‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 82 sur 117 · AO · texte numérisé non relu

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placent d’une manière plus ou moins irrégulière, soit du nord vers le sud, soit du sud vers le nord, en suivant une route plus ou moins bien déterminée. Peutêtre, lorsqu'elles disparaissent du littoral, elles se retirent dans la profondeur des eaux.

Il n’en est pas ainsi des maquereaux, quoique le besoin de pourvoir à leur nourriture et de trouver des lieux convenables pour y déposer leur frai semble les faire sortir de la profondeur des mers au printemps, et les porter pour lors à longer les côtes voisines. Cette époque ou celle de leur passage coïncide avec les besoins nouveaux, qui les pressent et les assiégent. Mais si ces légions de poissons venaient toutes, comme on l’a longtemps admis, des mers polaires, elles devraient se montrer aux Orcades, avant d’apparaitre dans la Manche, et n’entrer dans la Méditerranée que beaucoup plus tard. Cependant la pêche du maquereau commence plus {ôt dans la Méditerranée que dans la Manche. Elle n’est même abondante aux Orcades qu’à une époque plus avancée.

Il se pourrait que ce fussent des variétés différentes qui parcourussent ces divers parages. Du moins les maquereaux de la mer Baltique atteignent à peine un pied en longueur. Ceux que l’on prend sur les côtes de l'Islande sont plus petits que les individus de la Manche et de la Méditerranée. Ces derniers, les

plus grands, paraissent les seuls qui fournissent

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aux peuples riverains une nourriture abondante.

Ces grandes tribus de maquereaux n’entrent pas cependant, comme on pourrait le présumer, dans le golfe de Gascogne, quoiqu'ils abondent depuis l’extrémité de la Bretagne jusqu’à la mer du Nord. On les voit en grand nombre dans la Méditerranée, où ils pénètrent d’une manière périodique au mois d’avril; 1ls y deviennent extrémement nombreux pen-: dant le mois de juin et une partie de juillet. Ceux que l’on pèche vers la fin de septembre et d'octobre sont si petits, qu'ils semblent avoir pris naissance dans l’année. Enfin l’on en voit parfois en novembre et même en décembre; mais l'apparition de ceux-ci parait tenir, ainsi que le présument les pêcheurs, à l'influence des violentes tempêtes.

Une autreespèce du genre scombre, le thon, voyage également : mais ses voyages sont loin d’être bien longs, ainsi qu’on l’a gratuitement supposé. On a longtemps admis que chaque année les thons entraient dans la Méditerranée par le détroit de Gibraltar, pour s’avancer au delà du Bosphore et revenir ensuite vers l’ouest ; il n’en est pas tout à fait ainsi. Si ces poissons semblent disparaitre une partie de l’année, c’est qu’alors ils habitent la profondeur des mers, comme les maquereaux, avec lesquels ils ont de grandes analogies. Seulement, lorsque l'influence du printemps se fait sentir, ils quittent leurs retraites profondes, se

rapprochent de la terre, et en côtoient les bords : les uns et les autres y deviennent souvent la proie des requins.

Dans un grand nombre de localités des côtes de la Méditerranée, les thons apparaissent au printemps. Ils se dirigent tous vers l'Orient, tandis qu’à la fin de l’été ou en automne, on les voit suivre une direction opposée. Ainsi, sur les côtes du Roussillon, du Languedoc et de la Provence, on fait une péche d'arrivée, depuis le mois de mars jusqu’en juillet, et une seconde pêche dite de retour, depuis le milieu de Juillet jusqu’à la fin d'octobre et même de novembre.

D'un autre côté, dans plusieurs parties de la Méditerranée, la pêche des thons commence beaucoup plus tard, c’est-à-dire, en novembre, et se continue jusqu’en décembre. La rareté de cette espèce dans l'Océan, malgré son abondance dans la Méditerranée, annonce qu'elle doit peu voyager.

La pêche du thon était dansles temps anciens une source de richesses pour les côtes de l'Espagne, etdans lestemps actuels, elle est évalement d’une grandeutilité aux habitants des côtes du midi de la France, aussi bien qu'à ceux de la Sicile et de la Sardaigne. Elle est d'autant plus profitable pour eux, qu'il est une infinité de lieux de la Méditerranée où le thon ne disparait que pendant les rigueurs de l'hiver. Telles paraissent être les côtes des environs de Nice, où l’on pêche

du thon à peu près constamment, et où l’on en mange

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toute l’année, à l'exception de la saison des frimas.

Cette disparition momentanée des thons, qui s’enfoncent l'hiver dans la profondeur des eaux, où ils trouvent probablement une température plus élevée qu’à la surface, par suite des lois particulières à ce liquide, est loin d’être exclusive à ce poisson. Elle est commune à d’autres espèces marines et des eaux douces, ainsi qu'on le peut voir dans les tableaux des passages de ces animaux.

D'autres espèces nous présentent des lois de distribution, qui, quoiqu’en apparence différentes de cellesci, sont cependant déterminées par des circonstances du même genre. Ainsi, l’hiver d'Alger, tout chaud qu'il est, n'en a pas moins ses jours de pluie. L'eau qui tombe forme, par intervalles, des flaques plus ou moins considérables dans lesquelles vivent des reptiles. En été, ces animaux privés d’eau ou fatigués par un soleil brülant, sont obligés de rentrer dans le sein de la terre, pour échapper aux ardeurs du jour, précisément comme, dans nos mois de glace, les poissons des eaux douces s’enfoncent dans la vase afin de ne pas mourir de froid.

Les habitudes des reptiles de l’Algérie et probablement de beaucoup d’autres animaux de diverses contrées nous font concevoir pourquoi les poissons des mers, des pays même tempérés, s’enfoncent dans la profondeur des eaux pendant la rude saison. Ainsi,

tandis que l’ordre des reptiles batraciens est estival dans le nord de la France, comme les thons et les autres espèces qui ont les mêmes habitudes, il est au contraire hyémal en Algérie et probablement dans les autres contrées de l’Afrique.

Ces mœurs sont communes à un grand nombre d'animaux des autres classes : par exemple, chez les insectes, qui se cachent entre les racines des plantes ou dans la terre pendant les grosses chaleurs, et qui hivernent ainsi pendant l’été. Les chenilles de la pyrale de la vigne ont aussi cette habitude, assez ordi: naire chez un grand nombre d'insectes. Ainsi se lient -et se rattachent par un lien commun les phénomènes en apparence les plus opposés.

Des habitudes non moins particulières signalent quelques poissons de la Nouvelle-Zélande. On assure que certaines espèces du genre des boleophtaleon montent sur les arbres pour poursuivre leur proie, à peu près comme le font les petits lézards. Quant aux flectognathes de la même contrée, leurs espèces sont organisées pour vivre au milieu des rocailles de la mer. Ces poissons nagent diflicilement à raison des piquants durs, aigus, qui couvrent leur corps, et qui sont analogues à ceux du hérisson. Ils peuvent les allonger et les redresser dans l'air ou dans l’eau, selon ce qui peut leur être nécessaire.

On sait que les marsupiaux, particulièrement les

kanguroos, caractérisent les mammifères de la Nouvelle-Hollande, et qu'avec eux vivent un grand nombre d'espèces des terres sèches et découvertes. Leur organisation annonce que l'on doit rencontrer peu d’eau dans le pays qu’ils habitent: Une influence contraire semble s'être exercée sur les espèces de la Nouvelle-Zélande, qui sont pour la plupart aquatiques. Elles ont même l'instinct de s’enfoncer dans la vase à l’époque des chaleurs, ou lorsque les rivières se dessèchent, et d’y rester engourdies jusqu’à la saison des pluies. Mais, dés qu’elles arrivent, une multitude de batraciens font entendre leurs voix glapissantes, et un grand nombre d'espèces de gabioïdes, de cyprins et d'apodes, rendus à la vie et au mouvement, animent et remplissent les eaux disséminées sur le sol de la Nouvelle-Zélande.

S’il est des poissons qui se livrent d’une maniére constante à des migrations ou à des voyages plus ou moins étendus, d’autres au contraire semblent tout à fait sédentaires et fixes dans les lieux qui les ont vus naître. Dans les tableaux joints à ce travail nous avons porté l'attention sur les espèces qui ne participent point à l'humeur voyageuse des premières. Cette fixité annonce que celles-ci déposent leur frai dans les lieux de leur naissance parce qu’elles y trouvent les conditions nécessaires à leur existence.

Parmi les espèces sédentaires, on découvre aussi

bien des poissons de mer que des eaux douces; leur genre de station est donc tout à fait indifférent sur leurs habitudes. Il est cependant digne de remarque que les poissons les plus généralement répandus vivent tour à tour dans le bassin des mers, ainsi que dans le sein des fleuves, des rivières et des torrents. Tels sont les anguilles et les saumons, que l’on rencontre dans les contrées les plus diverses et les plus opposées en température.

Parmi les espèces marines sédentaires, nous citerons le merlan, le muge, le loup, le rouget, la sole et même le turbot. Ces poissons et une foule d’autres n’abandonnent presque jamais les côtes du midi de la France, à l'exception de l'hiver, où ils s’enfoncent dans la profondeur de la mer. Quoiqu'’ils vivent constamment dans les mêmes parages, ils ne se rencontrent pas toujours à portée des côtes. Ces poissons s’en éloignent plus ou moins, d’après la qualité des eaux, la marche de la température et les variations des saisons.

Enfin parmi les espèces des eaux douces, que l’on pêche à peu prés constamment dans les mêmes eaux, on peut citer principalement la carpe, la tanche, le brochet, le barbeau et la perche. Il n’est pas cependant toujours possible de saisir ces divers poissons pendant toutes les saisons, puisque, lorsque la température s’abaisse à un certain terme, plusieurs s’enfoncent dans le sable ou dans la vase. Ces animaux,

à peu près engourdis comme les espèces hivernantes, y passent des temps plus ou moins longs sans prendre la moindre nourriture. [ls sont dans un état particulier de torpeur qui mériterait d'attirer l'attention des physiologistes. Cette sorte d’engourdissement périodique est fréquente chez la carpe, poisson devenu fameux par sa longévité.On en connait qui paraissent avoir vécuau delà de cent cinquante ans ; du moins Buffon assure en avoir vu de cet âge dans les fossés de Pontchartrain.

De pareilles habitudes semblent communes à la morue, à ce poisson des mers du Nord dont la fécondité inépuisable occupe tant de bras, ainsi que des milliers de vaisseaux. Cette espèce se retire pendant l’hiver dans la profondeur des eaux. Seulement pendant la belle saison, le besoin de déposer leur frai et de pourvoir à leur subsistance attire les morues auprès des côtes et des bas-fonds, où elles espérent trouver les capelans, dont elles font leur pâture habituelle.

Là de nouveaux dangers les attendent; elles y succombent d'autant plus facilement que leur voracité est extréme. En effet les morues se jettent avec avidité sur les lignes. Elles n'attendent même pas qu’elles soient amorcées (1). Aussi un pêcheur un

(1) On amorce les lignes destinées à prendrela morueaveclecapelan, le maquereau, le hareng et le calmar. On coupe ces poissons et ces mollusques par morceaux,eton leur donne la forme d’un pelit poisson pour charger lehameçon,

peu habile en prend souvent jusqu’à quatre cents par jour. Ces poissons voyagent peu; ils sont presque fixes et sédentaires, soit sur les côtes de l'Islande, soit sur le fameux banc de Terre-Neuve, où leur nombre est réellement prodigieux.

Ces faits et ceux que nous allons rapporter prouvent que les voyages auxquels se livrent certains poissons n'est pas un phénomène simple, puisqu'il est sous l'influence de plusieurs causes. Parmi ces causes on peut signaler la température des eaux, dépendant plus ou moins de celle de l'atmosphère, le besoin d'une nourriture plus appropriée à leurs nouveaux appétits, enfin cet instinct qui pousse certaines espèces à aller déposer leur frai ailleurs que dans les lieux où elles ont pris naissance.

Telles paraissent être du moins les circonstances physiques les plus influentes sur des voyages qui ne sont pas moins remarquables par leur étendue que par leur constance et leur périodicité. Ces longues migrations paraissent avoir seulement lieu chez les animaux qui habitent les éléments les plus mobiles, les oiseaux et les poissons, les êtres les mieux organisés pour la facilité et la rapidité des mouvements. Cette circonstance n’a donc pas été sans influence sur les voyages des habitants des airs et des eaux.

On peut d’autant plus le supposer que de pareilles excursions n’ont pas lieu chez les mammiféres, et en-

core moins chez les reptiles, les plus mal organisés des vertébrés sous Le rapport des appareils du mouvement. Une circonstance importante vient prêter son appui à cette supposition, c'est celle que présentent les insectes parmi les invertébrés. Ces animaux ont été admirablement bien organisés sous le rapport de leurs appareils locomoteurs. Ils sont à peu près les seuls des invertébrés qui se livrent à de grands voyages. Toute la différence que leurs excursions présentent avec celles des oiseaux et des poissons; c'est qu'elles n'offrent jamais chez les insectes ni la périodicité ni la constance qui caractérisent les migrations des premiers. On ne connaît guère chez les insectes comme chez les oiseaux et les poissons, d'espèces réellement émigrantes, c’est-à-dire exécutant des voyages à des époques fixes et déterminées. Celles qui s’y livrent le font accidentellement, et sont par cela même des espèces erratiques. On ne voit pas non plus chez ces invertébrés des races cosmopolites. Celles au contraire qui ne quittent jamais les lieux qui les ont vues naïître, et qui sont sédentaires, y sont des plus nombreuses.

Quelques circonstances, dépendant de la température et de la pression des eaux des mers sur les poissons et les autres animaux marins qui y vivent à des profondeurs inésales, sembleraient devoir mettre

obstacle aux migrations de ces animaux.

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