‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 108 sur 117 · DES MIGRATIONS DES MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

DES MIGRATIONS DES MOLLUSQUES

Les animaux invertébrés, dont les mœurs sont moins connues et d’une observation moins facile que celles des vertébrés, paraissent, du moins les plus agiles, se livrer à des actes analogues aux voyages irréguliers des oiseaux et des poissons. Ces actes ont en effet quelques rapports avec les passages accidentels de ces animaux , Car, pour la plupart, ils ne paraissent avoir rien de fixe ni de régulier. On ne les voit pas se succéder avec la périodicité qni caractérise les voyages des espèces émigrantes des animaux supérieurs.

Les animaux sans vertèbres diffèrent donc des vertébrés par le peu d’étendue des excursions auxquelles ils se livrent. Il ne parait pas qu'aucun des premiers exécute des migrations à des époques fixes et régu-

lières, et puisse par conséquent être classé parmi les espèces émigrantes. Il n'en est pas non plus qu'on puisse considérer comme cosmopolite, c’est-à-dire comme voyageant sans cesse, et habitant tour à tour les diverses contrées du globe.

Les invertébrés offrent uniquement des espèces dont les unes sont erratiques et les autres sédentaires. Parmi ces dernières, les unes sont stationnaires par suite de leur organisation qui les y oblige, tandis que d’autres ne quittent pas les lieux de leur naissance, la nature leur ayant refusé où des membres agiles, ou des appareils propres à leur faire fendre l’air. Jetons à cet égard un coup d'œil rapide sur l’ensemble des invertébrés, et voyons ce que l'observation nous a fait connaitre sur la diversité de leurs habitudes considérées sous ce point de vue.

Nous commencerons cette étude par les plus compliqués des invertébrés, ou les mollusques. D’après les observations dues à M. Forbes, chaque animal ne peut vivre quedans une localité qui lui est propre. En effet, les espèces marines qui, comme les pétoncles, vivent en grandes troupes, aprés avoir séjourné quelque temps dans tel ou tel lieu, finissent par en disparaitre entièrement. Si la nature du sol vient à changer ou si toute autrecirconstance se présente, une autre race vient OCCUper la même localité, et y domine bientôt sans partage. Les mollusques paraissent se livrer à des migrations,

aussi bien que les poissons. Cette faculté parait même exister pour certaines espèces qui semblent le plus fortement attachées au sol sur lequel elles ont pris naissance. Cette émigration se fait par le transport des œufs, lorsque ceux-ci sont groupés ensemble et flottemt sur l'Océan de plage en plage. Ces œufs ne prennent leur développement que lorsqu'ils rencontrent la zone qui convient à leur espèce.

Les mollusques sont essentiellement nageurs à l’exception des espèces terrestres et des races qui vivent fixées dans les lieux où ils trouvent à remplir les conditions de leur existence. Les dernières, véritables espèces stationnaires, ne sauraient comme les mollusques libres qui habitent le sein des mers, exister sous des zones différentes et des climats divers.

Parmi les animaux de l’ordre dont nous nous occupons, il est donc des espèces stationnaires; ce sont celles qui vivent constamment sur les rochers, sur les pieux et les quilles des navires, où elles ont été primitivement fixées. On peut comprendre dans cette catégorie les mollusques cirrhopodes, tels que les anatifes, les #lands de mer, et les tubicinelles. Il est même des genres de cette famille, les coronules, qui s'implantent dans la peau des baleines, pénètrent jusqu’à leur lard, et s’identifient avec les cétacés dont ils dévorent la substance.

Ces mollusques sont essentiellement sédentaires, puisqu'ils ne se déplacent jamais, subissant toutes les chances des corps et des êtres sur lesquels ils se trouvent attachés. Il en est peut-être de même des patelles , des oscabrions et des genres analogues qui en ont été démembrés.

D’autres genres paraissent avoir de pareilles habitudes par d’autres motifs : telles sont les huitres , et certaines espèces de vénus. Les unes et les autres vivent en société et composent des bancs, souvent fort étendus, plus ou moins rapprochés des rivages. Ces animaux sont ainsi fixés à peu de distance des côtes ou dans des étangs salés par suite de leur organisation. Les pêches les plus abondantes ne les font pas fuir, elles semblent activer leur fécondité et leur propagation, piutôt que d'en arrêter la source.

Cependant dans le même genre des vénus, d’autres espèces, lon d'être sédentaires, se livrent au contraire à des excursions plus ou moins longues. Celles-ci ne participent pas aux habitudes des venus decussata et virginea, et autres coquilles analogues.

Il est encore parmi ies acéphales testacés des tribus dont les mœurs sont à peu près les mêmes. On les voit percer la substance des pierres les plus dures ou se loger dans l’intérieur des bois qui composent les disues, ou dont les navires sont formés. Les individus qui en font partie vivent ainsi dans les trous qu'ils

se sont creusés, et d’où ils ne sortent jamais. Ces mollusques lithophages, ou perce-pierres, sont en grand nombre dans le sein des mers, où plusieurs sont recherchés des gourmets à raison de leur goût agréable. Tels sont le dail commun (pholas dactylus Linné) et les lithodomes(modiola lithophaga)auxquels aucun rocher ne résiste. Ils les corrodent à l’aide d’une liqueur acide qu’ils sécrètent en abondance. Une foule d’autres genres d'acéphales ont également des habitudes semblables.

Les tarets (£eredo navalis Linné) se logent dans les bois dont ils détruisent la substance en les criblant de toutes parts de trous plus ou moins nombreux. Leurs espèces, comme les précédentes, ne quittent jamais les lieux qui les ont vus naïtre.

Il ne peut qu’en être de même des espèces qui font des conduits dans le sable ou dans la vase, dans lesquels ils s’enfoncent plus ou moins profondément. Les hiatelles , les solens, les lutraires, les myes, et certaines pholades nous offrent des exemples de ce genre d'habitation. Enfin d’autres genres, particulièrement les gastrochènes, préfèrent percer l’intérieur des madrépores et des autres genres de polypiers pierreux. Lorsqu'ils n’en trouvent pas à leur portée, ils se logent dans les rochers de sable qui se forment dans le sein des mers actuelles.

S'il est des mollusques stationnaires, une foule

d’autres de l’ordre des acéphales, auxquels appartiennent les huitres, sont éminemment voyageurs; ils ne se livrent pourtant pas à des excursions régulières et périodiques. Tels sont les peignes , dont les espèces erratiques naviguent au milieu des mers avec une vitesse et une agilité si remarquables, que les navigateurs les désignent sous le nom de papillons des mers.

On peut encore citer parmi les acéphales, les bucardes, les cythérées, les mactres, qui, par suite de leurs mœurs erratiques, entreprennent des excursions plus ou moins étendues. Les térébratules, de la famille des branchiopodes, se distinguent encore sous les mémes rapports ainsi que les carinaires qui appartiennent aux mollusques sastéropodes scutibranches. Rien n'est plus gracieux ni plus élégant que les coquilles formées par ces animaux voguant à la surface des flots avec une rapidité d'autant plus grande, que leur légèreté est aussi remarquable que leur transparence.

Les céphalopodes et les ptéropodes présentent un certain nombre de genres erratiques. Parmi ceux qui n'ont pas de coquilles extérieures, on remarque surtout les poulpes, les calmars et les seiches. Leurs espèces se déplacent assez souvent ; quoiqu’elles n’entreprennent pas des voyages périodiques d’une trésgrande étendue, elles se livrent cependant à des <xcursions assez lointaines.

Il en est également des céphalopodes pourvus de coquilles, tels que les nautiles et même les spirules, nommés à cause de leur forme cornet de postillon. Ces animaux vivent dans la haute mer, et y voguent avec la plus grande vitesse. Ces élégants mollusques, dont la construction est si merveilleuse, se distinguent encore par l'étendue de leurs voyages ; ils ont cependant rarement lieu à des époques fixes et déterminées, comme ceux auxquels se livrent habituellement les oiseaux émigrants. Il en est ainsi des argonautes, nommés nautiles papyracés, à raison de la fragilité de leurs coquiiles ; leur forme en carène paraît avoir donné l’idée du premier vaisseau. Les animaux qui habitent ces frèles embarcations fendent les ondes avec prestesse quand elles ne sont agitées que par un léger zéphir; mais, pour si peu que le vent les tourmente, ou que quelque danger les menace, ils retirent leurs bras dans leurs coquilles, s'y concentrent entiérement, et redescendent dans la profondeur des mers.

Parmi les plus agiles et les plus erratiques des mollusques on doit comprendre les ptéropodes qui ont des ailes aux pieds, ainsi que l'indique leur nom. Ces animaux, à l'instar des argonautes, se servent de leurs coquilles comme de bateaux, et leurs ailes deviennent pour eux des rames légères à l’aide desquelles ils nagent à la surface des mers. Quelque-

fois Les mollusques de cette famille font sortir par les

fentes latérales de leurs coquilles des lanières plus ou moins allongées, qui favorisent singuliérement leur natation. Ces productions du manteau, si utiles à la facilité des mouvements, se remarquent particulièrement chez les hyales (kyalæa cornea Lam.). Ces ptéropodes ne sont ni moins élégants ni moins pittoresques dans leurs formes que les clio, Les cléodores, les cymbulies et les limacines, genres dont les habitudes sont également erratiques.

Les mollusques sont loin d’être les seuls invertébrés qui exécutent des voyages plus ou moins considérables. De pareilles habitudes leur sont communes avec les insectes et les zoophytes. A la vérité, celles des derniers animaux, qui habitent le sein des mers, ont été moins observées. Aussi sont-elles moins connues. Nous ne pourrons guère en citer des exemples. Les migrations auxquelles se livrent les zoophytes ont été si peu étudiées, que nous sommes presque réduit à nos propres observations et à celles que nous devons à M. À. d'Orbigny. C’est aussi sur ces seules données que nous tracerons plus tard l’histoire de leurs voyages.

À plusieurs reprises différentes, et pendant plusieurs années, mais non consécutives, nous avons observé sur les bordsde la Méditerranée des passages considérables des cytherea chione, des cardium tuberculatum, des cerithium vulgatum et des buccinum mutabile.

Aux mêmes époques cette mer en rejeta un si grand nombre sur le rivage, que les mollusques y formaient comme des cordons d’une nouvelle sorte, tant les trainées de leurs coquilles étaient épaisses en même temps qu'étendues.

De pareils faits se présentent également en pleine mer: Îls sont presque toujours un objet d’étonnement pour les navigateurs, frappés de la quantité prodisieuse de mollusques, soit nus, soit conchifères, qu'ils apercoivent en traversant telle ou telle zone de l’Océan. Ces animaux disparaissent bientôt à leurs yeux, lorsque leurs navires ne suivent pas la même direction que celle des passages de ces mollusques. Ils les voient au contraire se prolonger sur des espaces extrêmement considérables, lorsque leurs vaisseaux côtoient ces légers habitants des ondes.

Telles sont les principales particularités des mollusques, dont les espèces sont aussi nombreuses que variées. Cet apercu prouve que l’on ne découvre pas dans cette classe des espèces émigrantes ni cosmopolites. On y voit seulement des races erratiques ou complétement stationnaires. Ceci n’empèche pas que les divers genres de ces animaux n’apparaissent sur les côtes ou dans l'intérieur de l'Océan à des époques diverses ; cette circonstance dépend uniquement de ce qu'ils se renouvellent dans des mois différents, et qu’ils

se rapprochent de certains rivages pour se reproduire.

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