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DES INFLUENCES QUI CONDUISENT A LA PAIX

Pour assurer la paix, il faut deux choses. Premièrement que les peuples voient clairement que la guerre ne leur est jamais profitable et secondement trouver un moyen qui permette de terminer les conflits qui sont inévitables, sans que le point d'honneur impose le recours aux armes.

Quant au premier point, les peuples commencent à comprendre combien la guerre et les préparatifs de guerre leur sont funestes.

Ce que coûtent les guerres modernes en hommes et en argent est eflBroyable. M, Paul Leroy-Beaulieu en a fait le compte dans son admirable Uvre sur les guerres contemporaines. La guerre franco-allemande de 1870 a coûté à la France seule 10 milliards et la guerre civile d'Amérique 45 milliards. Par suite du service obligatoire pour tous, ce sont véritablement deux nations armées qui s'entrechoquent On frémit en songeant aux désastres qu'occasionneront les guerres futures.

La guerre a complètement changé de caractère, d'abord

parce qu'elle ne 8e fait plus entre souverains, mais entre peuples, ensuite parce que depuis Napoléon la stratégie s'est entièrement modifiée. Autrefois, on ne se battait que pendant Tété; le froid arrivant, les troupes entraient dans leurs quartiers d'hiver. Trente ou quarante mille hommes composaient une force respectable. On consacrait des mois à prendre une ville, et c'était là souvent l'unique résultat d'une campagne. A la paix, on se rendait presque toutes les conquêtes faites. Le vainqueur se contentait de la cession d'une colonie, de quelques places fortes ou d'un lambeau de territoire.

Maintenant,suivant l'énergique expression de M.de Bismarck, on fait la guerre à fond, on poursuit et on atteint des résultats décisifs. En quelques mois la carte de l'Europe et l'équilibre des puissances sont complètement changés. Des millions d'hommes se rencontrent. Le pays qui succombe est accablé et envahi : il est entièrement à la merci du vainqueur. Comme la guerre jette un trouble profond dans une société industrielle, elle éveille d'effroyables colères, de part et d'autre on veut en finir par un écrasement absolu de l'ennemi; de là vient que, malgré l'adoucissement des mœurs, les guerres modernes sont plus terribles qu'autrefois. Les hommes voient tout cela, mais l'horreur que leur inspire la guerre est étouffée par les causes que nous avons énumérées, — rancunes historiques, hostilités de race, intérêts coloniaux, revendication des frontières naturelles, imperfection des institutions représentatives. Ces préjugés, ces passions, ces fausses vues ne disparaîtront que peu à peu, par le progrès des lumières et des échanges internationaux.

Pour aider à ce mouvement, il faut favoriser tout ce qui tend à établir entre les peuples la communauté des vues et la solidarité des intérêts. De nombreuses mesures peuvent agir en ce sens. Il suffira d'indiquer les principales :

1** Diminution des droits d'importation, traités de commerce et de réciprocité et, s'il se peut, abolition complète des douanes. Tout ce qui isole les hommes les pousse à la guerre ; tout ce qui les met en relation les incline à la paix. Rien n'établit entre les nations des relations plus intimes que le commerce. C'est par le ZoUverein, c'est à dire par la suppression des Ugnes douanières, que s'est fondée l'unité de l'Allemagne.

2^ Réduire les tarifs de transport des marchandises, des lettres^ et des télégrammes, afin de multiplier autant que possible, l'échange des produits et des idées. L'échange est la base de toute société, c'est ce qu'a bien compris M. de Bismarck. En fondant la Confédération du Nord, il a réduit au minimum les frais de transport entre les États confédérés. Ailleurs, on ne semble pas encore apprécier toute l'efficacité de ce moyen ;

3^ Adopter le même système de monnaie, de poids et mesures et de lois commerciales, non seulement afin de faciliter les transactions, mais pour que cette uniformité fasse sentir, d'une manière pratique, aux différents peuples la puissance du lien qui les rattache ;

4** Accorder aux étrangers les mômes droits civils qu'aux nationaux, afin que l'homme retrouve partout une

.1 M. Wolowski défend cette exceUente idée de n^avoir plus qu'une taxe uniforme entre les différents pays, chaque pays gardant pour lui les recettes qu*il fait, sans décompte ultérieur. C*est traiter les différents Ëtats comme constituant déjà une seule confédération... postale.

patrie et qu'un sentiment de fraternité cosmopolite remplace peu à peu celui de nationalité exclusive ;

5^ Favoriser l'enseignement des langues étrangères, de la géographie et de toutes les notions se rapportant à la situation des pays 'étrangers. C'est parce que les peuples ne se connaissent pas assez que les anciennes hostilités continuent à subsister ;

6^ Multiplier les livres et les ouvrages d'art qui font chérir la paix et détester la guerre» proscrire ceux qui la font aimer ;

V Appuyer partout tout ce qui peut donner force et efficacité au système représentatif, et notamment enlever au pouvoir exécutif le droit de guerre et de paix;

8"* Favoriser les entreprises industrielles qui appliquent les épargnes d'un pays à mettre en valeur les richesses naturelles des autres pays , de façon à ce que, le capital devenant cosmopolite, les intérêts de tous les capitalistes deviennent solidaires ;

9^ Enfin, influence plus puissante peut-être que toutes les autres : le clergé devrait, à l'exemple des Quakers, faire pénétrer dans les âmes cette horreur de la guerre qui est l'esprit même du christianisme et qui distinguerait enfin les chrétiens des sauvages.

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