‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 27 sur 117 · ARE · texte numérisé non relu

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fruits, et détruit peu d'insectes. Sous ce rapport les espèces insectivores ont leur utilité, puisqu'elles dévorent ces derniers animaux, les fléaux des champs, et sous ce rapport l’homme leur doit en quelque sorte protection.

On conçoit aisément que les mauvais voiliers doivent être les oiseaux les plus sédentaires; peut-être aussi pour cette raison les gallinacés se livrent peu à de grandes migrations. Aussi cet ordre est-il plus nombreux dans l’ancien continent que dans le nouveau, et surtout que dans la Nouvelle-Hollande, où il en existe à peine. Si au contraire ces oiseaux s'étaient livrés, comme tant d’autres, à des voyages lointains, ils se seraient répandus dans diverses parties du globe, autres que celles où ils ont fixé leur séjour. Mais puisqu'ils sont bornés au lieu de leur naissance , ils annoncent par là qu'ils n’ont point changé de climat.

IL est cependant des gallinacés qui font encore d’assez longues courses, et cela indépendamment de la caille, des pigeons et des tourterelles, oiseaux fameux par l’étendue de leurs excursions. On peut citer particulièrement les dindons dont l’espèce domestique se trouve à l’état sauvage dans diverses parties de l’intérieur de l'Amérique septentrionale.

Ces dindons sauvages se nourrissent de baies et de fruits ; lorsqu'ils ont épuisé ceux d’une contrée, ils se rendent dans une autre, afin d’y trouver ce qui leur

manquait. Ainsi, vers le commencement d'octobre, lorsque les graines et les fruits ont disparu , on les voit s’assembler en troupes plus ou moins nombreuses, vers les plaines fertiles de l'Ohio et du Mississipi et y chercher leur nourriture. Les femelles, suivies de leurs petits, se tiennent constamment séparées des males, qu'elles redoutent. Les uns et les autres voyagent constamment à pied, et suivent la même direction.

Lorsque cette armée de dindons rencontre une rivière sur son passage, elle est forcée de suspendre sa marche et de s'arrêter. Etonnés par cet obstacle, on voit pour lors les dindons se porter sur les plus grandes hau-

-teurs qui en couronnent les bords et y rester plusieurs jours, comme en délibération. Ils se décident enfin à monter sur le sommet des arbres Les plus rapprochés de la rivière. À un signal donné par le chef de la troupe, tous prennent leur vol vers la rive opposée, où les ieux arrivent facilement, même lorsqu'elle a un mille de large. Quant aux jeunes, ils tombent souvent dans l’eau, et sont pour lors forcés d’achever leur traversée à la nage.

Parvenus ainsi dans un canton où les fruits abondent, ils se divisent par troupes, sans distinction d'age ni de sexe, et dévorent tout ce qu’ils rencontrent. Ils passent ainsi une partie de l’automne et de l'hiver ; vers le milieu de février, les femelles, bientôt

suivies des mâles, vont s'occuper de la ponte. Elles construisent un nid à terre avec des feuilles sèches, et y pondent de dix à quinze œufs. Elles se réunissent quelquefois plusieurs pour déposer leurs œufs dans un même nid et élever leurs petits en cemmun. L’une des mères, toujours vigilante, veille constamment sur ces nids. Elle en défend l’approche aux autres oiseaux et aux mammifères qui voudraient en dévorer les œufs.

On concoit comment avec de pareïlles habitudes, les dindons sauvages n’ont jamais quitté le sol de l’Amérique, où ils ont pris naissance. Ils se bornent à faire, dans cette contrée, des voyages d’un canton à l’autre, selon l'espoir qu'ils ont de trouver ailleurs: ce qu'ils n’ont plus dans les lieux qu'ils habitaient primitivement.

Mais pourquoi en est-il de même des jacanas, des toucans, des guit-guit et des colibris , dont le vol est aussi élégant que léger ? Si ceux-ci ne se dépaysent pas plus que les dindons, et si comme eux ils n’ont point d'autre patrie que le nouveau monde, n'est-ce point parce que ces différentes espèces y rencontrent constamment ce qui est nécessaire à leur existence ? N'est-ce pas également par des causes du même genre que les promerops, les tangaras et les tamatias n'ont jamais abandonné les forêts du nouveau continent et

que chaque espèce de perroquet est restée sédentaire

dans les lieux qui l’ont vue naître ? Aussi il n’y a pas d'espèces de ce genre qui soient communes à l’Amérique et à la Nouvelle-Hollande; cependant ces deux continents sont à peu près la patrie exclusive des perroquets (1).

(1) L'influence de la température se fait ressentir non-seulement sur les mœurs des oiseaux, puisqu'elle en retient un certain nombre dans les lieux de leur naissance, mais elle exerce une influence non moins sensible sur la beauté de leur plumage.

On sait que les plus beaux oiseaux comme les insectes revêtus des plus magnifiques couleurs appartiennent aux contrées les plus chaudes de la terre. Parmi les plus belles espèces de cet ordre d’animaux on doit surtout citer le tangara de Vassor (tangara Vassorii) d’un beau bleu d’azur émaillé. Cet oiseau est Ge Santa-Fé de Bogota en Colombie. Si ces faits prouvent quelle est l'influence de la température sur les oiseaux, d’autres prouvent combien est grande celle de la nourriture.

Jusqu'à présent on n’avait pas pu parvenir à reproduire en Europe le cardinal huppé de Virginie (loxia cardinalis Linn.). On était seulement parvenu à opérer la reproduction du cardinal dominicain ({oxia dominicana Linn.); mais toutes les tentatives avaient été sans succès pour la première espèce de gros bec. En fournissant à ces oiseaux la nourriture qui leur convenait, ils ont fait en France des couvées comme en Amérique. Les pelits qu’elles ont produits ont très-bien réussi par suite des soins que leur a prodigués M. Grégory (Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, tom. xv, n° 4, 4 juillet 4842, pag. 58).

Il serait curieux de s’assurer si l’on ne pourrait pas en faire de même des colibris ; ces oiseaux restent constamment confinés dans les lieux de leur naissance, par suite peut-être de la difficulté qu'ils éprouveraient de rencontrer ailleurs une nourriture convenable. On ne voit pas pourquoi, si

elle leur était donnée en Europe comme en Amérique, ces oiseaux ne pour-

Du moins les contrées brülantes et stériles de l’Afrique n’ont jamais été fréquentées que par le perroquet cendré (psittacus erythacus). Le sol de l'Europe n’a jamais vu non plus aucune espèce de ce genre animer ses campagnes. D'un autre côté, les touracous;, les courols, les barbicans, n’ont pas plus abandonné le sol de l'Afrique que d’autres espèces celui de l’Asie: Quelques circonstances particulières que l’on remarque chez des oiseaux bien connus et dont on peut facilement observer les passages, semblent propres à nous en faire apprécier les motifs.

Les cailles, dont nous avons déjà parlé, ont leurs migrations tellement régulières, qu'on les voit arriver constamment dans le midi de la France vers le commencement d'avril, et en repartir vers la fin d'août ou dans le courant du mois de septembre. Ces cailles quittent quelquefois les contrées méridionales lorsque la sécheresse y est trop grande, dans l’espoir de trouver ailleurs ce qui leur manque parmi nous. D'un autre côté, les foulques (fulica atra Linn.), qui ordinairement paraissent sur les côtes du midi de la France depuis le mois d'octobre jusqu’au mois d’a-

raient pas se reproduire dans les régions tempérées. Ce genre de recherches est trop intéressant pour ne pas être tenté par quelque observateur habile, qui pourra se procurer facilement des colibris vivants.

vril, ne s’y sont point arrêtées dans l’année 1837. La cause de la retraite de ces oiseaux des lieux où ils sont ordinairement si abondants a paru tenir à l’extrême sécheresse de cette année. Cette sécherëesse fut si grande, que les étangs salés ne recevant presque plus d’eau douce, les herbes n’y poussérent pas comme à l'ordinaire.

On se demandera peut-être comment les oiseaux peuvent prévoir de pareilles circonstances ? On juge facilement pourquoi ils quittent des contrées où ils ne trouvent pas toutes les conditions qui leur conviennent; comme le font les caïlles ; soit celles qui, poussées par des vents violents, arrivent sur nos côtes vers la fin de mars, soit les vieilles qui ne s’y rendent que plus tard: Mais ce dont il est diflicile de se rendre raison, c'est comment des oiseaux peuvent savoir d’avance qu'ils ne trouveront pas ce qui leur est nécessaire dans les contrées où ils ont l'habitude de se rendre à des époques fixes.

Certains faits permettent cependant d’entrevoir que cette prévoyance n’a rien d’extraordinaire, quoique les foulques dont nous nous occupons ici d’une manière particulière, arrivent constammenñt de nuit sur les étangs salés. Le lendemain de leur arrivée, ces oiseaux , après avoir reconnü les lieux où ils avaient l’habitude de séjourner; et n°y trouvant pas de quoi satisfaire leurs besoins ; les abandonnent

avec leurs compagnons, pour n’y revenir que l’année suivante. |

Un exemple rendra ceci encore plus sensible, d’autant qu'il est facile de le vérifier. Pour prendre une grande quantité de moineaux, espèce complétement sédentaire dans les contrées méridionales de la France, un assez grand nombre de chasseurs sèment leurs champs en millet, graine dont ces oiseaux sont fort friands. Lorsque la graine est müre, on les voit arriver de toutes parts, empressés qu’ils sont de s’en repaitre. Leur nombre est pour lors tellement considérable, qu'on se demande comment ceux qui étaient les plus éloignés de ces champs ont pu savoir qu'ils y trouveraient de quoi satisfaire leurs gouts. ils ne le peuvent, ce semble, que parce qu'ils ont quelques moyens de s'appeler mutuellement et de signaler à leurs compagnons une circonstance que tous recherchent avec ardeur.

Aussi lorsque des oiseaux tels que les espèces erratiques ne se déplacent que pour trouver ailleurs la nourriture qui leur convient , ils ne s’arrêtent pas dans les lieux où ils ont l'habitude de résider, lorsqu'ils ne présument pas l’y rencontrer. Ce ‘que nous disons de la nourriture a lieu également pour l’eau, comme pour toute autre circonstance du même genre. Cette prévoyance est une suite du même tact qui leur permet de prévoir d’avance les chan-

gements qui vont avoir lieu dans la température.

Du reste, les oiseaux erratiques, aussi bien que les races émigrantes, suivent des directions bien déterminées et différentes dans les excursions auxquelles ils se livrent. Ainsi dans les climats méridionaux, les espèces émigrantes aquatiques y arrivent presque constamment du Nord, tandis que les cailles viennent au contraire du Sud. Ce fait est, du reste, une exception assez remarquable, relativement aux races terrestres. Du moins le passage des ortolans et des espèces analogues, qui commence vers le 45 du mois d'avril et dure jusqu'au 8 ou 10 de mai d’une manière régulière , semble avoir lieu de l’ouest à l’est; mais lorsque ces légers habitants des airs quittent Îles contrées méridionales de la France, 1ls suivent une direction tout à fait opposée.

Quand les ortolans, les hirondelles et les martinets abandonnent ces contrées la nuit et pendant la lune d'août, ils se dirigent de l’est à l’ouest, dans des climats où ils comptent rencontrer une température supérieure à celle des lieux qu'ils ont abandonnés. D'un autre côté, ces oiseaux, ainsi que les pipits, les tourterelles et les engoulevents, comme la plupart des oiseaux terrestres, arrivent toujours du sud, même dans les climats méridionaux. Mais tandis que les martinets et les hirondelles se dirigent cons-

tamment de l’est à l’ouest, lorsqu'ils abandonnent

les régions méridionales, les autres partent du sud et gagnent toujours le nord.

Les migrations des oiseaux semblent donc commandées par leurs penchants naturels et irrésistibles ; elles n’ont du moins rien de commun avec les passages accidentels des espèces erratiques qui sont nécessités ou par le manque d’eau et de nourriture, ou le besoin d’une température plus douce. Il est tout naturel que la plupart des oiseaux insectivores changent souvent de pays pour se procurer plus facilement des moyens de subsistance. Les voyages, commandés par ces circonstances, ont souvent lieu à des époques assez fixes, parce qu'elles sont ramenées par les mêmes causes qui ont elles-mêmes quelque chose de constant. On doit donc considérer dans ces passages d’une part, l’époque de l’arrivée, et de l’autre celle du départ, et porter en même temps son attention sur les diverses directions que suivent les différentes espèces, soit lorsqu'elles arrivent, soit lorsqu'elles quittent les lieux où elles avaient momentanément fixé leur séjour. Nous allons maintenant étudier ces directions, afin de reconnaitre si elles ont quelque chose de constant, et quelle est celle que suivent les oiseaux dont nous connaissons bien les passages.

Auparavant d'entrer dans cet examen, citons un fait qui prouve que le déplacement de certains oiseaux n’a rien de commun avec leurs migrations ; ces dé-

placements accidentels sont presque toujours déterminés par le besoin ou ils sont d'aller chercher ailleurs la nourriture qui leur manque dans leurs parages habituels, Nous en trouvons du moins des exemples dans les habitudes des perroquets du nouveau monde. Ces oiseaux y ont en quelque sorte fixé leur séjour. Malgré notre influence, nous avons pu à peine les faire nicher dans les contrées tempérées, même en les maintenant sous l'influence d’une température élevée, et leur distribuant la nourriture qui leur convient. On rapporte bien quelques exemples de ces nichées; Sonini les mentionne, mais ils sont si rares, qu’on ne peut les considérer que comme de bien faibles exceptions aux habitudes de ces oiseaux.

Tous les matins, du moins dans la Guyane française, les perroquets quittent leur gite ordinaire, vont en troupes nombreuses et presque en ligne droite dans les lieux où ils espèrent rencontrer des fruits. Là, tout occupés du soin de leur nourriture, ils y passent la journée entière. Lorsque le soir arrive, ils volent par paires, se tenant très-rapprochés les uns des autres. Ils retournent ainsi à leur habitation ordinaire qu'ils quittent le lendemain pour le même but, et vers laquelle ils retournent ensuite de nouveau. Ces voyages si courts peuvent nous donner une idée de ceux plus étendus qu'entreprennent pour le même motif tant d'oiseaux insectivores et

granivores, quoique parmi ces ordres il y ait quelques espèces qui soient à peu près sédentaires, du moins dans les régions tempérées.

Il est certains déplacements ou certains passages qui paraissent uniquement déterminés par le besoin d’unenourriture appropriée aux conditions d’existence des espèces voyageuses. Tels sont ceux auxquels se livrent les oïes et certains canards sauvages, Aussi, au mois d'août 1778, le capitaine Cook, naviguant vers le détroit de Bhéring, et ayant relevé toute la partie de la côte de Tchouktchen, les masses de glace lui ayant permis d'approcher très-près de cette côte, crut à l'existence d’un grand continent arctique.

Il allécua en faveur de cette opinion, d’accord avec la croyance populaire , le grand nombre d’oies et de canards sauvages qui viennent dans ces parages tous les ans, à l’époque du mois d’aout. Cette dernière circonstance ne peut pas cependant être invoquée comme la preuve d’un grand continent arctique. Les oies sauvages vivent principalement de poissons. Lorsque les rivières fermées par les glaces ne leur en fournissent plus, ces oiseaux sont obligés, pour en rencontrer, de se diriger vers la mer ouverte, qui se trouve plus au nord. On sait aujourd’hui que lorsque le thermomètre centigrade descend à 19 degrés au-dessous de zéro , l’océan Arctique demeure libre de glace. À mesure que les glacons déjà formés se

brisent , les oiseaux sont forcés de se rapprocher de la terre, où ils arrivent d'ordinaire, un peu avant l’époque de la mue, et d’où ils retournent vers le midi, aussitôt que l’hiver recommence.

Ces excursions , qui ne font parcourir aux oiseaux que des espaces assez bornés , n’ont rien de commun avec les migrations. Celles-ci ont lieu en effet à des époques fixes et déterminées; elles portent les oiseaux à parcourir des contrées différentes et souvent très-éloisnées de celles où ils ont fixé leur séjour. Mais les espèces dont l'apparition est aussi subite qu'extraordinaire dans des pays où elles n’ont pas l'habitude de se transporter, ne s’y voient jamais en troupes nombreuses, comme les véritables races émigrantes, et même comme les erratiques. Cet isolement annonce que leur apparition hors de leurs limites habituelles est un cas tout à fait exceptionnel, comme l'effet d’une tempête ou de violents coups de vent. Leur présence dans des lieux inaccontumés à ces espèces n'a rien de commun avec les migrations ou les passages déterminés pour chaque oiseau , que l'on voit toujours s’effectuer par un concert unanime d’un grand nombre d'individus.

Les directions que les oiseaux suivent dans leurs voyages semblent avoir souvent quelque régularité. Du moins les espèces, soit les émigrantes , soit les erratiques , qui vivent sur les terres sèches et dé-

couvertes, paraissent aller directement du nord au sud. Les oiseaux aquatiques ; ainsi que ceux qui vivent au bord des eaux, tels que les palmipédes et les échassiers, voyagent au contraire dans la direction du nord-ouest au sud-est.

Les premiers, à l’exception d’un petit nombre, se rendent en Afrique, et traversent la Méditerranée, après avoir quitté les contrées tempérées. Aussi les voyageurs qui parcourent le nord de l’Afrique ont constamment sous les yeux des preuves matérielles de ces migrations périodiques, qui portent les espèces d'Europe en Afrique. Les oiseaux de l’Espagne, de la Sardaigne, de la Sicile et du Levant, viennent au contraire accidentellement où périodiquement du nord de l’Afrique; ils ne dépassent point en Europe les chaines de la Sienna et les Apennins.

L'existence simultanée d’un assez grand nombre d'oiseaux dans le Nord, sous l’équateur et les zones tropicales, est encore un fait non moins singulier et plus difficile à expliquer. Ce fait est d’autant plus extraordinaire, que ces mêmes espèces qui se multiplient pour la plupart dans ces diverses régions, ont leurs migrations limitées et leur apparition pério= dique. Ces oiseaux, qui se rapportent principalement aux fissipèdes, aux pinnatipèdes et aux palmipèdes, ne diffèrent les uns des autres par aucun caractère essentiel, malgré l’immense distance qui les sépare. On

aperçoit seulement quelque diversité dans les nuances du plumage, quoiqu'il éprouve sous ces diverses températures les mêmes mues périodiques que celles que ces oiseaux subissent dans les régions tempérées.

Il est, par exemple, un oiseau rapace qui se trouve dans presque toutes les contrées, et qui, malgré l’éloionement qui sépare les lieux qu’il parcourt de ceux qu'il habite plus ou moins constamment, offre toujours une grande uniformité dans son plumage. Cette circonstance est réellement remarquable; elle prouve que certaines espèces résistent à toutes les impressions des agents extérieurs, et ne paraissent du moins en éprouver aucune sorte d'influence, et par suite aucun genre de variation. Telle est la chouette effraye (strix Jlaminea) que nous avons déjà citée.

Des comparaisons faites avec soin des mêmes espèces d’échassiers, qui habitent les diverses contrées de l'Europe, le midi de l'Afrique, les îles de la Sonde, la Nouvelle-Guinée et le Japon, ont prouvé qu'il n'existe pas de différence appréciable entre les individus qui se trouvent à d'aussi grandes distances. D'un autre côté, les mêmes races de cet ordre d’oiseaux peut-être en plus petit nombre que les premières, se rencontrent également du nord au midi, aussi bien dans l’ancien que dans le nouveau monde. Ces échassiers semblent en quelque sorte les cosmopolites de cette classe. Ils le sont bien plus que les

palmipèdes répartis d’une manière beaucoup plus analogue sous le rapport du climat et de la température, quoique leur répartition soit encore trèsdisparate, relativement aux distances des lieux où on les rencontre habituellement.

En comparant ensemble un grand nombre d’oiseaux d'Europe, d'Amérique et du Japon, on est frappé de leur ressemblance sous le rapport des formes, de la taille, des teintes, des distributions du plumage, et même d’après M. Temminck, auquel nous empruntons ces faits, de la couleur de leurs œufs (1).

Ces observations prouvent que le plus grand nombre des oiseaux de passage des contrées tempérées de l'Europe émigre pendant l'hiver, soit vers les côtes méridionales de cette contrée, soit en Afrique. Les espèces qui poussent leurs voyages jusqu’en Afrique s’y répandent partout où elles trouvent à satisfaire aux conditions de leur existence. Les échassiers et les palmipèdes y fréquentent comme ailleurs les portions inondées de l’intérieur des terres, ou celles qui se trouvent aux bords des côtes. Quant aux tribus innombrables des races insectivores et granivores, ils pénètrent plus avant dans l’intérieur des terres, et

(1) Manuel d'ornithologie, seconde édition , troisième partie. Introduc—

lion, pag. zu.

MS — vont chercher vers le sud la nourriture qui leur manquait dans les lieux qu'ils ont abandonnés.

Un grand nombre d'oiseaux se dirigent également des parties orientales de l’Europe dans les contrées les plus reculées de l'Asie; ils arrivent ainsi jusqu'au Japon, où l’on trouve une assez grande quantité des espèces propres à la première région. Ges races, que l’on découvre à la fois dans des lieux aussi éloignés, sont probablement celles qui habitent les limites les plus orientales de l’Europe. Dans leur humeur voyageuse, elles parcourent l’Asie et pénètrent jusqu’au Japon. IL est du moins certain que quelques échassiers, et particulièrement les grues, dont les tribus se trouvent en grand nombre en Asie, se dirigent dans leurs voyages de l’orient à l’occident. Du reste, un petit nombre de leurs individus poussent leurs migrations au delà des parties sud-est de l’Asie, à l'exception pourtant de ceux qui fréquentent les rivages. On les retrouve presque partout sur les plages maritimes de l’ancien continent.

Cette similitude des mêmes espèces dans les diverses régions de l’Europe et de l’Asie n'est pas bornée, comme on pourrait le supposer d’après ce que nous avons dit, aux passereaux, aux échassiers et aux palmipèdes. Elle est commune également à certains oiseaux de proie, et aux gallinacés ; seulement les uns et les autres qui, dans leurs migrations, parcourent

l'Asie et même le Japon, sont en moindre nombre que ceux qui se rapportent aux échassiers, aux palmipédes et aux passereaux. Parmi les genres qui offrent le plus d’espèces communes à ces deux grandes régions, on peut citer au premier rang parmi les palmipèdes le genre canard, comme les hérons et les chevaliers parmi les échassiers. Enfin les gros becs (fringilla) parmi les passereaux, offrent le plus grand nombre de ces espèces communes à des contrées différentes. Ce fait semble nous annoncer que cet ordre d'oiseaux, qui manque d’une nourriture convenable d’une manière assez régulière pendant certaines saisons de l’année, doit par cela même avoir le plus de représentants vivants simultanément en Europe et en Asie. C’est aussi ce que l’observation confirme.

La caille, et peut-être la perdrix rouge, sont encore des espèces que l’on ne retrouve pas sans surprise à la fois en Europe, en Afrique, en Asie, au Japon et jusqu’à la Nouvelle-Hollande. L’étendue et la longueur des migrations ne sont donc pas toujours en rapport avec la force et la puissance du vol. On est moins surpris de retrouver dans des contrées aussi diverses le roitelet ordinaire, les traquets, les pipits, et tant d’autres petits passereaux; ces oiseaux ont en effet un corps extrêmement léger et un vol aussi agile que soutenu.

On observe cependant un plus grand nombre d’es-

pèces sédentaires parmi les passereaux de l’ordre des granivores et des insectivores que parmi les autres familles. Cette circonstance frappante, du moins parmi les oiseaux des contrées méridionales de la France, prouve d'une manière manifeste que la nourriture n’est pas toujours la condition la plus déterminante de leurs passages accidentels. On ne comprendrait pas autrement pourquoi les oiseaux n’épuiseraient pas dans nos contrées les graines et les vermisseaux, base de leur nourriture, comme ils le font ailleurs. S'ils ne quittent pas nos cantons, c’est que leur instinct ne les porte pas à les abandonner, et qu'ils y trouvent constamment de quoi satisfaire à leurs conditions d’existence. Quoique nous ayons cité des faits qui anñoncent que certaines espèces délaissent parfois les lieux où elles s’étaient primitivement fixées pour aller chercher ailleurs les fruits et les vers qu'elles n’y rencontraient plus, il n’est pas moins réel que cette circonstance ne doit pas agir d’une manière générale. Du moins c’est parmi les espèces granivores et insectivores qu’on découvre la plus grande quantité d'oiseaux complétement sédentaires.

Des faits du même genre résultent encore des observations de M. Charles-Louis Bonaparte. En comparant les oiseaux du nord de l'Amérique avec ceux de l’Europe, il a reconnu qu'il existait un assez grand nombre d'espèces communes aux deux continents. Une

pareille analogie , que l’on ne voit jamais entre les races qui ne se livrent point à des migrations lointaines, tient sans doute à la facilité que les oiseaux ont de se transporter à de grandes distances et de parcourir les climats les plus divers. Cette cause est si puissante sur le mélange desanimaux voyageurs, que l’on retrouve également certains poissons d’'Europe jusqu’en Amérique, à la vérité en fort petit nombre. Lorsque des catalogues comparatifs comprendront la liste exacte de ces races communes à diverses régions, on aura des idées plus positives sur les migrations des animaux et sur les habitudes de ceux qui, constamment sédentaires, restent dans les lieux qui les ont vus naïitre. En attendant que ces travaux viennent dissiper les doutes qui existent encore à cet égard, on ne consultera pas sans fruit le catalogue comparatif des oiseaux d'Europe et d'Amérique publié à Londres (1838) par le naturaliste que nous venons de citer.

Ce catalogue, dressé avec soin, indique les espèces dont les migrations s’étendent de l’Europe dans le nouveau monde, et celles qui sont communes aux deux continents.

Outre l'influence que la température et la nourriture exercent sur les migrations des oiseaux, d’autres circonstances accidentelles ne sont pas sans quelque effet sur ce phénomène. Parmi ces faits exceptionnels,

on peut citer les inondations. Les grands débordements ne sont pas sans action sur les déplacements de ces animaux. Ainsi l’année 1840, fameuse par les désastres produits par les crues extraordinaires des fleuves qui parcourent le midi de la France, a été également remarquable par les passages de certaines espèces qui n'y avaient pas été encore apercues.

On peut peut-être attribuer à cette influence la présence dans les environs de Montpellier de deux oiseaux, aussi nouveaux pour la faune de l’Europe, que pour la science. Ces deux espèces dont nous devons la connaissance à M. Lebrun, et qu’il compte publier sous peu , sont des plus remarquables. Elles ne paraissent pas avoir été observées dans les contrées méridionales de la France avant 1840. Cette circonstance fait présumer que les violentes inondations dont ces contrées ont été afiligées ont été pour beaucoup dans leur apparition.

Nous sommes heureux de pouvoir donner une idée de ces oiseaux avant que M. Lebrun ait publié la description qu'il en prépare. Nous ne saurions trop le remercier de nous y avoir autorisé. Comme nous les avons vus avant qu'ils eussent été dépouillés, nous pouvons assurer que réellement ils ont été pris vivants vers la fin de novembre 1840, peu de temps après les inondations.

La premiére de ces espèces est un vanneau auqüei

M. Lebrun a donné le nom d’échasse (vanellus himantopus). Plusieurs ornithologistes de Paris avaient supposé quil pouvait se rapporter au vanneau keptuschka deTemminck.Onseconvaincra facilement du contraire en comparant la description que nous allons en donner avec celle de l’espèce du Nord. Lors même qu'il appartiendrait à cette dernière, sa présence parmi nous n'en prouverait pas moins qu'un oiseau qui habite ordinairement la Russie orientale a fait, en 1840, des voyages encore plus étendus que ceux auxquels il se livre ordinairement.

Le vanellus himantopus paraïitrait donc une espèce différente de toutes celles décrites par M. Femminck dans son supplément publié cette même année 1840.

Ses dimensions sont de 0,379 (14 pouces) depuis le bout du bec jusqu’à l'extrémité des doigts; la longueur de ses jambes n’est pas moindre de 0",190 (7 pouces); les pieds et les jambes sont d’un jaune assez clair. Ce vanneau se fait remarquer par les teintes uniformes de son plumage, d’un brun cendré à petits reflets pourpres. Le front et la gorge blanchâtres, passent par des demi-teintes à la même nuance, qui est aussi celle du manteau. Elle s’étend jusqu’à la poitrine, et devient d’un blanc assez prononcé sur le ventre, où elle est néanmoins nuancée d’une teinte nankin vers l'abdomen. La queue, d’une

seule couleur, est d’un blanc éclatant. Les grandes rémiges des ailes, terminées de noir, atteignent juste l'extrémité de la queue. Quant aux couvertures supérieures des ailes, elles sont blanches, mouchetées de noir, couleur dominante dans le bec de ce vanneau. L'iris est au contraire d’un rouge vif assez prononcé.

La seconde espèce, dont l'apparition nous a autant surpris que la précédente, se rapporte à un merle différent de ceux dont nous devons la connaissance à Temminck. Seulement, cet oiseau a beaucoup plus de rapports avec le merle bleu qu'avec tout autre.

Il diffère de celui-ci par la couleur du bec d’un brun grisatre, ainsi que par la nuance blanchätre de la gorge, terminée par une sorte de collier d’un bleu cendré. La poitrine et le ventre sont d’un blanc assez prononcé. La plupart des plumes qui couvrent ces parties sont terminées par une petite pointe bleuûtre. Les flancs se montrent mouchetés de bleu, de blanc et de roussâtre, terminés par une pointe noire encadrée de blanc. Les pennes caudales, au nombre de douze, sont bleues sur leurs barbes externes et internes, ainsi que sur leurs pointes : une teinte roussatre domine sur le milieu de leur longueur. Les pieds sont d’un fauve assez clair. Les nuances du plumage se montrent généralement plus uniformes en dessous qu’en dessus. Elles sont bleuâtres et mou-

chetées lésérement de blanc et de brun clair. Les couvertures du croupion offrent des nuances d’un roux foncé, avec de petites baguettes bleuâtres encadrées de blanc.

M. Lebrun se propose de décrire cette charmante espèce sous le nom de merle azuré (éurdus azureus). Ses dimensions sont à peu près les mêmes que celles du merle bleu. Les deux oiseaux ont également une assez grande conformité dans leur port et l’ensemble de leurs formes. Ils ont donc, sous ces points de vue, quelques conformités; mais ils différent essentiellement par l’ensemble de leur plumage.

De même, les violentes inondations de la fin de 1849 qui ont submergé une grande partie de la Caimaroue et de la partie orientale du Gard ont refoulé dans nos parages une partie des oiseaux qui vivaient auparavant dans les lieux inondés. Nous citerons particulièrement le flamant; cet échassier aquatique qui ne nage presque Jamais, quoiqu'il barbote presque continuellement, n’a pas pu rester dans des lieux couverts d’une trop grande quantité d’eau. Cet excès a rendu le nombre de ces oiseaux, du double plus considérable qu'il ne l’est ordinairement dans nos environs. Ces nouveaux venus y ont cependant peu séjourné, quoique les flamants soient généralement sédentaires dans les marais du midi de la France.

À une pareille condition ont été dus les prétendus

passages des cailles dans nos environs au moment de l’inondation , et dans les premiers jours du mois de novembre. Dus à la même cause que celle qui avait fait abandonner aux flamants les campagnes du Gard, on ne peut les considérer que comme des déplacements produits par l'effet de circonstances locales et tout à fait accidentelles.

Une espèce de l'Amérique septentrionale, le bécasseau pectoral ({ringa pectoralis Temminck), commune sur les bords du New-Jersey dans les Etats- Unis, où elle vit dans les marais, a été tuée, d’après Temminck, en Angleterre le 17 octobre 1830. Plusieurs individus de ce bécasseau ont été également capturés à Montpellier vers la fin d'octobre de cette même année 1830. Ce fait prouve la coïncidence des migrations des oiseaux et leur étendue. Ce bécasseau, tué en Angleterre et dans le midi de la France, devait être parti des Etats-Unis d'Amérique, sa patrie ordinaire, à peu près à la même époque, puisqu'il est arrivé à sa destination dans le même mois.

Si cette circonstance ne se renouvelait pas, la présence du tringa pectoralis des Etats-Unis, soit en Angleterre, soit dans le midi de la France, ne prouverait pas l'importance des passages des oiseaux, pour en déduire la régularité et la périodicité des saisons, et par suite la stabilité des phénomènes terrestres ;

mais comme il se lie à une infinité d’autres consi-

dérations, il est intéressant de le mentionner. Il est donc essentiel de noter l’époque de l’arrivée et du départ des différentes espèces d'oiseaux et de poissons, puisque ces époques se rattachent à des phénomènes du globe, qu'il importe tant d’éclaircir. Ce point de vue est digne non-seulement d'attirer l’attention des savants, mais encore celle des administrateurs, qui devraient faire tenir note des espèces que l’on porte sur les marchés. Cet objet a, du reste, attiré la sollicitude d’un administrateur éclairé, de Marseille, M. Loubon, dont nous nous honorons d’être le confrère.

Il serait également utile qu'on tint, dans les principales villes de l'Europe, des registres publics et authentiques du prix des grains pour résoudre à leur aide la question relative à la résularité périodique des saisons, question aussi intéressante pour le physicien que pour l’économie politique et sociale.

M. le révérend Everest, en combinant et additionnant les observations faites en Angleterre, depuis 1759 jusqu’en 1779, et depuis 1815 jusqu’en 1839, a montré quelle était leur importance. Elles lui ontindiqué un certain degré de parallélisme entre les deux lignes qui expriment graphiquement le résultat de ces observations en terme moyen. Aussi en a-t-il conclu qu'il devait exister une certaine régularité dans la révoiution des saisons, régularité qui coïncide parfaitement avec celle des migrations.

Les progrès de l’agriculture, en déplacant les végétaux, et introduisant de nouveaux grains et de nouveaux fourrages, ne Sont pas sans quelque influence sur l’'émigration de certains oiseaux. Aïnsi le roitelet dé la Caroline ( troglodytes ludovicianus ) et d'autres espèces, qui aujourd'hui sont communes dans les Etats du Nord, y étaient inconnues du temps de Wilson. L’hirondelle de lune (kirundo lunifrons, oïseau du Mexique, se présenta pour la première fois sur les bords de l'Ohio en 1815. Cet oiseau attira aussitôt lattention par la structure de ses nids, maconnés de boue et réunis en grand nombre, de manière à présenter l'aspect d'un monceau de calebasses jointes ensemble. Chaque année [eur émigration a été en s’augmentant; maintenant elle va jusqu’à l'Etat du Maine et au Canada.

Un grand nombre d'oiseaux américains s’arrêtent dans les Carolines ; d’autres passent au-dessus du golfe du Mexique, et se rendent dans l'Amérique du Sud ; d’autres enfin suivent la direction du pays des Alkghanis, et vont dans le Mexique où dans des pays encore plus méridionaux.

Dés oiseaux trés-communs dans lé nord de l’Europe,et inconnus dans les Etats-Unis, émigrent des régions polaires jusqu’au Mexique, et suivent les montagnes couvertes de rochers, sans jamais entrer sur lés terres cul-

tivées de l’Unïon.C'est cequi arrivé à une éspèce de pie.

On a calculé que des quatre cent cinquante espèces d’oiseaux connues dans l’Amérique du Nord, cent huit seulement sont communes aux deux hémisphères. Ce sont, parmi les oiseaux de proie, des aigles, des éperviers, des hiboux, des corbeaux, etc.; et parmi les oiseaux d’eau, des oies et des canards.

On a supposé que quelques oiseaux voyageurs, en quittant les Etats-Unis, traversaient les tropiques, et allaient vers le pôle sud chercher des climats analogues à ceux qu'ils avaient abandonnés dans le nord, ce qui leur permettait de faire une seconde course. IL parait que c’est le cas dans lequel se trouve la cisgogne d'Europe, qui va pondre et élever une nouvelle famille dans certaines contrées de l’Afrique.

Leräle est un des oiseaux qui a donné lien aux conjectures les plus étranges sur sa manière de vivre. Aprés être resté absent pendant tout le printemps, il se présenta en août par milliers sur ies bordsde la Delaware, où il resta jusqu’au mois d’octobre. Alors il disparut tout à coup sans qu’on püt en trouver un seul dans les mêmes lieux où la veille on les rencontrait par centaines. Comme leur vol est pesant, quelques personnes ont pensé qu'ils se cachaient dans les fentes des rochers ou même sous la neige. La vérité est qu'ils émigrent tous ensemble et de nuit, parce qu'ils volent parfaitement dans l’obscurité. Ils vont s’établir beaucoup plus vers le nord; c’est sur les bords ma-

récageux du haut Canada qu'on trouve ordinairement leurs nids.

De même, les espèces erratiques ou de fpassage proprement dit abandonnent souvent les contrées qu'ils habitaient dans le principe, pour aller chercher ailleurs une nourriture plus abondante. Parmi ceux qui restent sur les glaces du Nord, les uns sont omnivores, comme quelques corbeaux (corvus corax et corvus canadiensis); d’autres se nourrissent de graines et de fruits; mais les insectivores qui vivent dans les marais, dans les étangs ou sur le bord des courants d’eau, émigrent tous ensemble. Ils vont vers le sud chercher une nourriture qui autrement leur manquerait. Quelques espèces ne vont que du sud au nord et réciproquement; d’autres, au contraire, franchissent ces limites.

Quand les oiseaux d'hiver retournent aux régions hyperboréennes, ils sont remplacés par d’autres espéces analogues qui descendent des tropiques. Ainsi, le faucon à queue fourchue de Mexico et celui du Mississipi viennent nicher dans les bois qu’ontabandonnés les oiseaux de rapine du Nord; en sorte que chaque saison présente des espèces différentes.

D’autres espèces n’émigrent, au contraire, qu’en partie, et en quelque sorte d’une manière accidentelle. Quand les grains sont peu abondants, les perdrix de

Virginie (perdix virginiana) traversent la Delaware

et passent de New-Jersey dans la Pensylvanie. Leur vol est si lourd, que souvent elles ne peuvent achever leur trajet en volant, tombent à l’eau et gagnent l’autre bord à la nage. Lorsqu’elles arrivent ainsi mouillées et exténuées de fatigue, les habitants en prennent sans peine un grand nombre. Nos oiseaux d'Europe nous donnent souvent de pareils exemples d’un transport d’un canton à l’autre, par suite du manque de nourriture qu'ils commencaient à éprouver dans les lieux qu’ils habitaient.

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