‹ Des canaux navigables consideres d'une maniere generale, avec des recherches comparatives sur la navigation interieure de la France et celle de l'Angleterre; accompagne de cartes, profils, et dessins de machines et travaux d'art;Chapitre 84 sur 110 · CANAL DÉ LA SENSÉE · texte numérisé non relu

CANAL DÉ LA SENSÉE

Ce Canal fait communiquer l’Escaut avec la Scarpe : la première idée en est due au maréchal de Vauban.

En 1690 , cet illustre ingénieur , remarquant le peu d’élévation et d’étendue du seuil qui séparait ces deux rivières , le fit couper et fit ouvrir le Canal dit du Moulinet , en y dérivant les eaux de la Sensée, et faisant construire l’écluse de Palluée , qui sert à verser à volonté les eaux de la Sensée dans la Scarpe ou dans l’Escaut entre lesquels la communication se trouva ainsi établie.

(1 ) Ce Canal , concède par une loi du moi* de mai 1818, est prè* d’éire confectionné cl livré à la navigation.

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Il paraît que cette première idée du maréchal de Vauban était principalement militaire ; cependant il satisfaisait en même temps au but do dessécher une partie de la vallée de la Sensée et d’ouvrir une direction que quelques travaux pouvaient rendre facilement navigable. Mais cette dernière considération n’avait pas alors une grande importance , parce que la partie supérieure de l’Escaut et de la Scarpc n’était pas encore navigable.

Après les travaux qui ont établi successivement la navigation de ces deux rivières , et après qu’on eût terminé le Canal de Picardie et commencé le Canal de Saint-Quentin , lesquels joignaient ensemble l’Escaut à la Scarpe et à l’Oise , on sentit l’utilité qu’aurait alors la communication navigable de l’Escaut à la Scarpe par la direction indiquée par le maréchal de Vauban.

En 1 783, M. Laurent de Lyonnc, qui avait donné un projet pour le Canal de Saint-Quentin , en présenta un pour le Canal de la Sensée, qui d’ailleurs différait peu de la direction que lui avait donnée le maréchal do Vauban. Il fit construire un grand sas circulaire sur une dérivation de l’Escaut, à 3,6oo mètres au-dessus de Bouchain; ce grand sas, qui fut appelé Bassin rond à cause de sa forme , avait trois écluses, dont deux placées sur le même diamètre servaient à la ligne de dérivation de l’Escaut, et la troisième était destinée a la communication de la Sensée ; c’est cette écluse qui forme l’embranchement du Canal dont il s’agit dans l’Escaut.

Le projet de M. Laurent de Lyonne fut rectifié par les Ponts et Chaussées; et, en 1790, on commença à travailler aux deux extrémités du Canal, suivant le projet rectifié : la révolution vint suspendre tous ces travaux.

En 1810, on reprit le projet de ce Canal, mais on y joignit successivement le but de le faire servir à une ligne de défense entre Cambrai et Douai , et celui de dessécher autant qu’il serait possible la vallée de la Sensée , où se trouvaient de nombreux et vastes marais qui la rendaient en grande partie inculte et en quelque sorte pestilentielle.

On présenta plusieurs projets, dont les principaux furent produits par MM. Vallée, Drapier et Cordicr, tenant tous trois au corps des Ponts ut Chaussées.

On donna la préférence à celui do M. Cordicr, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées , qui sc concerta avec M.M. les officiers du génie militaire pour satisfaire aux conditions exigées par le comité des fortifications pour la ligne de défense.

Le projet de M. Cordicr était d’établir le Canal de niveau et sans écluses, en suivant les inflexions du sol.

Il faut lire le Mémoire intéressant que M. Cordier a publié, pour apprécier la préférence qu’on a donnée à son projet ; à la suite de ce Mémoire se trouvent les rapports qu’il a faits de concert avec M. Treus-, sart, colonel du génie militaire.

Les eaux de ces deux rivières, au moyen de cette communication entre clics par un Canal de niveau , pouvaient de plus être jetées à volonté sur Douai et Lille, ou surBouchain, Valenciennes et Condé.

On peut mettre en réserve dans les marais de la Sensée environ 5oo,ooo,ooo de mètres cubes d’eau, qui suffiraient pour tendre en quelques jours les inondations de ces places , et même pour établir au besoin des chasses d’eau qui détruiraient les ouvrages des assiégeaDS.

On voit, dans les Mémoires de ces deux ingénieurs, qu’ils satisfont, avec un talent remarquable , aux conditions qui leur étaient présentées et aux observations qu’elles rendaient désirables.

D’après le projet de M. Cordier, Ica eaux de la Sensée doivent suffire à la navigation la plus active , et servir à améliorer celle de la Scarpe et de l’Escaut.

Toutefois le comité des fortifications pensa que cet avantage de tendre à volonté de grandes inondations où on le croirait nécessaire, en jetant la Scarpe dans l’Escaut et réciproquement , ne pouvait l’emporter sur l'inconvénient encore plus grand de donner par là à l’ennemi une chance de succès trop dangereuse pour s’emparer de Douai ou de Cambrai, et

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de Bouchain,en privant, par un barrage au-dessous du Canal, l’une ou l’autre de ces villes des eaux qui font une partie essentielle de leurs fortifications et de leurs moyens de défense.

Celte considération importante a fait décider que l’on formerait au Moulinet un bief de partage entre Palluée et Gueulzin, sur une longueur d’environ 5,5oo mètres , alimente par les eaux de la Sensée , dérivées audessus du mo.ulin de Palluée ; la ebute de ce bief est rachetée par une écluse à sas à chacune de ses extrémités , l’une pour descendre vers l’Escaut, et l’autre vers la Scarpe.

Le comité des fortifications proposait en outre une seconde branche de Canal , partant de Palluée et du niveau du bief du Moulinet , et se dirigeant jusque vis-à-vis Sailly , où un sas devait faire communiquer ses eaux avec un bief supérieur déterminé par le niveau des eaux de navigation de la Scarpe , au-dessus du sas de Biachc. Cet embranchement devait avoir le double avantage d’abréger de beaucoup la navigation d’Arras à Cambrai, en évitant le grand détour à faire par Corbehem, et de descendre ou de remonter quatre écluses ; et de plus de former de la Sensée (en la bordant d’un parapet ainsi que 1a partie du Canal au-dessus de Palluée) un moyen de défense qui n’existe pas aujourd'hui, attendu que l’espace compris entre Biachc et Sailly est entièrement découvert, et ne présente aucun obstacle. Le Comité proposait encore de construire à Sailly un petit fort pour soutenir à une hauteur convenable les eaux de la Scarpe, détournées à Biachc, afin de former une vaste inondation pour couvrir la gauche de la ligne et empêcher par là tout barrage de la Scarpe que l’ennemi pourrait tenter de faire à Vitry , pour priver Douai des eaux de cette rivière : le tort devant servir en même temps de tctc de pont sur le marais pour empêcher l’ennemi de s’établir dans la position de Bellonne, comme il le fit en 1710 d’une manière si inquiétante pour nous.

Celte deuxième partie de projet méritait d’autant plus de considération, qu’elle était proposée dans un rapport de M. le lieutenant-général Rogniat , inspecteur général du génie.

Mnis ce qui concernait cette partie du projet Tut ajourné en observant qu’il était indépendant de la première partie, dont l’exécution fut arrêtée par le conseil général des Ponts et Chaussées, le 5i janvier 1818 , avec la modification désirée par le comité des fortifications, de l’établissement d’un bief de partage au moulinet

Le Canal de la Sensée ainsi établi, présente toujours, sous le rapport militaire , l’avantage tic jeter les eaux de la Sensée dans la Scarpe ou dans l’Escaut pour augmenter les inondations de Douai ou dcJCambrai , et do pouvoir aussi couvrir d’une vaste inondation la vallée qu’il parcourt.

De plus, comme la ligue des Canaux du nord longe les frontières de la France pendant plusieurs lieues, il en résulte qu’en temps de guerre la navigation cesse , les transports militaires deviennent de la plus grande difficulté entre les villes les plus fortes de nos frontières , pour lesquelles le Canal de la Sensée maintient au contraire en tous temps des communications navigables les plus sures et les plus faciles.

Les marais de la vallée de la Sensée pourront être desséchés sur une très grande étendue, ce qui empêchant les terrains voisins d’être inondés six mois de l’année, les affranchira en même temps des fièvres annneiles qui minent et abrègent l'existence des habitans.

Des tourbières qu’il a fallu abandonner pourront être assainies , leur exploitation régularisée, et cette vallée, rendue à l'agriculture, pourra être une des plus riches de ce beau pays.

La concession de ce Canal comprend aussi l’amélioration de la navigation de la Scarpe dans la ville de Douai, elles travaux en sont estimés 600,000 fr.

Au moyen du Canal de la Sensée , il ne faudra que six heures pour franchir la distance entre Douai et Cambrai ou Bouchain , tandis que ce trajet exigeait jusqu’à présent un mois, par les grands détours qu’il fallait faire. •

Les bateaux de charbon de terre, qui ne peuvent faire que six forages

par an de Valenciennes ou de Douai à Lille, à cause de ccs détours , en pourront faire plus de vingt.

Les communications navigables entre Paris , Douai et Lille n’auront plus à éprouver l’immense détour qu’il fallait faire dans la Belgique , et seront toujours assurés, même en temps de guerre.

Ce^Canal coopère ainsi essentiellement à l’amélioration de cette ligne navigable du nord au midi de la. France, dont la confection nous occupe principalement.

CANAL DE LILLE, Oü DE LA HAUTE-DEULE. ’

Ce Canal part du sas de l’écluse de la Scarpe,au fort de la Scarpe, prés Douai , à peu de distance de l’embouchure du Canal de la Sensée , que nous venons de décrire.

Son développement total est de 33,4n mètres; il s’embouche à Lille dans la Basse-Deule; on y compte quatre sas et trois écluses simples.

Il sert aux inondations de Lille ; il fut terminé en 1690 par les Etats de Lille et d'Artois. • •

Onl’asuivi jusqu’à présent dans tout son développement pour la ligne navigable qui s’embouche dans nos ports ; mais cette direction occasionne un détour tel, que pour aller de Douai à Aire, il y a 27 lieues de 4,000 mètres, en suivant, après Lille, la Basse-Deule et remontant la Lys, en longeant par Warneton.et Armentières la ligne frontière des Pays- Bas, qui, dans cet espace , est déterminée par la rive droite de cette rivière.

Ce long détour , les difficultés de remonter la Lys, et surtout l’inconvénient de voir la navigation à la merci de*dispositions étrangères , nécessitent la construction d’un Canal qui partira de celui de la Haute- Dcule , à l’écluse de la Bassée , où il existe déjà un embranchement de Tome II. 56 ter. *

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7,i5a mètres, et qui aboutira à Aire, en réduisant la distance entre

celte ville et Douai , à 16 lieues, au lieu de 27.

La nécessité d’une telle amélioration va nous faire décrire le Canal de la Basséc à Aire , qui effectue cette direction , quoique sa concession ne soit point encore prononcée.

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