OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Une des habitudes instinctives des oiseaux auxquelles ils résistent le moins, et qu'ils suivent toujours, à moins qu'ils n’en soient empêchés par une force supérieure à toute la puissance de leur volonté, est sans contredit celle qui les porte à se rendre, à des époques fixes ou indéterminées, du lieu qu’ils habitent, dans des lieux nouveaux. Cette habitude est tellement irrésistible chez les oiseaux, qu’elle a lieu chez des espèces que la nature a peu favorisées sous le rapport du vol.
Parmi les gallinacés, les cailles, dont le vol est lourd et pesant, n'en parcourent pas moins de grandes distances à des époques périodiques. Souvent fatiguées par la longueur du trajet, ou plutôt terrassées par la violence des vents, elles tombent dans la mer et y périssent ; d’autres fois plus heureuses, elles parviennent sur de nouveaux rivages, s’y précipitent, et vont chercher dans les terres de
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quoi réparer leurs forces épuisées par la privation de toute nourriture pendant le temps de leur traversée.
Ce que nous venons de dire des cailles s'applique également à tous les oiseaux qui parcourent degrandes distances. Il est peu de navigateurs qui, dans leurs longs voyages, ne voient des oiseaux venir se reposer, épuisés de fatigue, sur les vergues ou les autres agrés de leurs vaisseaux. Ces oiseaux sont souvent tellement accablés de lassitude qu’ils se laissent prendre sans songer à fuir, n’en ayant pas la force.
Parmi les espèces qui, dans leurs migrations, s'abattent sur les mâts des navires, on peut citer principalement les oiseaux percheurs, tels que les hirondelles, les traquets, plusieurs autres passereaux, ainsi que certaines espèces d'échassiers.
Malgré la faiblesse de leur vol, les cailles entreprennent, à des époques fixes, des courses fort étendues ; elles traversent même les mers, comme pour nous apprendre qu'elles obéissent ainsi à un besoin plus impérieux, plus fort que toutes leurs répuonances. Sans doute le désir de trouver une température plus appropriée à leurs besoins, ou l'espoir de rencontrer ailleurs une nourriture plus convenable, porte ces oiseaux d’un canton dans un autre ; mais une influence plus puissante que ces besoins momentanés, l'instinct de leur conserva-
tion, agit sur eux dans ces excursions lointaines.
En effet, donnez à ces oiseaux une température convenable, distribuez-leur une nourriture abondante, vous ne les verrez pas moins, à l’époque de leur départ, dans un état d’agitation particulier. Vous les verrez manifester le besoin qui les tourmente et les presse par leurs élancements et le battement de leurs ailes; vous les verrez dans un état de malaise que rien ne peut faire cesser, si ce n’est la liberté. Si elle ne leur est rendue, ces oiseaux languissent, forcés qu’ils sont de ne point satisfaire ce désir pressant de se transporter dans d’autres climats, où ils comptent trouver des circonstances plus appropriées à leurs besoins.
Par suite de ces besoins qui se renouvellent avec une constance remarquable, il est une infinité d’oiseaux que l’homme, malgré la puissante influence qu'il exerce sur les animaux, ne peut point élever, tant le désir de ces voyages lointains est absolu pour eux. Cet instinct est si impérieux chez les coucous, que, lorsqu'ils ne peuvent le satisfaire, ils sont frappés de mort.
Mais, par une particularité non moins remarquable, si l’on prend certains oiseaux, et, par exemple, les becs-croisés, pendant le temps de leurs migrations, avant qu'ils soient arrivés aux lieux où ils nichent
ordinairement, on ne peut pas les porter à faire une