CANAL D’ORLÉANS
Quoique le Canal d’Ortéans ne soit point dans la direction même de la ligne navigable du nord au midi de la France, qui nous occupe actuellement, nous allons exposer ici les principaux détails qui lui sont relatifs, parce qu’il se rattache à cette ligne et fait un de ses principaux embranchcmens.
On avait originairement établi un Canal destiné au débouché des bois de la forêt d’Orléans: ce Canal commençait dans cette foret, à un endroit appelé Grignon, à quinze milles de Montargis, et allait se réunir à la rivière de Loing prés cette ville ; il parait qu’il était plutôt Canal de flottage que de navigation. '
Mais en remarquant que de Fautre côté du vaste plateau d’où venaient les eaux de Grignon, d'autres eaux versaient à la Loire, on conçut les avantages que l’on trouverait à établir une communication entre la basse Loire, près Orléans, et Paris, en coupant ce plateau dans sa partie la plus basse par une tranchée qui formerait le bief de gprtage.
On entreprit, à cet ‘effet, le Canal d’Orléans, dont la concession fut faite, en 167g, à Monsieur, frère du Roi; on lui donna le même tarif que pour le Canal de Briare, en statuant qu’il ne pourrait être établi d’autre Canal entre la Loire et le Loing.
le bief de partage a une longueur de g,6a5 toises, et traverse plusieurs étangs, dont les priucipaux sont ceux de la Mazonne, de Posuet, du Gué-Bovcr,.dc la Vallée, de Liesse, de Brin-d’Amour, l’Étang-Neuf, le Crol-aux- Sablons, qui forment autnnt.de réservoirs pour fournir aux besoins de la navigation; il est encore alimenté par la rigole de Courpalet, qui a 4 pieds de pente sur <6,ogo toises de développement, et verse au point de partage les eaux des étangs de Courpalet; elle reçoit encore, dans son cours, sept autres étangs, parmi lesquels 011 doit citer ceux du Gué l’Évèque, de Sarragofce, d'Orléans-le-Graud, et le petit étang des Bois. •
l)n grand nombre de rigoles partielles utilisent quantité de versans Tome JI. 53
dans la direction de cette rigole qui, en juillet i8i3, faisait monter de 3 pouces, pendant une nuit, l’eau dans la grande retenue du bief do partage, qui a 9625 toises de long. La superficie v disante dans cette grande retenue est telle, qu’il suffit d’un orage de huit heures pour faire passer l’eau par dessus ses déversoirs et la mettre en décharge.
La rigole de Courpalet étant de toutes celles que l’on connaît celle qui a le moins de pente , nous allons entrer dans quelques détails à son sujet.
Voici scs dimensions et sa vitesse, suivant les calculs de M. de Prony, dans ses Recherches physieo - mathématiques sur la théorie des Eaux
courantes.
Longueur. . . . . 3i,3ÿ9 mètres.
Pente. 1 V 1-*,38
Vitesse à la surface o ,143,659
Vitesse moyenne o ,049,05 1
Aire de la section transversale o ,674,49a
Périmètre de la section transversale a ,338,63.
8es eaux pourraient encore être augmentées par un barrage qui aurait 23 pieds à la bonde et qui utiliserait, pour la navigation, les eaux d’uiv moulin.
On peut encore, par une rigole de 6 lieues environ, faire arriver au' bief de partage les eaux des étangs de Courdieu.
Cette quantité d’étangs recevant sur un plateau aussi étendu les eauxqui versaient, soit à la Loire, soit à la Seine, et formant comme autant de réservoirs pour la rigole de Courpalet et pour le bief de distribution, ne permettent point d’avoir une jauge exacte de la quantité d’eau qu’ilsiburnisscut.
Le Canal reçoit en outre, dans son cours, plusieurs prises d’eau, notamment une dans la rivière de Cens, au-dessous de l’écluse de la Jonchère pour le bief du Fay.
La longueur du Canal d’Orléans est de 37,610 toises, dont on va voir le détail.
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TRAJET DU CANAL
En parlant de l'écluse de Combien* , vers la Laite,
jusqu'au point départagé, le trajet catde
Sur une pente de....,
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de Loing est de , . . .
Sur une pente de.
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Total des sas d'écluses
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Les dimensions originaires du Canal étaient de 3o pieds à la ligne d'eau, mais on les porte successivement à 5o pieds à la ligne d’eau, 4o au plafond , et 4 pieds et demi de profondeur d’eau.
Les moyens et les ressources pour l’approvisionnement des eaux et la navigation du Canal, dont nous venons de rendre compte, sc trouvèrent cependant insullisans jusqu’en 1716, et le Canal était alors sur le point d’être abandonné; mais M. de Regemortes, ingénieur fort réputé et directeur des Canaux de M. le duc d’Orléans, ordonna dé nouveaux travaux pour augmenter l’approvisionnement des eaux et améliorer la navigation du C.a.al.
Il fit rétablir les écluses dont plusieurs menaçaient ruine, à cause de l’espèce d’abandon où se trouvait le Canal; il fit recreuser et améliorer
(1) Non compris l'écluse de Buge, qui appartient proprement au Canal de Loing, et dont la chute de 4 pieds ti pouces est néanmoins comprise dans le calcul ci-dessus.
la rigole de Courpalct, qu’il reconnut indispensable pour soutenir la navigation; il fil pratiquer l’étang dit le Gué-l’Évêque, dont toutes les eaux arrivent au bief de partage par la rigole de Courpulet; il éleva la chaussée de l'étang de la Maronne qui, en même temps, sert de digue ou Canal qui est suspendu en cet endroit; il la construisit de manière à pouvoir rassembler dans cet étang les eaux supérieures à celles qui servent à la navigation dans le bief de partage; ces eaux entrent au bief de partage, quand on en a besoin, par un empellement pratiqué à cet effet dans la chaussée, et cet empellement sert aussi à fùirc entrer dans l’étang les eaux surabondantes au bief.
Il y avait autrefois une auge en bois à environ i5 pieds au-dessous du bief, qui pouvait mettre l’étang à sec, et il fallait souvent la renouveler. M. de Regemortes y substitua un aqueduc en pierres de taille; la bonde tient à l’aqueduc cl est aussi en pierres de taille.
L’ctang de la Vallée, le plus grand de tous ceux qui alimentent !c Canal d’Orléans, versait originairement ses eaux dans les biez bas du côté de la Loire; mais M. de Regemortes fit rehausser sa chaussée de manière à lui donner a 4 pieds à la bonde, cl les i4 pieds supérieurs verscut ait bief de partage par une rigole partie en terre, partie eu maçonnerie.
Un des ouvrages les plus utiles qu’il fit exécuter au Canal d'Orléans,fut le déblai dc*3 terres de la montagne de Surry-au-Bois, dans le bief de partage, où l’on avait peine à faire passer de front deux bateaux.
Lors de la construction de ce Canal, on avait voulu éviter les grands1 déblais, et cette partie était excavée d’environ 5o pieds, et n’avait que la largeur nécessaire au passage d’uu bateau ; mais ces terres glaiseuses avaient formé des éboulemens et entravaient la marche de la navigation.
Maintenant celte partie est élargie sur qnc longueur de i,5oo toises, et deux barques y passent de front fort à l’aise. Dans cette estivation, on a établi des banquettes à différentes hauteurs; celle qui sert de chemin de lutlage est revêtue de perrés dans son talus intérieur et soutenue d'une pile de pieux enfoncés; le dessus de celte banquette est disposé en pente
et contrc-pcr.te, de manière que de ioo toises en ioo toises les eaux des pluies et l’égout des terrasses supérieures se rendent dans des cassis qui les versent dans le Canal.
D'après les projets de M. de Regcmortcs, on a fait un ouvrage analogue à celui que nous venons de décrire, à la rigole de Courpalet, pour la partie de cette rigole qui traversait la montagne de la Gibonnière, à a5 pieds de profondeur sur 600 toises de longueur, et qui était contenue dans un coffre en bois dont l’entretien était coûteux, et dont on craignait toujours l’encombrement.
Les travaux ordonnés par M. de Regemortes, en remédiant aux dégradations, avaient aussi pour but d’alimenter le Canal d’une quantité d’eau suffisante pour réparer ses pertes, cl ce Canal a présenté, comme les autres, des exemples remarquables de celles qui se font par filtrations; on en citera ici un exemple pour faire juger des autres.
Eu 181a, on se décida ù élargir le bief du iay, qui a 876 toises de longueur; après qu’on eut exécuté les ouvrages de terrasse nécessaires à cet effet, et qu’on eut remis l’eau dans ce bief, il a baissé, pendant plusieurs mois, de 1a pouces par chaque nuit; les manœuvres de la. navigation empêchaient d’apprécier ses pertes pendant le jour.
L’embouchure en Loire de ce Canal éprouvait de fréquens cnsablemens; on a construit latéralement, à la dernière écluse, une petite écluse de chasse à portes tournantes; son effet, quoique sensible, ne remplissait fias complètement son objet; et on peut encore rappeler ici ce que nous avons dit de la facilité d’élublii' les chasses d’eau les plus énergiques à l’embouchure des Canaux, par un barrage à poutrelles mobiles en aval des portes d’en bas de la dernière écluse, et qui peut être le plus souvent établi au moyen de simples rainures pratiquées dans les musoirs ou prolongement des murs , en aval des portes. , ...
Ce Canal transporte les bois de charpente des environs de la Loire, vers Orléans et au-dessous , les vins cl eaux-de-vie de l’Orléanais, les vins, eaux-de-vie et ardoises de l’Anjou , et les marchandises qui peuvent se charger sur la Loire depuis Orléans jusqu’à Nantes. Parmi le petit
ti 8 CANAUX NAVIGABLES
nombre de bateaux qui remontent de Paris vers la Loire , on en remarquequisont chargés de divers aiuendemens, tels quuplàtrc, cendres, etc., destinés à amender des terres de Bretagne sur les rives de la Loire, notamment du côté d’Ancenis. En temps de guerre il transporte beaucoup de sel qui remonte la basse Loire pour venir à Paris.
Ce Canal a coûté environ 8,000,000 francs.
Il prend, en temps de guerre maritime, une très grande activiUk
La navigation de ce Canal se compose , année commune, de 3, 000 bateaux, et son produit est d’environ Aoo.ooo francs; mais le bénéfice principal que devait en retirer le duc d’Orléans était dans les débouchés qu'il a donnés aux bois de la vaste forêt d’Orléans.