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DES RIVALITÉS HISTORIQUES

Les guerres pour des rivalités historiques ont été très fréquentes dans le passé ; elles deviendront plus rares et disparaîtront môme complètement, il faut Tespérer ; mais en ce moment elles menacent encore le repos du monde. La guerre engendre la guerre ; le vaincu rêve une revanche, attend son heure, et la lutte recommence. Il naît ainsi entre deux peuples, faits pour s'entendre, des haines qui se transmettent de génération en génération. Khostilité séculaire qui a régné entre la France et l'Angleterre en est le plus frappant exemple. De 1 1 10 à 1815, sur 705 années, il j a eu 272 années de guerre entre ces deux nations. Cette rivalité a persisté jusqu'à nos jours. EUe était entretenue en France par le parti bonapartiste et marne par le parti libéral sous la Restauration et sous Louis- Philippe. Napoléon III avait promis la revanche de Waterloo et ses grands armements maritimes ont longtemps fait croire à l'Angleterre qu'il y songeait. Est-ce qu'à son instigation des colonels de cavalerie n'avaient pas juré qu'ils franchiraient le détroit à la tête de leurs escadrons ?

Grâce au traite de commerce et aux r^ations d'affaires qui en étaient résultées, Tantagonisme entre Anglais et Français avait presque complètement disparu, et Ton pouvait déjà espérer que, les peuples voyant clairement les avantages de la paix et les maux de la guerre, ces hostilités héréditaires de nation à nation s'évanouiraient ; mais la guerre de 1870 et la paix qui y a mis un terme ont laissé dans l'âme des Français un ressentiment contre les Allemands plus violent que celui qu'ils éprouvaient contre les Anglais après Waterloo. A moins que les circonstances ne changent, on ne peut se dissimuler qu'il y a là pour l'avenir une cause presque inévitable de conflit.

Les efforts séculaires de l'Allemagne, puis de l'Autriche, pour soumettre l'Italie avaient fait naître dans le cœur des habitants de la péninsule une haine héréditaire contre les ennemis de l'indépendance de leur pays. Depuis que TAutriche a quitté la Vénétie, ce sentiment a disparu comme par enchantement, et les relations les plus amicales se sont établies entre les Italiens et leurs voisins du nord. Dès que la cause de dissentiment disparaît, l'échange des idées et des produits fait sentir aux peuples modernes la communauté de leurs intérêts.

Entre Anglais et Américains, il n'y a pas antagonisme de race, mais il existe, depuis la guerre de l'Indépendance, une hostilité qui plus d'une fois a failli amener la guerre entre deux peuples qui, ayant les mâmes origines, la mâme langue, le môme culte, les mâmes lois, la mâme littérature, devraient âtre unis parles liens les plus étroits. Il serait déraisonnable de reprocher àl* Angleterre de s'être opposée par les armes à l'émancipation de ses colonies : tout autre État

en aurait fait autant; mais en 1812, elle a provoqué la guerre avec rAmérique par ses prétentions exagérées qu'elle a dû abandonner dans le traité de Gand, et lors de la dernière guerre civile aux États-Unis, elle n'a pas rempli avec assez de rigueur les obligations que lui imposait la neutralité. L'attitude des hautes classes qui, dans le pays de Wilberforce, ne rougissaient pas de témoigner leur sympathie pour la cause odieuse des défenseurs de l'esclavage, a été un scandale qui a justement irrité les Américains et centriste partout les amis de la justice et de l'humanité. Toutefois, les États-Unis n'ont pas oublié l'admirable conduite des ouvriers anglais qui, malgré les souffi*ances que leur imposait le manque de coton, n'ont cessé de manifester le plus grand enthousiasme pour l'abolition de l'esclavage. Les Américains se souviennent aussi que tous les représentants des idées démocratiques en Angleterre, comme MM. Mill et Bright, ont mis leur éloquence au service de la cause du Nord. Aussi ont-ils accueilU avec satisfaction le traité de Washington et l'arbitrage. On ne peut dire que le compromis ait fait cesser complètement l'ancienne animosité. Elle existe encore au delà de l'Atlantique et le moindre incident pourrait la réveiller. Les Américains disent que pour qu'il n'en reste plus de traces il faut une génération nouvelle. Toutefois» à mesure que les idées démocratiques prendront plus d'empire en Angleterre et que des réformes politiques et sociales y rapprocheront les institutions de celles de l'Amérique, les deux nations sœurs — mais si longtemps sœurs ennemies — se rapprocheront, et l'ancienne rivalité disparaîtra, car il serait inique de demander compte à

rAngleterre nouvelle des fautes et des ofienses de l'Angleterre aristocratique d'autrefois.

Jusqu'à présent entre Slaves et Germains il n'y a eu que des luttes locales, comme en Bohême et en Carinthie, mais point de ces grands chocs qui laissent après eux de profondes rancunes et une haine héréditaire. La race slave vient à peine d'entrer dans sa période d'expansion et elle est d'instinct pacifique. Toutefois, si jamais elle est engagée dans une guerre avec ses voisins d'Allemagne, il est à craindre que, quel que soit le vainqueur, il n'en résulte une rivalité historique semblable à celle qui a existé si longtemps entre la France et l'Angleterre. De ce côté encore l'avenir est plein de menaces.

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