DES CAUSES DE LA CHEÎATÉ ACTUELLE DE LA VIE
de jours : « Aussi longtemps, disait-il, que l'inflation des prix continuera et augmentera, le commerce d'exportation sera en souffrance. » Et cependant les statistiques du premier semestre de 1919 nous apprennent que les exportations du Royaume-Uni ont augmenté de 126 millions de livres sterling, soit près de 4 milliards de francs par rapport à celles de la môme période de 1918, alors que les importations n'ont progressé que de la moitié, soit 64 millions. La balance commerciale du Royaume-Uni s'est améliorée de plus de 1.600 millions de francs.
Les prix dont se plaignent les Anglais sont, pour une foule d'objets, très inférieurs aux nôtres et nous font eçivie. Que dire de ceux qui se pratiquent à New-York? Il y a peu de semaines le représentant du plus puissant groupement des tisseurs américains est venu offrir en France des étoiles, à des prix qui représentaient quelque chose comme le quart ou le tiers de ce que nous payons. Le mal est plus grave chez nous que chez nos Alliés, exception faite des Italiens. Ceux-ci souffrent d'autant plus de l'état de choses actuel que naguère ils jouissaient plutôt d'une situation privilégiée à cet égard.
Maggiorino Ferraris, réminent directeur de la Nuova Antologia, qui a consacré des études remarquables à la question qui nous occupe, faisait très justement observer que l'Italie a longtemps été le pays de la vie à bon marché. « Cette qualité, dit-il, n'a pas peu contribué à sa fortune. Toutes les classes vivaient d'une vie modeste, mais tranquille et sereine. Chacun avait le sentiment que ces conditions économiques constituent à la fois la défense du présent et la sécurité de l'avenir. De tous les points du monde les étrangers affluaient chez nous, passionnés de notre art et de notre sol, attirés aussi par le bon marché de la vie. »
Ces remarques s'appliquent on partie à la France qui, dans beaucoup de ses provinces, était encore, au début du
x.\ c siècle, elle aussi, un pays de vie à bon marché. Grâce au labeur .et à l'esprit d'économie de ses admirables paysans, elle ne cessera pas de l'être. Mais, à cette heure, un vent de dépenses a passé sur la nation et a fait sortir un très grand nombre de familles des traditions d'épargne dans lesquelles les générations précédentes les avaient élevées.
Ceci nous amène à considérer un autre facteur de la hausse des prix. Nous avons parlé jusqu'ici du ralentissement de la production et delà difficulté des transports, qui diminuent l'offre des marchandises. Il convient d'envisager un autre élément, qui est celui de l'augmentation de la demande. Le nombre des consommateurs n'a guère diminué, et l'intensité de leurs besoins semble avoir augmenté. Les combattants, et rien n'était plus naturel, ont été parfaitement nourris; dans la plupart des cas ils recevaient au front une alimentation supérieure à celle qu'ils avaient chez eux en temps de paix. L'Etat, qui les pourvoyait, ne marchandait point, lorsqu'il s'agissait d'assurer leur bien-être. Des habitudes de dépense facile se sont répandues de haut en bas de l'échelle sociale.
Nous avons donc eu une diminution de l'offre et une augmentation de la demande qui, à elles seules, constituent des raisons puissantes de la hausse des prix. Il en est une deuxième qui n'a pas été moins puissante en ces dernières années, c'est la multiplication des signes monétaires, la création et la mise en circulation de quantités immenses de papier monnaie.