Tome IJ
a7o CANAUX NAVIGABLES
des 55, ô-i i,ooo mètres cubes ( 4^77 i,4io toises cubes), qui fout la dépense' totale d’eau qu’éprouveut les rigoles, il restera 28,800,000 mètres cubes (3,953,44o toises cubes) pour les parties non attribuables aux prises d'eau et aux irrigations.
Otant encore de cette quantité d’eau ce qui aurait servi à remplir les bassins de Saint-Féréol et du Lampj, il restera 19,544,000 mètres cubes , ce qui luit plus de cent fois la capacité ou prisme de remplissage des rigoles, qui est de i55,68o mètres cubes.
Ce calcul de pertes d’eau pour les rigoles, quelque fort qu’il paraisse, ne l’est pas davantage que ce que nous avons déjà vu en parlant de la rigole de Saint-Privc (page aoô), qui perd habituellement dans sa tenue ordinaire les trois quarts du volume d'eau qu’elle reçoit et qu’on peut évaluer moyennement à 2,000 ponces d’eau. Nous verrons en parlant du Canal du centre des pertes d’eau par filtrations sur les rigoles encore beaucoup plus fortes; telles que celles de la rigole de Sainl-Julieu qui, d’après sa jauge, devait donner 1720 pouces d'eau, et qu’il a fallu abandonner parce qu’elle ne fournissait plus d’eau à'son embouchure au point de partage dans les temps de sécheresse, la perdant entièrement dans son développement, quoiqu’il ne fût que de 11,202 mètres.
Des remarques analogues sur d’autres rigoles donnent lieu à une observation importante; c’est qu’après le laps de temps nécessaire pour la disparition des premiers accidcns relatifs aux infiltrations dont des terres nouvellement travaillées sont susceptibles , les pertes d’eau par tiltration sur les Canaux établis semblent diminuer à mesure que le volume d’eau qu’ils contiennent est plus considérable; ce fait serait-il une suite de la pression qui doit en résulter d’après les lois hydrostatiques sur les parois du lit du Canal? pression qui semble d'abord devoir augmenter les pertes au lieu de les diminuer; mais les molécules des dépôts et des sédimens terreux qui recouvrent les parois, pourraient être susceptibles de prendre plus ou moins d'adhésion entre elles sons une pression plus ou moins forte, et de former ainsi un corroi qui devient plus compact et plus imperméable , en raison de la force qui le comprime.
?edjby Gotrok
Le Canal de Languedoc a présenté un exemple remarquable à l’appui de cette observation , et qui a encore prouvé que les eaux qui lui ont été assurées n’étaient point surabondantes.
En septembre et octobre 1784 les réserves étant basses et les ressources diminuées, on crut qu’il ne fallait distribuer les eaux au Canal qu’en petit volume, et après vingt-six johrs d’attente le vide dans le lit du Canal demeurait presque le même; heureusement il survint le 10 octobre des pluies extraordinaires qui donnèrent en une seule nuit 5 lignes d’eau , qui augmentant l’eau contenue dons les réservoirs, en raison do l’étendue de la superficie des terrains qui y versent, permirent de lâcher leurs eaux avec abondance, et achevèrent ainsi de remplir le Canal.
Ce qui se remarque lors du remplissage du Canal confirme celte observation : il est reconnu qu’on perd beaucoup moins d'eau, et qu'il s’opère avec beaucoup plus de succès, et une diminution bien moins grande dans les réserves, quand on l’eflèctue à grands (lots.
Nous citerons ici, à ce sujet, ce que dit M. le général Andréossy dans son Histoire du Canal du Midi, page Go, en parlant des robinets du bassin de St.-Féréol ; après avoir observé que la forme elliptique leur eût mieux convenu pour la solidité de leur scellement, il ajoute : « Leur ouverture » intérieure 11’a pas assez de diamètre. On a vu dans les années d'une » grande sécheresse le déchet des filtrations et de l’évaporation absorber » entièrement, ou presque entièrement, le débit de ces ouvertures, et » rendre inutile toute la partie du bassiu de St.-Féréol plus basse que le y> niveau de la Badorquc , dont les ressources auraient pu suffire pour » le remplissage du Canal et le rétablissement de la navigation. Aussi » a-l-on proposé de donner nu pertuis de vidange le même orifice que » celui de la voûte de même nom (1), et de construire ail devant, jusqu’à » la hauteur de la digue, un grand mur circulaire percé de six ouver- » tures, dont les pertuis dirigés dans le seus des rayons et manœuvrésau
( ! ) On a une grande preuve de l'effet des filtrations par celles qui pe'nètrcnl dans eçttc voûte 1 travers le massif énorme de la digue qui la surmonte. (Voir page a55.)
*7s CANAUX NAVIGABLES
d moyen d'on escalier semblable à celui du Lampy, auraient abouti à » l’entrée de cette voûte de vidange. »
Mais en admettant le concours des observations <jui paraissent justifier la conséquence que nous venons d’émettre, on doit reconnaître combien les circonstances peuvent en varier les résultats.
Effectivement on conçoit que si l’on venait à agrandir les dimensions anciennes d’une rigole ou d'un Canal, on éprouverait d’abord des perles considérables, car on ne pourrait le faire qu’en enlevant la couche de terre corroyée pour ainsi dire ou parvenue au plus grand degré dïrnperincabilité par la pression ancienne et constante de ses molécules devenues encore plus adhérentes par le gluten que l’eau dépose, tandis que la partie de terre remuée et fraîchement découverte aurait tous les moyens d’absorption d'un nouveau Canal (on en citera un exemple remarquable en parlant du Caual d’Orléans).
Mais An sentant tout ce que les diverses localités peuvent apporter de variations dans les résultats de cette observation, on a cru devoir la présenter ici parce que l’examen des autres Canaux la confirme d’une manière encore plus sensible, et parce que son importance pour l’amélioration de la navigation intérieure l’a fait paraître digue de l’attention du Gouvernement qui peut seul faire comparer ensemble tous les faits existans avec le choix des circonstances et des appareils nécessaires pour préciser l’exactitude des résultats.
S'il en était ainsi, telle rigole réduite à une petite dimension et surtout à une petite profondeur, par le désir d’économiser l’eau, pourrait recevoir les dimensions nécessaires à la navigation et y servir sans perdre uu» plus grande quantité d’eau; tel Canal restreint à la simple irrigation pourrait, suivant les localités, devenir navigable, et tel Canal réduit, pour' économiser ses eaux, à des dimensions qui restreiguent sa navigation r pourrait en recevoir une plus avantageuse au moyen de dimensions plus grandes qui n’augmenteraient point scs dépenses d’eau.
On a insisté, en parlant du Canal de Languedoc, sur les dépenses d'eau, parce que les filtrations doivent y être parvenues à leur minimum.
DE FRANCE. a;}
Effectivement, les fissures qui déterminent le plus lesTltralions tint dû sc boucher d’abord par les cnsablcmcns et les atterrisscmeiis multipliés qu'occasionnaient les cinquante-quatre courans d'eau dont on a été obligé de supprimer l’entrée dans le Canal, ensuite par les troubles que l’eau y charie depuis plus de i3o ans, et qui sc déposent principalement dans les fissures et dans tous les interstices qui laissent échapper l’eau.
On peut encore ajouter qu’une partie assez notable du Canal a été creusée dans un roc d’une nature imperméable, comme par exemple dans la plaine stérile d’Argelière , entre Capcstang et Narbonne , sur un espace de plus de a,ooo toises, où le Canal a été excave jusqu’à j8 pieds de profondeur dans certains endroits.
Ce concours de circonstances qui lui est particulier suffirait pour faire présumer que ce Canal est , de tous les Cauaux à point de partage exista ns , celui qui perd proportionnellement le moins d’eau; l’examen des pertes proportionnelles des autres Canaux à point de partage constate ce fait, et fait reconnaître la même disproportion dans les pertes d’eau de leurs rigoles nourricières.
C’est cette considération qui a fuit calculer plus particulièrement , en parlant de ce Canal, les pertes d’eau qu’éprouvent les Canaux et les rigoles , puisque les exemples qu’il fournit de ces pertes, étaut encore plus sensibles dans tous les autres , doivent détruire les illusions qui n’ont été que trop souvent ruineuses pour l’Etat et pour les particuliers, dans l’entreprise de Canaux pour lesquels on était bien loin de calculer les quantités d’eau nécessaires pour alimenter leur navigation.
Nous allons revenir maintenant à ce qui concerne la description du Canal et parler des principaux ouvrages d’art qu'on rencontre sur son’ trajet ; mais pour ne point dépasser les bornes que doit avoir cet article,on n’en parlera que succinctement, et on n’insistera que sur ceux de ces ouvrages dout l’application présenterait des avantages désirables pour les autres Canaux.
Nous avons vu que la longueur du trajet du Canal était de a4i,i46> mètres (1 20, 700 toises). Nous allons en donner le détail.-
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TRAJET DU CANAL
En parlant de la Garonne jusqu'au point de partage,
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La longueur du bief de distribution , entre les deux écluses, dont l’une verse à l'Océan et l'autre à la
Méditerranée, est de \
I.e trajet, du cAté versant à la Méditerranée, à partir du point de partage jusqu'à l'étang de lliau où est l'embouchure du Canal, est (depuis la nouvelle direction donnée au Canal près Carcassonne) de
Sur une pente de
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Il y a en outre sept demi-écluses qui ne sont que des portes pour retenir l’eau sans sas ou chambre d’écluses.
Dans la totalité de son développement , ce Canal a cinquante-neuf pontsaqueducs pour traverser autant de torrens ou rivières : deux seulement sont en bois et ils sont placés sur les rigoles ; quarante ont des proportions ordinaires, et dix-sept se distinguent plus ou moins par leur grandeur et la beauté de leur construction.
11 y a de plus un pont flottant.
Les eaux qui pourraient nuire au Canal sont rejetées au besoin par des déversoirs qui, dans toute l’étendue du Canal, servent de régulateurs au volume de scs eaux. Il y a à cet efiit cinquante-deux déversoirs de superficie dont vingt-six grands et vingt-six petits, trois épanchoirs à siphon qui
agissent d’eux- mêmes , et quarante épanchoirs de fond fermes par des vannes.
II reçoit dans sa longueur 109 ponts pour le service de la voie publique.
Il a deux percées souterraines, l’une pour la rigole de la montagne à Campmazes, l’autre pour le passage du Canal à la montagne de Malpas, cette dernière fera l’objet d’une description particulière.
On y compte 1 15 digues et bassins de cales en maçonnerie qui arrêtent les dépôts qui pourraient ensabler et encombrer le Caual.
Le nombre des bàüuicns qu’il occupe, pour maisous d’administration, logemeus d’éclusicrs et magasins, est de 126.
Écluses.
Les sas ou chambres d’écluses sont de forme ovale , et ont 1 37 pieds 5 pouces (55 mètres) de long, 5i pieds 9 pouces (11 mètres) de large dans leur milieu, et communément 19 pieds 10 pouces (6 mètres 5o centimètres) de largeur entre les bajoyers près les portes.
L’eau de la retenue supérieure passe , pour se mettre de niveau , dans le «as ou chambre d’écluse qui doit établir le niveau avec la retenue inférieure , et en sort par des vcntelles pratiquées dans les portes mêmes et qui s’élèvent avec un cric.
Ce moyen est plus économique dans la construction primitive que les tambours de communication en maçonnerie entre la partie supérieure etla partie inférieure des retenues et des sas; mais il en résulte plus de fatigue pour l’avant-bcc des bateaux qui reçoivent le choc de la sortie de l’eau; et pour les portes d’écluse qui, par cette raison, ne durent communément que quinze ans au Canal de Languedoc, au lieu que leur' durée commune est de plus de vingt ans sur le Canal de Briare, où l’on a employé, comme on l’a dit, les tambours de communication qui subsistent depuis 1612 sans avoir encore été reconstruits.
Les portes sont en chêne (»); elles se manœuvrent avec des cabcs--
(1) Le chêne revenant 2> 3 francs le pied cube dans le pays , M. Clausadc a Lie
a -6 CANAUX NAVIGABLES
uns ou avec des flèches qui ont de îon0ucur en dehors i4 pieds et
1 pied a pouces d’équarrissage.
Écluse de Fonseranne. Parmi les écluses on remarque celle de Forte seranne qui est ocluple, c’est-à-dire à huit sas accolés immédiatement les uns au-dessus des autres.
On l’a citée avec admiration dans plusieurs descriptions du Canal de Languedoc, parce qu’elle rachète 6t pieds 5 pouces de chute; cependant c’est 7 pieds a pouces de moius que la chute rachetée par l’écluse septuple ou à sept sas de Rogny, sur le Caual de Briare, qui est de 71 pieds 7 pouces; mais c’est 5 pieds 5 pouces de plus que l’écluse octuple du Canal Calédonian que nous avons vu appelée Escalier de Nepr tune, et qui ne rachète que 61 pieds français. (Voir page ai3.)
Celte écluse termine la grande retenue , dont on a déjà vu que la'longueur était de 55, 718 mètres, et qui est traversée par quinze aqueducs, au nombre desquels se trouve le beau pout-aqucduc de Cesse dont nous donnons la description ci-après.
La grande affluence des versans dans cette retenue y amène beaucoup de troubles et de vase qui y font mettre eu usage des barques à hérisson pour la débarrasser lorsqu’on la vide.
Barque à faucher les herbes. — Ces vases et la stagnation des eaux y font croître beaucoup d’herbes et de plantes aquatiques qui finissent par entraver la navigation. Ce dernier inconvénient a rendu nécessaire d’employer une barque pontée , armée à une de ses extrémités d’un appareil muni de faux qui plongent dans le Canal, pour couper ces plantes; cet appareil est mis en action par deux manivelles qui n’exigent chacune que le service d’un homme , et il s’élève ou s’abaisse à volonté.
On a donné, planche XII, le plan et lu coupe de cet appareil, dont l’in-
construiredes portes en mclf sc ; il a trouvé le triple avantage de plus de légèreté, du meilleur marche', et déplus de durée.
11 fallait commune'meni reconstruire les portes an chêne au bout de quinze ans; des portes en melèse , construites par M. Clauzade, ont duré vingt-deux ans.
DK FRANCK. *77
vcntion est due à M. Clauxade père; la célérité et la facilité de son emploi peut le rendre désirable dans des circonstances analogues.
Épanchoirs à siphon. L’abondance des eaux qui , dans les grandes pluies ou les orages , tombent des montagnes voisines dans la Grande Retenue, rendait souvent insuffisans les épanchoirs de superficie qui existaient, et quelquefois les vannes des épanchoirs de fond n’étant pas levées asset promptement, il en résultait des ruptures de levées et des accidcns graves; pour se débarrasser des eaux surabondantes aussitôt qu'elles pouvaient devenir nuisibles, M. Garipuy jeune inventa les épanchoirs a siphon, et en pratiqua deux dans la Grande Retenue, l’un près de Capestang, l’autre près de Ventcnac.
Leur bon effet en fit construire deux autres, l’un à Marseillelle et L’autre ou Fer de Mulet.
Ces épanchoirs sont des aqueducs en maçonnerie pratiqués daus la . levée du Canal, et qui ont la forme ordinaire d'un siphon; ils.scmt rectangulaires, leur dimension ordinaire est de 18 pouces de hauteur sur environ 5 pieds de large. » .
Le sommet de la partie inférieure de la courbure du siphon répond au niveau que l’eau ne doit pas dépasser dans le lit du Canal.
Xa branche aspirante a son orifice plongé dans le Canal, à environ a pieds au-dessus de la ligne de fond, et donne entrée à l’eau qui, lorsqu’elle a atteint dans les crues le niveau du sommet de la partie inferieure de la courbure du siphon , coule avec abondance par l’autre branche extérieure.
Une ventouse placée un peu au-dessous du niveau ordinaire de l’eau introduit l’air dans le siphon et eu arrête ainsi l’effet lorsque l’abaissement de l’eau fait désirer que cet effet cesse.
On voit, planche X, les plan, coupe et profil de l’épanchoir à siphon de Ventenac qui est double et qui de plus a un cpanchoir de fond que l’on emploie lorsque l’écoulement de l’eau par les siphons se trouve encore insuffisant en raison de la force des crues.
.Ce procédé mérite, par sa grande utilité, d’être employé de préférence Tome JI. 56
a;8 CANAUX NAVIGABLES
dans les localités où l’abondance subite des eaux peut faire craindre les accidcns qui résultent du moindre retard dans la levée des vannes des épaudioirs de fond. ‘ *
' Écluse de Moussoulem. Celte écluse a deux buts à remplir : celui de servir de communication avec le Canal de la Robine, et celui d’effectuer une prise d’eau dans la rivière d’Aude pour alimenter ce Canal.
Mais In rapidité de l’Aude, et la hauteur de ses crues qui inondaient souvent la plaine de Narbonne et occasionnaient des dégâts surtout dans le Canal de la Robine qu’elle comblait en détruisant ses levées, a nécessité pour la construction et le service de cette écluse des précautions particulières et très bien conçues.
Pour prévenir les fréquens ensablemens auxquels les portes de défense se seraient trouvées exposées, on a profité de la hauteur de la chute que donne la digue de barrage pour pratiquer des aqueducs où les eaux se précipitent; le courant rapide qu’elles forment ainsi entretient devant les portes un tournoiement qui les empêche de s’ensabler.
Pour se garantir des dangers des grandes inondations, on a construit immédiatement après les portes de défense un pont en pierres qui va. d’un pilier à l’autre de ces portes, et l’on a donné à ces portes ai pieds de hauteur, en sorte qu’elles s’élèvent au-dessus de la clef de la voèite du pont.
Ces ouvrages joints aux chaussées ou digues de défense qui bordent Fécluse, préservaient la Robine et la plaine de Narbonne des inondations ordinaires.
Mais comme dans les crues extraordinaires l’eau s’élevait au-dessus des portes, et inondait encore le pays en se précipitant par l'intervalle qui se trouvait entre ces portes et le pont, on a fermé cet intervalle par un tablier triangulaire en bois dont le plus grand côté est fixé à la tête du pont de manière à s’y mouvoir comme sur un uxc pour se lever ou se baisser.
Ce tablier reste ordinairement levé ; mais lorsqu’on s’attend à nne inondation on le baisse de manière à ce que scs deux autres côtés viennent
s'appliquer sur les entretoises supérieurs des portes, de sorte qu’il ferme ainsi entièrement l’espèce d’ouverture par laquelle les eaux se précipitaient; ce tablier a de plus l’avantage de servir de buse pour soutenir les portes contre l’effort des eaux, quand elles sont parvenues à une si grande hauteur.
Un des buts de l’écluse de Moussoulens est, comme on vient de le dire , d’établir une communication entre le Canal de Narbonne, dont on a parlé, et le Canal de la Robinc, attribué à Agrippa, qui s’embouche dans la Méditerranée.
Ce Canal de la Robine présentait beaucoup de sinuosités, et comme on ne connaissait point alors les écluses à Sas, il paraît qu’elles avaient eu pour but de diminuer la pente de l’eau et de rendre la navigation du Canal plus facile ; on a redressé ces sinuosités , et on a placé cinq écluses sur ce Canal , qui a maintenant 5i,4a4 mètres de long. a
Ce Canal embouchait dans l’étang de Bagea , puis dans l’étang de Sizcan où on retrouvait l’encaissement en belles pierres de taille du Canal des Romains qui traversait cet étang, mais la navigation de ces étangs était souvent très difficile, et même le fonds y manque lorsque les vents d'ouest régnent; il était impossible alors aux bâtimeos d’arriver au port de (a Nouvelle, qui formait le débouché.
Pour s’affranchir de ces difficultés, on exéouta le projet anciennement arrêté par les Étals de Languedoc, en établissant, sur la plagç orientale de l’ile de Sainte-Lucie , un nouveau Canal contenu entre des digues, sur une longueur d’environ 5,85o mètres qui embouche dans le port de la Nouvelle par un alignement d’environ ô.ooo mètres très bien exécuté; il fut terminé en 1813. Ainsi le Canal de Narbonne offre maintenant, par celle direction, un nouveaudébouchétrèsfavorableauCanal de Languedoc.
Ecluse ronde d’jigde. On va citer encore l’écluse roude d’Agdc, parce que l’objet de cette écluse est de satisfaire à lu direction do la navigation vers trois points et sur trois niveaux diScrcns.
Elle est formée par un bassin circulaire qui a 90 pieds de diam'tre, et trois ouvertures de ao pieds chacune. Ces ouvertures sont fermées
afïo CANAUX NAVIGABLES
par îles portes busquées qui soutiennent l’effort île l’eau, et la distribuent
u l’orient, à l’occident et au midi.
Les portes de l’orient vont au Canalet haut du coté de la rivière d’Ilérault dont le niveau est le plus élevé. Ces portes, d’après cette circonstance, sont busquées dans le sens de cette direction.
Les portes d’occident vont au grand Canal du côte de Béziers, dont le niveau est plus bas de o",3a que celui du Canalet haut de la rivière d’Hérault; il se trouve par cette raison , à cette issue, une paire de portes busquées dans le sens du Canalet, et une autre paire de portes busquées dans le scus de sa direction vers Béziers, pour soutenir aussi au besoin les eaux qui vicnncut de Béziers.
Enfin, les portes du midi placées du côté d’Agde, ouvrent dans le Canalct bas; il est à environ 5 pieds au-dessous du Canalet haut, et ces portes sont busquées vers l’intérieur de l’écluse.
Cette correspondance avec trois niveaux différens a fait donner à l’écluse ronde d’Agde la forme d’un bassin circulaire où les bateaux peuvent tourner pour prendre la direction qui leur convient, et au fond de ce bassin circulaire on a pratiqué un sas inférieur ovale.
Ce sas est dirigé vers le Canal d'Agdc , dont l’cduse est plus basse que les autres, afin de n’être pas oblige de remplir d’eau tout le grand sas' pour le passage des bateaux. qui vont à Agdc.
11 est à observer que cette écluse pourrait être changée avantageuse-' ment en portant les portes de défense contre l’Hérault à la dérivation du Canalet haut, et les portes de mouille ainsi que l’écluse pour la pente à racheter à l'embouchure de l'Hérault, eu aval des moulins; ce changement, qui est estimé près de 100,000 francs, économiserait environ ia,ooo francs de dépense pour le curage annuel du Canalet haut que l’Hérault encombre dans ses crues , et ce serait détruire le préjudice encore plus grand que ces cncombremens peuvent faire éprouver à la navigation.
On s’est servi des eaux de l’Hérault pour alimenter le Canal jusqu’à l’écluse de Forlirague, non que la rivière d’Orb n’cùt pu suffire, mais parce
Digitizéd by Gorrgfc
> DE FR \NCE. aSt
que l’eau de l’Hérault arrivant dans la retenue, qui a environ a lieues de longueur, sans manoeuvre d’écluse et avec plus d’abondance, accélère la navigation, et permet, par l’abondance de l’eau, des irrigations utiles aux riverains, qui leur sont accordées gratuitement pour compenser les préjudices qu’ils pourraient éprouver des hautes eaux.
Port de Caste! naudary. Parmi les beaux ports qu’on rencontre sur ce Canal , on doit distinguer celui de Cnstclnaudary qui est formé par un bassin naturel de aoo toises, ayant i5 pieds d'eau, qui s’est rencontré naturellement dans la direction du Canal
D'après sa grande étendue, les vents y contrarient quelquefois la navigation, et y causent beaucoup d’agitation ; il a fallu le revêtir, presque dans tout son pourtour, d’un quai construit en moellons avec des chaînes de pierres de taille , et y établir une île également revêtue en maçonnerie, plantée en saules, veys une des directions du Canal, afin qle les barques puissent, en passant derrière cette île, se garantir de la force du vent d’est , qui est très- violent dans cette partie du Languedoc.
C’est à ce port que se trouvent en grande partie les chantiers et magasins de bois nécessaires au Canal ; on y construit meme des barques pour la mer.
C’est de Castelnaudary que l’on part ordinairement pour aller voir le bassin de Saint-Féréol , qui est à une distance de 7 milles.
On trouve à environ i,5oo toises de cette ville, sur le chemin de Revel, un petit pont dit l’Espon tille, et une chaussée où le connétable de" Montmorency fut blessé et fait prisonnier en septembre i65a; il fut dé-capité deux mois après à Toulouse.
Voûte du Ma/pas. La percée on voûlcduMatpas a 85toises(i65mètres) de longueur; on avait cru d’abord (comme cela arrive toujours quand on fait des percées souterraines) qifon serait dispensé de la voûter ; mais bientôt l’espèce de tuf à travers lequel l’excavation était pratiquée, s’altéra par le concours de l’air et de l’humidité; on éprouvait le double inconvénient du danger des éboulemcns de la voûte et les emcombrcinens qu’ils formaient daus le lit du Canal, il y eut meme des personnes écra--
a «sa
CANAUX NAVIGABLES sucs’; il fallut finir par voûter entièrement en pierres de taille le souterrain, avec des frais énormes; car on fut obligé de construire préalablement vingt-cinq grosses murailles, pour soutenir, d’espace en espace, l'excavation de la montagne.
Cette percée d’abord avait deux banquettes de halage de 3 pieds chaque, avec un intervalle de 16 pieds entre elles; on avait compté alors que les barques ne chargeraient que Soo’quiut. , et n’auraient, au plus, que 1 a pieds de large. Mais les barques ayant successivement augmenté leur charge , et la banquette du côte du midi ayant été ruinée par je batillage des eaux et le choc des barques, et n’ayant point été réparée à cause de son inutilité , on acheva de l’enlever lorsqu’on construisit en maçonnerie la voûte du Malpas.
En supprimant cette banquette et faisant les fondemens des murs à piédroit de la voûte, on trouva .un des soupiraux de l’aqueduc qui a servi à dessécher l’étang de Montady, dont nous allons parler, et qui passe à environ 8 toises au-dessous du lit du Canal. Cette découverte donna l’idée de faire de ce soupirail un épanchoir pour vuider le Canal dans la partie voûtée, qui ne pourrait sc mettre bien à sec sans ce moyen ou sans épuisement d’eau, parce que les deux excavations à ciel ouvert qui sont à rentrée et à la sortie du souterrain , sont sujettes à s’encombrer par des éboulcmcns qu’on n’a pas encore pu prévenir.
A l’écluse de quatre sas accolés de Sainl-Roch, qui est au-dessus de Custclnaudary , ou a établi latéralement un aqueduc qui dérive les eaux de la retenue supérieure ; il fait mouvoir quatre meules par quatre roues qui sont à pots et horixontales, il y en deux supérieures et deux intérieures; le moulin inférieur fait, dans un temps donne, un septième de farine de plus que le supérieur , parce que sa chute est plus forte, le volume d’eau étant le même. •
On ne trouve de moulins qu’à cette cclusc et à celles des Minismes, de Matabiou, de Bayard, de Castagnettes et de Trcbes.
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Ponts- Aqueducs.
Nous avons vu que le nombre des aqueducs ou ponts-aqueducs était de cinquante-neuf. Nous nous contenterons de décrire les principaux.
Aqueduc de Repudre. Il est situe à cinq milles de la chaussée do Cesse , dont il sera lait mention plus bas ; il donne passage au torrent de ce nom qui descend des montagnes du diocèse de Saint-Papou) , et va se jeter dans l’Aude, en traversant la ligne du Canal.
Ce torrent est fort dangereux dans les inondations, et cette considération détermina M. Riquet à ne point le recevoir dans le Canal, mais à le faire passer dessous par un pont-aqucduc qui n’a qu’une seule arche de cinq toises de large sur deux de hauteur.
Cet aqueduc, placé dans le coude de la grande retenue, barre entièrement le vallon et offre un ouvrage d’nn bel effet ; il soutient partout€ans le lit du Canal 738 pieds d’eau.
Construit dès l’origine du Canal de Languedoc , il a pu servir de modèle aux autres ponts-aqueducs. .
Aqueduc de Saint- Agne. Cet aqueduc est remarquable par la nature de sa construction.
Le ruisseau est trop élevé pour passer sous le lit du Canal en conservant son niveau. On a construit, pour lui donner passage, un aqueduc en forme de siphon renversé descendant sous le Canal pour remonter ensuite.
La forme de la voûte est en anse de panier, et le radier lui-même est courbé eu contre-voûte suivant un arc de cercle de quelques degrés.
Quoique celte sorte d’aqueduc paraisse devoir être sujette à s’ensabler' par les dépôts, il s’entretient cependant si bien par la rapidité de l’eau, qu’il n’a cncurc eu besoin d’uucun curemcnt depuis 1766, époque de sa construction.
Cet aqueduc est un exemple de l'utilité qu’on peut tirer de cette nature de construction dans les cas où elle est applicable, c’est-à-dire lorsqu’on a à traverser dans la direction d’un Canal un courant d'eau dont le niveau est supérieur eu aiuont et en aval à celui du fond du Canal.
*3i CANAUX NAVIGABLES
Aqueduc de Mesurait. Cet aqueduc fut ordonné par le maréchal de Vaubnn; son genre de construction paraît désirable pour quelques localités qui demandent des précautions particulières, et notamment lorsque le terrain du côté de l’entrée des eaux se trouve plus élevé que celui qui répond à leur sortie i\).
A l’entrée de cet aqueduc sous le Canal, on a construit un puisard ou plutôt une cale revêtue de maçonnerie ; le fond de ce puisard présente une superficie de 5 toises de long sur a de large ; il est à 6 pieds au-dessous de la ligne de foud de l’entrée de l’aqueduc, afin qu’il n’y ait que les eaux de superficie qui puissent entrer et passer dans l'aqueduc qui est dirigé en pente, et à la sortie duquel il se trouve un autre puisard aussi revêtu en maçonnerie, et dont le fond est de même à G pieds au-dessous du fond de l’aqueduc; il est disposé pour empêcher qu’il no se %rmc des affouillemens , surtout de la part des eaux qu'on lâche lorsqu’on lève une vanne de décharge du Canal qui sert à le vider au besoin pour les réparations.
Le mur qui forme le revêtement de ce puisard est construit en pierres de taille, et il est disposé en glacis et en cintre afin de lui douuer plus de solidité.
L’aqueduc terminé par ces deux puisards a 5 pieds de hauteur sous clef et îo pieds de large à sa ligne de fond; sa petite est d’environ 6 pieds dans lé premier tiers de sa longueur qui est d’environ îoo pieds, et les deux autres tiers n’ont plus qu’une faible pente.
Toutes ces dispositions ont pour but de prévenir les dépôts de vase .dans l’aqueduc et de les déterminer dans les puisards d'entrée et de sortie qui soûl destinés à les recevoir et qu’on a soki de curer lorsqu’ils se remplissent.
Pont-aqueduc d’Orbiel. — Le Canal a une prise d’eau.considérable dans l’Orbiel par une rigole de dérivation d’environ 780 mètres ; il passe
(1) Voir la description qu’en a faite Bclidor dans son Architecture hydraulique, lotnc IV, page 4^1 et les plans et profils quït en donne.
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.ensuite sur le lit naturel de cette rivière par un pont-aqueduc de trois arches de 6 toises de largeur chaque.
Ce pont-aqueduc est assez large pdlf y faire passer deux barques de front; le pied des banquettes est fortifié par un talus dont la base est égale à la hauteur; et chaque culée est terminée par des murs en retour d’équerre formés en gradins sur le bord du vallon pour empêcher que les grandes eaux ne cernent les culées; ces murs sont encore fortifiés par des contre- forts iulérieurs.
Ponl-aqueduc de Cesse. Originairement et lors de la réception des ouvrages en 1 684, la rivière de Cesse, dont les eaux étaient indispensables pour la navigation du Canal, était arrêtée et rehaussée par une chaussée de 112 toises de longueur en ligne courbe, qui refoulait la rivière sur plus de 5o toises (97 mètres) avec une largeur de aSo toises (486 mètres). Cette chaussée, qui avait 3 toises de haut, donnait lieu à une chut* ou nappe d’eau dont le père Morgues parle avec admiration dans la description qu’il en a faite. Le Canal, ou pour mieux dire la ligne navigable, traversait la rivière ainsi barrée.
Cet état de choses entraînait de grands et fréquens inconvéniens pour la navigation. I.c maréchal de Vauban, lors de sa visite du Canal, ordonna la construction d’un pont-aqueduc sous lequel passerait la rivière après avoir fourni au Canal uno prise d'eau qui put suffire à alimenter la navigation depuis l’écluse d’Argens, commencement de la grande retenue, jusqu'à la rivière d’Orb.
Ce pont-aqueduc, qui est d’une très belle construction, porte sur trois grandes arches; les deux extrêmes sont à plein cintre et ont chacune huit toises de large, celle du milieu esta anse de panier à trois centres., chaque arc a environ 60 degrés, elle a 10 toises de large.
Ce pont-aqueduc a 3a toises (62 mètres) entre les culées.
La prise d’eau dans la rivière de Cesse fut en même temps effectuée au moyen d’une chaussée de barrage dite de la Roupille, et qui dérive les eaux de cette rivière dans une rigole dite de Mirepeisset, d'environ i,5oo toises; elle s’embouche dans le Canal environ 70 toises au-dessu6 du pont- ’ Tome II. 57
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aqueduc; les eaux entrent daus cette rigole au moyen de deux vannes
construites dans son lit. '
Cette rigole, étant pratiquée Or le revers d’un terrain escarpé, sc trouve presque à pic au-dessus du lit de la rivière.
Dans les crues de la Cesse qui sont très hautes , les grandes eaux battent violemment la chaussée qui la supporte; il en résulta d’abord de grandes avaries, la rigole fut souvent entamée, et la chaussée même fut détruite; on a depuis suivi pour les travaux un système beaucoup moins dispendieux et en résultat beaucoup plus solide. L’on lit à la Koupille une chaussée en encaissement de forts moellons, formée par des rangs de pilots garnis de chapeaux et palplanchcs. On a formé à la chute des eaux un glacis arrêté à bonne distance par une rangée de pilots avec chausserons, le tout maintenu de droite et de gauche par de fortes attaches don^ les extrémités sont plus élevées que la chaussée.
Pour soutenir et fortifier le lit de la rigole , ou a établi des murs à pierre sèche très inclinés, de 3o à 4o pieds d’élévation sur çlus de 900 toises de long, et arrêté par de bons chausserons de pilots garnis de tirans et chapeaux, et, pour préserver les fondations des affouillemens et contribuer à lu solidité de ces ouvrages, on a fait, entre les chausserons et la rivière, des plantations en saussaies et tamaris qui retiennent le limon cl les graviers que les crues déposent. On met à l’entretien de ces ouvrages une surveillance journalière qui restreint leur dépense annuelle à 600 francs.
Cette rigole fut évaluée à un produit commun de 6,000 toises cubes (44,423 mètres cubes) d’eau en a4 heures, par M. Ducros, inspecteur général des Ponts cl Chaussées, qui fut chargé, comme on l’a vu, de la confection du Cunal de Narbonne. Vis-à-vis de l’embouchure de celte rigole on a construit un épauchoir de fond appelé d’Espaliasse , qui a six vannes de fond de quatre pieds de large chacune.
Cet épauchoir, dont le massif de maçonnerie a environ 60 mètres de long sur 6 mètres de hauteur, est d’une très belle construction.
Pont-aqueduc du Fresquel. La rivière du Frcsquel était admise dans
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le Canal pour l'alimenter, et des précautions très remarquables par l’appareil de leur construction avaient été prises, tant pour débarrasser le Canal des eaux superflues, et qui devenaient dangereuses dans les crues , que pour prévenir les ensablemcns par des cales et des épanchoirs de fond; mais, malgré ce concours de précautions, la navigation éprouvait souvent des inconvéniens graves par les ensablemcns cl les dégradations qu’occasionnait quelquefois l’arrivcc subite des crues du Fresquel.
Il fut résolu que l’on ferait une prise d’eau dans cette rivière par une rigole de dérivation, et que, par un changement de direction du Canal dont nous allons parler, il traverserait sur un pont-aqucduc le lit naturel du Fresquel qui continuerait de recevoir ses eaux surabondantes.
Ce pont -aqueduc fut construit sur la nouvelle direction que l’on donna au Canal de Languedoc, qui passait précédemment à environ 1,000 toises (1,919 mèt.)dc la ville de Carcassonne, parce que cette villcn’avait point voulu contribuer aux frais d’une direction plus favorable pour elle par son rapprochement. Elle a depuis vivement senti la privation d’un tel avantage, et a enfin obtenu celte nouvelle «Lircction, qu’on appela alors Canal de Carcassonne, parce qu’elle passe sous les murs de la ville.
Elle a le double avantage de favoriser le commerce de la ville, et de débarrasser des inconvéniens graves et fréquens qu’entraînait l’entrée du Frèsquel dans le lit du Canal, malgré les épandioirs de fond qu’on avait pratiqués dans les digues de barrage.
D’après la force des crues du Fresquel et la quantité de troubles qu’il charie, ces épanchoirs étaient encore insuflisans, et il se faisait des dépôts que l’cllét des digues de barrage prolongeait jusqu’aux limites de l’inondation.
Le Canal traverse maintenant le Fresquel sur un superbe pont-aqueduc dont nous allons donner la description , et les eaux de celte rivière ne sont •plus amenées que par une prise d’eau à quelque distance au-dessus de d’endroit ou elle entrait autrefois dans le lit du Canal.
De tous les ponts-aqueducs qui existent sur le Canal de Languedoc,
le plus remarquable par sa magnificence est celui par lequel il pusse sur la rivière de Fresquel, et qui estsitué à i,436 toises (a, 800 mètres) au nordest de la ville de Carcassonne.
Il est compose de trois grandes arches en voûte surbaissée dont chacune a n",6g d’ouverture, et 4", 54 de flèche; l’ensemble présente la plus grande élégance. Ce pont est couronné par un entablement régulier dont la corniche est formée de consoles portant triglyphes; ce bel entablement, en amont et en aval, forme la hauteur des côtés du lit ou aqueduc
où passe le Canal.
Cet aqueduc ou cuvette a un largeur de 1 5", 64
La largeur du chemin de huluge est dé a ,4S
Ce meme pont supporte le grand chemin qui passe sur le côté
septentrional, latéralement au Canal, sa largeur est de 8 ,28
Ces dimensions jointes à la saillie de l’entablement qui est de o ,98
donnent à ce pont une largeur totale de a5",35
La longcur entre les culées est de 43 ,85
Longueur des murs d’épautement 9 ,74
Murs circulaires, leur flèche 4,87
Non-seulement ce pont-aqueduc est remarquable par la grandeur deses dimensions et les soins qu’on a observés dans son appareil, car il s’y trouve beaucoup de pierres qui cubent mais encore la beauté de saconstruction et l’élégance de scs formes; sa position au-dessus de trois écluses, dont deux sont accolées immédiatement au-dessous de lui, et semblent lui servir de degrés, lui donnent l’apparence d’un arc de triomphe; et ce coup-d’œil prend un caractère particulier, lorsqu’on- ▼oit passer sur ce pont et à la fois les grandes barques pontées navigant sur son trajet, les chevaux au trotquiles dirigent eu passant sur le chemin de halage, et les voitures en poste ainsi que les voyageurs qui traversent le grand chemin.
Le projet de ce beau pont avait été adopté par les états de Languedoc
en 1 786, mais il fut suspendu par les circonstances relatives à la révolution. Il fut repris avec activité en 1798. Le Gouvernement nfFecta un fonds de aoo,ooofr.à prendre chaque année sur les revenus du Canal jusqu’à l’achèvement des travaux.
La première pierre fat posée en 1803, les ouvrages furent terminés entièrement au commencement de 1810.
On évalue le total des dépenses de ces ouvrages à 2,210,000 fr., dont 615,998 furent attribués au pont-aqueduc du Fresquel.
JRadeau ou ponton- aqueduc du Libron. — Le torrent du Libron a longtempsenlravé la navigation du Canal par la fréquence'de ses crues , qu’on calcule monter au nombre de vingt, année commune, et qui souvent ensablaient le lit du Canal sur une longueur d’une demi-lieuc; il était impossible delcfranchiraumojen d’un pont-aqueduc, parce que ce torrent traversait le Canal à peu de distance de l’embouchure de celui-ci dans la mer, et qu’au point d'intersection des deux cours d’eau, la ligne de fond du Canal est d’environ 1 pied 11 pouces (65 centimètres) plus bas que le niveau ordinaire de la Méditerranée; de sorte que dans les gros temps elle s’élève jusqu’au niveau même de la ligne d’eau du Canal , et fait ainsi disparaître la pente de 3 pieds 11 pouces, ( 1", 3o) qui existe ordinairement entre ces deux niveaux.
Pour y suppléer, on a résolu de faire traverser au torrent le lit du Canal sans qu’il put y entrer dans les crues où il chariait des troubles, au moyen d’une espèce de pont-aqueduc mobile, qu’on a appelé improprement radeau du Libron.
C’est un ponton ou barque pontée AB, d’environ 100 pieds de long; sa largeur est de 19 à 20 pieds; elle a à ses deux extrémités des relève-' mens mobiles CC qui se lèvent à volonté. (Planche Vl.)
Lorsque le torreut grossit et charic des troubles et des graviers, on dirige celle barque suivant l’axe EE du lit du Canal pour la placer entre deux murs DD qui garnissent les deux rives du Canal, à l’endroit exposé au passage du torreut; ces murs ont 12 toises (20 mètres) de long, sans1
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compter les épaulemens qui les terminent à chacune de leurs extrémités. Le couronnement de ces murs est au niveau des eaux du Canal, et la hauteur des épaulemens dépasse celle des plus grandes crues. Ils n’ont d’espace entre eux que celui de la largeur de la barque ; cette distance qui les sépare diminue un peu d’amont où elle est de 20 pieds, en aval où elle n’est plus que de 19, et la barque a elle même cette petite différence dan6 sa largeur, afin de rendre sa position bien assurée. Ces riiurs sont liés ensemble à leur partie inférieure par un radier qui forme le plafond du Canal , et ils se rattachent à leurs extrémités aux abords du Canal par les épaulemens dont nous venons de parler ; et comme- ces épaulemens ont leur couronnement au-dessus des plus hautes crues, on y a placé deux ponts, l’un qu’on voit en HH , qui a trois arches pour le halage et le passage du grand chemin sur le torrent du Libron, et l’autre d’une seule arche qu'on voit en 1K sur le Canal, pour faciliter la manœuvre de la barque.
Lorsque la barque pontée est placée entre les deux murs, des soupapes pratiquées dans le fond laissent entrer l’eau dans l'intérieur de la barque, qui alors s’échoue de toute sa profondeur jusqu’à deux saillies d’un pied carré pratiquées à la partie inférieure de chaque mur, et tenant au radier.
Lorsqu’elle est échouée, et qu’elle pose sur ces saillies, le pont, qui forme sa partie supérieure , est de niveau avec le couronnement des deux murs DD qui bordent le Canal; ou dresse alors les relevcmens mobiles qui sont à chacune de ses extrémités, et ils se joignent aux deux épaulemens qui s’élèvent plus haut que les grandes crues et qui sont construits aux extrémités des deux murs , entre lesquels la barque pontée s'échoue.
Il en résulte un conduit pour diriger le torrent par-dessus la barque pontée, qui, remplissant le Canal en cet endroit, empêche que les eaux et surtout les troubles du torrent, ne puissent y entrer.
Lorsque le torrent cesse d’inquiéter, on épuise, au moyen de vis d’Archimède , l’eau introduite dans la barque.
Celle barque ainsi aliégée se remet à flot, et on la range dans une gare pratiquée dans le voisinage.
Ce moyen, aussi simple qu’ingénieux, peut servir avec un succès d’autant plus satisfaisant qu’il est peu dispendieux , car tout l’appareil n’a coulé que 80,000 fr.; il est très assuré lorsqu’il s’agit de faire passer un cours d’eau qui charie des troubles par-dessus un autre cours, pour lequel oncraindraitscs ensablemens; et on aura occasion d’en rappeler lesavantages.
Barrage à poutrelles mobiles de l’Orb. Le Canal, en venant de Toulouse ou du point de partage, entre dans la rivière d’Orb par son bord occidental, et en sort par le bord oriental; l’intervalle qui forme son entrée et sa sortie forme une rentrée de 446 toises (868 mètres).
La rivière d’Orb a dans cet endroit environ 5o toises (58 mètres) de largeur, et dans son état ordinaire n’a pas assez de profondeur pour le passage des bateaux. Dans le principe on voulut y suppléer en construisant une digue qui rehaussait les eaux; mais les sables et graviers s’accumulant devant cette digue, firent perdre le fond qu’elle avait procuré.
Au mois d’octobre 1677 il survint une inondation si considérable, que les sables qu’elle entraîna comblèrent presque entièrement le lit de la ri-vière et du Canal; ce fut cet évènement qui occasionna la construction du barrage à poutrelles mobiles et de l’appareil dont nous allons rendre compte.
Pour rétablir le fond de la rivière d’Orb, oh pratiqua 6 épanchoirs qui ont chacun 9 pieds de large, et qui tiennent à une chaussée submersible, avec laquelle ils se trouvent traverser le cours de la rivière, dont on a déterminé la direction vers ces épanchoirs par des ouvrages à fleur d’eau établis dingonalemeut dans le lit de la rivière.
Ces épanchoirs entretiennent au devant de ces ouvrages plus de fond qu'ailieurs, et c’est cette direction que suivent les bateaux dans le trajet des 446 toises, qui est la distance des deux embouchures.
On est cependant quelquefois obligé pour le passage des bateaux qui exigent 6 pieds d’eau, de fermer les épanchoirs par le moyen que nous'
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allons indiquer, et de mettre un rehaussement mobile sur toute la longueur de la chaussée à laquelle ils tiennent.
Ces rehaussemens sont composés de mantclcts de 5 pieds de hauteur, fixes sur le couronnement de la digue ou chaussée par des pièces de bois à charnière.
Lorsqu’ils sont relevés ils sont assujettis par des arcs-boutans assemblés aussi à charnières.
Chacun des six épanchoirs est fermé par seize poutrelles liées ensemble par une chaîne , et posées horizontalement les unes au-dessus des autres, D’un côté on les glisse dans une rainure verticale pratiquée à cet effet dans l’une des piles qui sépare les épanchoirs; à leur autre extrémité elles sont retenues par un poteau arrondi dans sa partie, qui est extérieure lorsque les poutrelles sont en place ; ce poteau maintient les poutrelles comme montant vertical, tant qu’il est fixé dans cette position par un coin d’une dimension convenable, fortement enfoncé entre sa partie supérieure (au moyen de sa forme arrondie), et contre laquelle il est placé; mais si l’on enlève ce coin qui le lient ainsi fixé, ce poteau, qui est mobile dans une crapaudinc, cède, en tournant, à l’effort de3 poutrelles, les dégage , et leur enlèvement laisse alors l’épanchoir libre à l’issue des eaux; la chaîne qui les retient les oblige à se ranger à côté du courant; on les reprend aisément quand il s’agit de les remettre en place.
Chaque pile qui sépare les épanchoirs peut recevoir les volées d’un pont tournant, pour la communication d’une pile à l’autre lorsqu’on veut établir le barrage , et lorsque l’on ouvre les épanchoirs , chaque volée vient se replacer sur la pile pour laisser passage au courant.
Depuis 1 733 que ces épanchoirs ont été rétablis avec une solidité qu’on ne leur avait point donnée d’abord, ils n’ont éprouvé aucune dégradation ; on a toujours ou un fond suffisant dans la rivière qui laisse, lorsqu’elle se retire, beaucoup moins de sable qu’aulrefois , et les barques traversent à mesure qu’elles arrivent.
11 est à observer que chacun de ces épanchoirs peut offrir l’effet d’une chasse d’eau pour débarrasser les ensablemens qui lui seraient relatifs,
Dr, FRANCE. ï;|3.
étions peuvent servir, à la fois, au même objet pour ton! le lit de la rivière.
L’efïct que produit cet appareil , et la grande utilité dont son application pourrait être susceptible dans des circonstances analogues , doivent le faire considérer particulièrement.
On en a donné le plan et l’élévation dans la planche V] ; on n’y a point figuré les rchaussoincns mobiles fixés sur le couronnement de la chaussée, parce qu’il est aisé de s’en faire .une idée.
Etangs desséchés. Le Canal de f,angncdoc présente des exemples pour les desséchemens d étangs, dont nous allons citer les trois principaux, savoir : ceux des étangs de Montady et de Marsciilette , opérés par écoulement , et celui de l’étang de Cnpcstang, entrepris par la nvéthode des atterrissemens.
L’étang de Montady étais à l’ouest de Bcziers, à environ 4,ooo toises de cette ville; il forme maintenant une plaine superbe, qui a 43o heo tares (1,2 56 arpetis). Son dessèchement fut fait sous le règne de saint Louis (t).
Pour effectuer le dessèchement de cet étang, on n pratique, dans sa partie la plus basse , une espèce de bassin ou réservoir circulaire où viennent se rendre, comme en rayons, dix fossés qui ont leur pente vers ce réservoir; les eaux quisc réunissent ainsi, dans cette cspècedebassin, s’écoulent par une rigole de fuite, qui, elle même, aboutit à l'aqueduc de Montady, en traversant la montagne d'Encerune, et passant ensuite sous le lit du Canal pour se rendre dans l'étang de Poillcs,-qui est à a 5 mètres 5q centimètres (47 pieds 1 1 pouces) au-dessous de la ligne de fond du Canal, et qui est éloigné de 3,5oo mètrcs(i,795 toises) de l’étang de Montady; la longueur de l’aquedûc est dcf>(j7 toises ( i,36o mètres) environ,
(1) M. U général Andréossy , après avoir parlé de cet étang, cite, note 11 , page de son Histoire du Canal du Midi , l’acte de la concession acquise pour ce dessèchement, le 1er février 1247 > de l’archevêque de Narboune , par MM. Colombier , Ermeugaud de Poilles , Béranger , d’Alzoqe et Bernard Scot.