‹ Des causes de la cherté actuelle de la vie rapports et observations présentés à l'Académie des Sciences Morales et PolitiquesChapitre 19 sur 27 · DES CAUSES DE LA CHERTJÉ ACTUELLE DE LA VIE · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE LA CHERTJÉ ACTUELLE DE LA VIE

Si à ce moment le régime douanier est resté le même, la totalité des 140 millions qui constituent le supplément de prix payé pour le sucre, en sus du cours mondial, prolitera donc en entier aux producteurs, et le Trésor ne recevra plus rien, puisque tout le sucre consommé aura été désormais produit à l'intérieur : la concurrence étrangère ne pourrait se produire qu'autant que l'industrie sucrière prétendrait élever ses prix de plus de 20 francs au-dessus du cours mondial augmenté du fret et de l'assurance, ce qui est peu vraisemblable pour un produit qui avant la guerre ne dépassait pas chez nous 34 francs les 100 kgrs.

Ainsi les recettes du Trésor seront taries, tandis que la totalité de l'impôt indirect de 140 millions, prélevé sur les consommateurs de sucre, constituera une subvention annuelle pour les producteurs, et cette redevance des consommateurs aux producteurs aura de grandes chances de durer parce qu'un droit de douane est accordé sans terme fixe et qu'il est d'ailleurs difficile au public de se rendre compte de ses incidences. Par sa permanence, cette protection maintiendrait dans l'indolence ceux des producteurs qui préfèrent leur tranquillité à la recherche des améliorations et qui, bien que produisant chèrement, bénéficient ainsi d'un minimum de profit, en vue duquel a été précisément fixé le taux du droit de douane. D'autre part, elle consoliderait, pour d'autres industriels dont l'usine était ou est devenue prospère, un profit considérable, alors même qu'ils n'auraient aucun besoin de cette protection, uniquement accordée à l'origine en vue des conditions de production de ceux qui travaillaient moins bien ou étaient plus mal placés.

Qu'arriverait-il au contraire si, à la protection par un droit de douane, on substituait une protection par voie de prime directe, temporaire et dégressive?

Au lieu de cette protection aveugle qui donpe à tous les producteurs une redevance proportionnelle à leur pro-

Page 1