DU PHÉNOMÈNE DE L'HIVERNATION
D’après. l’ensemble des faits que nous venons de rappeler, le besoin de se transporter d’un dieu dans un autre n’est pas également impérieux chez les animaux qui, par la facilité de leurs mouvements, entreprennent les plus longues migrations. Le besoin de changer de climat n’est pas non plus général chez les oiseaux et les poissons. Ils sont cependant les animaux en qui ce penchant semble le plus irrésistible ; car s’il était général, il n’y aurait pas d'espèces sé-
dentaires ou fixées d’une manière en quelque sorte irrévocable au sol qui les a vues naitre.
Le phénomène des migrations ou des passages est done un fait particulier et en quelque sorte individuel. Il n’est propre qu’à un certain nombre d’espéces, et parait soumis à certaines conditions. On ne voit guère parmi les mammifères que les très-petites espèces qui se livrent à de grandes migrations. Encore celles-ci ont généralement peu de fixité. Du moins elles ont rarement lieu à des époques déterminées, comme celles qui règlent les passages périodiques des oiseaux et des poissons.
Quant aux derniers animaux, c’est principalement ceux auxquels la facilité et l’agilité des mouvements donnent les moyens de se transporter à de grandes distances et de franchir des espaces très-étendus qui se livrent particulièrement à des migrations lointaines. Dès lors les oiseaux ou les poissons qui ne peuvent pas exécuter avec facilité toutes sortes de mouvements restent confinés dans les lieux qui les ont vus naître. Ceux-ci n’imitent donc pas l'humeur voyageuse des espèces de haut vol. Du moins nous voyons, à des époques réglées pour chaque espèce, les ‘dernières quitter les contrées où elles avaient fixé leur séjour pour aller chercher ailleurs une température ou une nourriture qui allait leur manquer. Elles partent souvent pour assurer la durée et la perpétuité de Leur
race, où poussées par un instinct plus irrésistible que ces diverses circonstances.
Le phénomène qui porte certains animaux à se déplacer à des époques plus ou moins fixes rappelle en quelque sorte celui de l’hivernation. Ce dernier phénomène est tout aussi particulier, tout aussi individuel que le premier. Il se renouvelle d'une manière aussi périodique que celui des passages et des migrations des oiseaux et des poissons. L’engourdissement de plusieurs animaux est tout aussi constant aux approches de l'hiver que le renouvellement des poils et des plumes ou celui des feuilles et des fruits.
C'est uniquement sous le rapport qui existe entre la particularité et la périodicité de ces phénomènes qu’il existe entre eux quelques rapports; car l’on ne saurait en trouver dans la cause qui les détermine. Nous avons apprécié les causes des premiers. Quant à celles qui déterminent les longs sommeils auxquels certaines espèces ne peuvent résister, elles semblent se rapporter à l’affaiblissement progressif de l’organisme qui dépend probablement du cours de son développement dans l’année.
L'influence de la température en est moins encore la cause déterminante qu’elle peut l’être des migrations des oiseaux et des poissons. Nous voyons en hiver les loirs maintenus dans des pièces où la température est entre + 42° et + 16° Réaumur (+ 15°
et + 20° centigrades), s'endormir tout aussi bien que lorsqu'ils se trouvent dans des lieux glacés. Il parait en être de même de la marmotte et du hérisson ; mais nous ignorons s'il en est également du blaireau.
Cependant la chaleur est loin d’être sans effet sur ce phénomène, comme sur les migrations. Du moins le sommeil des animaux dormeurs exposés à un froid vif et soutenu est plus profond que chez ceux que l’on place dans des appartements chanflés. Ces derniers font quelques mouvements, lorsqu'on les inquiète, mais sans se réveiller, tandis que les premiers restent parfaitement immobiles. Les animaux enfermés dans des pièces échauffées s’endorment aussi beaucoup plus tard. Longtemps encore on les voit se réveiller pendant quelques heures et prendre même pour lors de la nourriture.
Les modifications atmosphériques ne sont pas non plus sans effet sur les animaux qui hivernent. On les voit dormir plus profondément par la neige ou la gelée ; mais, lorsque le temps devient plus chaud, ils se réveillent pendant l’espace de quelques heures. L'âge n’est pas aussi sans quelque influence sur ce phénomène. Ainsi, les jeunes animaux s’endorment ordinairement plus tard que les vieux; ce qui s’explique par la nécessité où sont les premiers de prendre de la nourriture, nécessité qui est une suite de
leur accroissement non encore terminé.
La chaleur des animaux hivernants parait tendre également à se rapprocher des milieux ambiants lorsqu'ils sont engourdis ; si cependant la température vient à changer d’une manière subite, ce n’est que peu à peu que l’équilibre s'établit entre eux et les circonstances extérieures. Par suite de ce double effet, la température de l’air est tantôt au-dessus et tantôt au-dessous de celle de l’animal. Lorsque le froid se prolonge trop longtemps, ne pouvant en supporter l’action, il succombe et meurt.
Aïnsi, puisque les animaux hivernants s’endorment lors même qu'ils sont bien nourris, et qu'ils se trouvent dans des pièces échauffées, ce phénomène doit par cela même être déterminé par l’organisation, aussi bien que celui qui porte tant d’autres animaux à changer de climat à des époques fixes et déterminées.
Le phénoménedel’hivernation se lie tellement avec celui des migrations, que, d’après Linné, plusieurs espèces d'oiseaux offriraient l’un et l’autre. Du moins, d’après ce grand naturaliste, les hirondelles de rivage passeraient l’hiver sous l’eau.Si ce fait pouvait être réel, il tendrait à faire admettrequel’abaissement de la température en est la principale cause. Il est certain que plusieurs animaux, privés plus ou moins complétement de la vie par la rigueur du froid, sont cependant encore capables de reprendre le mouvement vital par l’augmentation de la température, au retour
du printemps. On peut se demander si, chez ces animaux, les liquides contenus dans les gros vaisseaux et le cœur sont congelés, comme ceux qui sont sous la peau et qui se présentent alors en cristaux bien formés.
Les ours maritimes s’engourdissent et meurent en quelque sorte par la rigueur du froid des régions glaciales où ils ont fixé leur séjour. On sait à quelles fureurs le réveil de la nature et le retour du printemps amènent ces cruels et terribles animaux.
M. Dutrochet a également cité un fait analogue devant l'académie des sciences de Paris, sur l’hivernation des hirondelles, fait dont il a été témoin. Au milieu de l'hiver, deux hirondelles furent trouvées engourdies dans un enfoncement qui existait dans une petite muraille et dans l’intérieur d’un bâtiment. Elles ne tardèrent pas à se réchauffer entre les mains de ceux qui les avaient prises ; elles s’envolèrent aussi bientôt. Peut-être, ainsi que le fait observer M. Dutrochet, les hirondelles, entrées par hasard dans le bàtiment, n'avaient pas puensortir; peut-être aussi, appartenant à une couvée tardive, elles étaient trop jeunes et trop faibles pour entreprendre ou pour continuer leurs longues migrations. Quoi qu’il en soit de cette supposition et de toutes celles auxquelles on pourraitse livrer, ce fait n’en annonce pas moins que les oiseaux, comme plusieurs mammifères et peut-être même cer-