‹ Des causes actuelles de guerre en Europe et de l'arbitrageChapitre 23 sur 67 · LA TURQUIE · texte numérisé non relu

LA TURQUIE

Le décès tant redouté de TÉtat que Ton appelle u rhomme malade r^ est considéré généralement comme une cause de guerre inévitable. La Russie voudra, dit-on, s'emparer de l'héritage; T Autriche et TAngleterre s'y opposeront : de là le conflit.

Autrefois, la seule solution que Ton prévit était un partage des dépouilles. Aujourd'hui, on commence à comprendre que, si les Turcs disparaissent, ils ont des successeurs tout désignés : les populations chrétiennes qui occupent le territoire de l'Empire.

L'Angleterre a suivi longtemps en Orient une politique peu prévoyante et qui menaçait à tout instant d'aboutir à la guerre. Elle prétendait maintenir debout la puissance ottomane qui tombe et s'affaisse, et dans ce dessein elle s'opposait aux tentatives d'émancipation des jeunes et vigoureuses populations slaves à qui l'avenir appartient.

Les Turcs ont beaucoup d'excellentes qualités, mais il ne savent ni administrer, ni travailler, ni se reproduire. Leur nombre diminue rapidement et le moment

viendra où ils auront disparu. Il n'en reste, en Europe, affînne-t-on, que deux ou trois millions et môme d'après l'estimation de Ficker, reproduite par von Klôden, que 1,300,000. La civilisation occidentale tue les Orientaux quand ils veulent se l'approprier. Le même phénomène se passe dans les îles du Pacifique, et en Amérique, pour les Indiens. Les emprunts, par exemple, mènent rapidement la Turquie à la banqueroute, et les chemins de fer feront inévitablement reculer le musulman inerte devant l'activité des chrétiens. La Serbie Ubre est le foyer autour duquel devront se grouper les autres Slaves successivement affranchis. Les Serbes se gouvernent très habilement ; ils ouvrent des routes, perfectionnent leur culture et ne s'endettent pas. Ils n'imitent pas l'Occident hors de propos ; ils conservent leurs institutions communales tout à fait républicaines et leur organisation agraire qui garantit l'égalité. La Bosnie, le Monténégro, la Bulgarie doivent peu à peu se joindre à eux. Plus tard ils devront tendre la main aux Grecs pour former avec eux un Etat fédéral. Voilà l'avenir dont il faut favoriser la lente éclosion, sans 'pousser les populations à une rébellion anticipée, n suffît de laisser agir les lois économiques en favorisant le développement intellectuel des Slaves méridionaux. C'est ce qu'a toujours fait la Russie. Quelles que fussent ses arrière-pensées, eUe était en cela l'organe de la civilisation. Au lieu de la contrecarrer, comme l'ont fait l'Angleterre et l'Autriche, au risque de provoquer à chaque instant des conflits, il faut agir dans le môme sens que la Russie et pousser franchement à l'émancipation intellectuelle des Slaves. C'est le rôle que l'éloquent

évéque de Diakovar, Strossmayer, veut faire adopter par la Hongrie, et c'est en effet le seul moyen de conjurer les dangers du panHlavisme.

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