ÉTATS SCANDINAVES
Les États Scandinaves, quoique situés loin du théâtre habituel des grandes guerres européennes, ne sont pas à Tabri de tout danger. Le Danemark nourrit encore un profond ressentiment du coup qu'il a reçu en 1864, et tant que l'Allemagne conservera des cantons danois qui réclament leur réunion à la patrie dont ils ont été séparés par la force, ce sentiment durera. Au commencement de la guerre de 1870, il a fallu, dit-on, les conseils les plus pressants de la Russie et de l'Angleterre pour empocher le Danemark d'y prendre part.
La Suède, de son côté, craint les visées ambitieuses de son puissant voisin de Test qui s'est déjà, à plusieurs reprises, agrandi à ses dépens. En attendant que le progrès de la justice internationale et l'intelligence des vrais intérêts des peuples aient écarté ces dangers, il est une combinaison qui contribuerait à maintenir la sécurité et la paix dans ces parages. Il faudrait réunir la Suède, la Norwége et le Danemark par un lien fédéral très lâche, semblable à l'alliance militaire et commerciale
qui existe entre la Bavière et rAUemagne du nord. Ce serait une garantie contre les dangers venant soiî de Test, soit du sud.
Il est certaines circonstances où la Suède pourrait adopter une politique aggressive. La Suède regrette toujours la perte de la Finlande. Dans les villes finlandaises les sympathies Scandinaves sont encore très fortes. Il n'y a point de mouvement anti-russe parce que Fautonomie du pays est respectée, mais si on veut tenter de le russifier, comme on le fait dans les provinces baltiques, un indomptable esprit de résistance se développera. Déjà maintenant, la domination russe est loin d'être populaire en Finlande ; en cas de lutte, le sentiment national se tournerait du côté de la Suède. Si un jour une guerre décisive devait éclater entre la Russie et l'Allemagne alliée à l'Autriche et à l'Angleterre, il ne serait pas impossible que la Suède se joignît à la coalition, à la condition qu elle pût prévoir que la Russie serait rejetée assez loin vers l'orient pour que la Suède n'ait pas à craindre plus tard la vengeance du puissant empire ' .
1 En novembre 1854, la Suède avait conclu une alliance avec les puissances occidentales. Elle devait agir en Finlande au printemps 1855. Un article curieux de M. Bjôrnsijerne Bjôrnson dans le Gegenvoart du 30 novembre 1872 montre que, si la question des fï'ontiôres était réglée entre le Danemark et TAUemagne, les Scandinaves se retourneraient probablement vers celle-ci.