‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 61 sur 110 · Tome IJ · texte numérisé non relu

Tome IJ

agi CANAUX NAVIGABLES

avec un mètre et demi de largeur sur a de hauteur; il est à environ 3o mètres au-dessous de la crête de la montagne.

Lors de sa construction on avait pratiqué des regards pour en retirer les déblais; ces regards, de forme carrée, revêtus de maçonnerie, servent aujourd’hui à enlever les vases de la rigole d’écoulement quand on en fait le curage.

On croit que le dessèchement de l'étang de Montady fut précédé de celui de l’étang de Fash, qui fut opéré aussi par écoulement, au moyen d'un aqueduc qui peut avoir 600 mètres de long et 5 pieds de large, et qui aboutit dans une rigole d’environ 6,000 mètres.

’L’étang de Marseillette, près la petite vijle de ce nom, et au bord du Canal dont il était très voisin , est le plus considérable; il forme un bassin immense où viennent se jeter plusieurs courans d’eau; sa superficie est d?environ 3,000 hectares (5,84g arpens), sa profondeur moyenne est d’environ g pieds, et il fut reconnu, par des nivellement, que sa lignq. defond était de i4 pieds au-dessus des eaux ordinaires de l’Aude.

Le projet du dessèchement de cet étang fut présenté la première fois en 1 747; mais les divers projets conçus depuis cette époque éprouvèrent * des obstacles qui les rendirent sans exécution.

M. Riquet de Carnman, propriétaire de cet étang, allait s’occuper de ce dessèchement , lorsque la révolution vint suspendre toute entreprise, -et cette propriété passa dans les mains du Gouvernement, qui vendit l’é- * tang de Marseillette, en imposant la condition de le dessécher dans l’espace dte quatre années.

•Les travaux commencèrent en i8o4; ou rocreusa une rigole, qtt’on «voit construite précédemment, eHe avait âySao mètres (1,705 toises) de longueur; on pratiqua trois autres rigoles , qui forment une longueur de 8,977 mètres (4,6o5 toises).

L’arche du pont-aquedbc que l'os avait Construit dùbord pour l'écoulement des eaux delà rigole de vidange, qui passe sous le Canal, ne suf- • Usant point au débit des eaux de cette rigole, il en a été fait un nouveau

par le Gouvernement, il y a environ 1 a ans, et qui est très remarquable.

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en ce que l’arche ayaqt 1 a mètres ( 36 pieds 10 pouces) d’ouverture , et un huitième de hauteur, il n’y a que 3 pieds d’épaisseur u la voûte; Jacouehc supérieure, qui est en béton, ne fut finie que la veille du jour où l’on remit Peau; on fit passer dessus une voiture de 5oo quintaux , et les fers des roues ne laissèrent aucune empreinte sur cette couche, qui avait etc faite avec de la pouzzolane de Civita-Ycccliia (1).

Le mars »8o8, époque fixée par la condition imposée, le dessèchement fut terminé, et il en fut dresse procès-verbal le mois suivant.

Il est à observer que le sol, ainsi desséché, manque de qualité productive dans beaucoup d’endroits. Ceux où la terre paraît être le plus fertile sont ceux d'où l’eau a eu le plus de peme à s’écouler, et ils contiennent encore beaucoup de roseaux ou plantes aquatiques, en quelque sorte inextricables par la quantité de leurs racines ; dans une grande partie du terrain on trouve du roc , du gravier et une espèce de terre blanchâtre contenant du. sel, qui n’est propre qua produire du salicor.

Ces circonstances portent à croire que les eaux, en s'écoulant, ont charrié «t emporté avec elles les dépôts limoneux dont la permanence eût pu donner le plus haut degré de fertilité, et cette considération est d’un grand intérêt pour la nature des desséchemens, puisque ceux qui se font par écoutement peuvent enlever, non-seulement les dépôts limoneux, mais encore la nature de terrain la plus propre à la végétation, et laisser à découvert un sol d’une nature improductive.

Il serait peut-être possible de rendre ces inconvéniens beaucoup moindres , par des dispositions convenables de rigofes de fuite et de vannages placés en tète de ces rigoles. Ces dispositions auraient pour but de ne permettre aux eaux de s’écouler que lorsqu’elles auraient abandonné la totalité ou la grande partie du limon fertilisant qu’elles ticnnont en suspension. Ce moyen présenterait encore l’avantage d’accélérer le dessèchement de l’étang , en rehaussant le sut naturel par les dépôts de limon

(i) Je tiens ces détails particuliers de M. Clan rade , ingénieur en chef, qui fit construire ce pont-aqueduc , et assista à l’eipéricnce que je rapporte.

*<jG CANAUX NAVIGABLES

qui en résulteraient. C’est précisément ce qu’on l'aitlorsqu’on veut atterrir ou colmater \\n terrain en le couvrant d’eaux limoneuses qui n’y séjournent pas naturellement. Mais l'application de la méthode des colmates aux dcssécliemcns , propre ù remplir la condition de ne rien perdre sur la Fertilité du sut desséché, et même de l'augmenter , comporte des détails qui nous mèneraient trop loin.

On n’en doit pas moins d'éloges à M"* Lawless, née irlandaise et naturalisée en France, qui a exécuté cette belle entreprise, et a fait construire

vingt-quatre métairies sur la surface qu’occupait cet étang.

Si leur exploitation ne lui présente pas tous les avantages qu’elle aurait dd attendre, son entreprise u’en est pas moins hoDorable , et lui sera encore utile.

L’étang de Capcstang ( Capot Slagui) est à G, 157 toises (13,000 mètres) au nord de Narbonne; sa surface est de i,8f)4 hectares (5,558 arpens);son extrémité septentrionale n’est qu’à Gi5 toises (1,300 uièlréS) du Canal de Languedoc.

Cet étang reçoit un grand nombre de ruisseaux, et en outre les eaux de l’étang de Poilles et celles de l’étang desséché de Montady, ainsi que lesrigolcsdes divers épanchoirs, déversoirs et siphons du Canal de Languedoc, situés dans son voisinage.

Vers la fin du dix-septième siècle, M. Niquet, ingénieur-militaire, projeta la dérivation d’uu Canal de l’Aude, immédiatement au-dessous de sa jonction avec la Cesse, pôur conduire ainsi dans l’étang de Capcstang, les eaux troubles de cette rivière; ce projet, très favorabl* pour uti tel but , se réunissait avec, celui de pratiquer une dérivation du Cauql de Languedoc, partant du Sommail pour aller aboutir eu amont du confluent de la Cesse; mais depuis on a construit le Canal de Narbonne, qui , partant de l’aqueduc de Cesse , aboutit à la rivière d’Aude , au-dessus de l’écluse de Moussoulens; a cet endroit la rivière se trouve barrée, et les eaux franchissent le barrage. Le bief compris entre cette écluse de Moussoulens et la dernière du Canal de Narbonne, est composée de 103 toises

(200 mètres) de ce Canal et du ta partie de l’Aude comprise entre l'embouchure du Canal elle barrage.

La' première partie appartenant au Canal est courbée en arc de cercle,, et s’appelle courbe du Gailloustÿ. .¥> la naissance de cette courbe est placée la prise d’eau du Canal d atterrissement; on y a lait des constructions considérables, consistant en ytn bâtiment vaste, où se trouvent les dispositions nécessaires pour ouvrir et fermer, à volonté, les vannes des perluis de quinze épanchoirs, placés de trois 'en trois à cinq niveaux différons ; la hauteur des pertuis est de 2 mètres et leur largeur de 1 mètre.

Le Cariai d’atterrissement a 0,796 toises (7,100 mètres) de longueur sur 5o de largear’jla peutc est d’environ 17 pieds, depuis le Liage de la rivière jusqu’à la surface des eaux moyennes de l’étang.

Ce fut efi 1782 que, pour la première fois-, on introduisit les eaux de l'Aude dans l’étang; eu 1786 on avait atterri une surface d’environ 5g hectares (17a arpens), dont plus do 6 étaient en culture, 53 autres étaient rehaussés de plus de 4 décirtiètres (1 pied 2' pouces), et eu 178g, à la suite des parties précédemment altcrries, il y avait des dépôts d’environ 6 centimètres (a pouces), sur 4g hectares (i43 arpens); après cette époque, on continua d’introduire des eaux troubles, mais on n’en a point constaté les elïets (1). «

Ueotrclien du" Canal d'atterrissement ayant été abandonné, il s’y est formé dfes dépôts tels, qu’il ne peut plus recevoir d’eau, et les Canaux servant à l’écoulement des eaux s’étant aussi encombres, il en résulte que la fuite des eaux n’a lieu que lorsqu’elles sont à une hauteur supérieure à celle quelles étaient obligées d’avoir en 178g.

Il est à observer que cette partie du Canal de Narbonne dite courber du Gailloustÿ, parce qu’elle est contournée vers le courant de la rivière d’Aude pour en recevoir les troubles et les diriger daus l'étang de Capes-

(1) Ces détails sont extraits d'un rapport fait à l'Institut, par M. de Pronyy en 1809.

s;) 8 CANAUX NAVIGABLES

tang, est sujette, par suite de ces dispositions, à de fréquens ensablemens; il fallait quelquefois i5 et 3o jours qu’on employait à les fuir* disparaître, quelquefois même on renfermait toute la courbe entre deux batardeaux pour la curer à fond à la pelle; ce travail interrompait la navigation et pouvait être rendu inutile par une nouvelle crue de l’Aude; mais on a senti qu’il était bien préférable sous'tous les rapports de dériver dans le Canal de Narbonne les eaux surabondantes que la Cesse, dans ses crues, peut donner à la grande retenue , et d’eu Étire des chasses d’eau qui réduisent à très peu de jours la suspension de la navigation. Ces chasses d’eau sont administrées par l’écluse du GaiUousty.

Par ce moyen et dans les cas où il arriverait quelque désordre au barrage de l’Orb ou au passage du Libron , le débouché de la navigation n’éprouverait point d’interruption par Narbonne et le gram de la Nouvelle.

Il est reconnu qae les eaux superflues de la Cesse qui retombent dans le lit de cette rivière, peuvent être réunies à la chaussée de l’ancien moulin d’Empare, et dérivées de là dans la retenue ou courbe du Gaillôusty, qui a 599 toises (1,169 mètres) de long, et peut être élevée de 4 pieds 11 pouces au-dessus de son niveau actuel.

Cependant les chasses d'eau de l’écluse du GaiUousty , malgré la nécessité et l’utilité de leur service, n’opèrent pas encore tout FefTet désirable', pour le maintien de l’activité de la navigation, et on croit préfëraUod’établir deux barrages à poutrelles mobiles, l'un au-dessus, l’autre au-dessous de l’espèce de petite île à laquelle s’appuient les jetées qui forment le déversoir de l’Aude, et la direction de l’issue de la courbe éprouverait alors quelque changement pour jouir de l’énergie de ces chasses.

Celte partie ainsi enlièrementdégagéejusqu’auxépanchoirsqui forment la tète du Canal d’ut tarissement, ccs-épauchoira eux-mêmes, au moyen de quelques modifications, pourraient aussi opérer des chasses d’eau combinées avec celles de la courbe du GaiUousty pour déblayer et maintenir dans Tétât où il doit être, le Canal d'atterrissement , après y avoir fait les travaux nécessaires pour que l’érosion de l’eau puisse agir efficacement dans tout son trajet.

, DE FR ANCE. s99

La longueur de ce Casai et. l’état complet d’envasement où je l’ai vu (en 1816,, à partir d'une distance peu éloignée des épanchoirs, peuvent faire croire qu’il serait nécessaire pour prévenir de nouveaux envasemens, d’employer des chasses d’eau intermédiaires entre les épanchoirs et sa vidange dans l’étang, ce qui itérait facile ù établir par un barrage à poutrelles mobiles, dont les piles n’auraient que la largeur nécessaire pour retenir les poutrelles. Lorsqu’on voudrait effectuer la charge d’eau nécessaire pour les chasses , on mettrait ces poutrelles en place dans les rainures verticales des piles, en les maintenant à fond par un poids convenable, et lorsqu’on aurait la' hauteur d’eau nécessaire pour opérer les chasses, on soulèverait ces poutrelles par leur partie inférieure, de manière à laisser échapper l’eau entre elles et le fond du Canal, pour opérer une chasse d’eau pareille à celles que nous indiquerons comme désirables pour les embouchures des Canaux.

jiccidens imprévus. — Le zèle ellesoon rïaissancesdistingaées qui présidèrent auxconstructioDS des ouvrages d’art dont nous venons de parler , dirigèrent constamment la surveillance active des propriétaires pour l’administration et l’entretien du Canal. Pourgn donner une idée, nous en citerons ici quelques exemples.

En 175a, la rivièred’Orb, à Béziers, emporta une partie des épanchoirs qni traversent son lit , et qui soutiennent on évacuent les eaux nécessaires à la navigation. Ce malheur arriva dans le temps où le commerce «toit le plus animé. Les propriétaires s’y transportèrent et empruntèrent sur-le-champ 66,000 francs , et ils animèrent si bien les ouvriers par leur présence , par les fonds qu’ils prodiguèrent sur les ateliers , qde malgré la ‘rigueur de la saison et le danger du, travail, les épanchoirs furent rétablis en quinze jours, de- temps, sans interrompre la navigation.

En 1744, la montagne de Roqucmakine, entre PoiHes et Capestangr s’éboula en entier dans le Canal, et interrompit la navigation 3nr 181 toises de longueur. C’était oa mois de janvier : la navigation était dans toute sa force. Les propriétaires du Canal empruntèrent les sommes nécessaires en vingt-quatre heures, à huit pour cent; ils se transportèrent

CANAUX NAVIGABLES encore sur les lieux , et en quinze jours de temps la montagne fut déblayée ; le pied de réboulemcnl fut fortifié par un mur soutenu de contreforts sur 88 toises de longueur, et la navigation fut rétablie.

Le 16 novembre 1786, un orage dont on n’avait point vu d'exemple vint fondre sur le Languedoc : les chaussées furent renversées, tes rivières entrèrent dans le Canal, et le comblèrent en partie; les bords du Canal crevèrent en différons endroits; les ouvrages de la rivière d’Orb, à Béziers, qui avaient coûté tant de peines et de soins, furent presque détruits : enfin , il sc fit près de Capcstang une brèche si horrible, qu’elle avait a5 toises do largeur sur 56 pieds de profondeur. La plus grande partie des eaux du Canal s’était écoulée par cet abyrac ; il était impossible d’en changer le lit, et il ne restait d’autre ressource que de fermer Ip ■brèche en maçonnerie.

Capcstang est dans une espèce de désert : on n’avait ni matériaux, ni ouvriers, ni chaux; ce qui restait dans le Canal était gelé, la terre était couverte de neige; on n'avait aucune ressource pour les subsistances des ouvriers.

Les propriétaires du Caual, avertis do tous ces désordres, commencèrent par s’assurer , sur leur crédit , de 000,000 francs à six pour cent. Us répandirent ccs fonds partout où le besoin l’exigeait, assemblèrent près de dix mille ouvriers Sur la longueur du Canal , firent un etablissement de vivres et de foursà Capcstang, ouvrirent dans la «lace un Canal qu’il fallait renouveler tous les jours pour faire passer une barquè qui allait chercher des matériaux, construisirent des fours à diaux , assemblèrent des soldats pour mettre la police , et en deux mois de temps tout fut rétabli, moyennant des ouvrages- de maçonnerie prodigieûx, dont la construction paraissait impossible par un ternes de froid et de neige.

On séchait le mortier avec des brasiers et des fers rouges; pu déblayait la neige le matin, et le lendemain on ne pouvait plus distinguer les ouvrages spus celle qui était tombée pendant la nuit.

Ou construisit sur le Canal , pendant cet espace de temps , un nombre infini de toises cubes de maçonnerie en pierre quj fut arrachée des cajr-

DE~FRANCE. 3oi

litres , taillée, voituréc et employée. Le reste des 5oo,ooo francs fut consumé en journées d’ouvriers et en ouvrages de charpente , et en rccrcusemens extraordinaires faits en 1766, 1767 et 1768.

Les propriétaires étaient sur les lieux. Ils n’admirent aucun plan d’économie; l’objet était de finir promptement et sans perte de temps : aussi les moyens les plus dispendieux furent toujours préférés lorsqu’ils étaient trouvés les plus courts.

En 1770, le i4 janvier, une excavation souterraine rompit la rigole nourricière de la montagne Noire, près de la ferme appelée la Bourdetlc, et ouvrit un précipice affreux, dans lequel furent englouties les eaux avec les digues de la rigole , ainsi que la ferme.

On construisit une nouvelle rigole en maçonnerie avec un bon radier en briques, sur une longueur de 80 toises; et malgré la neige et la glace., cette réparation fut entièrement finie le 10 avril de la même année.

Plusieurs accidens scmblablos se sont répétés dans cette montagne à diverses époques; mais ni l’aspérité des lieux d’un si difficile accès, ni la rudesse du climat, ni l’éloignement des ressources, n’ont jamais arrêté l’activité des propriétaires ; toujours mêmes moyens et même célérité dans les réparations.

Il est à remarquer ici que la nature schisteuse de cette partie du cours de la rigole donne constamment lieu à des pertes en filtration très considérables, et que ces filtrations détruisant l’adhérence des couches schisteuses entre elles, ont pu donner lieu aux accidens réitérés que l’ou vient de citer (1).

(1) Si l’on veut un exemple journalier du soin que l’on met aux travaux d'entretien, nous citerons ce qui a lieu pour la pouzzolane qui sert au ciment.

La pouzzolane se tire de St. -Pierre de Home, où elle est la meilleure; celle de Civita- Veccliia n’étant que d'une qualité inférieure pour l'emploi.

Le capitaine marchand , chargé de 1a rapporter, est obligé à représenter un sac de celte pouzzolane, cacheté par les propriétaires de la carrière et le consul de France, pour servir d'échantillon à la vérification de l’envoi.

Il faut la battre avec soin et la bien mauipnler; elle sèche en 24 heures; ou en Tome IL 5g

Avantage de l’administration particulière sur l’administration

publique.

Le bat de cel Ouvrage, qui est de constater tout ce qui est avantageux aux Canaux, donne lieu d’observer ici que les accidens dont on vient de parler, ainsique ceux que l’on a cités en parlant du Canal de Briare, auraient eu des suites en quelque sorte incalculables pour l’interruption de la navigation et l’étendue des dépenses, sans l’activité qu’apporta à les réparer la surveillance sans relâche et le zèle intéressé des propriétaires. C’est une considération puissante en faveur de l’administration particulière; on ne peut se dissimuler que, dans des circonstances pareilles, les délais inévitables et l’espèce de responsabilité de l'administration publique auraient laissé à ces accidens le temps de sc propager et de devenir insurmontables.

Effectivement, il aurait fallu le temps d’instruire l’autorité compétente,celui de constater le mal pour.molivcr les moyens de s’y opposer, le temps de provoquer et d’obtenir ces moyens, qui exigent des dépenses subites, pour lesquelles la crainte de la responsabilité arrête ceux mêmes qui les croient les plus nécessaires.

Ou peut juger quels énormes préjudices un tel ordre de choses aurait occasionné , par les suites des accidens dont nous avons parlé, tant pour l’établissement en lui-mêine que pour le commerce et des approvisionnemens de première nécessité.

peut former un béton qui prend même sous la chute des empellemens; on en fait des massifs en béton pour les radiers cpii ont jusqu'à 16 mètres carrés et auxquels on donnait d’abord un pied d'épaisseur, que depuis on a reconnu, par l’expérience, pouvoir réduire à 6 pouces.

Elle coûte 4 francs 5o centimes le quintal rendue à Agdc, et a quelquefois coûté jusqu a 8 francs pendant la guerre.

E approvisionnement coûte, année commune, 17,500 francs.

(On a essayé, mais sans succès sufiisant, d’employer la pouzzolane de la montagne volcanique de St.-Loup , prè6 d'Agdeville, où l’on exploite, comme carrière, un immense dépôt de laves.)

DE FRANCE. 3o3

Les avantages «le l'administration particulière , déjà prouvés par ce qu’on a dit du Canal de Bfiarc , sont confirmés de la manière la plus remarquable par ce qu’a présenté à cet égard le Canal de Languedoc , qui a constamment justifié ce que M. Riquct marquait dans une de scs lettres à M. Colbert , que V intérêt particulier d’une famille propriétaire est pour un tel établissement le meilleur garant de l’intérêt général.

Par exemple, l’administration publique ne peut employer que la voie d’adjudication au rabais , parce que toute autre méthode est sujette à des abus en quelque sorte inévitables, faute de l’aiguillon de l’intérêt particulier. Le but de ^entrepreneur est de gagner le plus possible, et il gagne d'autant plus, que les travaux sont moins bien faits.

Aussi les propriétaires des Canaux de Briarc et de Languedoc ont-ils toujours rejeté le mode d’adjudication au rabais, comme d’une économie ruineuse pour l’établissement, et nous allons emprunter ici les expressions des descendons de M. Riquet pour exposer leur système à cet égard.

« Ils s’attachaient, dans l’exécution de leurs travaux, non à se procurer » le meilleur marché, mais à donner le plus de perfection possible aux » ouvrages. Une attention suivie à l’entretien particulier évitait quclquc- » fois de grands accidcns ; mais s’il en survenait d’extraordinaires , la » meilleure économie, aux yeux des propriétaires, était de payer davau- » tage, ofin d’unir à la fois une grande célérité à une meilleure exécution. » Ce n’était pas assez de réparer les désastres imprévus, il fallait réparer »> ceux qui paraissaient simplement possibles. Des administrateurs publics » seraient taxés d’une prévoyance chimérique s’ils demandaient des fonds » pour prévenir un danger incertain ; mais les propriétaires du Canal » étaient conduits par l’honneur et l’intérêt à faire souvent une dépense » considérable pour prévenir un malheur regardé comme probable, quoi- * que dans un grand éloignement. j>

Ancienne administration.

Ilne peut être indifférent de connaître quelle était l’organisation d’une administration dont la marche et la surveillance ont présenté de tels résultats.

5o4 CANAUX NAVIGABLES

Jusqu’à-Ia révolution , l’administration était composée d’un directeur général, de sept directeurs particuliers, d’un (Xmtrôleur général , de huit contrôleurs particuliers, d’un receveur général, de dix-huit gardes et de cent éclusiers.

Le directeur général , le contrôleur général et le receveur général étaient fixés à Toulouse. Ils y formaient un conseil qui rendait compte aux propriétaires de toutes les affaires du Canal, et qui recevaient leurs décisions pour les faire exécuter par les sept directeurs particuliecs qui résidaient à Toulouse, Castelnaudarv , Trèbe3, le Sommait, Béziers, Agdc et Saint- Féréol. H y avait sept bureaux de recette aux lieux ci-dessus désignés, composés d’un receveur , d'un contrôleur et d’un visiteur; ces deux derniers étaient employés à la surveillance et à la direction des travaux pendant le chômage.

Il existait à Toulouse, sous ta garde d’un archiviste, undépôtoù étaient précieusement conservés tous les papiers relatifs soit à la construction du Canal , soit à son entretien , soit à son administration.

Les directeurs avaient sous eux des contrôleurs pour les seconder dans leur travail. Us pouvaient en augmenter le nombre lorsque le bien du service l’exigeait.

Chaque année , chaque directeur dressait le procès-verbal des travaux à faire dans sa division pour l’entretien et l’amélioration de la navigation du Canal.

Le directeur général les' communiquait aux propriétaires avec scs observations, et ses états étaient vérifiés dans la tournée annuelle qui se faisait par un des propriétaires, accompagné du directeur général, qui visitait eusuiteles projets approuvés; ils étaient immédiatement envoyés aux propriétaires, qui eu déterminaient l’exécution, en réglaient les dépenses et les renvoyaient six mois avant le chômage de la navigation au directeur général, lequel en transmettait des extraits certifiés à chacun des sept directeurs pour la mise à exécution de ce qui leur était relatif. Chacun d’eux les détaillait aux entrepreneurs et aux chefs d’ateliers par dos instructions et des dessins : les contrôleurs recevaient un double de

PE FRAXCE. 3o5

ces instructions; ils étaient chargés de surveiller l’exécution des travaux, de faire peser et mesurer les matériaux fournis par la régie du Canal et de tenir un registre de la main-d’œuvre. Le double de ce journal était remis au directeur de la division, qui le vérifiait, et qui devait assister lui-même aux opérations importantes , et se fixer près des grands ateliers Dans les instructions tracées par M. de Caraman , lieutenant-général et commandant de la Provence, principal propriétaire, qui a administré pendant trente ans ce bel établissement , on doit remarquer les dispositions suivantes : *

a Tout employé qui se conduit bien doit être l'ami des propriétaires; » ses besoins, ses malheurs, ses enfàns doivent les occuper; ils ne doi- » vent rien épargner peftir leur tranquilliser l’esprit, car on ne peut rem- » plir des devoirs de cette importance , si l’on a des chagrins qui donnent » des distractions.

» C’est à tenir les employés dans le calme heureux qui laisse à l’esprit » toutes ses facultés, que les propriétaires doivent s’attacher. Leur dou- » ceur , ainsi que leur attention à prévenir la timidité , qui n’ose se » plaindre, et à pénétrer les besoins, sont des moyens de captiver des » cœurs honnêtes et à tenir l’intérêt des. employés réuni à celui des pro- » priélaires, pour la conservation de ce grand et important ouvrage. » Un tel système ne pouvait manquer de créer et de consolider ce zèle héréditaire, et pour ainsi dire de famille, des employés du Canal dont nous avons parlé dans la note mise au commencement de ect article , en parlant du plaisir que nous avions éprouvé à le reconnaître dans toute la traversée du Canal.

Cette administration reçut un témoignage bien authentique de la con-fiance qu elle méritait , lorsque les Etats de Languedoc se proposèrent' d acquérir le Canal, eu 1768. Le marché fut autorisé par le roi. II allait se conclure au moyen de 8,5oo,ooo francs, « lorsque les alarmes du » commerce provoquèrent de la part des Ètatsmn nouvel examen de cette » proposition, et la firent enfin rejeter. Les négocianscroyaientqu’il était » plus fijvorabie pour eux, dans leurs transactions journalières , du irai-

5o6 CANAUX NAVIGABLES

» ter avec des particuliers que d’avoir affaire à une régie publique. 1*1 n- » sieurs membres des États pensèrent aussi qu’il fallait conserver un mode » d'administration où les agens ne pouvaient trouver l’avantage de leur » famille qu’en augmentant l’avantage du public (i). >*

Nous citerons encore un hommage récent, parce qu’il vient d'un administrateur justement distingué ( M. de Baraute, ancien administrateur du département de l’Aude , et depuis préfet d’autres départeraens ). Voici ses expressions : « Il serait difficile de désirer une régie plus parfaite que «celle du Canal du Midi, depuis le milieu du dernier siècle jusqu’à » l’année 1792. Elle réunissait l’attention vigilante d’un propriétaire , le» « vues libérales d’un véritable ami de son pays, et les soins du présent » s’alliaient toujours à l’intérêt à venir ; c’est ffne justice qui est duc à » celui des descendais de Riquct qui le dernicrà joui des effets de la con- » cession faite à son aïeul. J’aime à répéter ici les témoignages unanimes » des hubitans de ce département, et surtout des hommes qui ont eu » ou qui ont encore 'à présent quelques rapports à l’administration du » Canal. »

Après avoir, en parlant du Canal de Briare, cité les avantages et les bons effets de l’administration de la société qui le possède, nous avons cru dovoir entrer dans les détails que nous venons de donner sur l’administration du Canal de Languedoc, par une famille propriétaire, pour prouver que la France trouve chez elle-même des exemples ctdesgarans bien suffisons de l’esprit d’association qui doit eucourager scs Canaux navigables.

Nous devons revenir maintenant à ce qui est relatif a la description même du Canal de Languedoc.

Sa navigation fut ouverte le i5 mars 1681 , par M. d’Aguesseau , comme intendant du Lauguedoc et commissaire du roi , qui partit de Toulouse pour traverser tout le Canal et eu recevoir les ouvrages. A Castelnaudary , M. le cardinal de Bouzy , comme éLant à la tête des États en qualité

( 1 ) Histoire du Canal du Midi, par les dcsccndnns de M. Riijnet , page 1 Ci.

DE FRANCE. 3o7

d'archevêque de Narbonne, reçut M. d’Aguesseau, ainsi que le cortège qui l’accompagnait , et s’y joignit en transmettant à cet évènement tout ce que les cérémonies religieuses pouvaient lui donner de plus solennel.

Partout l'affluence des spectateurs, les acclamations de l’admiration et de la reconnaissance célébrèrent le triomphe de l’inventeur du Canal. Ces sentimens se manifestèrent particulièrement en voyant les bateaux franchir une hauteur de 64 pieds 5 pouces par les huit sas accolés de l’écluse de Fonseranne , près Béziers, patrie de M. Riquet, dont les liabitans s’étaient rendus sur les deux rives du Canal au son des instruirions militaires.

Ces circonstances sont attestées par tous les écrits contemporains, et ils disent encore que les cris de vive le Roi célébrèrcut aussi partout le monarque qui , en appréciant et secondant les inspirations du génie , avait déployé tout l’appareil de sa puissance et de sa grandeur pour assurer un si grand bienfait à scs états (i).

La construction du Canal exigea quatorze ans de travaux. On y employa habituellement huit mille ouvriers; le nombre eu fut quelquefois porté jusqu’à douze mille.

On évalua les sihiples déblais des premiers travaux à 378,190 mètres cubes ( 5i,o8o toises cubes) de rochers enlevés, et à 14,800,000 mètres cubes ( 1,999,000 toises cubes ) de terre ou de sap , c'est-à-dire de tuf.

Prix originaire du Canal et détail sur ses recettes et dépenses

actuelles.

Voici le détail de ce qu’il a coûté :

11 a été payé par Louis XIV, y compris les secours accordés pour les1 aqueducs ordonnés par Vauban. 7,484,o5ifr.

Par les États de Languedoc , y compris leur contingent dans la dépense pour les aqueducs, et les 1,126,669 fr-> *

(1) Voir la note A à la (in de l'article.

5o8 CANAUX^ AVIG ABLES

Report. 7,484,o5i fr.

montant des terres acquises pour J’emplaccment du Canal et de ses rigoles 5,807, 85i

Par M. Riquet, ycomprisles 3,110,10g fr.rejetés de ses états d’augmentation. . , 4, 067,635

Total -17,559,507 fr.

A déduire sur ces dépenses celle concernant le port de Cette 1,080,000

Reste pour dépense réellement employée à la construction du Canal , de ses rigoles et de ses aqueducs 16,379,507 fr.

Et comme le marc d’argent est doublé depuis cette époque , c’est un total de près de 33, 000,000 de francs au . cours actuel de notre monnaie.

levais extraire du tableau synoptique du Canal de Languedoc, qui m’a été donné par M. Clauaade ( ainsi que je l’ai annoncé au commencement de cet article ), les details intéressons qui concernent ses revenus et scs dépenses.

La masse commerciale qu’il transporte année commune, en la réduisant pour toute la longueur du Canal, a été reconnue de 75,000 tonneaux (1).

Le tonneau revenant à peu près à deux milliers de livres, poids de marc , ce qui fait environ 106 mjriagrammes.

Le nombre des passages des barques allant et venant, observé sur plusieurs points du Canal, s’est trouvé, année moyenne, de 1,920 ; les barques sont à plates varangues, du port de 100 à 130 tonneaux. Elles sont conduites par un maître patron et un matelot, elles vont à la vojle ou sont traînées par un ou deux cKcvaux conduits par un postillon; chacune d'elles a son nom écrit en gros caractères, et porte à sa poupe uno

(t) On entend par là que, par exemple, 4 8 tonneaux qui sont transportés .sur te quart de sa longueur totale, 117 sout comptés que pour ta tonneaux.

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échelle do graduation qui indique leur tirant d’eau , et sert ainsi à faire connaître le poids du chargement.

La plus forte calaison qu’elles peuvent prendre est fixée à i*,6o ( 5 pieds); le fond d’eau du Canal est de i“.q6 (fi pieds a pouces); l’excédant de ce fond sur la calaison déterminée est nécessaire pour que les barques chargées puissent franchir l’obstacle des herbes aquatiques et des dépôts qui peuvent survenir pendant l'année.

Le droit de navigation établi par la loi du 13 octobre 1796 revient par chaque tonneau ( ao quintaux), pour toute la longueur du Canal,

de a4 1 kilomètres ( 61 lieues de a, 000 toises ), à ig fr. a8 c.

Le prix du fret et du nolis pour les patrons à la moitié. . . g «>4

Total du prix payé par le commerce 28 fr. 93 c.

Roulage ou transport par terre, meme distance, prix

rabaissé par la concurrence de la navigation 100 »

Economie de la navigation sur le roulage pour un tonneau . 78 fr. 8 c.

Ce qui fhit, pour le transport des 75,000 tonneaux, un bénéfice de 5,i afi,ooo francs.

M. Dupont de Nemours a dit à ce sujet : <t Le Canal voiture un com- » merce de 5o, 000, 000 fr. par année ; il en est résulté par année 5,ooo,ooofr. » de bénéfice pour les marchands. Les propriétaires de terres dont le » Canal débite les productions qui sans lui n’auraient point de débouché, » ou n’en auraient qu’un mauvais, reçoivent par le service du Canal » une augmentation de 20,000,000 fr. de revenu, toute dépense de culture » payée. L’État a touché, de ces 30,000,000 fr. de revenu , par les tailles » et vingtièmes ou impôts équivalons, au moins 5, 000, 000 tous les ans, » et 5oo,ooo,ooo eu un siècle (1). »

(1) On voit , par cet exposé, que le Canal de Languedoc a donné en 6 années , au commerce, sur les moyens de transport, une économie égale au prix de sa construction - qu’il a donné à l’Etat, dans le même espace de temps, un bénéfice

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