DES CAUSES DE L.A CHERTÉ ACTUELLE DE LA VIE
avances sur titres, pour 10.000 livres, 50.000 livres et même plus. Bien d'autres souscripteurs, et parmi eux des municipalités, agirent de même. Le Trésor obtint de la * sorte un succès d'emprunt impressionnant. Mais l'argent qui lui fut versé était, pour une bonne part, de l'argent emprunté et non de l'argent économisé. Si l'épargne avait fourni une proportion plus grande des fonds d'emprunt ou si le (Gouvernement avait recouru davantage à l'impôt, il y aurait eu transfert de la puissance de consommation représentée par les sommes prêtées au Trésor ou payées au fisc, des souscripteurs ou des contribuables aux fournisseurs de l'Etat et à leur personnel. La demande de denrées et autres marchandises de la part des premiers aurait été nécessairement réduite dans la mesure où elle augmentait de la part des seconds. Au contraire, les demandes des uns et des autres se sont ajoutées au lieu de se remplacer, les souscripteurs ayant versé au Trésor, non des capitaux épargnés, mais des crédits fabriqués avec l'aide des banques. Ceux qui prêtaient à l'Etat ont pu ne rien changer à leur train de vie, ne s'imposer aucune restriction, tandis que les sommes mises à la disposition du Trésor et dépensées aussitôt, devenaient, aux mains des fournisseurs de l'État et de leur personnel, l'instrument d'une demande supplémentaire d'objets de consommation.
Cette critique de la politique financière du Gouvernement britannique n'est pas d'un intérêt purement doctrinal. Les préoccupations dont elle procède ont inspiré la campagne des épargnes de guerre {War Savings), en vue du placement direct des emprunta de guerre dans le public, que sir Robert Kindersley a lancée dès 1916 et qui a eu de bons résultats. Au point de vue de l'évolution des idées économiques chez nos voisins, constatons que le mot « inflation» est pris maintenant dans un sens équivalent aux mots « augmentation de la demande au delà des offres possibles » . Nous sommes loin de la vieille formule suivant laquelle
la surabondance de la monnaie en causerait la dépréciation, celle-ci causant à son tour la hausse des prix. Tout est ramené à la loi de l'offre et de la demande. Son jeu a causé la hausse des prix, et la dépréciation actuelle de la monnaie est une conséquence ou, pour mieux dire, une manife station de la cherté des marchandises.
La théorie est très plausible et elle a le mérite de donner une idée précise du mécanisme de Faction exercée sur les prix parla surabondance des instruments d'échange. Mais l'explication ne vaut pas dans le cas où la fonction monétaire est remplie par des billets à cours forcé. La valeur de ceux-ci dépend directement de la confiance du public, de l'opinion qu'il se fait des possibilités plus ou moins proches d'une reprise des paiements en espèces \ le chiffre de la circulation influe nécessairement sur ces possibilij et, par conséquent, affecte le crédit des billets et le*fivp;ôu- 7 • i : "T"v voir d'achat.
Entre la situation de la France et celle de l^bgleterre ou des États-Unis, il y a une différence notablk^ ©n ur constate pas chez nous d'inflation du crédit. Nos baï eussent été fort empêchées de rendre au Gouvernement le service que l'on reproche au Gouvernement britannique d'avoir exigé. Par suite des habitudes de la clientèle française, le mécanisme des dépôts et comptes courants n'a pas chez nous la même puissance qu'en Angleterre. 11 n'aurait pas pu servir à fabriquer des crédits de la même ampleur. De plus, au début de la guerre, le moratorium des échéances et celui des dépôts avaient frappé nos banques de paralysie. Elles étaient hors d'état de souscrire aux emprunts ou d'avancer des fonds à leurs clients pour cet objet. Dans ces conjonctures critiques et qui pouvaient paraître désespérées, vu les besoins immenses de l'État
et la pénurie du Trésor, M. Ribot eut la hardiesse de s'adresser au pays lui-même en créant le bon de la défense nationale. On sait de quelle merveilleuse façon le pays a répondu à son appel. Et ce n'est pas de l'argent emprunté, c'est pour la plus grande part de l'argent épargné que les souscripteurs des bons et obligations de la Défense nationale, et aussi ceux des emprunts en rentes, ont versé au Trésor.
Mais les nombreux milliards produits par ces souscriptions n'ont pas suffi. Il a fallu demander à la Banque de France, surtout dans les deux dernières années de la guerre, des avances énormes. La circulation des billets de la Banque a grossi, en grande partie par suite de ces prêts. Elle avait atteint avant le dernier emprunt 31 milliards ; réduite un moment à 29 milliards, elle dépasse aujourd'hui 33 milliards. S'il n'y a pas chez nous inflation du crédit, l'inflation de la circulation n'est que trop manifeste.
Cependant, de même qu'en Angleterre et aux Etats- Unis, nous pouvons nous passer de l'hypothèse de la dépréciation monétaire pour expliquer la hausse des prix, surtout à l'origine. Nous constatons, en effet, chez nous, des changement notables dans les conditions soit de l'offre, soit de la demande, soit de l'une et de L'autre simultanément.
Pour le blé, par exemple, jusqu'au moment du moins où une taxation administrative exagérément élevée en a soustrait le prix à l'action des causes économiques, la hausse est provenue de la modification de l'offre* La production indigène a été diminuée, en territoire non envahi, par l'insuffisance de la main-d'œuvre, le manque d'engrais, auxquels s'est ajouté l'effet de taxations trop basses. L'importation, dans les années où les récoltes étrangères laissaient du disponible, a été parfois entravée par de fausses mesures ; elle a toujours été plus coûteuse, à raison de la