‹ Des causes de la cherté actuelle de la vie rapports et observations présentés à l'Académie des Sciences Morales et PolitiquesChapitre 16 sur 27 · DES CAUSES DE J.A CHERTE ACTUELLE DE LA VIE · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE J.A CHERTE ACTUELLE DE LA VIE

travail. On sait combien d'atteintes y ont été portées dans les derniers temps. En revanche nos ministres veulent s'ingérer dans les industries, les commerces, les transactions financières qui sont le domaine des initiatives individuelles.

Même au Parlement, un certain nombre d'esprits clairvoyants commencent à se rendre compte de la menace terrible que l'étatisme fait courir à nos finances. M. Emmanuel Brousse, il y a peu de jours, le proclamait en ces termes à la tribune du Palais-Bourbon :

« Je n'ai cessé de demander qu'on daignât, dans tous les ministères, profiter de la guerre pour réformer toutes les administrations et supprimer les sinécures et les rouages inutiles. 11 y a 5.000 emplois d'instituteurs ou d'institutrices à supprimer. Nous vivons en 1919 avec la même organisation administrative que sous la Constitution de l'an VIII. Est-ce admissible avec les progrès du chemin de 1er, du téléphone, de l'automobile et bientôt de l'aviation? »

Un travail instructif consisterait à relever toutes les erreurs économiques commises par le gouvernement au cours de la guerre. Sans formuler de critiques stériles sur des événements passés, on tirerait un enseignement pour Ta venir. Si la nécessité de prendre des résolutions hâtives, d'improviser sous le feu de.l'ennemi, peut excuser d'innombrables bévues, il faut que le pays sache à quoi il s'expose en abandonnant à des fonctionnaires le maniement du mécanisme économique. L'exemple de l'Etat jetant sans compter les milliards par les fenêtres a été • contagieux. La notion du chiffre semble ne plus exister. On ne discute plus les prix. La crainte de ne pas obtenir l'objet que l'on convoite et dont on croit ne pouvoir se passer fait que l'on paie, sans sourciller, des prix qui, il y a peu de temps encore, eussent paru absurdes. Beaucoup d'ouvriers n'ont malheureusement pas le sens de

l'économie et dépensent, sans compter, des sommes qui effraieraient bien des bourgeois. Et souvent il s'agit non pas d'objets de première nécessité, mais d'articles de luxe dont ils pourraient parfaitement se passer ; la gourmandise, l'amour de la parure ou d'autres mobiles excitent les acheteurs à dépasser toute mesure.

Certains politiques en concluent qu'il faut s'opposer par les moyens légaux à ces abus, empêcher par exemple les importations, de façon à mettre la population dans l'impossibilité de se procurer ces inutilités. Nous ne croyons pas que ce soit là un remède efficace. Il est difficile de tracer la ligne de démarcation entre le nécessaire et le superflu; ce serait un travail ingrat que celui qui consisterait à établir cette distinction. C'est de l'autre côté du problème que nous devons nous tourner en cherchant à arrêter à la source les dépenses extravagantes, par la diminution des salaires excessifs. Il ne faut pas s'imaginer que cette réduction soit chose impossible. Certes elle est malaisée, mais l'ouvrier devra reconnaître que, si le prix de la vie est abaissé par exemple de moitié, une réduction d'un tiers de son salaire le mettra dans une meilleure situation qu'auparavant. Le point délicat est qu'il faudrait réduire les salaires d'abord pour faire cesser des demandes extravagantes. La disparition de celles-ci ferait baisser les prix.

Le point essentiel pour arriver à un résultat que notre étude a eu pour but de rechercher, est de faire coïncider toutes les mesures qu'il est nécessaire de prendre. Car l'une prise sans l'autre pourrait ne produire ajicun effet ou même un effet nuisible. Si par exemple on s'avisait de baisser les salaires sans arrêter les prodigalités folles du budget, sans ouvrir à l'importation des objets de première nécessité lv libre accès de notre marché, on justifierait les grèves dont beaucoup, à l'heure actuelle, sont critiquées par la majorité des ouvriers ou des employés. La question

est, sous beaucoup de ses aspects, internationale. Les achats des gouvernements, aussi longtemps qu'ils se poursuivent, faussent les marchés et empêchent par conséquent les effets salutaires de la liberté commerciale de se faire sentir dans toute leur étendue. Il faudrait donc que les gouvernements qui, pendant la guerre, se sont faits les fournisseurs de leurs nationaux pour un certain nombre de denrées s'entendissent pour cesser leurs achats.

Dans une autre communication, nous étudierons les remèdes susceptibles de guérir le mal dont nous venons d'exposer les effets.

M. Schelle appuie les observations et les conclusions de M. Raphaël-Georges Lévy. Nous sommes, dit-il, entièrement d'accord pour estimer que les causes principales de la cherté sont l'inflation fiduciaire et la disette des produits. Ces deux causes agissent simultanément ; la dernière paraît de beaucoup la plus puissante. De toute évidence, notre production nationale est insuffisante pour répondre à nos demandes, qui ne proviennent pas seulement de nos besoins ordinaires, mais des réductions d'outillage et des renouvellements de stocks que la guerre a rendus nécessaires.

La disette est aggravée par l'insuffisance des restrictions. Celles-ci ont été arrêtées pour une partie de la population par l'élévation des salaires nominaux, néanmoins elles sont nombreuses.

En appliquant aux dépenses courantes de ma maison en mai 1914 (alimentation, blanchissage, etc.) les prix de mai 1919, j'ai trouvé que l'augmentation aurait été de 100 % environ. La plupart des personnes se sont imposé comme moi des restrictions et ce qui s'est passé pour l'alimentation s'est passé à plus forte raison pour les vêtements, pour le mobilier, pour l'entretien des immeubles, etc.

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