ESSENCE
La philosophie avait autrefois adopté certains êtres créés par l'imagination de l'homme , dont elle avait fait comme autant de petits dieux , devant lesquels elle se prosternait, en quelque sorte, et qui étaient l'objet de ses plus sérieuses et de ses plus profondes méditations. Mais, maljgré l'espèce d'immortalité qu'on leur attribuait, le flambeau de l'expérience et celui de la saine raison les ont fait, pour la plupait, évanouir comme des ombres*
Parmi ces êtres métaphysiques étaient en première ligne les essences des choses, desquelles dérivaient toutes leurs propriétés ; et quoique ces dernières fiissent périssables ou changeantes, les essences, existant de toute éternité, étaient indestructibles et absolument inaltérables. Chaque corps, ou plutôt chaque espèce de corps , avait une essence particulière : un chêne, par exemple , avec ses branches et ses racines , ou l'espèce d'arbre appelé chêne, avait une essence que rien ne pouvait ni corrompre ni détruire.
Supposons cependant qu'un chêne, ou même que l'espèce entière soit actuellement dévorée par les flammes, et se réduise ainsi, partie en cendres, substance composée de plusieurs autres, partie en différents autres corps , et principalement en carbone , qui , se combinant avec une des parties constituantes de l'air, se convertira en gaz acide carbonique, dont la nature