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latif à la route que suivent les oiseaux. Cette route parait déterminée , d’une part, par le point où ils veulent arriver, et de l’autre, par leurs besoins et surtout par celui de la nourriture.
Aussi les oiseaux d’eau et ceux des rivages suivent le plus constamment dans leurs voyages le cours des
rivières, les grands lacs ou les côtes des mers. Lorsque ces espèces aquatiques pénêtrent assez avant dans l'intérieur des terres, elles recherchent et séjournent plus ou moins longtemps auprès des amas d’eaux qui se trouvent sur leurs passages. Si ces oiseaux dirigent ainsi leur marche, et s’ils suspendent par là momentanément leurs voyages, c’est que les rivières ou les lacs qu'ils ont rencontrés sur leur route, ont fourni à leurs espèces une nourriture abondante. Ce motif les porte à n’abandonner ces lieux que lorsque le besoin d’aller couver ailleurs les force et les presse.
Par suite d’un instinct non moins merveilleux, ces espèces choisissent de préférence, pour point de ralliement et de départ, les endroits où le passage de la mer aux lacs et aux fleuves est le moins long et le plus occupé par les terres. Aussi la route la plus fréquentée par les oiseaux dont les habitudes sont aquatiques est celle qui longe le plus ordinairement les bords des mers. Du moins c’est celle que tiennent toutes les espèces des deux ordres que nous venons
de signaler, et dont la puissance de vol est faible. On yoit que dans ce choix, ces animaux ont pour but de suivre les routes les plus favorables pour trouver la nourriture qui leur convient, ne s’occupant guère dans ce choix de la longueur et de l’étendue du chemin.
Par une admirable prévoyance, la nature a donné aux races des eaux douces et salées qui volent peu ordinairement une grande puissance de vol au moment de leur reproduction. Aussi, lorsqu'ils sont dérangés dans cet acte important, leur vol est assez vigoureux et assez longtemps soutenu , pour s’élever même audessus des plus hautes montagnes. Il n’est pas rare, par exemple, d’apercevoir pour lors des plongeons, des grèbes, ainsi ‘que divers autres palmipédes et échassiers qui fréquentent les eaux douces, sur les lacs des Alpes ou deshautes montagnes.
Par des raisons toutes contraires , les espèces granivores , insectivores et rapaces, au lieu de suivre le cours des eaux comme les palmipédes et les échassiers, se dirigent principalement vers l’intérieur des terres. Elles savent que là, elles rencontreront le genre de nourriture qui leur convient; c'est aussi l'unique motif de leur préférence. Des raisons du même genre portent les innombrables essaims des espèces insectivores et granivores à pousser leurs migrations plus avant vers le sud, que ne le font
les oiseaux d’eau, qui étendent principalement leurs courses vers le nord.
Cette différence dans le choix des pays où se rendent ces diverses espèces est facile à comprendre. Les premières savent par instinct, que les insectes et les graines sont plus abondants dansles régions méridionales que dans les contrées septentrionales. La même prévoyance porte les races aquatiques vers ces derniéres contrées, où elles comptent trouver dans le sein des eaux des aliments propres à réparer leurs forces épuisées par les fatigues d’un long voyage.
Ainsi, les troupes d’insectivores et de granivores qui viennent de l’est de l’Europe traversent la Grèce et remontent le Nil, tandis que celles qui partent du nord-est parcourent la France, et se rendent de là sur les côtes d'Espagne et de Portugal. Elles se dirigent ensuite vers le sud-ouest, le long des bords de l’Océan, jusqu’au Sénéoal, en suivant le cours de la Gambie. On les voit enfin se rendre et séjourner dans cette partie de l’Afrique occidentale.
Les oiseaux rapaces dirigent leurs migrations du haut des régions élevées de l’atmosphère, où ils semblent avoir fixé leur séjour. Ils les étendent cependant de manière à perdre le moins possible la terre de vue. Ils savent fort bien que ce n’est point à la surface des eaux qu'ils peuvent espérer de trouver une pâture suflisante à la violence de leurs appétits. Les terres
sèches peuvent seules la leur donner. Ce motif puissant les leur font peu abandonner, à moins qu’une nécessité impérieuse ne les y oblige.
Des vues d’instinct et de conservation dirigent donc ces espèces dans leurs migrations, généralement moins longues que celles auxquelles se livrent les granivores , les insectivores et les aquatiques. Les oiseaux de haut vol sont moins favorisés pour parcourir de grandes distances que pour s'élever dans les hautes plaines de l’air, leur séjour habituel. C’est surtout parmi ceux dont le vol est le plus bas que se trouvent les espèces dont le vol est le plus continu. On en à pour ainsi dire la preuve dans les oiseaux de proie eux-mêmes. Les rapaces nocturnes volent généralement plus rapprochés de la terre que les diurnes; aussi les premiers, malgré la difficulté que la plupart d’entre eux éprouvent pour se diriger pendant le jour, étendent leurs courses beaucoup plus loin, etse transportent dans des contrées plus diverses que les seconds, qui ne sont point éblouis par la lumière du soleil.
Les oiseaux de proie sont ceux qui s’égarent le plus souvent, par la raison toute simple que plusieurs d’entre eux ne peuvent pas toujours suivre Ja troupe à laquelle ils appartiennent. Les vautours, les aigles et les autres genres analogues de l’ordre des rapaces présentent fréquemment des exemples
d’un pareil isolement. Ainsi, le 1* novembre 1838, un individu de l'aigle botté ( falco pennatus Temm.) fut apporté à M. Lebrun, quoique cet oiseau habite principalement les régions orientales. Il était loin d’être dans le jeune âge; il paraissait tout à fait adulte, environ dans sa cinquième année. Ainsi, l’instinct de voyager ne tient nullement à l’âge des oiseaux.
Les points principaux où les oiseaux suspendent momentanément leurs excursions méritent évalement notre attention. Ces points ne sont pas choisis par eux d’une manière arbitraire. Du moins plusieurs conditions sont les motifs de leur préférence. Les localités où ils s'arrêtent le plus ordinairement sont rapprochées des iles. Elles sont, pour les espèces voyageuses, comme des sortes d'étapes, aussi bien pour celles qui entreprennent de lointaines migrations que pour les races erratiques. Celles-ci choisissent aussi comme lieu de repos les plages étendues qui servent comme de ceintures aux grandes iles. Les espèces fatiguées viennent s’y abattre et s’y délasser. Lorsque le repos leur a donné de nouvelles forces, on les voit prendre la direction qui convient le mieux à leurs mœurs et à leurs habitudes.
Toutes les plages ou toutes les iles sont loin de leur être indifférentes pour le lieu de leur repos. Ils choisissent préférablement celles qui sont le plus à l'abri des vents violents. Aussi ces animaux franchissent
avec rapidité celles qui s’y trouvent exposées, loin de s’y arrêter, comme ils le font dans celles où toutes les circonstances favorables à léurs conditions d’existence semblent réunies.
Il est du reste facile de trouver des preuves évidentes de l’imfluence qu’exerce sur les passages des oiseaux [a position des lieux où ils doivent s'arrêter. Si l’on cherché dans le midi de là France le département le moïns exposé aux vents, et le plus riche par sa végétation, le Var semble plüs favorisé sous ce rapport que ceux des Bouches-du-Rhône, du Gard, de l'Hérault, de FAude et des Pyrénées-Orientales. Aussi ce département est-il plus fréquenté par les oïseaux de passage que ceux dont il est rapproché. Üne autre circonstance n’y est peut-être pas sans quelque influence ; c’est sa proximité du golfe de Nice, dont les plages sablonneuses et basses sont d’un accès facile aux espéces qui arrivent sur les côtes de la Méditerranée.
fl serait encore possible que la position du Var coïncidat beaucoup mieux que les autres départements voisins avec la direction des vents qui nous aménent les races passagéres et erratiques. On sait quelle influence exérce sur l’arrivée et le départ des oiseaux la direction du vent, et celle que sa violence a sur la hauteur de leur vol.
Du moins les vents dominants à l’époque des pas-
Te
sages paraissent déterminer la direction que prennent ces animaux, et influer beaucoup sur là quantité plus ou moins considérable qu’il en arrive dahs chaque contrée. En effet, pour s’élever et prendre leur essor dans l'air, les oiseaux vont toujours obliquement contre les courants et prennent le vent comme ün vaisseau qui louvoie pour gagner le port. C'est également dans le sens opposé à sa direction qu'ils se retournent pour s'envoler ou $e reposer, et lorsqu'ils sont posés ou perchés, ils ont toujours le bec au vent. Aussi lorsque, pour éviter un danger qui les menace, ils se laissent emporter par les courants;
ils ne peuvent parcourir un long espace sans risquer
d’être culbutés.
Il en est de même de ceux qui planent dans les airs ; tels que les martinets , les hirondelles, les alouettes , les calandres et les rapaces. Toutes ces espèces sont obligées de se tourner vers le vent pour se maintenir à là hauteur à laquelle elles parviennent, et surtout pour y conserver longtemps une sorte d’immobilité.
Parmi les oiseaux de passage qui arrivent sur les côtes de la Méditerranée, dont le nombre est d’autant plus considérable qu’ils chérchent à longer là mer, plusieurs voyagent de jour. Il est alors facile de reconnaitre que c’est toujours en suivant la direction opposée à celle des vents qu'ils prennent leur essor.
La plupart des espèces qui arrivent vers les bords de la Méditerranée voyagent de l’ouest vers l’est au printemps, et s’en retournent de l’est vers l’ouest en automne. Aussi, pendant les mois de septembre et d'octobre, lorsque le vent est à l’ouest, on observe tous les matins des vols nombreux de divers oiseaux qui se dirigent dans le sens du courant dominant. Mais si sa direction vient à changer, le passage est interrompu, les oiseaux s’arrêtent là où ils se trouvent. Ils attendent ainsi le vent du couchant pour continuer leur voyage. Ce seraient donc les courants contraires à leurs desseins, et non, comme on le présume le plus communément, le vent favorable à leurs passages, qui font rencontrer un plus grand nombre d'espèces dans un canton que dans un autre, et cela parce qu'ils les forcent d’y séjourner.
Citons un exemple de ces faits; prenons-le chez un des oiseaux émigrants, dont les voyages sont les mieux connus et les plus constants. La caille (1) arrive, au printemps, d'Afrique dans le midi de la France. Elle re-
(t) Les habitudes voyageuses de cet oiseau ont été bien connues de l'Ecriture. La quantité qui en arriva dans le camp des Hébreux fut si considérable, que toute l’armée s’en nourrit. Elles sont encore extrêmement communes aux bords de la mer Rouge, ainsi qu’elles l’étaient du temps de
Moïse et de Josèphe, d’après le dire de ce dernier.
tourne en automne aux lieux qu'elle avait quittés aux premiéres approches des beaux jours. Elle voyage donc ainsi du midi au nord, et du nord au midi. C’est vers les côtes de la Méditerranée que se dirige cet oiseau. Les rivages de cette mer sont bordés, en beaucoup d’endroits , de vastes étangs salés, dont ils ne sont séparés que par une lisière de terrain sablonneux , plus ou moins large, connue sous le nom de plage. Tous les ans à la fin d'avril et au commencement de mai, lorsque le vent souffle du midi, un grand nombre de cailles sont abattues sur la grève. Tant que le vent reste à la mer, les cailles séjournent sur la plage; mais s’il tourne au nord, même en plein jour, elles gagnent toutes l’intérieur des terres. Dans le mois de septembre, au contraire, lorsque le vent est au nord, on trouve une grande quantité de ces oiseaux dans les champs et les vignobles. Mais si la brise de mer se lève, ou même pendant un temps calme, pourvu toutefois que la mer gronde, ce qui indique du vent au large, les cailles continuent leur passage et disparaissent des contrées méridionales. Une preuve évidente que ces oiseaux ne se laissent pas volontairement pousser par les courants, c’est que lorsque à l’époque de leur arrivée au printemps le vent du midi devient impétueux, on trouve aux bords de la mer beaucoup de caïlles qui, ayant été culbu-
tées , se sont noyées sans pouvoir atteindre la terré
ferme. Ce fait prouve combien il doit en périr dans la traversée. Aussi est-il probable qu’une foule d’oiseaux succombent dans leurs migrations, précipités dans l’Océan par la violence des ouragans ou des tempêtes, ou enfin par celle des courants contraires à la direction qu'ils suivent.
Par une admirable prévoyance de la nature, les espèces cosmopolites, qui ne quittent le sein des eaux que pour déposer leurs œufs, peuvent échapper à ces dangers et se soutenir sur la surface des mers sans nager ni plonger. Au milieu des plus fortes tempêtes, on voit les pétrels, les frégates et quelques autres espèces aquatiques piétiner à la surface de l'Océan et s’y maintenir au moyen de leurs longues ailes, malgré le roulis des vagues.
Les caïlles, de même que les autres oiseaux, voyagent donc vers le vent; mais en admettant, contre toute vraisemblance, qu'elles se laissent pousser par les courants, la direction de leur passage n’en serait pas changée. Elle serait toujours la même; seulement leur marche pourrait être contrariée par leur violence , et ces animaux seraient forcés de s’arrêter au milieu de leurs migrations, ce qui ne les empécherait pas de les continuer plus tard.
Supposons que plusieurs cailles partent d’un même point de l’Afrique, les unes par le vent du nord-ouest et les autres par celui du nord-est, elles effectueront
également leur passage. Mais les unes arriveront en Espagne ou en France , les autres en Turquie ou en Tartarie, toutes dans la même latitude, mais à deux mille lieues les unes des autres. Ainsi, sans contrarier les lois des migrations imposées aux oiseaux et même en les favorisant, le vent peut les diriger vers des points divers, et les faire trouver en plus grande quantité dans tel ou tel pays.
Cette circonstance a probablement la plus grande influence sur les lieux auxquels se transportent les oiseaux. Aussi voyons-nous un grand nombre d’espèces qui exécutent de longues migrations, voyager sur une très-grande échelle, et parcourir la presque totalité de la surface du globe. Cette cause exerce la plus grande influence sur l’irrégularité des voyages des oiseaux. Peu d'années se passent sans que l’on ne remarque des passages extraordinaires de certaines espèces, dans des lieux où on ne les avait jamais apercues et où on ne les verra pas de longtemps.
Le nombre d’une espèce qui fréquente un même pays est donc très-variable d’une année à l’autre, et à tel point, que les chasseurs les désignent en disant l’année des cygnes, ou des outardes, où enfin des flamants, des oies, des canards, des merles roses, des bees-croisés , des pinsons et des tarins. Ces irrégularités, comme les inégalités dans le nombre des espèces voyageuses, dépendent en partie de la direc.
tion des vents qui exerce une assez grande influence sur les migrations ou les passages des oiseaux.
Ce que nous venons de dire, sur la circonstance qui porte les oiseaux à se diriger dans une direction opposée à celle du vent, peut même être saisi à priori. S'ils suivaient la même direction que celle de l’air, le courant redresserait leurs plumes, et les empêcherait par conséquent de pouvoir voler. D’unautre coté, leur queue, qui leur sert en quelque sorte d’aviron ou de gouvernail dans leur ascension, ou qui lorsqu'elle manque est suppléée par la longueur des pattes, deviendrait pour lors un obstacle à leur marche. Loin de leur être utile, leur queue les forcerait à prendre une tout autre route que celle qu’ils voudraient suivre. Ainsi l’expérience aussi bien que leur orsanisation annoncent que pour que les oiseaux se livrent à de longues migrations, ou même à des passages, il faut qu'ils aient le vent au bec, c'està-dire que leur marche soit toujours oblique à la direction des courants.