DES ELMINTHÉS ET DES ZOOPHYTES
Pour terminer ces observations préliminaires, il ne nous reste plus qu’à dire quelques mots des elminthés et des zoophytes. Les premiers , vivant dans l’intérieur . du corps des autres animaux, sont par cela même sédentaires, comme tous les zoophytes qui appartiennent aux polypes à polypiers. Ceux-ci, architectes infatigables d’édifices gigantesques, malgré leur faiblesse et l’exiguïté de leurs dimensions, ne se déplacent jamais. Ils travaillent sans cesse, et, pouragrandir les récifs ou les iles qu'ils élèvent au-dessus des mers, ils ne se meuvent que dans l'intérêt de leurs ouvrages.
Onne trouve presque pas non plus d’espèces erratiques parmi les échinodermes pédicellés, les plus compliqués des zoophytes, tels que les astéries et les oursins proprement dits, dont les mouvements sont si lents,
qu'ils nesauraient se livrer à de longues excursions. Il en est de même des échinodermes sans pieds ; la plupart d’entre eux vivent en effet dans le sable, et sous l’eau de la mer. On peut en dire autant des acalèphes fixes, et avec d'autant plus de raison , que plusieurs d’entre eux, tels que certaines espèces d’actinies, s’attachent de préférence sur les coquilles, ou sur d’autres corps organisés pierreux marins.
IL faut donc descendre aux acaléphes libres et hydrostatiques pour rencontrer des zoophytes erratiques. Les méduses, les cyanées, les rhizostomes, les béroés, les cestes, les diphies, les vélelles, paraissent avoir de pareilles habitudes. C’est surtout chez les acalèphes hydrostatiques qu’elles sont généralement répandues. Les physalies, les physsophores, les rhizophyses et les stéphanomies ont été cités par tous les voyageurs comme des espèces aussi remarquables par la singularité de leurs formes et de leurs dispositions que par l'étendue des voyages auxquels elles se livrent. Il parait donc que ces espèces sont les plus éminemment erratiques de tous les zoophytes.
Les polypes nus ou les infusoires, vivant uniquement dans les eaux douces, sont, par suite de leurs habitudes, nécessairement sédentaires ; car les espèces qui offrent ce genre de stations voyagent beaucoup moins que celles qui se trouvent dans les eaux salées. Cet apercu, quelque succinct qu'il puisse paraître, suf-
fira cependant pour faire saisir quelles sont les mœurs des invertébrés considérés sous le rapport des mouvements qu’ils peuvent exécuter et des voyages qu'ils sont capables d'entreprendre.
Un assez grand nombre de zoophytes se livrent aussi à de fort longs voyages. Les méduses entre autres se distinguent d’une manière toute particulière par l’étendue de leurs excursions et le grand nombre d'individus qui concourent à ces passages plus ou moins irréguliers. On peut citer encore les vellèles et, par exemple, la vellela mutica, qui habite la Méditerranée. Les passages de ce zoophyte sont, comme tous ceux qu'exécutent les espèces de la même famille, tout à fait accidentels. On ne les voit pas se renouveler à des époques fixes. Ils sont souvent assez nombreux pour que les individus rejetés sur les côtes de la Méditerranée y composent comme des rubans bleus de la plus grande étendue.
M. A. d'Orbigny nous a appris que plusieurs espèces de mollusques du genre ommastrophus exécutaient presque annuellement de grandes et longues excursions. Il en est aussi bien de l’ommastrophus giganteus des mers du pôle sud que de l’ommastrophus sagittatus de celles du pôle Nord. Ces deux espèces viennent encombrer les côtes du Chili et les rivages de Terre-Neuve où M. A. d’Orbigny les a observées en quantité immense.
Les mollusques fluviatiles, bien différents des espèces marines, ne paraissent pas se livrer à de orands voyages. Aussi, dans les lieux où il n’existe pas de véritables rivières ni de grands cours d’eau, on n'en découvre point, puisque les mollusques des eaux douces ne se déplacent pas. Pour en être convaincu , il suffit de comparer le nombre des anodontes et des mulettes (zrio), que l’on rencontre à la Nouvelle-Guinée, dans l'Océanie, avec celui qui existe dans l’Amérique du Nord. Ces dernières y sont en nombre immense, tandis qu’il n'existe qu’une seule espèce d’anodontes et de mulettes dans les eaux douces de la première de ces contrées.
On ne saisit pas aussi bien à quelle cause on doit attribuer l’absence de toute hélice à la hauteur du détroit de Magellan ; si jamais on y en découvre, ce sera une preuve des effets de l’influence de l’homme sur la distribution des animaux. On ne peut pas non plus se rendre compte pourquoi le dernier mollusque univalve vers le pôle est une patelle (aux îles Powels et aux iles Auckland) à peu près comme au pôle nord, mais seulement à un degré moins avancé en latitude. On se demande enfin comment il se fait que les buccins du Nord n’ont aucun représentant dans les mers du Sud. Ces faits ont les plus grands rapports avec la questiou qui nous occupe: car, si par la suite ces circonstances n'étaient plus les mêmes,