‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 72 sur 110 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

$9o canaux Navigables

Cependant, en 176/* , ces États donnèrent , pour sujet du prix annuel qu’ils distribuaient, la proposition d’un Canal par la Bourgogne.

Celte mesure ranima les idées , et MM. de Chezy et Peronnet , inspecteurs généraux des Ponts et Chaussées , vérifièrent de nouveau le projet de M. Abeille.

En 1775, il fut déclaré praticable. On ordonna des levées de deniers pour être employés à sa construction. Il fut décidé que le tiers des dépenses serait à la charge des Etats de Bourgogne, et on commença les travaux en 1775.

Ce projet , rectifié par M. Perronet, consiste à faire un Canal de ia4,8ob toises ( ai3,2Ôg*,78 ), depuis ITonne, prés du village de la Roche, jusqu’à Saiut- Jean-de-Lône, sur la Saône , avec un point de partage à Fouilly. M. Perronet abaissait le seuil par une tranchée ou coupure, qui ne devait avoir que 5o pieds de profondeur, au lieu de 81 proposés par M. Abeille. Ce point de partage avait alors gaj pieds au-dessus des basses eaux de l’Yonne, et 705 pieds au-dessus des basses eaux de la Saône.

Il est à remarquer que M. Perronet ordonnait ainsi de diminuer la profondeur de la tranchée de 81 pieds proposée par M. Abeille, à cause de la nature du sol que l’on devait fouiller (1).

Effectivement, ce sol est schisteux, plein de fissures; et, en parlant du Canal de Languedoc ( page 5oi ), on a eu à remarquer que cette na-

(i) Voici ce qu'il disait, It ce sujet , page 346 de scs Œuvres, in>4° (ou tome II, page 3g de l’édition royale, in-fol. : • On a reconnu, par un puits de » 4° P*cds de prorondeur, fait etprès à Poullly, en 175a, que te terrain que a l’on aura à fouiller Su point de partage est de nature de schiste ou ardoise qui » n’est pas encore formée ; ses couches sent horizontales et pleines de fils en tout a sens. Celle terre et! gélisse et fondante à la pluie, comme la terre glaise; on ne » pense pas, pour cette raison, qu'il soit prudent d'ouvrir ce terrain jusqu’il 8 1 pieds a de profondeur , comme l’à proposé M. Abeille, quoique cela fit d’ailleurs très » convenable 1 nous cro)ODs qu’il faudrait réduire eolte fouille à environ 40 ou a 5o pieds. »

DE FRANCE. ' " Sgi

tare de sol était lu plus dangereuse pour les pertes d’eau , à cause des excavations que la progression des filtrations peut y former.

Il observait encore (page 376 de ses oeuvres), que pour empêcher les filtrations au travers des levées qui devaient être faites, en général, avec ' un terrain graveleux , il faudrait placer dans leur milieu une clef faite avec un corroi de terre franche (il faudrait souvent l’aller chercher bien loin) . Cette clef eu corroi devait être de 4 pieds d’épaisseur réduite, établie le plus avant que l’on pourrait, et au moins 4 pieds plus bas que le fond du Canal et deux pieds plus élevée que le niveau d'eau, à cause des tassemens qu’il devait éprouver.

11 diminuait la pente des rigoles.pour prendre tes sources plus bas.

Il réduisait le nombre des écluses à 160, paroe qu’il variait la hauteur de leur chute de 8 à 10 et is pieds. Il leur donnait 16 pieds d’ouverture entre les portes , et 96 pieds de longueur.

M. Abeille ne proposait que i3o écluses, parce qu’il leur donnait une hauteur moyenne de ta pieds; ses dévia montaient à. . . 8,i65,4i7 fr.

M. Gabriel , en vérifiant son projet , avait senti l’incon- •vénicut des écluses trop hautes, et il proposa de ne donner aux écluses que U pieds de haut, ce qui en portait le nombre à 18g. Ses devis montaient à 10,808,376 fr.

M. Thomassin, dont nous avons déjà parlé, l’estimait

dans le même temps ig,a€3,88a fr.

et on le taxait d’exagération et de partialité.

Cependant l’on a vu ( page 36o ), que l’adjudication des travaux s’étah montée à 7,179,000 francs pour les 33,193 toises ( 46,ao3 mètres ) vers l’embouchiure , dans l’Yonne, qui comprenaient 4, 600 toises ( 8, 966 mètres) dans le lildef Armançon, exemptes de grandes dépenses; ce n’était guère que la sixième partie de la longueur du Canal ; il ne s’y trouvait pas le dixième de ses écluses; mais surtout on n’avait point à y calculer les dépenses énormes et indispensables pour le point de partage.

Cette adjudication publique de travaux, faite au rabais par la généralité de Paris, prouva qu’on ne pouvait s’arrêter à des devis faits arec par-

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tialilé , et la perspective de dépenses si effrayantes pour leur résultat, fit abandonner les travaux qui avaient été commencés , et contribua à déterminer la construction du Canal du Centre (1).

On avait voulu, sous l’assemblée dite constituante, reprendre ces travaux dans les deux extrémités du Canal , .vers l’Yonne et vers la Saône, dans le but d’élablir une communication navigable, de Dijon à la Saône, au moyen d’une prise d’eau dans la rivière d’Ouchc, et de Tonnerre à l’Yonne, par une prise d’eau dans l’Armançon, mais ces travaux furent encore abandonnés.

'Cependant, par un décret du 6 septembre 1807, il fut ordonné qu’à compter de l’an 1808, et pendant vingt ans, il serait levé, sur les départemens ci-après dénommés , et par centimes additionnels, à toutes les contributions directes, un fonds destiné à acquitter la moitié des dépenses nécessaires faites pendant l’an VIII , ou restant à faire pour l’achèvement des parties commencées du grand Canal de Bourgogne , entre Saint-Jean- de-Lône et Dijon, et entre l'Yonne et Tonnerre.

Ces départrmens sont : l’Yonne, pour 3 cent.

La Côte-d’Or , pour ,a

L’arrondissement de Bar, département de l’Aube^ pour. .... 3 Le trésor public devait fournir une somme égale à ladite contribution. 11 est à observer que les impositions ainsi établies devaient produire environ 140,000 francs par an, ce qui , avec la somme égale fournie par le trésor public , devait faire 380,000 francs; et, pour les vingt années, 5,6oo,ooo francs.

, ■ Postérieurement à ces dispositions, un autre décret, du 30 février 1810, avait de plus affecté aux travaux du Canal de Bourgogne ( dont la dépense totale était évaluée alors-à ao, 000, 000 francs), entre autres choses,

(1) On verra , ci-après, que la totalité des dépenses pour la Confection du Canal derfioargogne B été récemment évaluée 40,000,000 par MM. les ingénieur» des Ponts et Chaussées , et on exposera en même temps les faits comparatifs qui peuvent faire croire celle estimation encore insuffisante.

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10,000,000 de rembonrsemens , que la ville de Paris devait foire ou trésor public, à raison d’un million par an, à partir de l’année i8a5; plus, des fonds qui seraient fournis parla caisse dite des Canaux, laquelle devait être formée du prix des Canaux appartenons à l’Etat, dont on avait alors décidé la veme.

D’après ces dispositions, on reprit le projet de M. Perronct, et la pénorie des eaux fît proposer de nouvelles modifications, pour lesquelles on doit de justes éloges à M. Forey , ingénieur en chef de ce Canal, et à M. Plagniol , ingénieur.

Nous allons les exposer ici telles qu’elles étaient projetécsen i8i5, lorsque nous allâmes visiter le Canal sur tout le développement qu’il doit avoir, et, ponr plus de certitude , nous allons extraire ce qui eu a été publié du Journal des Mines, janvier i&i5, par M. Leschevin, auteur de la table raisonnée de ce journal.

11 avait accompagné M. Plagniol dans une reconnaissance et des nivellêmens relatifs à ce Canal, et, étant domicilié à Dijon, il avait acquis, par ses propres observations, une grande connaissance de la constitution géologique de la partie de territoire où doit se trouver le point de partage du Canal. Suivant M. Leschevin , « les améliorations proposées par » M. Forey, consistent, 1°. en une percée souterraine d’environ i,aoo mé- » très au travers la montagne de Pouilly, pour remplacer, au point de » partage, la tranchée à ciel ouvert proposée par M. Abeille.

» a*. La construction d’un grand réservoir au-dessus du village de x Grosbois, au moyen du vallon qui retiendrait les eaux de la petite » rivière de la Brenne ( qui prend sa source à environ 4,ooo toises de là ,

» au-dessous de Sombernon ), ce qui en ferait arriver les eaux d’une ma- » » nière plus directe et moins dispendieuse que par les opérations prox posées par M. Abeille. » M. Leschevin observe ensuite, au sujet d’un ancien projet de M. Laurent de l’Yonne , que d’après de nouveaux nivellemens, la galerie souterraine qu’il proposait sur une longueur qu’il pensait être de quatre lieues, ne serait sortie de terre que près du Yitlage de Posange, et que sa longueur réelle eût été de a6,5oo mètres.

3r)4 CANAUX NAVIGABLES

Il en résulte qu’on ne pouvait penser à ce projet, qui avait été rejeté dès

son origine.

« Pour y suppléer, M. Plagniol propose de prendre le Canal & la » vingtième écluse, un peu au-dessus de Sainte-Marie , près Pont-de- » Pany , pour lui faire remonter le vallon d’Agey et de Remilly juequ’au- » dessus de ce dernier village,, et arrivé là, à la cinquante-cinquième „ écluse, il y établit son biez de partage , qui se dirige sous la montagne s de 8ombemon, et sort de l’autre côté au-dessus du village de Grosbois, » d’où il descend dans la vallée de la Brenne , et gagne Pouiiienay par » Vitteaux, Posange et Arnay-sous-Viltcanx.

» Quoique la percée, sous la montagne de Sombernon, ne soit que de » 7,910 mètres, la longueur totale du bien serait de 8,6â6 mètres, at*

. » tendu que l’on 11’entro en galerie, dans le corps de la montagne, que » lorsque la trauchée est arrivée à une hauteur de ta à i3 mètres. *

» Cette tranchée a A7& mètres de longueur du côté de Remii'y, et » a5o du côté de Grosbois. La montagne de Soiubernon ayant environ » 179 mètres d’élévation au-dessus du biczde partage, au lieu de la » proposition de M. Laurent , d’établir des puits de 5o en 5o toises, » M. Plaigniol propose «le faire une galerie supérieure horizontale , de » 3",5o de largeur, avec des puits d’airages placés à sfio mètre» l’un de » Paulre.

» Les matériaux pourraient être chargés au dehors Aî ta galerie , soit » par des hommes, soit par des animaux.

b Pour accélérer la confection de cette dernière galerie, en même » temps que l’ouverture se commencerait pur los/leux extrémités, deu* • » grands puits d’airage et d'extraction, fitués à 1,000 mètres de distance » l’un de l’autre, et au milieu de lu ligne, partiraient du sommet et vienr » draient aboutira la galerie. »

Le projet de M. Furey parut préférable à celui de M. Praigniol, d’apte» les dépenses énormes que celui-ci eût inévitabimuent entraîné, quoique M. Plaigniol avant^tt quH>n u’aurail point eu besoin du voûter sua SKU}lerrains.

DE FRANCE. fcji f

Mais nous répondrons ci-après à celte supposition , toujours faite et toujours démentie par l’expériencé , et qui a souvent donné lieu à des accidens déplorables et à des dépenses effrayantes.

Nous allons donc revenirau projet de M. Forcy , qui évite le très grand inconvénient de la tranchée originairement projetée ou seuil dè Pouilly, et à laquelle on proposait de donner 8o, pieds de profondeur, sur une longueur de 1,830 toises (3, 680 mètres), et dont les côtés eussent encore été plus élevés par la superposition de partie des déblais. * .

On sait combien de pareils travaux sont dispendieux , et combien on éprouve de contrariétés pour les talus si élevés composés de diverses couches sans adliérence, qui ne peuvent être gaaonnées faute de terre végétale , et dont la moindre pluie détache des portions qui tombent dans le Canal et l’encombrent.

Ces cncaissémens so font toujours avec l'espoir que la pente que l’on donne suffira pour que les terres ne soient point entraînées; et néanmoins, bientôt après, ces incouvénieus nécessitent de former des banquettes de retraite, qui augmentent l’inclinaison du talus, et rompent les-elli ts de la chute des eaux; généralement bn est obligé de finir par revêtir ces encaissemens eu perrés, avec des chaînes a chaux et ciment, comme on (ait pour le Canal du Centre. On a vu que pour ce Canal, quoique l’élévation fût moitié moins grande qu’id, l’expérience taisait regarder comme plus économique -de revêtir en totalité à chaux et ciment les vastes et nombreuses dégradations qui renouvelaient sans cesse les dépenses d’en- (retien et compromettaient la navigation.

Cet inconvénient est encore démontré par les éboulemens des talus du Canal de l’Ourcq, dans les parties où il est encaissé, et les dépenses annuelles qui en ont résulté.

M. Forey , par le réservoir de Grosbois , qui arrête les eaux de la Brenne, et par une percée souterraine qui les conduit directement au. point de partage , remédie encore à l’inconvénient qu’aurait eu le grand développement de la rigole qui, dans le projet rédigé par M. Abeille, devait amener ces eaux au point de partage. M. Forey. la diminue ainsi.

5h6 CANAUX NAVIGABLES

d’environ 18,000 toises (35, 000 mètres) ; et comme cette petite rivière, au-dessus de l’endroit où elle doit être arrêtée, qui n’est qu’à environ 4,000 toises (7,790 mètres) de sa source, fait seulement tourner dix à douze heures, sur vingt-quatre, un petit moulin (nommé vulgairement moulin à Choiseau), quand la saison des pluies est passée, il eût pu se faire que ses eaux alors eussent disparu par les filtrations sur un développement aussi long, avant d’arriver au point de partage, d’après les .pertes que l’on a reconnues pour les rigoles des autres Canaux (î).

M. Forey économise ainsi doublement les eaux de la Brcnne, et en les conservant et en leur évitant environ 1 8,000 toises (35, 000 mètres) de trajet ; mais il ne peut augmenter l’évaluation qu’en ont faite les six ingénieurs (ainsi qu’on l’a vu page 56a) qui les ont comprises dans le jaugeage des 4,o5i pouces d’eau attribués au point de partage par le projet de M. Abeille, comme si les rigoles de conduite n’eussent dû éprouver aucune perte, quoiqu’elles dussent avoir environ 53, 000 toises (103,399 mètres) de développement, ce qui faisait pris d’un tiers de plus que le développement*des rigoles nourricières du Canal de Languedoc, qui perdent dans leur trajet une quantité d’eau supérieure aux 4,047 pouces que 'l’on comptait faire ainsi arriver au point dé partagé du Canal de Bourgogne.

Cependant on doit foire, pour les pertes d’eau qdc doivent éprouver les rigoles nourricières du Canal de Bourgogne, et ce Canal lui-même, des observations qui deviennent particulières par la nature du sol ou sc trouve le bassin de partage et la plus grande partie du lit du Canal.

L’existence de couches d’argile feuilletée susceptible de se décomposer à l’humidité, et de couches schisteuses, sur une très grande épaisseur , a été constatée par les observations de M. Perronet, qui , par la crainte que lui inspirait leur nature, réduisait à 5o pieds (comme on l’a vu) la

’ 5 . » 'V-. 1 ». lr . t

(1) On peut se rappeler qu'il a fallu , au Canal du Centre, supprimer comme inutile pour le produit do aes eaux, la rigole de St. -Julien qu'on .avait estimeo devoir en fournir 1,713 pouces , et qui n'avait que 5,763 toises de longueur.

profondeur de la tranchée proposée par M. Abeille. Elles sont encore constatées par les puits d’essji laits à une grande profondeur ^savoir :

Six vers Pouilly, Creancey, Vandencsse et Château-Neuf; deux vers Remilly et un vers Aubigny, près le‘ réservoir projeté »Grosbois. Ce dernier a été creusé à environ 100 pieds (35 mètres) de profondeur, sans qu'on ait rencontré d’autre substance que des argiles feuilletées ou des schistes.

Il semble.que rien ne peut être opposé à l’expérience que présentent les puits d’essai qu’on a creusés. Lorsque Ton a voulu les foncer, il a fallu muraillcr les parties d’argile feuilletées et schisteuses , et les déblais qui proviennent du creusement de ces parties se sont entièrement altérés et délités, quand ils ont été exposés à l’extérieur aux pluies et aux variation» atm&sphériques.

On connaît les dispositions des' couches schisteuses pour absorber feau; mais on doit remarquer surtout que ces couches, toujours feuilletées généralement inclinées , sont séparées par des molécules peu adhéccntes, susceptibles de laisser pénétrer Peau, et de la laisser se frayer ■un passage qui peut s’accroître progressivement jusqu’au point même de causer des désastres semblables à ceux que des causes de ce genre ont occasionnés sur la rigole de la montagne du Canal de Languedoc, à Campmazes. On a va que les filtrations parvinrent à y creuser un vaste fcbyme, qui engloutit la rigole, une ferme voisine et le sol environnant, 'et on connaît les terribles accidens que ces couches perméables à l’eau ont présenté dans des montagnes de cette nature, dont on a vu des parties entières perdant, après de grandes pluies, leur adhérence avec la partie inférieure , glisser jusque dans les vallées, et quelquefois même y détruire des habitations bien éloignées de prévoir un tel malheur.'

Au surplus , ces résultats extraordinaires ne sont cités que comme des exemples qui ne permettent pas de douter de la perméabilité des couches schisteuses et des filtrations qu’elles doivent éprouver. On veut seulement prouver combien celte nature dn sol dort ajouter aux chances de pertes d’eau que doivent éprouver les Canaux à point de partage.

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