JO
mariage fut reconnue au moyen âge. Dès lors on supprima le divorce, qui rendait les époux: à unc liberté complète, mais on maintint toutefois la séparation de corps, qui libérait chaque époux de la présence de l'autre tout en laissant subsister Funion.
Malgré toutes les critiques adressées à cette institution, l'Eglise, toute puissante, se refusait à consacrer le divorce, et ce n’est qu’au moment de la Révolution, alors que l’on osa secouer le joug des prêtres et des nobles, imbus des croyances traditionnelles, que le divorce reprit sa place dans la législation.
N’était-ce pas là un fait nécessaire autant que juste ! De quel droit refusait-on à deux êtres, souvent jeunes encore, pour qui le sort s'était montré barbare, de s'ouvrir à nouveau à la vie, et de chercher le bonheur dans üune nouvelle union, avec l’oubli des tristesses ‘passées ! Par quel sentiment criminel, contraignait-on deux personnes, pleines de vie, à rester. dans un célibat perpétuel, contraire aux besoins humains, ou à se réfugier dans des unions illégitimes, où ils ne pouvaient trouver ni honneur ni respect !
Et pourtant depuis 1589, le divorce n’a cessé de subir de nombreuses vicissitudes. Tour à tour rejeté et admis, tantôt défendu avec énergie, tantôt criti-
qué avec àpreté, ce n’est qu’en 1884 que l’on finit
par s’incliner définitivement devant lui, et ses adversaires n’ont pu depuis que s’efforcer de l’enrayer dans ses effets. | É
À partir de cetie époque, en effet, le divorce a subi une progression effrayante. Chaque année, le nombre des divorces augmente avec une rapidité toujours croissante, et les adversaires du divorce ne craignent pas de déplorer l’aveuglement des législateurs, qui, par leur désir de respecter la liberté des conjoints, nous conduisent fatalement, selon eux, à l’union libre. Leurs craintes sont peui-être exagérées, mais on doit, malgré tout, reconnaître que les mœurs admettent de plus en plus le divorce, que, de plus en plus aussi, les divorces deviennent faciles et que la faute en doit retomber en partie sur les partisans du divorce, dont le désir trop ardent de faire échapper les conjoints à l'esclavage obligatoire auquel l’union conjugale a donné naissance, risque de ravaler le mariage aux yeux de l'humanité.
P. et V. Marguerille, dans leur admirable livre Quelques idées ne vont-ils pas jusqu’à dire dans une définition du mariage : &« Le mariage, le plus beau des contrats, instilution admirable si elle ne relève que de la liberté et de la dignité de la conscience, odieuse et tortionnaire si elle n’a pour corol: laire entier et absolu le divorce dans son extension la plus large. » Agir ainsi, ne serait-ce pas trop élargir la porte de sortie du mariage, et ne serait-1
pas à craindre que cette institulion si haute ne perdit bien vite ce caractère sacré, qui lui donne sa force et qui fait de lui le roi des contrats ? Quandleslégislateurs, lors de la confection du Code eivil, ont admis le divorce, ils ne l’ont pas envisagé eomme la fin normale du mariage. Dans leur esprit, l'union conjugale conservait en principe son essence de perpétuité et d’indissolubilité. Toutefois, reconnaissant devant la matérialité des faits, qui, tous les jours, se présentaient à leurs yeux, que, souvent, dans certains ménages, la discorde existait d’une façon incessante, et jugeant préférable la dissolution de l'union plutôt que sa conservation au milieu des tempêtes et des injures, ils avaient trouvé bon que, dans ce cas, le divorce püût être prononcé, divorce qui rendait étrangers les époux vis-à-vis l’un de l'autre, et leur permettait de reconstruire un foyer, où ils pouvaient encore trouver le bonheur, qui s’était enfui devant eux, durant leur premier ménage. C'était là un moyen de rendre aux époux la liberté qu'ils avaient aliénée, mais on ne devait l’employer que lorsqu'une nécessité absolue se faisait sentir. Le divorce était reconnu nécessaire, mais il n’était institué que pour porter remède à des siluations exceptionnelles, pour éviter la continuation d’une union où les deux conjoints se haïraient, pour éviter en un mot la faillite du mariage, qui ne peut exister avec toute sa sainteté qu’à la condition absolue de réunir
Fe
La ie
deux êtres qui sont tout l’un pour l’autre, qui ne vivent que pour se soutenir dans l’adversité ou partager ensemble la richesse et le bonheur.
Or le mariage est resté ce qu'il était autrefois. Loin de l’attaquer, on doit essayer de lui conserver son caractère sacré et intangible. Il ne faut pas que les époux, en contractant l’union qui doit les attacher pour la vie, se rient à l'avance de leurs serments et ne voient dans la cérémonie nuptiale qu’un simple épisode de leur existence. Le mariage doit être regardé comme contracté pour la vie, et si nous admettons le divorce, c’est qu’il est parfois des situations tellement malheureuses que la pitié elle-même commande de désunir la famille, pour ne pas garder enchainés des époux innocents et les forcer à marcher dans la vie, le boulet au pied, sans espoir de le quitter jamais, avec la torture d’avoir sans cesse devant eux un conjoint qui les maltraite, les méprise, les hait et les trompe.
L’adultère, la condamnation à une peine afflictive et infamante, les excès, sévices et injures. graves sont autant de causes à l’heure actuelle qui permettent à l'époux, qui en est victime, de demander le divorce. Depuis longtemps déjà, on a proposé d’étendre ces causes ; ce mouvement s’est accru encore ces dernières années, et il n’est pas de session législative, où l’on ne dépose, sur le bureau de la Chambre ou du Sénat, un projet de réforme du divorce. Les
modifications ; proposées tendent tantôt à admettre le divorce d’une façon très large, tantôt à ajouter seulement quelques causes à celles qui sont admises aujourd'hui. 4
Tous ces projets ont été soutenùs avec un talent indéniable, mais toutes les causes nouvelles, que les auteurs des projets voudraient voir introduire dans la loi, ne nous semblent pas présenter la même nécessité. Parmi elles, il faut, selon nous, opérer une sélection et n’admettre que les causes que la justice nous commandera d'accepter, tout en nous efforçant, par de sages mesures, d'arrêter la progression inquiétante du nombre des divorces. Tel est le but de notre ouvrage ; toutefois, avant d'entreprendre cette étude, il nous semble nécessaire d'examiner la valeur du divorce et son évolution à travers les peuples. Nous consacrerons donc une première partie à suivre la marche du divorce de l'antiquité jusqu’à nos jours,et, dans une seconde partie, nous verrons dans quelle mesure l'extension du divorce doit être admise. |