DES CAUSES DE LA CHERTÉ ACTUELLE DE LA VIF
Il est vrai que les hauts prix du blé paraissent sans importance dans l'ensemble du problème de la vie chère , puisque par le fait encore d'une intervention de FEtat nous donnant une partie de notre pain ils ne conduisent pas à son renchérissement.
Mais deux remarques s'imposent aussi. La première, c'est que l'élévation des prix du froment réagit sur tous les autres produits agricoles. Il y a là, en effet, une sorte d'étalon susceptible de donner une mesure générale.
D'autre part, si l'État peut maintenir le pain bon marché malgré la cherté du blé, c'est seulement au prix d'un sacrifice très lourd, qui est au moins de 1.500 millions par an. Il faut les demander à des impôts; et comment ces impôts eux-mêmes ne se retrouveraient-ils pas d'une manière quelconque dans le prix de la vie?
Aussi la question du pain et du blé est-elle une des croix de l'heure actuelle.
Il ne peut pas être question d'ôter aux agriculteurs les assurances qu'on leur a formellement données. Ils ont droit au prix de 75 francs pour la récolte de 1919. Ce prix, si onéreux qu'il soit, doit être maintenu, et il faudra se réjouir si pour la récolte de 1920 le prix du marché libre peut être rétabli. L'agriculture sera habituée à la taxation-prime. Elle pourra invoquer bien des raisons, surtout aligner bien des forces politiques pour en demander le maintien. Déjà des vœux ont été émis en faveur de primes à la vente des produits agricoles venant des régions libérées. De fortes raisons sont invoquées. Mais ce pourrait être la voie vers des revendications plus générales. En tout cas on reste en face d'un problème qui doit être immédiatement résolu. Va-t-on, parce qu'on ne peut pas abaisser le prix du blé, continuer les sacrifices de l'État pour empêcher la hausse du prix du pain? Va-t-on, au contraire, laisser le pain renchérir? La question est grave. Continuer c'est persévérer dans une voie artificielle. C'est
accepter une dépense très considérable. C'est risquer aussi d'accroître outre mesure la consommation du pain maintenu à un prix exceptionnellement bas. A l'heure actuelle bien des agriculteurs auraient intérêt plutôt qu'à donner de l'avoine à leurs chevaux, à les nourrir avec du pain. Voilà où peut conduire un régime d'intervention dans les prix. Mais d'autre part, est-il possible, quand arrive la paix, de donner à l'opinion la surprise d'une hausse dans le prix du pain? Ne risque-t-on pas derrière cette surprise de dangereux énervements? En réalité, dans la plupart des budgets ouvriers, un accroissement de 25 % pour le pain ne constituerait pas une très lourde charge. Nous sommes loin des temps où la dépense en pain constituait la principale pour bien des familles. Mais il reste une sorte de tradition populaire. Le pain est quelque^ chose de sacré. L'élévation de son prix produirait certainement un effet moral au-dessus des réalités.
Il reste au total qu'on s'est mis en face de très graves difficultés parce qu'on a voulu d'abord taxer en faveur des consommateurs, ensuite en faveur des producteurs, et que l'État ne s'est jamais par défaut d'une doctrine, mis en face des conséquences nécessaires de ses expériences successives et désordonnées.
Séance du 2i mai 1.919 .
M. Raphaël-Georges Lévy. — La vie chère! Telle est la plainte qui retentit de toutes parts. C'est un mal que chacun de nous constate, dont souffrent les petits et les grands, les pauvres et les riches, et qui nous irrite d'autant plus qu'il s'accentue depuis la paix, au lieu de diminuer. Les témoignages de cet état de choses sont si évidents qu'il est superflu de les énumérer en détail.