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tout à fait, sans qu'ils cessent pour cela d'exister, ni qu'ils perdent rien de leur masse, ou de leur quantité , nous sommes entraînés, malgré nous, par un de ces jugements précipités que nous faisons à notre insu, dans cette conséquence, fausse assurément, qu'un corps perdrait en vain toutes ses propriétés, qu'il n'en existerait pas moins : sans faire attention que, quelles que soient celles qu'il perde réellement, ce qui reste n'est toujours, pour nous, qu'un assemblage de différentes propriétés ; que lorsqu'il en perd une, c'est ordinairement pour en prendre une autre contraire ou différente ; qu'il en est même qu'il ne saurait jamais perdre en réalité, ou sans lesquelles nous ne pourrions pas concevoir son existence ; et qu'enfin, si, par des abstractions successives de l'esprit, nous venions à les lui enlever toutes jusqu'à la dernière, il ne resterait rien d'intelligible, ou dont nous pussions avoir la moindre idée ?
Il semble néanmoins que, pour avoir telle ou telle qualité, ou manière d'être, il faut d'abord être, ou exister , et que des qualités , quelles qu'elles soient , ne pourraient pas subsister sans un sujet qui en fût comme le soutien.
C'est là, quoi qu'il en soit, ce qu'on avait d'abord nommé substance ( ce qui est dessous ). Et, réalisant une abstraction de l'esprit, c'est-à-dire, attribuant une existence indépendante et réelle à une chose qui n'existe tout au plus qu'en idée, on a cru d'abord que la substance pouvait exister indépendamment de toute qualité.
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C'est ainsi que les anciens philosophes, qui appelaient matière première la substance des corps , ou le sujet, le soutien de leurs formes diverses, ont supposé que cette matière première avait été avant toute espèce de manière d'être : c'est pourquoi ils l'ont nommée matière informe, ou sans forme, c'està-dire sans attributs, sans propriétés.
D'autres philosophes, parmi les modernes, ont fait observer que, si une qualité, un attribut, une manière d'être, ne saurait exister sans un sujet ; réciproquement, ce sujet ne peut pas^subsister sans une manière d'être quelconque, et qu'ainsi la matière première, ou matière informe des anciens, n'était qu'une chimère : en eflfet, est-il possible d'exister sans exister de telle ou telle manière ? Ils en ont conclu que la substance du corps n'était, en réalité, qu'une seule et même chose avec ses propriétés, du moins avec ses propriétés essentielles, et que, si nous pouvons les considérer séparément par abstraction, elles sont inséparables en effet : qu'ainsi, nommer une substance, c'est nommer les propriétés, ou manières d'être sans lesquelles elle ne saurait exister ; et réciproquement, nommer ces propriétés, c'est nommer le sujet que l'on suppose en être le soutien.
D'après ces considérations , ils ont défini la substance, une collection , un assemblage de qualités, ou propriétés diverses, les unes essentielles, les autres accidentelles. Mais il fallait ajouter : qui peuvent exister séparément et indépendamment de toute autre collée-tion de propriétés. Car, par exemple, les végétaux ,
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outre certaines qualUés qu'ils ont en commun avec les corps non organisés, en possèdent plusieurs qui leur sont propres, et dont les corps bruts ne jouissent pas : mais la réunion de celles--ci ne forme point i^ne substance à part, puisqu'elles n'existent pas indépendamment des propriétés générales de la matière. Je pense aussi que les propriétés accidentelles ne doivent pas entrer dans la définition de la substance ; parce que ces propriétés sont corruptibles ou changeantes, et que la substance, qui peut d'ailleurs exister sans elles, est identique et impérissable.
Il y a, ou doit y avoir, dans toute substance au moins une propriété essentielle qui en détermine la nature, et qui, selon moi, constitue la substance ellemême. Mais cette propriété, dans les corps , n'est point une chose qui ne tombe pas sous les sens; au contraire, elle est la seule, à proprement parler, qui affecte les sens : car toutes les autres propriétés en vertu desquelles les corps peuvent agir sur nous, ne sont que des modifications de cdle-là ; de même que nos sens , autres que le toucher, ne sont que des modifications de celui-ci : et cette propriété essentielle des corps, c'est Fimpénétrabilité, ou l'étendue impénétrable.
Ceux qui admettent dans les corps quelque chose qui ne tombe pas sous les sens, et qu'ils appellent substance, appliquent à la substance ce que je viens de dire de la propriété essentielle qui la constitue : parce qu'ils se fondent sur ce préjugé évidemment faux, que toutes les propriétés des corps, sans exception, sont purement accidentelles ; ou parce qu'ils les ^