EU LS
couvée. Il en est de même de toutes les tentatives que l’on a faites pour obtenir dans le Midi des nichées des oiseaux du Nord; elles ont été constamment vaines: Les espèces des régions septentrionales ont montré une répugnance invincible pour perpétuer leurs races. Ce désir ou plutôt ce besoin ne se manifeste chez elles que lorsque la liberté leur est rendue; et avec elle la température qui leur convient. |
Sans doute les colibris, les sucriers, les souimangas et les bengalis ne nichent pas non plus dans les contrées tempérées ; mais cette circonstance ne tient pas à l’influence des migrations, puisque ces oiseaux n’émigrent jamais. Elle dépend de ce qu’ils ne trouvent pas dans nos climats le genre de nourriture qui leur convient, ni la température élevée qui, dans les lieux de leur naissance, est aussi pour eux la saison de leurs amours.
Comment distribuer aux trois premières espèces le suc mielleux des fleurs dont ces oiseaux se nourrissent habituellement? Aussi n'est-il pas possible de les conserver en captivité; elles périssent toutes dans leurs cages, et d'autant plus promptement que leur pétulance les empêche de résister longtemps à la privation de leur liberté.
Si donc les oiseaux dont nous venons de parler; et particulièrement les colibris, n’émigrent pas, cette circonstance dépend, ainsi que l’a faitobserver Buffon,
EN Ve
du genre de leur nourriture. Wilson à cependant prétendu que les colibris ne se nourrissaient pas du nectar des fleurs ; tout en convenant que ces oiseaux ne refusaient pas l’eau sucrée, il a cru que les insectes étaient leur nourriture habituelle.
Une pareille opinion, si opposée à celle qu'avait émise Buffon, a été l’objet de l’examen du docteur Traiss. Cet observateur ayant eu l’occasion d'ouvrir l'estomac de ces petits oiseaux, y a uniquement rencontré une grande quantité de nectar ou de la liqueur sucrée des plantes, et souvent un certain nombre de petits insectes. [la prouvé que ces insectes se rapportant tous et uniquement à des espèces qui vivent dans le calice des fleurs, avaient dû être avalés par les colibris avec le nectar. Probablement la difiiculté de trouver ailleurs une liqueur aussi mielleuse Îles empêche de se livrer, comme tant d’autres oiseaux, à des excursions un peu étendues.
S'il est des oiseaux qui n’abandonnent jamais les lieux de leur naïssance, d’autres, au contraire, entreprennent, soit périodiquement pendant certaines sai sons de l’année, soit à des époques qui n’ont rien de fixe ni de déterminé, des migrations plus ou moins étendues. Ces oiseaux les entreprennent pour satisfaire, les uns un penchant irrésistible qui les porte à se déplacer, et les autres des besoins plus ou moins impérieux. |
ne + EN
Ces dernières sont en général provoquées, soit pour fuir le froid, soit pour chercher une température élevée, soit enfin pour se procurer plus facilement des moyens de subsistance. Ces voyages, tout à fait accidentels, sont aussi irréguliers que les variations des saisons. Ils paraissent même avoir lieu sans aucune cause appréciable, et sans que le déplacement de ces oiseaux porte un changement notable dans les conditions où ils étaient primitivement placés.
On peut considérer les espèces qui les exécutent comme des oiseaux erratiques, afin de les distinguer de celles qui entreprennent des voyages périodiques et réguliers qu'aucun besoin ne semble provoquer, et encore moins déterminer. Les oiseaux émigrants sont poussés à accomplir les longs voyages auxquels ils se livrent habituellement, par un instinct particulier; cet instinct les y force; il se développe quelquefois indépendamment de tout ce qui, dans le moment où ces voyages ont lieu, peut influer sur leur bien-être et leur avenir.
Ce besoin d'émigrer est aussi impérieux pour les jeunes que pour les vieux; quoique les premiers n'aient pas pu encore contracter l'habitude des voyages. Il est tellement irrésistible que, lorsque les oiseaux changent de climat, ils n'attendent pas pour partir que le froid soit insupportable dans les lieux qu'ils vont quitter. On ne les voit pas, du moins, re-
ADP —
poussés peu à peu vers le Midi par les empiétements de l'hiver. Les espèces émigrantes le précèdent constamment. Elles se transportent bien avant la saison des frimas, dans des régions plus chaudes que celles qu’elles habitaient primitivement. Souvent elles reviennent à l’époque du printemps, quoique la température soit encore au-dessous de ce qu’elle était au moment de leur départ. Ainsi, pour certaines espèces, les migrations ne se lient avec aucune circonstance extérieure appréciable ; elles en paraissent en quelque sorte indépendantes.
Quoique les migrations d’un assez grand nombre de ces animaux semblent dépendre d’une impulsion instinctive, les agents atmosphériques ne sont pas toujours pour cela sans influence sur le développement du besoin que les oiseaux voyageurs éprouvent de changer d'habitation. Ce phénomène coïncide donc quelquefois avec les variations de l’atmosphèére, et le moment de l’arrivée et du départ est souvent avancé ou retardé, suivant que la saison froide se prolonge plus ou moins.
L'époque de l’arrivée ou du départ des oiseaux voyageurs éprouve de grandes variations dans les différentes espèces. Ainsi celles qui sont originaires des contrées septentrionales de l’Europe arrivent l’automne ou au commencement de l’hiver dans les contrées méridionales de la France. Mais, dès les premiers
Le
beaux jours, on les voit fuir la chaleur, comme ils avaient fui le froid, et retourner dans le Nord pour y faire leur ponte.
L'’inconstance des passages ou des migrations des oiseaux est souvent aussi grande que celle des variations de la température. Aussi il n’est pour ainsi dire pas un chasseur qui ne sache que des espèces qui arrivent en grand nombre pendant une année demeurent parfois plusieurs années à paraitre de nouveau. Ces oiseaux ne voyageraient donc que lorsqu'ils trouveraient un certain nombre de circonstances favorables. Comme ces circonstances ne se reproduisent pas toujours; elles apportent nécessairement des variations dans des voyages que leur réunion semble déterminer chez les espèces erratiques.
D'autres oiseaux, au contraire, qui nichent et naissent dans les contrées méridionales de la France et qui, par conséquent, sont essentiellement indigènes ; les quittent en automne ; mais, après avoir passé l’h1ver dans les climats chauds, ils reparaissent dans le Midi au printemps; ou bien, évitant encore la chaleur des étés de ces contrées, ils émigrent alors vers les régions arctiques. D’autres espèces, nées dans les climats méridionaux, s’élévent vers le Nord pour échapper à l’ardeur du soleil de l'été, et nous arrivent à la fin de la belle saison. Enfin, quelques autres ne séjournent jamais dans le Midi, et, dans leurs migra-
tions annuelles, elles ne font qu’y passer. On à donné à ces races le nom d'oiseaux de passage.
Enfin quelques espèces, par exemple, les oies et les cygnes, séjournent l'hiver dans les pays tempérés, lorsque les rivières n’y gélent pas; mais, lorsque le froid y devient vif et piquant, on les voit s’avancer plus au midi, d'où elles reviennent vers la fin de märs pour retourner dans le Nord et y passer l’été. Evidemment, pour celles-ci comme pour un certain nombre d’autres, leurs passages paraissent déterminés par la température; car elles ne restent jamais dans le Nord lors des grands froids.
Ce qu’il y a de remarquable , l’époque de l’arrivée et du départ de ces oiseaux voyageurs ou plutôt émigrants est en général déterminée d’une manière précise pour chaque espèce et pour chaque contrée. L'âge y apporte tout au plus quelque différence ; par exemple, les plus jeunes ne se mettent ordinairement en route qu'après les adultes; cette circonstance parait dépendre, ainsi que nous l’obsérverons dans la suite, de la mue plus tardive chez les seconds que chez les premiers. Aussi les jeunes ne sont point encore rétablis de la maladie qui accompagne la mue, lorsque les vieux sont en état de supporter les fatigues d’un long voyage.
On est souvent étonné de la prévoyance et du tact avec lequel les oiseaux, surtout les espèces voyageuses,
distinguent par avance les variations qui vont survenir dans la température. Nous-mêmes, avec toute notre intelligence et tous nos instruments, nous sommes moins avancés qu'eux sous ce rapport; Car nous ne saurions dire la veille le temps qu’il fera le lendemain. La température plus élevée dont jouissent les oiseaux leur donnerait-elle cette sorte de divination; c’est ce que nous examinerons plus tard.
Au milieu de tous les faits qui prouvent les différences que l’âge apporte dans les habitudes voyageuses des oiseaux, nous n’en citerons pour le moment qu’un seul, parce que la vérification en est facile. Lorsqu'on observe les coucous dans une contrée où ils ont opéré leur ponte, on les voit tous en plumage roux, tandis que dans un autre canton, plus ou moins éloigné du premier, ils se montrent constamment en plumage gris ; celui-ci est la robe des vieux. Cette diversité dans le plumage annonce que si les premiers sont restés sédentaires, les seconds ont au contraire voyagé.
Les oiseaux opèrent généralement leurs migrations en troupes plus ou moins nombreuses; ils voyagent ainsi de concert et, pour ainsi dire, en famille. Il arrive en effet rarement qu’ils se transportent à de grandes distances isolément et séparément par paires. C’est surtout dans cet acte important de leur vie que se manifeste l'instinct de sociabilité, qui les caracté-
rise d’une manière si éminente.
Chaque année, des tribus plus ou moins nombreuses d'oiseaux et quelquefois même des légions innombrablesnousarrivent dans un ordre déterminé. Le plus souvent guidés par des chefs, les habitants des airs traversent la Méditerranée pour passer d'Afrique en Europe ou pour suivre la route opposée. Les hirondelles, par exemple, hivernent au Sénégal, se répandent au printemps dans les contrées méridionales et en été dans la Hollande et le nord de l’Europe. Cependant certaines espèces, toujours errantes, changent de pays sans que leur marche paraisse guidée par aucune règle. Ce sont les races que nous avons nommées erratiques, tandis que nous désignons les premières sous le nom d'émigrantes. Ces expressions font saisir les différences qu’elles présentent sous le rapport de la longueur et de la fixité de leurs voyages.
Le besoin de voyager et de changer de climat dans certaines saisons est donc une des exigences les plus impérieuses de l’organisation ou plutôt de l'instinct des oiseaux. Quelle qu’en soit la cause, elle se fait sentir non-seulement sur toute l’espêce, mais encore sur les individus séparés de l'espèce auxquels une étroite captivité ne laisse aucune communication avec leurs semblables.
L'instinct social si perfectionné chez cet ordre d'animaux semble acquérir un nouveau développement par suite des besoins nouveaux qui nais-
ET ee
sent de leurs excursions lointaines. En effet, les espèces émigrantes qui voyagent en troupes nombreuses non-seulement obéissent à des chefs, mais pour veiller à leur sûreté elles s’entourent de sentinelles chargées de les avertir de l’approche du moindre danger. Lorsqu'il devient imminent, elles se replient avec rapidité vers la troupe qui se rallie à leur signal. Alors tous les oiseaux qui en font partie se groupent, se pressent les uns contre les autres, et réunissent tous leurs efforts pour repousser leurs ennemis.
D’autres espèces, sans avoir une police aussi merveilleuse, ont néanmoins un instinct assez perfectionné pour s'épargner les fatisues de la chasse; ils forcent d’autres oiseaux plus faibles ou plus laches à leur abandonner la proie dont ceux-ci se sont à grand’peine emparés. On voit souvent les frégates (pelecanus aquilus Linn.) donner la chasse aux fous (pelecanus bassanus Linn.), et, en les frappant de l’aile et du bec, les forcer à désorger le produit de leur pêche dont ils se saisissent avec dextérité avant qu'il tombe dans l’eau.
Dans certaines circonstances, ces animaux se prètent des secours mutuels pour repousser et triompher de leurs ennemis. Ge fait, qui dépend de cet instinct de sociabilité donné aux oiseaux, se représente souvent lorsque leurs espèces isolées sont attaquées par des
Es
serpents ou par d’autres reptiles dangereux. On les voit arriver en foule au secours de celui qui a été surpris d'une manière soudaine. Ainsi réunis, ils forment un cercle autour du reptile, et finissent par le tuer au moyen de leur bec, dont ils se servent avec autant d'adresse que d’habileté. L'ordre des échassiers est particulièrement celui qui nous donne le plus fréquemment de pareils exemples de dévouement et d'affection pour leurs semblables.
D'un autre côté, les pipits (anthus arboreus) et les autres passereaux qui se nourrissent d'insectes, lorsqu'ils sont débusqués des champs qui en sont couverts, s’en éloignent avec plus ou moins de promptitude. Tant que les chasseurs restent en embuscade, deux ou trois de ces oiseaux arrivent successivement, comme pour s'assurer si le danger est passé. Mais, tant qu'ils ont des craintes, ils font entendre des cris particuliers qui retiennent la troupe dans un certain éloignement. Elle n'arrive jamais que lorsque ces cris, signal du danger, ont totalement cessé.
Unedes remarques les plus importantes qui aient été faites sur les migrations de ces animaux, est celle que nous devons au sayantornithologiste anglais M. Blyth. D'après lui, les oiseaux de l'Amérique du Nord qu’aucun genre ne représente en Europe, et ceux d'Europe qui n'ont aucune espèce appartenant en propre à l’Amérique, sont presque sans exception tous voyageurs.
Du reste, les espèces qui se livrent à des migrations constantes et périodiques offrent cette particularité d’être en général les types caractéristiques des pays où ils passent l’hiver. Il ne faut pas conclure cependant des habitudes voyageuses de certains oiseaux , qu’elles sont déterminées par leur instinct de sociabilité; car les espèces solitaires, les rapaces, les rossignols, exécutent réculièrement des voyages semblables à ceux des caïlles , des étourneaux et des hirondelles.
D'un autre côté, chaque groupe distinct d'oiseaux a une espèce analogue ou représentative dans les principales parties du monde. Aussi, lorsqu'un genre est sans représentant, on peut aisément en pénétrer la raison. Par exemple, les oiseaux les plus essentiellement voyageurs, les étourneaux (séwrnus vulgaris), se rencontrent dans toutes les parties du monde. Il est cependant une contrée où ils ne se trouvent pas: c’est l'Australie. La raison de cette exclusion tient peut-être à ce que les sansonnets trouvent la plus grande partie de leur nourriture dans des fruits ou des baies dont il n'existe pas d’analogues dans cette contrée. On a encore supposé que, comme les étourneaux se nourrissent évalement de certaines graines qui se fixent sur le dos des bêtes à cornes, l'absence de tout ruminant dans l'Australie les a déterminés à ne point y opérer leurs migrations. Cette
ni —
supposition est peu admissible quoique la dispersion des oiseaux, tout comme celle des autres animaux, suive d’une manière nécessaire celle de leur proie ou celle des végétaux dont ils se nourrissent. Ces végétaux dépendent à leur tour de la qualité du sol aussi bien que de la température.
Lorsque l’on considère d’une manière générale la distribution des oiseaux, 1l est facile de reconnaître que chaque groupe ou chaque principale famille de cette classe a une espèce analogue dans une autre partie du monde : il paraît du moins constant que chaque grand continent a ses espèces propres et distinctes. En effet, il n’y a rien de commun entre les espèces vivantes du nouveau monde et celles de l’ancien continent, tout comme entre celles-ci et les races de la Nouvelle-Hollande. Néanmoins on découvre dans les uns et dans les autres des espèces des mêmes familles qui se représentent mutuellement. Ainsi, pour ne parler que des oiseaux, l’autruche des déserts de l'Afrique (struthio camelus Linn.) est représentée en Asie par le casoar , tout comme par les aptéryx dans la Nouvelle - Zélande (1). D'un
(1) Ce genre, dont il n’existe qu’une seule espèce, l’apteryx australis, a élé établi par Temmincek. M. Lesson se demande si ce genre n’aurait pas été fondé par cet ornithologiste, sur les pièces du dronte conservées dans le musée
zoologique de Londres (Manuel d'ornithologie, tom. n, pag. 211). Nous
Sr NES
autre côté, les émérillons sont les représentants de ces oiseaux en Australie, tout comme les ræa ou nandou dans l’Amérique du Sud, et la grande outarde (otis tarda Linn.) en Europe (1).
Ce que nous venons d'observer, relativement aux habitudes voyageuses de certaines espèces d'oiseaux, a pu faire présumer qu’elles ne sont point déterminées par leur instinct de sociabilité plus ou moins prononcée. Sans doute les migrations des espèces sociales frappent davantage, parce qu’un plus grand nombre d’individus y concourent. Elles ne sont cependant ni moins périodiques ni moins constantes chez les espèces solitaires ou celles qui vivent isolées, et pour ainsi dire par couples. En effet les passages des rossisnols, des pigeons, des tourterelles, des
ferons observer que ce genre a été établi sur une espèce d’autruche particulière à la Nouvelle-Zélande, et qui est caractérisée par trois doigts. Nous en avons vu un individu empaillé dans le musée zoologique de Genève, et un squelette complet dans les collections d’anatomie comparée de M.Mayor, docteur-médecin dela même ville. Aussi nous sommes-nous assuré que, parmi les oiseaux dépourvus d’ailes, il n’y en a pas d’espèce plus singulière que l’aptéryx de la Nouvelle-Zélande. Ses ailes sont encore plus incomplètes que celles des casoars, Il joint à ce caractère, d’avoir le bec long et grêle comme une bécasse, avec les narines percées presque à son extrémité.
(1) Le struthio rhea de Linné ou nandou-chari est également une autruche à Lrois doigts comme celle de la Nouvelle-Zélande; mais celle-ci habite l'Amérique. .
PO" fn
huppes, des torcols, des oiseaux de proie et d’une foule d’autres espèces, ne sont pas moins réguliers que ceux des cailles, des étourneaux, des hirondelles, des canards, et tant d’autres espèces qui vivent en grandes troupes, ou du moins qui voyagent en famille.
Les espèces solitaires ou sociales émigrent également dans les saisons les plus diverses. Les unes et les autres ne suivent à cet égard d’autre impulsion que celle qui peut dépendre de la température dont elles cherchent la douce influence. On les voit du moins s'éloigner des régions septentrionales à l’approche de l'hiver , et s’en rapprocher au contraire, lorsque les beaux jours leur ont annoncé le retour du printemps. Dans toutes ces migrations, l’instinct de sociabilité ne parait jamais y être pour rien, et il ne les détermine et ne les provoque en aucune manière.
IL en est de même de l'étendue et de la puissance du vol ; au premier apercu, on pourrait présumer que les espèces qui peuvent fendre l’air avec plus de continuité doivent par cela même parcourir de plus grands espaces et franchir de plus grandes distances. Les cailles traversent pourtant les mers; leur vol est lourd et peu rapide; malgré toutes les imperfections de leur organisation, elles font de fort longs voyages. Ce que nous disons des cailles, on pourrait l’observer d'une foule d’autres oiseaux, et même de plusieurs espèces du même genre.
se 100)
La grandeur et la taille de ces animaux parait aussi sans influence sur la longueur de leurs migrations. Si les rues, les cygnes, les phénicoptères, les cormorans, les cigognes et tant d’autres espèces de haute stature, exécutent à des époques à peu près fixes de fort longues courses, il en est de même des traquets, des fauvettes, des pinsons, des ortolans, et d’une foule d’autres petites espèces. Celles d’une taille moyenne entreprennent également de fort longs voyages, et parcourent en quelque sorte toutes les régions de la terre. Parmielles, on peut citer spécialement les canards. Un exemple remarquable donné par une espèce de ce genre est venu, pendant l’hiver de 1839 à 1840, surprendre les ornithologistes du midi de la France par sa singularité.
Un couple de canards à longue queue (anas glacialis Temminck) de Terre-Neuve, probablement isolés de leur troupe, sont arrivés le 4 janvier 1840 jusque dans les environs de Montpellier. Cependant d’après le savant ornithologiste que nous venons de citer, ce canard fait son nid sur les bords de l’océan Glacial au Spitzhbers, en Irlande, à la baie d'Hudson. Il habite à peu près exclusivement les mers arctiques des deux mondes. Quoique des contrées les plus froides , il étend ses passages accidentels sur les grands lacs d'Allemagne, le long de la Baltique, et sur les côtes maritimes de la Hollande; il ne s’était jamais
OR
avancé jusque dans les contrées méridionales de la. France, du moins d’après les observations faites jusqu'à présent.
Son apparition dans le Midi a coïncidé avec une autre circonstance qui peut en rendre raison, celle de la douce température dont cette contrée a joui à cette époque. Elle était pour lors si élevée que plusieurs arbres fruitiers étaient en fleur, et que quelques-uns ont donné même des fruits. Quoi qu'il en soit, ce fait n’en prouve pas moins à quelle distance les canards, dont la taille est à peu près la moyenne de celle qu'offrent en général les oiseaux, étendent leur migration, ou, si l’on veut, leurs passages (i).
Le genre de vie ou l’espèce de nourriture dont usent les oiseaux paraissent également sans influence sur leurs migrations ; non pas dans un sens absolu, mais uniquement dans un sens relatif. Ainsi les espèces carnivores ou piscivores font des voyages d’aussi long cours que celles qui vivent de graines, de fruits ou d'herbes proprement dites. Les unes et les autres se déplacent souvent par le manque de nourriture dans le canton qu'elles habitent.
(4) Nous devons la connaissance de ce fait à M. Lebrun, ornithologisle de Montpellier, que nous aurons souvent l’occasion de ciler dans cet ouvrage,
Nous avons déjà fait observer que les espèces rapaces, c’est-à-dire les faucons, les aigles et même les vautours, se livraient habituellement à des voyages de long cours; il en est de même des passereaux qui vivent de charognes, indépendamment qu’ils se nourrissent aussi de graines et de fruits, lorsque la faim les presse. Tels sont les corneilles, les corbeaux et les pies-grièches, qui les représentent en quelque sorte. D'un autre côté, les grues, les cigognes, les hérons, les cormorans, les phénicoptères, les mouettes et tant d’autresessentiellement piscivores, n’en sont pas moins fameux par l’étendue de leurs excursions. Il en est de même de celles qui vivent à peu près uniquement de fruits ou d'herbes. Les exemples s'offrent en foule pour démontrer que ces espèces font particulièrement de grands voyages. On ne peut guère oublier ceux qu’exécutent à des époques fixes les étourneaux, les merles et un si grand nombre de passereaux, ainsi que les canards, les grèbes et les foulques. Il suflit de citer parmi les oiseaux insectivores les hirondelles et les martinets, pour saisir que ceux-là aussi se livrent à de longues et grandes migrations.
Nous le répétons, pour éviter toute méprise à cet égard, quoique le genre ou l'espèce de nourriture dont usent les oiseaux ne détermine pas leurs voyages, 11 ne peut pas en être de même de son manque absolu ; car avant tout il est essentiel que les espèces
assurent leur subsistance et pourvoient à leurs besoins. Mais, lorsqu'elles ne se déplacent que pour aller trouver ailleurs ce qui leur était fourni d’abord en abondance dans les lieux qu’elles abandonnent, les excursions auxquelles elles se livrent ont généralement une courte durée. Ces oiseaux se bornent pour lors à changer de canton; ils ne traversent pas les mers, et ne passent pas dans d’autres climats, espérant y trouver ce que leur refusaient ceux qu'ils ont quittés. Les perroquets et les dindons sauvages de l'Amérique nous fournissent des exemples de ces transports d’un canton dans un autre, occasionnés par le besoin de nourriture. Néanmoins ni les uns ni les autres ne peuvent être cités comme des espèces voyageuses. On ne les voit presque jamais à plus de vingt lieues de distance du lieu dans lequel ils avaient primitivement fixé leur séjour.
Un instinct plus pressant et plus impérieux que le besoin d’une nourriture convenable ou d’une température élevée, peut-être plus nécessaire aux oiseaux qu’à tout autre être vivant, détermine leurs longues migrations. Ces longs voyages nous étonnent autant par leur étendue que par la prévoyance qu’elles font supposer aux espèces qui les exécutent.
Avant d'entrer à cet égard dans les détails qui annoncent qu'elles sont provoquées, chez certaines espèces, par un instinct irrésistible, examinons si elles