Tome JL
5i8 CANAUX NAVIGABLES
Nous avcrra constaté que les grondes lignes navigables de la France devaient offrir encore plus d'importance que celles de l’Angleterre , en ' raison de leur plus grande étendue , de la variété des productions des contrées qu’elles traversent, et de la beauté de leurs correspondances extérieures ; ces avantages doivent se communiquer à tout le système de la navigation intérieure , y circuler pour ainsi dire , et présenter les plus grands cncouragemens aux entreprises particulières.
Nous avons exposé accessoirement ce que dans certaines circonstances les Canaux pouvaient nous offrir pour la défense du territoire , mais eu remarquant qu’il était préférable de penser aux liens d’intérêt qu’offriraient aux autres peuples ces communications si sûres et si faciles de la Baltique à la Méditerranée, du Danube et du Rhin à l’Océan atlantique.
Indépendamment des avantages multipliés qui, comme nous l’avons dit, doivent déterminer le Gouvernement à des sacrifices propres à encourager ensuite l’émulation particulière , nous devons insister sur la nécessité où il se trouve d’en user ainsi.
Nous avons déjà remarqué cette nécessité pour arrêter les dépenses des routes, qui deviendraient effrayantes, sans le secours de la navigation intérieure ( page 4go ); nous avons aussi prouvé cette nécessité pour le développement de noire richesse agricole, qui doit être le principal aliment de notre richesse manufacturière et commerciale; nous l’avons indiquée avec moins de détails pour nos produits métallurgiques, mais elle n’en est pas moins sensible (1).
(1) La France compte a/^o mines de charbon de terre, la plupart sans débouchés sulTisans ; elles ne produisent qu’environ 9,000,000 de quintaux me'triqucs ou de kilogrammes, présentant à leur extraction une valeur de 10 à 1 1,000,000 fr-, et qui revient à pins de 4°, 000, 000 fr. k la masse des consommateurs; parce que le transport aux lieux de consommation triple et décuple quelquefois le prix du charbon ; ce qui fait qu’eu 1817, nous en avons encore importé de l’étranger pour plus de 9,000,000 fr. '
L’Angleterre exploite 75,000,000 de quintaux métriques que ses transports
Nous devons considérer encore cette nécessité, soit pour diminuer les Frais de transports des matières premières et des objets fabriqués, soit pour créer ces beaux établissemens de manufactures et mélallurgies, afin de remédier, autant qu’il est possible , à la perte de nos colonies, à celle de notre prépondérance commerciale dans le Levant, en donnant ainsi à nos produits le bon marché et la qualité qui «peuvent les faire prévaloir chez l’étranger.
Si l'Etat cherche et parvient à faire agir l’émulation particulière , à multiplier ses entreprises, nul moyen ne serait plus propre à établir dans toutes les parties du Royaume ces liens d’échanges si utiles, cette solidarité d’intérêts si favorables pour le maintien et les progrès de la prospérité publique.
Ce serait en mème'lemps fonder des compagnies qu’on peut considérer comme de grands propriétaires qui ne meurent poiut, qui suivent toujours un système d’amélioration progressif, et offrent pour l’avenir les garanties les plus sures au Gouvernement. En6n, ce moyen est peut-être le plus efficace pour créer des travaux et des produits proportionnés à l’accroissement d’une population qui deviendrait une source d’inquiétudes et peut-être de calamités, si elle se trouvait dépourvue de moyens propres à assurer son existence.
En étendant ainsi les moyens de tftivail et d’aisance pour la population, elle s’attache au Gouvernement qui assure son bien-être ; les richesses provenant de son travail, forment les ressource^ et la puissance des empires; l’aisance et la sécurité communes, en assurent la stabilité.
navigables ta mettent à même de rendre à peu de frais , même dans les ports étrangers.
En France , la fabrication du fer de toute nature est estimée 67 à 68,000,000 fr. pour environ t,o35,ooo quintaux métriques. En Angleterre , le même genre de fabrication est estimé environ 100,000,000 fr. pour a,5oo,ooo quintaux met riques , et l’on prétend que cette fabrication y occupe 400,000 ouvriers.
La disproportion y est encore bien pfas grande pour les autres natures de métaux.
5ao CANAUX NAVIGABLES
Des dépenses dirigées de manière à déterminer le concours de l’émulation particulière pouf assurer tant d’avantages, ne peuvent plus être considérés comme des sacrifices-, aucune guerre, quelque dispendieuse qu’elle fût, aucun système de colonisation, quelque désirable qu’il pût être, ne pourraient donner à la France des résultats plus certains pour sa puissance et sa prospérité.
Nous terminerons ce volume, en observant que le tableau des avantages que nous pouvons recueillir par- l’établissement d’un système complet de navigation intérieure , ne doit point paraître exagéré; l’étendue des vues bienfaisantes du Roi à cet égard, et le zèle de l’administration pour les seconder, doivent suffire aux plus vastes espérances.
Nota. Le volome suivant doit contenir, entre antres choses, les de'tails des principaux projets de Canaux arrêtés , en commençant par ceux que nous venons de désigner comme essentiels à construire, à cause de l’impulsion qu’ils doivent donner b l’émulation particulière, pour la confection d'un système complet de navigation intérieure. Mais le retard de la publication de ce Volume nous a déterminé à ajouter, comme Supplément au volume que. nous publions, la description du Canal latéral à la Loire, comme le plus urgent k établir, et des notes relatives à des objets de navigation intérieure dont nous avons parlé.