‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 20 sur 117 · NET" VE · texte numérisé non relu

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en grande abondance près des côtes de Sumatra; ils lui avaient paru également fort communs à Marsden ; à présent 1l en existe à peine dans ces régions.

Les dugongs ont fui devant l’homme; ils sont venus s’accumuler dans le détroit de Torres, qui est fort peu visité par les navigateurs. Ce qui est arrivé de nos jours à cette espèce s’est manifesté depuis longtemps relativement à une foule d’autres animaux. Ainsi l’homme a refoulé les grands cétacés vers les régions polaires, et il menace encore leur existence jusque dans ces régions glacées. Cependant, au temps de Juvénal, ces mammifères marins, les colosses de la nature vivante, se trouvaient en foule jusque sur les côtes de la Manche; on n’y en voit presque plus aujourd’hui.

L'homme, qui étend et multiplie sans cesse les espèces qu’il a soumises, tend également à détruire celles sur lesquelles il parait sans action, quoiqu'il sache en tirer parti. Les animaux et particulièrement les baleines et les cachalots redoutent beaucoup notre présence, et à l’approche des vaisseaux ils s’enfuient avec une si grande vitesse, qu'il est souvent difficile de les saisir dans les mers où ils sont encore en grande abondance.

L'homme n’exerce pas seulement son influence sur les divers animaux ; il agit lui-même sur sa propre espèce. En effet, les races civilisées profitent du dé-

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veloppement de leur intelligence et de leur supériorité pour anéantir les races sauvages. Un exemple frappant de cette influence puissante nous est fourni par les habitants de la terre de Van-Diémen. L’invasion des Européens qui s'étendent de jour en jour et de toutes les manières possibles dans les iles et les continents de la mer du Sud a extrêmement diminué le nombre des naturels de cette contrée, du reste peu fortunée.

En effet, d’après M. Dumontier qui s’est occupé avec le plus grand soin à recueillir les données relatives aux races humaines, dans le voyage de circumnavigation de l’Æstrolabe et la Zélée , i n'existe plus que quarante naturels dans la grande ile de Van-Diémen. On les a déportés dans l’ile Flinders, et une seule naissance a eu lieu en 4840 chez ces naturels. Seize années ont sufli pour produire un pareil résultat, et sans que d’autres causes que celles des changements dans les habitudes de ces sauvages aient agi sur leur moral comme sur leur physique.

La même ile comptait cependant en 4824, trois cent quarante indigènes, dont cent quatre-vingts hommes et cent soixante femmes ; mais en 1840 il n’y en avait plus que quarante, parmi lesquels ii n’existait qu’une seule femme. Tel est l’effet de l’homme sur l’homme;

il est assez sensible pour saisir toute l’influence que la civilisation peut exercer sur la répartition des es-

pèces à la surface du globe. C’est elle qui, pour un très-grand nombre d'espèces vivantes, a changé presque entiérement leur distribution primitive. En effet, son action constante tend à détruire certaines races, à en multiplier d’autres, et enfin à modifier d’une manière plus ou moins marquée l’ordre et l'harmonie premiére des choses créées.

IT. Des migrations des mammifères marins ou des cétacés.

Les mammifères marins qui ont tant de rapports avec les poissons, en ont malgré leurs lourdes masses toute l’agilité ; aussi, à raison de cette circonstance, ils se livrent, comme les premiers de ces animaux, à des migrations plus ou moins étendues. En général, réunis en grande troupe, les cétacés parcourent les mers les moins fréquentées. La puissance de l'homme a refoulé vers les régions polaires les plus grands mammifères marins, tels que les baleines, les cachalots et une foule d’autres espèces. Ces animaux ne viennent plus que très-accidentellement sur les côtes de la Manche, et encore moins dans la Méditerranée, mers qu’au dire de Juvénal ils fréquentaient de son temps.

Avant de suivre dans leurs migrations lointaines les oiseaux les plus agiles des animaux vertébrés,

voyons si quelques mammifères marins ne feraient

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pas aussi de longs voyages à des époques plus ou moins fixes. On se tromperait grandement, si l’on supposait qu’à raison de leur pesanteur et de leur grand volume les cétacés ne doivent pas se transporter à de grandes distances : les faits démontrent le contraire, et leur agilité en rend facilement raison. Leurs conditions d’existence exigent souvent ces longues migrations, et leur organisation leur permet d'y satisfaire.

Du reste, l’influence d’unetempérature trop chaude ou trop froide, le besoin de sécurité ou d’une nourriture plus abondante que ceile qu'ils trouvent dans leur patrie primitive, semblent les causes dominantes des excursions plus ou moins lointaines des cétacés.

Ainsi, le lamantin quitte à une certaine époque de l’année le sein de l'Océan, c’est-à-dire vers la fin de l'hiver. 11 va chercher dans les lacs de l'Orénoque la nourriture qu'il ne trouvait plus dans le sein des mers. Lorsque, par suite de circonstances particulières, ces lacs viennent à se dessécher, plusieurs milliers de ces animaux succombent et meurent, faute de pouvoir ou de savoir en sortir. Les céfacés se livrent à des courses si considérables que la Condamine assure en avoir rencontré dans plusieurs rivières des côtes de la Guyane, ainsi que dans celles qui se jettent

dans l’Amazone et dans ce fleuve même, à plus de

mille lieues au-dessus de son embouchure (1). 11 parait que les lamantins s’avancent également dans le fleuve Niger ou du Sénévpal, trés-loin de son embouchure.

De pareilles habitudes se remarquent également chez le dauphin vulgaire (delphinus delphis). On rencontre à la fois cette derniére espèce dans la Méditerranée, l'Océan, les mers du Nord et celles qui se rapprochent de l’équateur. On ne voit pas que dans cet immense intervalle le dauphin éprouve les plus légères variations, même en les comparant avec les fisgures que les anciens nous en ont laissées sur leurs monuments. Lorsque ces animaux voyagent, c'est toujours en troupes nombreuses. Ils suivent volontiers les vaisseaux, et luttent en quelque sorte de vitesse avec les meilleurs voiliers. Les dauphins vulgaires ne se montrent guère sur les côtes du midi de la France que pendant le printemps et l'été : plus tard ils nous quittent entiérement. Il doit en être de même des autres espèces de dauphins : du moins on découvre le nesarnak (delphis turdo), qui habite ordinairement l'Océan dans le voisinage de l’Europe, fort avant dans les mers du Nord. D’un autre côté, le daüphin de Desmarest (delphinus Desmareti Risso)

(1) Voyage à la rivière des Amazones, pag. 154.

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doit nécessairement voyager, puisqu'on ne le voit sur les côtes de la Méditerranée qu’à deux époques différentes , au printemps et en automne, surtout en mars et en septembre.

Parmi les espèces de cétacés, qui ont l'humeur la plus décidément voyageuse, on peut citer au premier rang le marsouin commun (phocæna communis ).

Ces mammifères marins se rencontrent à la fois dans les mers du Nord et dans nos mers, soit dans l'Océan, soit dans la Méditerranée. On les voit nager à la surface des flots en troupes extrêmement nombreuses. Ces animaux se plaisent à Jouer entre eux, et les plus grandes tempêtes ne les en empêchent pas. Ils remontent même parfois les fleuves et les rivières. Aussi, n'est-il pas rare d’en voir dans la Seine à Rouen, et jusqu’à Paris, ainsi que dans la Loire à Nantes, et dans la Gironde à Bordeaux.

Les migrations des marsouins paraissent aussi périodiques que celles de certaines espèces d'oiseaux. On les voit s’avancer constamment dans les saisons froides du nord au midi, et du midi au nord, lorsque l’été fait sentir son imfluence. Aussi les marsouins sont communs en été dans le Groënland , tandis que pour lors ils sont fort rares sur nos côtes, où ils abondent au contraire en hiver, et même jusqu’à un certain point au printemps et en automne, du moins dans la Méditerranée.

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