‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 50 sur 110 · DU CANAL DE BRIARE · texte numérisé non relu

DU CANAL DE BRIARE

Comme premier Canal à point de partage qui ait existé.

Le Canal de Briare, appelé originairement Canal de Loire en Seine, doit fixer ici le premier l’attention, non-seulement comme ayant été le premier Canal navigable établi en France, mais encore comme étant le premier Canal à bassin ou point de partage qui ait existé.

Les Canaux navigables connus jusqu’alors , soit chez les anciens, soit chez les modernes, et notamment en Italie, dans les Pays-Bas autrichiens et en Hollande, n’étaient tous que des Canaux de dérivation.

(1) En donnant ladescription du Canal de Briare, jedoia citcravec reconnaissance , pour ce que je leur dois à cet e'gard , M. le marquis de Brion , nn des propriétaires etT député de la Compagnie, et M. de Prony, inspecteur général des Ponts et Chaussées, avec lesquels j'ai eu l’avantage de reconnaître ce Canal et ses dépendances, sur tous leurs développement; et je dois nommer encore messieurs les propriétaires, administrateurs de ce Canal, dont la bienveillance ne m'a rien laissé h désirer , et qui sont MM. le duc de Luxembourg , capitaine des Gardesdu- Corps du Roi; le comte de Granoux, chevalier de St. -Louis et l’un des députés ordinaires de la Compagnie ; Henri de Longuève, maître des requêtes et membre de la Chambre des Députés; le comte de Bélizy, général de division dc la Garde royale; Lechanteur, conseiller à la Cour royale de Paris; Robert de St. -Vincent, conseiller à la Cour de Cassation ; Colin, jurisconsulte; Robert de St. - Vincent , ancien officier de marine ; le marquis de Pommereux , de Tanlay, de Bellenave, Sinson et Villot. J’ai eu aussi de grandes obligations, surtout pour l’exactitude de la carte de ce Canal , relativement à la partie du point de partage, !i M. Isman, ingénieur en chef du Canal de Briare depuis plus de trente ans , qui m’a bien prouvé ce que la parfaite connaissance des localités, joint h l’attachement zélé qui suit les anciennes relations, ajoute encore aux connaissances de l'art pour l’avantage d us tel établissement.

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Ce fut en voulant faire communiquer ensemble la Loire à la hauteur de Briare avec la Seine, quoique séparées l’une de l’autre par une chaîne de montagnes, que l’on employa pour la première fois l’idée heureuse et .hardie de chercher dans les montagnes mêmes qui séparaient les bassins de deux fleuves dirigés dans des pentes opposées, les moyens d’établir de vastes réservoirs, et de les alimenter par des eaux conduites avec art des parties supérieures de ces montagnes, afin que ccs eaux pussent se déverser avec abondance et à volonté vers l’un ou l’autre des deux fleuves, de manière qu’au moyen des écluses remplies successivement pas ces eaux, les bateaux pussent franchir comme par des espèces de degrés, la chaîne de montagnes intermédiaire.

Le premier projet pour le Canal de Briare est dû à Henri IV et à Sully. On voit dans les Mémoires de Sully, qu’il fixa spécialement l’attention de ce bon roi sur l’amélioration de la navigation intérieure, lorsque, pour satisfaire à scs intentions, il lui soumit un rapport sur les moyens les plus propres à faire succéder aux désastres qui avaient suivi nos divisions , cette prospérité qui, sous un tel gouvernement, dépassa si promptement toutes les espérances (1).

Ils s’attachèrent particulièrement au projet du Canal de Briare, parce qu’il devait effectuer dans la partie centrale du royaume la jonction de ses deux principaux fleuves.

Tel était l’intérêt qu’Henri IV prenait à cette entreprise, qu’il ordonna à Sully de se transporter lui-même sur les lieux pour en reconnaître les localités et ordonner les premiers travaux , et lorsque ces travaux eurent été commencés tant du côté de Montargis que du côté de Briare , Henri IV voulut les visiter lui-même, et fit exprès, en 1608, un Voyage à Montargis , dans lequel il se üt accompagner par la reine (a).

Mais ce bon roi ayant été assassiné en mai 1610 , ne put voir le succès-

(1) Voir la note A i la £n de l'article, (a) Voir ta note B à la fin de l’article.

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d’une entreprise à laquelle son vif désir pour le bonheur de la France

lui faisait mettre tant d’importance.

Les travaux avaient été confiés à Hugues Crosnier, ingénieur fort réputé pour ces temps, où l’art était encore dans son enfance; il voulut appliquer au Canal de Briare le seul système connu jusqu’alors pour modérer la peute des rivières ou accumuler l’eau dans les dilîërentes parties, et enfin en opérer des dérivations; c’est ainsi qu’il voulut suivre le cours des rivières du Trezé et du Loing; mais ces deux rivières rapides dans les parties que l'on voulait ainsi canaliser, manquaient d'eau dans les temps de sécheresse, et dans les grandes pluies, elles éprouvaient tous les inconvéuicns des inondations, qui non-seulement empêchaient la navigation, mais encore emportaient les ouvrages.

L’entreprise ainsi conçue, fut abandonnée au bout de quelques années, les travaux entièrement ruinés et les matériaux dispersés et enlevés par les riverains; ce fut vainement que vingt années après le maréchal d’Efliat, ministre d’état et seigneur de la ville et baronnie de Briare, essaya de les reprendre.

Enfin, on regardait ce projet comme inexécutable, lorsqu’en i638 il fut repris daus un système qui devait assurer son succès, par un homme étranger aux fonctions d’ingénieur, mais à qui une sagacité naturelle avait suggéré les idées utiles qui pouvaient résulter d’une étude approfondie des localités.

Guillaume Bouthcrouc fut celui qui donna le premier l’exemple de la construction d’un Canal à point de partage , dout les résultats ont été si importons pour les pays qui ont su en profiter. Cet homme d’autant plus recommandable que content d’effectuer un si grand bien, sa modestie, comme nous l’avons déjà dit, l’a laissé pour ainsi dire ignoré, setait associé pour l’entreprise de ce Canal avec Jacques Guyon. Us possédaient l’un et l’autre des connaissances hydrauliques, et avaient des relations d’amitic cl de confraternité, étant receveurs alternatifs des Aides et Tailles, et payeurs des rentes des élections de Montargis et Bcaugcricy. Us demandèrent et obtinrent, en i658, la concession de ce

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Canal, à la charge de le faire exécuter à leurs frais dans l’espace de quatre années, et de payer tous les achats de terrain, les indemnités, les constructions , etc. Ils formèrent une société de 5c actionnaires, qui se soumirent chacun à subvenir pour un trentième aux frais de construction du Canal. Toutes les conditions prescrites pour sa concession furent exécutées par cotte Compagnie avec une exactitude d’autant plus remarquable, que c'était en temps de guerre, et que l’Etat ne lit l’avance ni le sacrifice d’un deuier (i).

Cette Compagnie, formée pour l’entreprise du Canal de lîriare, est aussi la première de ce genre qui ait eu lieu en France. Elle a suivi pour l’exécûtion de ce Canal et pour son administration , une marche qui peut servir à la fois d’encouragement et d’exemple.

Calculant sagement ses intérêts, en leur donnant pour base le bien public, exempte par son acte de concession -de la gène de toute intervention étrangère pour les travaux qu’elle reconnaissait nécessaires, ou pour les améliorations qu’elle jugeait utiles, cette Compagnie, qui existe depuis près de deux siècles, n’a éprouvé aucun changement, aucune modification dans son acte d'association, qui forme encore son règlement actuel (a).

Nous devons entrer ici dans quelques détails, pour faire apprécier le premier exemple donné par la France et pour la création des Canaux à bassin de partage, et pour l'administration particulière d’un établissement si important; exemple d’autant ptus frappant, que depuis il n’a été rien fait de mieux en résultat sous ce double rapport.

(i) Voir la note C à la fin de l'article.

(a) Le dernier article de cet acte devait paraître un gt^e du s accès de l'entreprise(i) * * 4, en voici les termes : Article XXII. a Et afin qu'il plaise à Dieu de bénir le

a dessein de la Compagnie, eu sorte qu’il tourne à sa gloire et à l utililc publique, » a été résolu que des premiers deniers qui seront fournis par la Compagnie, pour » les ouvrages, il en soit pris auparavant aucun emploi jusqu'à la somme d*

» huit mille livres pour être aumonéc. *

»g6 CANAUX NAVIGABLES

Ce projet de créer un Canal à bassin de partage /ut, dès son origine,' basé sur les calculs et les mesures qui devaient assurer le succès d’une entreprise aussi hardie.

On reconnut d'abord que les travaux originairement faits dans les lits du Trc/.é et de I-oing, ne pouvaient présenter aucune utilité, et qu’il fallait chercher dans les montagnes mêmes qui séparaient le bassin de la Loire de celui de la Seine, et y emmagasiner par de vastes réservoirs, une quantité d’eau suffisante pour remplir successivement, même dans les temps de sécheresse, les écluses qui serviraient à faire monter les bateaux de la Ivoire jusqu’à la partie de la distribution des eaux, et alimenter ensuite les écluses, qui serviraient à les descendre de là jusqu’à Montarg j, en calculant en outre toutes les pertes d’eau qui devaicut se faire par les filtrations et l’évaporation.

Les mesures propres à opérer un tel effet, furent accompagnées d’une prévoyance pour ces pertes d’eau et les besoins progressifs de la navigation, qui est d’autant plus remarquable, qu’excepté pour le célèbre Canal de Languedoc, construit a4 ans après, elle a été rarement imitée.

On choisit, pour établir le bief de distribution, la partie la moins élevée de cette chaîne de montagnes, qui fait la séparation du bassin de la Loire de celui de la Seine, et on s’assura que ce bief pouvait recevoir des eaux dérivées de parties supérieures jusqu’à une distance de onze lieues.

Après avoir choisi une position aussi avantageuse pour le bief de distribution , voici les moyens qui furent successivement employés pour alimenter le Canal d’une quantité d’eau constamment suffisante pour les besoins progressifs de la navigation , qui d’abord ne reçut qu’environ mille bateaux, tandis qu’aujourd’hui elle en reçoit plus de quatre mille.

Pour ne point intervertir l’ordre à établir dans le calcul des réservoirs, nous dirons d’abord que, le 18 mars i6io, on avait demandé à MHl: deMontpcnsier l'acquisition d’une prise d’eau dans la rivière duLoing, pour en dériver les eaux dans le bief de distribution par une rigole bicp remarquable pour ces temps, car elle n’a que 5 pieds do pente sur un

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développement de 10,676 toises. Mais des difficultés. qui s’élevèrent de la part du conseil de M,k! de Montpensicr, retardèrent l’acquisition de cette prise d’eau, qui ne fut effectuée que quelques années après, et fixée à 5 pieds 8 pouces de haut et 5 pieds de large.

Cependant, pour ne point souffrir d’un retard alors indéterminé, on fit de suite l’acquisition de deux moulins, situés près l’endroit où l’on avait proposé la prise d’eau , et on dériva vers le bief de distribution les eaux dont jouissaient ces deux moulins.

Nous allons passer maintenant à la désignation des étangs ou réservoirs dont les eaux furent successivement assurées à la navigation, indépendamment de la prise d’eau dont ou vient de parler.

D’abord on donna au bief de distribution une dimension telle , qu’il put contenir îi pieds de profondeur d’eau sur une longueur de près de i,5oo toises.

DÉSIGNATION DES RÉSERVOIRS

On fit passer ce bief de distribution dans l'étang de la Garonne, dont la chaussée fut relevée de manière

É lui faire contenir

Ce même bief était attenant du réstrvoir des Boudi-

nières, qui a

Il traversait encore l’étang du Rondeau , qui a

Et qui recevait les eaux de l'étang delà Boussicauderie,

qui avait alors

Et auquel on a ajouté un nouvel étang du même nom ,

aui *• ; ; •••••

Mais qui , en raison de cette plus grande profondeur, ne verse ses eaux que dans le bief inférieur du côté de Rogny, dit le bief de la Montagne.

Le deuxième bief en descendant du côté de Briare ,

traversait l'étang des Prés-Carrés , qui a. «

On avait dirigé dans le bief do distribution les eaux de l'étang du Chcsnoy , contenant

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