‹ Des causes actuelles de guerre en Europe et de l'arbitrageChapitre 24 sur 67 · LA ROUMANIE · texte numérisé non relu

LA ROUMANIE

UavenÎT de la Roumanie inspire de plus grandes inquiétudes que celui de la Serbie. Les confidences affligées du prince Charles, au moment où naguère il voulait se démettre d'un pouvoir qu'il ne pouvait faire servir au bien du pays, ont donné une idée peu rassurante de la situation des principautés. Les Roumains des classes supérieures ont hérité des traditions byzantines des Grecs du Phanar, et ont gretfé sur cet élément malsain ces raffinements élégants empruntés à Paris, qu'on prend volontiers pour la fleur d'une civilisation avancée.

La masse de la population rurale sort à peine de l'inertie du servage, et la jeunesse, au lieu de s'appliquer à développer les ressources économiques du pays, en s'adonnant à l'agriculture et à l'industrie, se voue aux fonctions publiques et se dispute les places. De là des partis toujours prêts à la rébellion, quand ils ne sont pas au pouvoir, et une instabilité permanente qui rend le gouvernement impuissant pour tout, sauf pour augmenter les dépenses. Joignez à cela que le principe des nationa-

lités produit également ici une fermentation qui peut donner lieu à de sérieuses complications.

Le parti de « la grande Roumanie » rêve de grouper en un seul Etat tous les Roumains qui forment un groupe compact d'environ dix millions d'hommes répandus maintenant en Bessarabie, en Bukoyine, en Transylvanie, en Serbie et dans les Confins militaires. Ces aspirations nationales sont surtout menaçantes pour la Hongrie, qui dans ses provinces orientales renferme environ deux millions de Valaques, très irrités contre la domination Magyare. Tant que la situation de la Roumanie restera aussi précaire que maintenant, il n'y aurait nul avantage à l'agrandir, et il serait insensé de la part des Roumains de rêver la conquête de vive force de la Transylvanie. Mais il est certain que la situation des principautés est une source permanente d'inquiétude et de dangers. Un choc entre la Russie, l'Autriche et la Turquie y est toujours à redouter. Les relations internationales en Europe sont dans un état si précaire que la menace de la retraite du prince Charles a suffi pour alarmer les grandes puissances.

La solution indiquée par les conditions géographiques et ethnographiques, ce serait de faire entrer la Roumanie dans la fédération austro-hongroise. Les roumains des principautés seraient ainsi unis à ceux de la Transylvanie et des Confins; l'avenir serait assuré et les chances de conflit écartées. La Turquie y aurait cet immense avantage d'échanger une suzeraineté nominale contre une solide barrière qui la préserverait des attaques de la Russie. Les puissances occidentales ne pourraient y voir

qu'une consolidation de l'Autriche, dont l'existence est indispensable à l'indépendance et à la liberté de l'Europe orientale.

La Russie seule ferait opposition et elle aurait tort ; car ce serait encore un avantage pour elle d'être à l'abri d'une tentation qui l'entraîne à des eflforts pour atteindre un but qui n'est pas à sa portée. Suivant toute pro habilité, le Danube n'est pas destiné à devenir russe. Mieux vaudrait donc qu'il fût remis entre des mains capables de le défendre. On diminuerait ainsi les chances de guerre. On peut à peine espérer que la reconstitution de la Péninsule turque aux mains des populations indigènes puisse s'accomplir sans luttes ; mais au moins on compreiid ce qu'exige le bien de l'humanité dans ces régions et on entrevoit quel sera Tavenir.

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