmes sont des espèces de châssis en fonte, partagés, savoir, celui de droite et de gauche, chacun en trois parties, et celui du milieu en cinq parties , dont celle du milieu a la forme d’une clef de voûte.
* D’ANGLETERRE. iai
Le* intervalles que laissent entre clics les pièces de fonte qui forment les châssis des voussoirs sont remplis par de grandes plaques de fonte boulonnées avec les branches montantes des châssis du voussoir de l’intérieur, d’amont et d’aval, et avec les cintres inférieurs de ces voussoirs.
La partie supérieure de cintres si solides dans leur construction et dans leur assemblage, forme un plan horizontal sur lequel posent les planches de fonte qui composent le lit de l’aqucducct qui, dans leur plan inférieur, présentent des saillies transversales, dans la rainure desquelles la ligne supérieure des voussoirs ou cintres de fonte vient s’encliàsscr.
Les deux parties latérales du lit du Canal ont environ 6 pieds de hauteur et sont formées par des plaques de fonte dont la jonction se fait au moyen d’un repli qui s’appuie sur le repli de la pièce voisine, et des boulons à écrous nfc font des deux replis qu’une ligne saillante qui, pour la régularité du coup-d’œil, correspoud extérieurement aux pièces de fonte qui forment les châssis des voussoirs par lesquels le lit du Canal est supporte.
Les bateaux qui y passent chargent communément 1 8 tonnes.
x ï.a largeur du’ lit du Canal e$t d’euviron m pieds; il contient un chemin de lialoge qui est du coté d’aval , et dont la largeur est de près de 4 pieds. Ce chemin, sur lequel les chevaux pour le halagc passent, est en boi:> couvert de cailloutis; if est soutenu par des piliers de bois qui portent sur le fond de l’aqueduc il est muni d’une rampe de ter de ■k pieds de haut.
On dit que ce bel édifice a coûté 5i,ooo liv. slcrl.
La hardiesse de cette conception, l’imposant ensemble de ce bel édifice, surtout le but pour lequel il fut créé, inspirent une admiration que l’aspect des lieux rend plus vive , quand on voit dans une vallée aussi pittoresque voler pour ainsi dire dans les airs, et d’un bord de la vallée à l’autre, l’homme suivi du cheval et du bateau qu’il dirige ii son gré.