‹ Des causes de la cherté actuelle de la vie rapports et observations présentés à l'Académie des Sciences Morales et PolitiquesChapitre 11 sur 27 · INSUFFISANCE DE LA PRODUCTION ET DES TRANSPORTS · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE LA PRODUCTION ET DES TRANSPORTS

Cherchons à décomposer les éléments essentiels du problème et voyons comment il se présente pour les besoins primordiaux : nourriture, vêtement, chauffage, logement.

En ce qui concerne ce dernier point, la situation est particulièrement grave dans la capitale, où la construction de maisons neuves est arrêtée depuis 1914 et où elle ne saurait être reprise rapidement en présence de la cherté des matériaux et de la main-d'œuvre. Une raison encore plus profonde de cette cherté du logement doit être cherchée dans la législation sur les loyers qui a été promulguée pendant la guerre et qui a bouleversé les notions élémentaires ,,sur lesquelles repose la société. Les propriétaires, mécontents des atteintes répétées qui ont été portées à leur droit, cherchent à compenser les pertes subies par eux au cours des cinq dernières années en élevant le prix de leurs loyers. D'ailleurs l'afïïuence de Français et d'étrangers à Paris est telle que la demande d'appartements va croissant, alors que la quantité offerte reste invariable, aussi longtemps que de nouvelles constructions n'auront pu être entreprises.

En ce qui concerne la nourriture, la production indigène a fortement diminué pour des raisons qu'il est inutile de développer. Il est donc indispensable, en attendant que la France fournisse des récoltes égales à celles d'avantguerre et que son cheptel soit reconstitué, d'avoir recours à l'importation.

Il en est de même pour le chauffage. Avant la destruction d'une partie de nos charbonnages du Nord, nous importions déjà 20 millions de tonnes de houille par an. Ce chiffre nous sera encore nécessaire ; le bassin de la

Sarre ne servira qu'à remplir le vide produit par l'arrêt, pour plusieurs années, de l'extraction de nos principales mines du Nord.

N'oublions pas que la houille est l'aliment indispensable de la plupart des industries et qu'elle entre pour une proportion, qui, dans beaucoup de cas, va jusqu'à 50 pour 100, dans le prix de revient des objets fabriqués.

Pour le vêtement, notre production de fils et de tissus est en énorme diminution. Nos principales fabriques du Nord et de l'Est sont détruites. Dans le domaine où nous étions exportateurs, nous sommes temporairement obligés d'importer.

De quelque côté que nous tournions nos regards, nous sommes donc en face de la nécessité d'acheter provisoirement au dehors une partie des objets indispensable^à notre vie. Dans les quatre premiers mois de 1919, nous avons importé pour 8 milliards et exporté seulement pour 1.350 millions de marchandises.

C'est une cause très grave d'augmentation des prix, puisque nous devons consentir un bénéfice souvent considérable aux vendeurs étrangers et supporter les frais de transport depuis le lieu de production jusque chez nous. Or, ces frais ont subi pendant la guerre, notamment en ce qui concerne les voies maritimes, des accroissements invraisemblables. Il n'était pas rare de voir le fret s'élever par comparaison avec les taux d'avant-guerre dans la proportion de 1 à 20, à 25 et davantage. Aujourd'hui, on constate un recul sensible : mais les millions de tonnes qui ont disparu à la suite des torpillages ne sont pas encore remplacées et il s'écoulera quelque temps avant que le commerce mondial ait à sa disposition tous les navires dont il a besoin. Toutefois, les constructions maritimes sont poussées avec une grande activité, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis; leurs chantiers fourniront bientôt des unités puissantes et nombreuses

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