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tains insectes, sont susceptibles d’hivernation, bien que les oiseaux n’hivernent pas ordinairement.
Il est difficile de contester l’hivernation des hirondelles, après ce que Larrey rapporte dans l’histoire de ses campagnes. En 1797, vers la fin de l'hiver, ce chirurgien, passant dans la vallée de la Maurienne, découvrit, dans une grotte profonde d’une montagne nommée l’Æirondellière, une grande quantité d’hirondelles suspendues comme un essaim d’abeilles dans l’un des recoins de la voûte de cette grotte. D’après ce fait, certains de ces oiseaux hiverneraient dans nos climats ; probablement ce sont ceux qui ne se sentent pas la force d'entreprendre de longs voyages.
Qnelques insectes ont aussi l'instinct d’hivernation donné à des animaux d’un ordre plus élevé. Quant à eux, il ne peut pas y avoir le moindre doute, surtout relativement à l’ordre qui se rapproche le plus des oiseaux, ou aux lépidoptères. En effet, un grand nombre de papillons passe l'hiver dans les contrées méridionales, engourdis et enfoncés dans les creux des rochers, aussi bien que dans ceux des murailles. Tels sont les papillons polychloros, urticæ, yalbum et antiopa. Les couleurs de cette dernière espèce en sont même altérées, souvent à tel point, que leurs bordures jaunes deviennent tout à fait blanches à la fin de l'hiver. Lorsque de beaux jours ont lieu, l'engourdissement de ces êtres légers cesse ; on les voit pour
lors voler avec tout autant d’agilité que dans l'été. Mais, pour si peu que la bise vienne à souffler’, ces papillons s’enferment et s’engourdissent de nouveau.
Les orthoptères présentent des mœurs analogues. L'acheta campestris, dont les sons flütés animent le silence des belles nuits d’été du midi de la France et de l'Italie, sort aussi de sa retraite lorsque la température s'élève pendant l'hiver. S'il ne fait plus entendre ses chants, qu'il garde pour ainsi dire pour la saison des amours, il n’en paraît pas moins agile dès que le soleil brille et réchauffe l’atmasphère. On le voit courir, s’agiter avec la même prestesse que pendant l'été. Il en est de mème du gryllus lineola, espèce essentiellement méridionale.
Si le froid revient, le premier rentre dans son trou, et le second s'enfonce dans quelque creux de rocher. Il s’y tient cramponné sans mouvement, attendant ainsi, dans un état de mort apparente, le réveil de la nature.
Ces faits, et une foule d’autres que nous aurions pu accumuler, annoncent que le phénomène de l’hivernation n'est pas aussi rare chez les animaux terrestres, qu'on l'avait longtemps supposé. S'il parait peu fréquent chez les espèces aquatiques, cette circonstance tient peut-être à la difficulté que présente l’observation de ces espèces.
Les poissons, comme probablement les autres ani-
maux aquatiques, passent l'hiver dans un état particulier d’engourdissement. On rapporte du moins des faits qui semblent l’annoncer, pour les loches principalement. Il en est ainsi pour celle qui est connue sous le nom de franche (cobitis fossilis), ainsi que pour les anguilles et les esturgeons. Ces poissons s’enfoncent plus ou moins profondément dans la vase lors des grands froids. Ils y restent engourdis jusqu’à ce que la température leur rende leur premiére activité. Cette habitude de se tapir dans la vase est aussi commune chez les poissons des eaux douces que celle de se tenir dans la profondeur des mers est familière aux espèces marines. Les unes et les autres passent ainsi l’hiver dans une sorte d’engourdissement. Nous avons déjà assez insisté, dans nos observations sur les passages des différentes espèces de poissons, pour n’avoir pas à y revenir. Chez cet ordre d'animaux, le phénomène de l’hivernation est presque aussi général que celui qui les porte à se transporter d’un climat dans un autre. Aussi les causes de l’un de ces phénomènes peuvent servir à nous faire comprendre ce qu’il y a d’obscur dans des faits qui sont environnés de tant de difficultés.
Nous voyons également les serpents, aussi bien les espèces terrestres que les aquatiques, s’engourdir et rester immobiles pendant la saison des frimas. Du moins ceux que nous élevons dans l’intérieur de
nos habitations entrent dans un état de torpeur d’autant plus complet que la température est plus basse, C’est ce que nous observons particulièrement chez les boas et les autres serpents des climats chauds, lorsque nous les transportons dans les contrées tempérées. D'un autre côté, les vipères s’enterrent à l’approche de l'hiver; elles demeurent comme engourdies pendant toute la froide saison, et ne reprennent leur activité et leur énergie qu’au retour du printemps: Il en est de même de certaines tortues , quoique en général les animaux de cegenre résistent à d'assez grands froids. Malgré cette résistance, plusieurs s’enfoncent dans l’intérieur de la terre lorsque le froid devient trés-vif et se prolonge longtemps:
Les expériences de M: Gaimard, suivies avec beaucoup de soin, ont prouvé que l’on peut faire geler les crapauds sans que pour cela ils perdent la vie. On peut en abaisser la température au point que les intervalles entre les fibres musculaires sont remplis de petits morceaux de glace, et que toutes les fonctions animales sont complétement suspendues, comme dans le phénomène de l’hivernation. Il est possible cependant de les rappeler à la vie, pourvu que l’augmentation de température soit convenablement graduée. Ces reptiles peuvent être rendus à leur état normal et reprendre leur agilité ordinaire en huit ou dix minutes de temps, si l’on apporte une grande at-
tention dans la distribution de la chaleur qui doit les
ramener à la vie.
Dans l’état de congélation, les crapauds ne donnent
aucun signe de vie; leur corps est dur et rigide. Il est impossible de faire opérer à leurs membres le moindre mouvement. Le plus petit effort les brise comme du verre. Leur retour à la vie a lieu par leur immersion dans de l’eau lésèrement chauffée : presque aussitôt que les particules de glace sont fondues, les membres et la peau reprennent leur flexibilité, et ces animaux commencent à se mouvoir. Leurs yeux, qui paraissaient flétris, deviennent tout à coup proéminents. Quand on laisse geler les crapauds trop rapidement, soit dans l’eau, soit dans l'air, ils ne retournent jamais à la vie. Il serait curieux de comparer ces faits avec ceux qui se passent dans le phénomène de l’hivernation, et avec la croyance de certains naturalistes qui supposent que les crapauds peuvent être conservés vivants pendant longtemps dans du platre gaché ou scellés dans des murs.
La faculté que présentent assez généralement les serpents de s’engourdir pendant l'hiver par l'effet de l’abaissement de la température, parait d'autant moins étonnante qu’on a supposé que ces animaux se mettaient constamment en rapport avec la température extérieure. Cependant, d’après les travaux de
MM. Lamarre, Piquot et Valenciennes, certaines
espéces à sang froid peuvent, dans des circonstances déterminées, devenir des animaux à sang chaud. En effet,quelques animaux hivernants deviennent,dansdes circonstances déterminées, des espèces à sang chaud.
Ces recherches ont été confirmées par MM. Becquerel et Flourens, qui ont étudié d’une manière toute particulière la température des animaux à sang froid. Leurs expériences ont été faites sur plusieurs reptiles, sur des lézards, des serpents, des batraciens, etc. Elles ont été également suivies sur plusieurs insectes et d’autres animaux des classes inférieures, au moyen de l’appareil thermo-électrique de M. Becquerel, sorte de thermomètre très-délicat.
Le résultat le plus général de leurs recherches paraît avoir démontré que les animaux dits à sang froid ont une température propre ou supérieure à la chaleur extérieure; de sorte qu’en réalité ils sont animaux à sang chaud. Seulement ils le sont à un degré plus faible que les espèces dont le sang a une chaleur notable.
La température des lézards est plus élevée que celle des batraciens ; de pareilles différences dans la chaleur se font remarquer sur le même animal, selon qu'on explore telle ou telle région de son corps. Ainsi la température prise sur une couleuvre est sensiblement plus élevée près du cœur que dans la
région de la queue.
On peut trouver quelque analogie entre le phénomène de la vie rendue aux crapauds gelés, au moyen de l'élévation de la température, avec celui que présentent, dans un cas contraire, certains animaux hivernants, comme par exemple les marmottes. Le meilleur moyen de les faire sortir de leur profond assoupissement est de les exposer à un froid excessif. Ces quadrupèdes éprouvent pour lors une souffrance si vive qu'elle les fait sortir de leur engourdissement. Lorsque le froid, auquel ils ont dû momentanément la suspension de l’état de torpeur dans lequel ils étaient plongés se continue, ces animaux ne tardent pas à périr. Mais, par l'effet de cet instinct conservateur que la nature a placé dans le cerveau de chacun des êtres qu'elle a créés, les marmottes s’exposent peu à de pareils dangers. Elles creusent en effet des terriers profonds ; elles prennent le plus grand soin pour fermer les issues des galeries qui y conduisent. Maintenues dans une température supérieure au degré de congélation de l’eau pendant les plus grands froids, elles s’engourdissent, mais sans danger pour leur vie.
Il en est également des loirs : leur engourdissement périodique commence avec les froids et cesse aux premiers jours du printemps. Ces mammiféres, différant en cela des marmottes, paraissent se réveiller à plusieurs reprises pendant l'hiver : ils
consomment pendant leurs réveils successifs les provisions qu'ils ont amassées pendant la belle saison.
Les animaux hivernants sont généralement fort gras au moment où commence leur léthargie et leur état de torpeur. Leur épiploon est chargé d’une grande quantité de feuillets adipeux, qui ont disparu au moment de leur réveil ; leur poids total est alors sensiblement diminué, ce qu'annonce leur extrême maigreur.
Cette différence de poids prouve que la graisse dont les espèces hivernantes sont pourvues, leur est utile, non-seulement pour leur nourriture pendant leur sommeil léthargique, mais encore pour les moments de veille auxquels elles peuvent être exposées par l'élévation ou l’abaissement de la température. Quant aux espèces moins prévoyantes que les loirs, elles se nourrissent au moyen du tissu adipeux qui s’est formé avant leur engourdissement.
On observe des faits analogues chez les oiseaux émigrants ; ils sont généralement fort maigres lorsqu'ils arrivent aprés avoir franchi de grandes distances. Ils se montrent au contraire dans un état d’embonpoint remarquable lorsqu'ils quittent les contrées où ils ont séjourné quelque temps. On peut citer à cet égard les oiseaux dont les migrations sont les mieux connues et les plus étendues : les cailles, les hirondelles et les martinets. Après avoir traversé
les mers, ces oiseaux arrivent presque toujours dans nos régions dans un état de maigreur particulier. Lorqu'’ils ont séjourné quelque temps au milieu des vignes ou des prairies du midi de la France, ils sont sigras qu'ils ne peuvent s'enfuir vers d’autres lieux. Cette circonstance les force souvent à ne point abandonner nos campagnes, ce qui a lieu particuliérement pour les cailles.
Le pipit des prés (anthus pratensis), si peu recherché à l’époque de son arrivée, en raison de sa maigreur, l’est beaucoup au contraire lorsqu'il se prépare à quitter les provinces méridionales de la France. On le désigne pour lors sous le nom de grasset. Cette dénomination indique son état nouveau. Ce que nous venons de dire du pipit se remarque également à l'égard de l’engoulevent ordinaire (caprimulgus Europæus) et d’un grand nombre de fauvettes et de bruants.
De pareilles circonstances ne se représentent pas chez les espèces sédentaires, comme chez le moineau franc, la perdrix rouge, les coqs de bruyère, les gangas, les lagopèdes, et une foule d’autres espèces qui sont et demeurent constamment à peu prés dans le même état d’embonpoint. Ces oiseaux, qui ne doivent pas se livrer à des migrations lointaines, n’ont pas à se charger de graisse pour suppléer au manque de nourriture. Les espèces voyageuses sont
exposées seules à être privées d'aliments dans leurs longues traversées. La cause de ces phénomènes est sans doute différente, mais leurs effets ont de grands rapports : les uns et les autres paraissent du moins sous la dépendance de l'instinct.
Les faits précédents, quoique peu nombreux, le sont assez pour faire saisir qu'il existe quelque analogieentre le phénomène de l’hivernation et celui des migrations. Tous deux paraissent indépendants des circonstances extérieures, ou du moins n'être déterminés par elles qu'à raison du moment où ils s’exercent. S'il est une époque précise où chaque espèce doit hiverner, quelle que soit d’ailleurs la température dont elle éprouve les effets, il en est une non moins absolue et non moins impérieuse pour les espèces émigrantes; c'est celle de l'instant de leur départ pour des contrées lointaines.
Ce besoin est irrésistible pour les unes comme pour les autres; mais les résultats en sont seulement différents. Tandis que les unes s’enfoncent dans la terre ou dans les cavités des rochers, plongées dans un sommeil profond qui ressemble à la mort, les autres fendent les vastes plaines de l’air, bravent les tempêtes aussi bien que l’aquilon; quelques-unes au contraire se transportent des régions glacées des pôles vers les climats plus doux des contrées tempé-
rées. Ainsi chaque espèce cède à la puissance de son
instinct. L'homme peut, par son influence, en déranger Jusqu'à un certain point l'harmonie; mais il ne lui est pas donné de le détruire et d’en anéantir l’action. Avant tout, les desseins de la nature, dont nous sommes si loin de comprendre la sagesse et la portée, doivent s’accomplir; car il faut que l’œuvre mystérieuse de la création s’achève et se termine.
Nous avons étudié chez tous les ordres d'animaux le phénomène de leurs passages accidentels, ainsi que celui de leurs migrations périodiques. Nous avons cherché à reconnaitre les causes qui portent les uns à se déplacer à des époques aussi incertaines qu'irrésulières, et les autres à se livrer à de grands voyages dont la constance et la régularité ont quelque chose de merveilleux. Nous aurions pu porter nos vues encore plus haut, et trouver dans ce mouvement et cette agitation continuelle une de ces lois générales qui dominent la nature entière.
En effet, tout dans le monde est dans un tourbillon qui ne se ralentit jamais, aussi bien dans les astres nombreux de l’univers que chez les êtres qui y sont disséminés. Cette activité existe non-seulement chez les espèces placées à la tête de la création, mais encore chez les races les plus imparfaites.
Il en est de l’homme lui-même comme des plus chétifs animaux. Tous, par suite d’un instinct impérieux, tendent à se transporter plus ou moins loin
des lieux qui les ont vus naître. Tous recherchent les contrées où ils peuvent trouver un refuge assuré contre la rigueur des saisons, ou une nourriture abondante et appropriée à leurs besoins. Une prévoyance instinctive les pousse vers les lieux où ils rencontreront ces circonstances réunies. Ce pressentiment ne les trompe jamais. Un instinct supérieur encore, et dont les effets sont moins compréhensibles, force les animaux à se transporter avec une constance remarquable dans des régions nouvelles. Aucun besoin apparent ne les y contraint : ils se déplacent pour satisfaire la condition la plus impérieuse et la plus irrésistible de leur organisation.
Ces causes puissantes, dont l’action se renouvelle comme les êtres qui en ressentent les effets, et dont la régularité est aussi grande que le retour des saisons, ou la germination et la floraison des végétaux, produisent à la fois les passages accidentels des diverses espèces d'animaux, ainsi que leurs migrations périodiques.