‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 13 sur 117 · RS QUES · texte numérisé non relu

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ont eu lieu entre des régions voisines, en sorte que toutes ou la plupart des espèces originaires de l’une et de l’autre sont devenues communes aux deux. Rien alors ne peut déceler leur séparation primitive. Cependant, si au milieu d’une faune commune on trouve limitées dans des aires distinctes un certain nombre d'espèces, celles-ci ne semblent pouvoir provenir que de centres de créations différents ; dès lors on doit les considérer comme caractéristiques d'autant de régions zoologiques particulières.

Il est cependant quelques espèces vivantes que l’on retrouve à peu prés partout, quelle que soitla distance qui sépare les lieux où on les observe. Celles-ci, universellement répandues, peuvent être considérées en quelque sorte comme des espèces cosmopolites. Elles se rapportent à peu près uniquement à des animaux éminemment voyageurs, les poissons parmi les êtres marins, et les oiseaux, surtout les races aquatiques. Celles-ci nous fournissent du moins les principaux exemples d’une distribution aussi uniforme. On pourrait peut-être ajouter à ces vertébrés quelques espèces qui appartiennent aux diverses classes des invertébrés, principalement aux mollusques, aux crustacés et aux zoophytes.

Ces races cosmopolites ne peuvent nous fournir aucune donnée sur la patrie primitive dont elles seraient originaires, et d’où elles seraient parties pour

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aller peupler d’autres contrées. Leur dissémination s'explique du reste, soit que toutes aient appartenu dans le principe à une seule et même région, soit que chacune d'elles ait été primitivement limitée à une partie différente de la surface du globe.

D’après ces faits, les espèces généralement répandues, et qui occupent maintenant de grands espaces, n'ont probablement pas conservé leurs habitations primitives. Tout porte, au contraire, à les considérer comme des races qui, par suite de leur instinct voyageur, se sont propagées bien loin de leur patrie originaire. Les migrations ont donc tendu à changer l’ordre de distribution primitivement établi, et a méler continuellement les espèces d’une région avec celles d’une autre. On doit d'autant moins en douter, que de pareils effets se poursuivent sans cesse et se passent pour ainsi dire sous nos yeux.

Les migrations ontexercé à cet égard une si grande influence , qu’il est difficile de remonter maintenant jusqu’à la distribution primitive des êtres. Cette détermination est d'autant moins facile, qu’à cette influence est venue s'ajouter celle de l’homme, qui par ses voyages multipliés a mêlé les animaux et mème les végétaux des différentes régions. En effet l’homme a transporté avec lui les planies, qui, fixées et attachées au sol qui les a vues naître, ne peuvent s'étendre ailleurs, qu'en raison de la légèreté de leurs graines. L'espèce hu-

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maine a donc entrainé avec elle tous les êtres qui pouvaient lui être utiles ; tandis qu'elle a été souvent suivie par ceux qui, à peu près constamment attachés à ses pas, parviennent dans tous les lieux où elle s’établit. De même, en déplacant sans cesse les productions des contrées les plus diverses, l’homme apporte les graines et souvent les germes des êtres les plus différents, dans les régions les plus éloignées de celles où ils se seraient développés si aucune influence n'avait changé l’ordre établi.

Les effets nécessaires des migrations rendent donc presque impossible la reconnaissance des centres de création auxquels semblent devoir être rapportés les divers animaux et végétaux. [Il est par cela mème difficile de serendre compte du mode de distribution des êtres organisés sans supposer l'existence primitived’un certain nombre de foyers de création. Ces centres sont épars sur la surface du globe; ils comprennent un certain nombre d’espèces particulières, dont les descendants se sont peu à peu étendus au loin. Dans tous ces phénomènes on reconnaît des indices de l’influence de la chaleur, aussi bien sur la premiére création des êtres que sur leur dispersion subséquente. Une température élevée parait la condition la plus favorable et la plus essentielle pour la multiplicité des espèces, comme pour la perfection de leur organisation. De même l’observation des détails de l’or-

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sanisme montre qu'il existe un certain rapport en— tre le climat des diverses régions et les formes des êtres qui en sont les habitants.

La température n’est pas non plus sans influence sur les migrations ; elle contribue en effet à déplacer une foule d'espèces, et par cela elle a singulièrement dérangé l’ordre primitif de la création. On peut, ce semble, rattacher à cette cause la plupart des faits physiques du globe, aussi bien ceux qui se rapportent aux êtres vivants qu'a ceux de la nature brute et inanimée.

Cet apercu est peut-être suflisant pour faire saisir l'intérêt que présente le phénomène des migrations ; du moins, les observations que son étude nous fournira nous permettront peut-être de soulever une partie du voile qui couvre encore la distribution primitive des êtres répandus sur la surface de notre planète.

Quoi qu'il en soit, si l’on veut considérer les migrations dans leurs fins, il est difficile de ne point y voir une preuve de l’admirable sagesse qui a présidé à la distribution des êtres vivants. Ces voyages ne contribuent pas seulement à répandre une variété infinie dans les productions de la nature, mais ils fournissent à l’homme des moyens continuels et toujours nouveaux de se procurer une subsistance appropriée à ses gouts et à ses besoins.

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