DES CAUSES DE T. A CHERTÉ ACTUELLE DE LA VIE
grâce auxquelles nous verrons baisser les frets. Le président de la plus importante compagnie de navigation japonaise, qui dispose de 700.000 tonnes, exprimait dernièrement cette opinion, qui est partagée par beaucoup de spécialistes.
Une autre cause du renchérissement a été la présence sous les drapeaux de millions d'hommes arrachés brusquement à leur activité productrice, les meilleurs, les plus forts, ceux dont le travail était le plus fécond. Du jour au lendemain, ils ont cessé de produire; ceux d'entre eux qui sont restés dans les usines n'y ont créé que des armes et des munitions , c'est-à-dire des instruments de mort et non de vie. Ces mêmes millions d'hommes n'ont pas cessé d'être des consommateurs, et ont consommé plus qu'au temps de paix.
Venus combattre aux côtés des Français, des millions de soldats anglais et américains augmentaient encore le nombre des bouches à nourrir. Une partie de leurs vivres leur étaient toutefois envoyée des Etats-Unis et de la ( irande-Bretagne, ce qui diminuait d'autant le prélèvement à opérer sur nos stocks. D'ailleurs, cette cause de renchérissement disparaît rapidement. La presque totalité des troupes alliées aura bientôt quitté notre territoire. D'autre part, notre démobilisation se poursuit : chaque mois, de nouvelles classes regagnent leurs foyers, rentrent aux champs ou à l'usine; les soldats consommateurs redeviennent des paysans et des ouvriers producteurs.
Ailleurs, le phénomène est moins sensible : c'est ainsi que la vie est moins chère en iVngleterre qu'en France, et cela pour une triple raison : le sol ^national est resté vierge de toute invasion; la proportion de la population appelée sous les drapeaux a été moindre que chez nous ; enfin, les transports maritimes , malgré les torpillages subis par la flotte britannique, sont restés plus abondants et à bien meilleur compte vers les ports du Royaume-Uni
que vers les nôtres. L'opinion se préoccupe d'écarter tout ce qui lui paraît de nature à faire obstacle au retour à des prix raisonnables. Le journal Y Economes/ poursuit une campagne en ce sens et proclame avec énergie que le meilleur moyen de réussir est de supprimer les barrières mises pendant la guerre à l'importation. Il demande le renvoi des fonctionnaires improvisés depuis 1914 et qui semblent avoir, du premier coup, adopté tous les défauts des gens du métier. Il va jusqu'à accuser les industriels temporairement investis de fonctions publiques d'abuser de leur pouvoir pour s'opposer au rétablissement de la liberté commerciale. Et cependant, les chiffres qui marquent la hausse sont bien plus faibles dans le Royaume- Uni que chez nous : de juillet 1914 à juin 1918, le coût moyen de l'existence s'est élevé de 74 pour 100.
En Belgique, où les prix avaient subi une hausse formidable pendant l'occupation allemande, nous assistons depuis le commencement de l'année à une baisse continue. Une enquête poursuivie à Bruxelles au mois de juin 1919, démontrait qu'il était possible de se procurer pour vingt francs une série de denrées alimentaires qui en coûtaient cinquante le 1 er janvier dernier, c'est-à-dire que la baisse a été de 60 pour 100. Ce résultat si heureux pour nos voisins a été obtenu en partie grâce au système que M. Jaspar, ministre des Affaires économiques du royaume belge, qualifiait pittoresquement du système de liberté jusqu'à la corde. Nos alliés n'ont pas hésité à s'approvisionner largement au dehors : grâce à des arrivag-es de matières premières, ils ont réussi à remettre en marche un certain nombre de leurs usines et pourront bientôt exporter des produits qui leur permettront d'acquitter aisément le montant de leurs importations.
Il faut que chacun soit pénétré de cette vérité que les prix exagérés sont un mal. Le chancelier de l'Echiquier anglais, M. Austen Chamberlain, le proclamait il y a peu