‹ Des causes actuelles de guerre en Europe et de l'arbitrageChapitre 15 sur 67 · DES OBLIGATIONS DES NEUTRES · texte numérisé non relu

DES OBLIGATIONS DES NEUTRES

Les différends , nés au sujet des obligations qu'impose la neutralité , tendent à devenir plus dangereux et plus fréquents pour deux motifs : d'abord , parce que le commerce international prenant chaque jour une importance croissante, la guerre, qui y apporte de nombreuses entraves , même pour les neutres , excite chez ceux-ci de vifs ressentiments; ensuite, parce que le sentiment de ce que les peuples se doivent devenant plus exigeant, on ne supporte plus certains faits qui, autrefois, n'auraient soulevé aucune réclamation. Ces conflits proviennent de ce qu'aucun traité, aucun principe généralement accepté, n'a réglé les droits et les devoirs des neutres. Les peuples se trouvent encore les uns à l'égard des autres dans cet état d'anarchie barbare où se trouvaient les hommes primitifs, avant que leurs rapports ne fussent soumis aux commandements de la loi et aux décisions des juges. Chacun de leurs actes peut donner lieu à un conflit , car nul ne sait ni ce qu'il doit aux autres, ni ce qu'il est en droit d'en exiger. Ce sont des questions de neutralité qui, à plusieurs

reprises déjà, ont mis l'Angleterre en guerre avec les autres puissances maritimes et qui récemment ont failli la brouiller avec les États-Unis et l'Allemagne. Pendant la dernière guerre, l'Angleterre a permis l'exportation des armes de guerre ; la Prusse a réclamé , mais le cabinet de Saint-James a répliqué en rappelant que la Prusse fournissait des armes à la Russie pendant la guerre de 1854. La réponse ad hominem était accablante, mais au fond fournir des armes aux belligérants est-ce bien comprendre tous les devoirs de la neutralité, et la Belgique, en défendant toute exportation de ce genre, n'a-t-elle pas mieux agi envers ses deux puissants voisins ? Quand l'Angleterre a permis qu'un corsaire, échappé de ses ports au mépris des lois anglaises, vint se ravitailler dans ses colonies, ne violait-elle pas les devoirs de la neutralité en ne l'y faisant pas saisir ? Le tribunal arbitral de Genève l'a cru et a condamné l'Angleterre. On pourrait ainsi citer cent questions qui ont déjà donné lieu à de sérieux débats et qui toutes peuvent conduire à la guerre, si le différend s'envenime et que les peuples manquent de sagesse ou les gouvernants d'habileté. Ces questions constituent un sérieux danger pour la paix future et un danger qui s'aggrave.

Page 1