‹ Des causes des migrations des divers animaux et particulièrement des oiseaux et des poissonsChapitre 84 sur 117 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

L'époque des passages des poissons indiquée sur nos tableaux résulte de nos observations et de celles qui nous ont été communiquées par des naturalistes instruits et des pêcheurs distingués par leur longue expérience. Elles se rapportent principalement aux espèces de la Méditerranée.

Un fait généralement admis par les pêcheurs annonce que les époques des migrations des poissons de

mer doivent être bien fixes, puisque tous s’accordent sur le moment de la pêche. Si elles n’avaient rien de périodique, on ne pourrait pas savoir d'avance l’instant favorable à la dresse des filets pour prendre telle espèce de poisson. Elles sont si fixes et si constantes, que l’on ne se trompe pas sur le moment convenable pour dresser des piéges de tel ou de tel genre. Les pécheurs comptent sur ces passages comme sur le revenu d’une rente assurée.

La constance et la régularité avec lesquelles les espèces marines se dirigent dans le même sens, et suivent toutes une direction uniforme, ne sont pas moins remarquables. En effet on voit arriver certains poissons dans la Méditerranée par le détroit de Gibraltar et aller en Italie, tandis que d’autres, tels que les anchois, les sardines et les maquereaux, apparaissent en premier lieu sur les côtes d’Espagne. Il n’est que trop connu des pêcheurs du midi de la France que dans les environs de Barcelone l'on péche les premières et les plus belles sardines comme aussi les meilleurs anchois. Les mêmes poissons arrivent plus tard sur les côtes du Roussillon, puis sur celles du Languedoc, et enfin sur celles de la Provence ; ils y sont suivis par les thons et par les squales, qui constamment viennent les derniers.

La constance de ces passages est trop frappante pour ne pas tenir à une cause dont l'influence doit se

renouveler d’une manière nécessaire, comme les effets qu’elle produit ; nous avons dû chercher à nous en rendre compte. Il nous a paru qu'ici elle dépendait en partie de ce que les poissons les plus gros étaient attirés par les plus petits qui leur servent de pâture. Cette circonstance paraît d'autant plus réelle que les poissons sont à peu prés tous carnassiers, et que, d’après de pareilles habitudes, on peut présumer que l'espèce qui succède ou qui se met à la suite d’une autre ne le fait que pour s’en nourrir. Aussi voyons-nous les maquereaux manger les sardines, comme les thons les maquereaux; les thons euxmêmes sont dévorés à leur tour par les squales, qui les poursuivent avec tant d’acharnement, qu’ils se laissent échouer sur les côtes plutôt que de tomber sous les dents cruelles de leurs ennemis.

Si cette observation venait à se généraliser, on pourrait admettre que le besoin d'une nourriture convenable entre pour beaucoup dans les migrations des poissons, et déterminerait jusqu’à un certain point celles d’un grand nombre d'espèces. En général les animaux cherchent les contrées où ils peuvent se procurer une nourriture convenable ét abondante ; aussi ils les quittent dés qu'ils n’y trouvent plus de quoi satisfaire leurs appétits. Ce besoin de se transporter ailleurs est surtout pressant pour les poissons qui ne vivent qu’aux dépens d’une espèce déterminée; ceux-

ci sont forcés de suivre leur proie dans ses migrations, afin de la dévorer et de s’en repaitre à leur aise.

S1 les espèces sédentaires ne voyagent point, c’est peut-être parce qu'elles trouvent constamment la nourriture dont elles ont besoin dans les lieux qu’elles habitent. Aucun motif, pas plus que leur instinct, ne les porte à se déplacer, à moins que la température ne leur en fasse un besoin. Ces poissons sédentaires ne dévorent jamais les espèces de passage ou celles qui se livrent à des migrations constantes et périodiques.

Il en est donc des poissons comme des oiseaux. On peut distinguer leurs espèces en émigrantes, erratiques, cosmopolites et sédentaires. En effet, un assez grand nombre de poissons exécutent des migrations périodiques dont la constance est aussi réglée que l’époque à laquelle elles ont lieu. Parmi ceux-ci on doit distinguer ceux qui, comme le thon (scomber thymnus), vivent constamment dans la Méditerranée, quoiqu’ils y fassent deux passages aussi réguliers que les maquereaux, qui arrivent de l'Océan dans le sein de cette mer intérieure. D’après la périodicité de leurs migrations périodiques, les uns et les autres sont de véritables espèces émigrantes; tandis que si on les envisage sous le rapport de la fixité de leurs habitations, on doit les ranger parmi les races sédentaires.

Pour caractériser d’un seul mot ce que ces habitudes, toutes particulières aux poissons, ont de distinctif, on pourrait nommer les espèces qui en présentent de pareilles, sédento-émigrantes. Le nombre des habitants des eaux qui ont de pareilles habitudes parait borné à ceux qui vivent dans le sein des mers. Les poissons entrainés par leurs voyages périodiques dans les eaux douces ne peuvent pas être confondus, sous le rapport de leur genre de vie, avec les races sédento-émigrantes. En se transportant ainsi des mers dans les fleuves, ils changent évidemment d’habitations , et ne peuvent dés lors être considérés comme stationnaires. Il en est de même de toutes les espèces qui, par suite de leurs passages, se rendent de l'Océan dans la Méditerranée et changent par cela même de demeure. Il en est également de celles qui, dans leurs longues traversées, parcourent les diverses parties de l'Océan; ces espèces éprouvent nécessairement les effets de la diversité du milieu dans lequel elles sont tour à tour plongées.

La plupart des poissons sédentaires de la Méditerranée ont des habitudes analogues à celles du thon ; les uns et les autres se retirent dans les profondeurs de la haute mer à de certaines époques de l’année : elles semblent disparaitre ainsi de la scène animée. Ces espèces ne différent entre elles que sous le rapport de l’époque à laquelle leur disparition a

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lieu : les soles et les limandes, essentiellement sédentaires, quittent les côtes de la Méditerranée pendant les mois de juillet et d’août pour se retirer vers la haute mer, où elles s’enfoncent, ainsi que le thon, vers le commencement de l’automne. Le turbot (rom bus vulgaris) et le merlan (gadus merlangus), dont les habitudes sont à peu près les mêmes, offrent cependant cette différence avec les autres espèces que nous venons de signaler : elles n’habitent les grandes profondeurs que pendant les grands froids de l'hiver. Le poisson de Saint-Pierre (zeus faber Linn.), l’espadon, le pagel et la baudroie, et une foule d’autres sont dans le même cas.

Certains poissons des eaux douces imitent à cet égard les espèces marines ; on les voit s’enfoncer audessous des rochers, dans la vase ou dans les fonds sableux, lorsque le froid fait sentir ses rigueurs. De pareilles mœurs sont communes aux espèces qui habitent les eaux courantes et à celles qui fréquentent les lacs ou les étangs salés. Les poissons qui se trouvent le plus ordinairement dans les fleuves les quittent peu d’une manière constante à l’approche de l'hiver. Ils se rendent rarement dans l'Océan, pour l’abandonner au printemps ou à l’époque du frai.

Enfin existe-t-il des poissons erratiques comme il y a tant d'oiseaux ? Leurs passages sont-ils accidentels et déterminés par l’abaissement ou l’élévation de

la température ou le manque de nourriture ? On peut répondre à cet égard que sans doute la plupart des voyages qu'exécutent les poissons sont en général périodiques et fixes ; mais que, chez certains autres, ils ont lieu d’une manière tout à fait irrégulière. Ces espèces sont en moindre nombre lors de leurs excursions que les races émigrantes, par suite des inégalités de l’action des causes qui les portent à se déplacer. Parmi ces causes on peut comprendre la température, le besoin de nourriture, ou celui de se reproduire et de perpétuer leur race, dont les effets ne peuvent pas être sensibles chez un grand nombre d'individus d’une manière simultanée.

Il en est tout différemment des migrations qui sont déterminées par un instinct propre à chaque espèce. Aussi les voyages qui en sont la suite ont lieu à des époques si bien réglées, qu’on peut en prévoir le retour d'une manière toute aussi certaine qu’on peut le faire à l’égard des saisons.

Quelques conditions particulières semblent déterminer les migrations des poissons. Du moins tous ceux qui enopèrent de considérables sont uniquement des espèces carnassiéres, peut-être parce que celles-ci peuvent trouver partout le genre de nourriture qui leur convient. Cette circonstance ne peut pas pourtant exercer une grande influence sur les habitudes instinctives de ces animaux ni déterminer leurs

migrations. Il en est également de la chaleur, d’autant que les couches d’eau s’échauffent beaucoup moins que les terres sèches. Leurs masses restent par cela même dans une température d’autant plus uniforme, que l’air est continuellement échauffé par le rayonnement du sol. Dés lors un changement d’habitation dans des zones de chaleur différente est moins nécessaire chez les poissons qu’il peut l’être chez les espèces terrestres.

Cette plus grande uniformité dans la température de l'Océan est entretenue d’ailleurs par sa mobilité et son agitation continuelles. Cette agitation mêle sans cesse les eaux d’une région avec celles des autres zones. Elle contribue ainsi à maintenir les poissons dans les lieux où ils ont été primitivement placés. Du moins le besoin d’aller trouver ailleurs une température différente ne les presse pas comme les oiseaux, soumis à des influences plus diverses et plus variées. Aussi les effets de cette cause sont moins sensibles chez les poissons qu'ils ne le sont chez les oiseaux, qui franchissent toutes les distances et parcourent tous les climats.

On est cependant étonné que des animaux dont l’agilité est extrême soient assez fixes dans les zones où la nature les a placés, lorsqu'on voit certains d’entre eux voguer au milieu des ondes liquides,

au gré des vents, sans but comme sans projets. Ainsi

les orbes, lorsqu'ils sont gonflés, nagent le ventre en dessus et le dos en dessous. Ils ne peuvent donc pas se diriger ni suivre une route déterminée; cependant ils quittent peu les mers des pays chauds. S'ils restent constamment dans les mèmes parages, ils changent néanmoins de position, lorsque la température des eaux où ils voguent, comme des ballons remplis d'air, a changé d’une manière notable.

Si l’on compare les inégalités de température que peuvent supporter les poissons avec celles qu’éprouvent les oiseaux, non pas d’une maniére graduée, mais instantanée, on est frappé de l'extrême différence qui existe sous ce rapport entre les deux classes. Elle est si grande, qu’elle nous fait concevoir pourquoi il est tant de poissons tout à fait sédentaires, et si peu d'oiseaux qui aient de pareilles habitudes.

Citons quelques exemples afin de faire concevoir combien les impressions auxquelles sont soumis ces deux ordres de vertébrés sont diverses. Le condor (wultur grypus) parvient dans la chaine des Andes à l'élévation de 7,112 mètres, et peut-être dans des régions encore plus élevées, où le baromètre se soutient à peine à 0,"325. Cet oiseau vole, en tournant pendant des heures entières dans les hautes régions où l'air est extrêmement raréfié; il s’abat ensuite

tout d’un coup jusqu’au bord de la mer, et parcourt

ainsi en peu d'instants tous les climats. À de pareilles élévations , l'homme se trouve en général dans un état de malaise ou de faiblesse extrêmement pénible. L'acte de la respiration parait au contraire avoir lieu chez le condor sans aucune espèce de gêne, dans des milieux où la pression diffère de plus du double, c’est-à-dire de 0,"325 à0,"756 (de 12 à 28 pouces). De tous les êtres vivants, cet oiseau est celui qui peut, à son gré, s'éloigner le plus de la surface de la terre. Nous disons à son gré, parce que de petits insectes sont emportés encore plus haut par la violence des courants ascendants. Si les oiseaux de proie des contrées tempérées ne parviennent pas à d'aussi grandes hauteurs que le condor, ils s'élèvent cependant parfois jusqu’à près de 3,000 à 4,000 mètres. De cette élévation ils s’abattent comme un trait sur la victime qu'ils ont apercue du haut des airs, parcourant ainsi dans quelques instants une. échelle thermométrique extrêmement étendue , en même temps que les pressions les plus. diverses.

L’affaiblissement de la lumière dans les. couches d'eau profondes ne permet pas aux poissons. d’apercevoir leur proie à une certaine épaisseur de couches liquides ; aussi ne franchissent-ils pas de haut en bas des distances aussi considérables que les! oiseaux. Le feraient-ils, ils ne traverseraient pas des couches. d’eau d’une température aussi inégale que

les couches d’air que parcourent dans quelques instants les oiseaux de haut vol. En effet, du haut des régions supérieures de l’atmosphère ils se précipitent comme l'éclair sur leur proie, qui se trouve parfois aux bords de la mer.

Outre que les couches liquides s’échauffent moins que les couches d’air qui reposent sur les terres séches , le rapport qui existe entre leur densité et leur température les rend beaucoup plus uniformes sous le dernier rapport. Ainsi, par suite de ces lois particulières à l’eau , ce liquide diffère peu, dans sa profondeur , de la chaleur que sa surface acquiert par l'effet des rayons solaires.

Peut-être toutes ces causes portent un grand nombre de poissons à ne pas trop s’écarter des contrées qui les ont vus naitre. Les espèces littorales, ou celles qui vivent dans le sein des lacs ou dans les eaux courantes, s’en éloignent le moins. Leur organisation ne leur permet pas de supporter d'aussi grandes différences de température, ni des pressions aussi diverses que celles qu'éprouvent, sans en paraitre affectés, les poissons de la haute mer.

Les conditions de température et de pression que supportent les poissons sont toutes différentes et tout autrement réglées .que celles auxquelles sont soumis. les oiseaux. Il y a peut-être entre les unes et les autres une aussi grande diversité qu’il en existe

entre l’organisation de ces deux classes, dont l’une se fait remarquer par sa chaleur propre, l’activité de ses passions et de sa force motrice, et l’autre par sa basse température , et le peu d’énergie de ses fibres musculaires.

Les poissons, plus à l’abri des influences atmosphériques que les oiseaux , sont beaucoup moins sensibles à leur variation. Cependant les navigateurs rapportent qu'à l'approche des tempêtes, ces animaux se rassemblent souvent auprés des vaisseaux, en troupes plus ou moins considérables, ce qui semblerail annoncer une sorte de prévoyance, ou une connaissance du temps qui va survenir. Les tanches (cyprinus tinca Linn.) paraissent mème se tenir constamment à la surface des eaux, lorsqu'il y a menace d'orage; elles font au contraire des sauts nombreux et prolongés , lorsqu'elles présagent le retour du beau temps.

Quoique ces habitudes paraissent communes à un grand nombre de poissons des eaux douces , il en est cependant plusieurs qui ont des mœurs tout à fait opposées. Ceux : ci jouent à la surface des eaux au milieu des plus fortes tempêtes, et sans que le roulis des vagues paraisse produire sur eux le moindre effet. s

Le nombre des poissons sédentaires est done plus considérable que celui des oiseaux. Ainsi non-seule-

ment les espèces de l'Océan ne vivent pas toujours dans les mers intérieures, mais certaines espèces des méditerranées ne se montrent pas dans la grande mer. Enfin chaque mer intérieure, en si grand nombre dans l’ancien continent, a ses espèces distinctes ; elles n’ont souvent rien de commun avec celles que l’on rencontre dans d’autres grands amas d'eaux salées, même trés-rapprochés. Ce que nous venons dedire des espèces marines est également vrai pour les poissons des lacs ou des fleuves ; il en est même plusieurs, comme l’apron commun (perca asper Linn.), qui se découvrent à peu près uniquement dans un seul fleuve, ou tout au plus dans ses affluents. Celui que nous venons de citer parait borné au Rhône et à la Saône, au Doubs et à l’Alaine. Le pimelodes Cyclopum semble plus circonscrit dans ses stations; du moins M. de Humboldt ne l’a observé que dans un petit nombre des lacs souterrains de la chaine des Andes. L’apron présente encore une autre singularité ; il choisit de préférence pour nager les temps froids, particulièrement lorsque les vents du nord et de l’ouest soufflent avec impétuosité ; ces vents sont pourtant redoutés par la plupart des autres espèces, surtout lorsqu'elles veulent opérer leurs passages.

Si un grand nombre de poissons n’abandonnent jamais les mers, ne pénétrant pas même dans les étangs salés qui ont avec elles des communications

plus ou moins intimes, d’autres, au contraire, habitent à différentes époques de l’année telles ou telles de ces eaux. On peut citer, comme exemple de ces doubles stations, le muge (mugil cephalus Linn.); cette espèce se rencontre aussi bien dans l'Océan que dans la Méditerranée et les étangs salés. Il en est de même de la daurade (sparus aurata Linn.); elle se trouve du moins en grand nombre vers l'embouchure des fleuves et des rivières. Des habitudes à peu près semblables sont communes au loup (perca labrax) : seulement on ne le trouve pas aussi fréquemment dans les étangs salés que les autres espèces déjà citées. Ce poisson remonte moins en avant dans les rivières que le muge ; comme il craint le froid, il pénètre peu dans les mers du Nord et ne dépasse pas la Manche.

Certaines espèces passent de la mer dans les fleuves à des époques assez fixes ; elles s’éloignent souvent des eaux salées et remontent assez haut ; telles sont les anguilles. Malgré les obstacles naturels opposés à leur marche, elles n’en parvienuent pas moins jusqu'au lac de Genéve, point d’où elles retournent, du moins en partie, à la Méditerranée ; peut-être le Rhône leur permet de pénétrer jusqu’à la fontaine de Vaucluse, où les anguilles deviennent à peu prés sédentaires, comme dans tant de fleuves dont les sources sont fort avant dans les montagnes,et près desquelles ils arrivent néan-

moins. Après les anguilles on peut citer le saumon, la truite saumonée, l’alose, le brochet, l’esturgeon et plusieurs autres espèces moins connues.

Si certains poissons liés aux bassins des mers ne les quittent presque jamais, il en est de même des espèces lacustres et fluviatiles. Un grand nombre d’entre elles n’abandonnent point les eaux douces, soit les fleuves, soit les lacs; parmi celles-ei se trouvent quelques espèces qui rappellent les voyages accidentels des oiseaux, elles se transportent en effet d’un canton dans un autre pour aller se livrer aux soins de leur reproduction. On peut citer, comme exemple de ce genre d’habitudes, l’ombre commun (salmo thymalus Linn.) et la perche (perca fluviatilis Linn.).

Les espèces des eaux courantes offrent les poissons les plus délicats et le plus grand nombre de ceux qui sont tout à fait sédentaires. Il en est même plusieurs que l’on ne peut transporter d’un lieu à un autre, même très-rapproché; on ne le peut même pas lorsqu’on les maintient dans l’eau des fleuves où ils vivent ordinairement : tels sont la fera (corregonus fera), le lavaret (corregonus lavaretus), la gravenche (corregonus hiemalis) et tous les poissons déhicats, qui meurent dés qu’on les sort de l’eau.

Nous avons déjà cité sous le même rapport le huche (salmo hucho Linn.) et le saibling (sælmo salve-

linus). Nous avions recu, lors de la campagne de Wagram, en 1809, l’ordre de les faire transporter en France; malgré toutes les précautions possibles, ces poissons, d’un gout parfait, ne purent jamais franchir, sur le Danube, la petite distance qui sépare Vienne de Lintz (environ 35 lieues).

Les Romains, qui ont mis tant d'importance à élever dans leurs viviers un grand nombre de poissons recherchés pour la bonté de leur chair, n’ont Jamais songé à y réunir ces espèces délicates. Le luxe des Lucullus, des Lucius Muréna, et de tant d’autres grands personnages de Rome antique, aurait été aussi impuissant devant la fragile existence de certains poissons d'eau douce, que l’a été naguère tout le pouvoir de l’empereur Napoléon.

Les poissons exécutent les migrations auxquelles se livrent aussi bien les espèces marines que celles des eaux douces, avec un ordre non moins admirable que celui qui dirige les passages des oiseaux. Cet ordre est surtout remarquable chez les poissons qui voyagent en grand nombre, comme les harengs, les maquereaux, les sardines, les saumons et les truites. IL en est ainsi des espèces dont les passages ont lieu constamment par bandes plus ou moins considérables ; c’est ce que nous ferons sentir lorsque nous décrirons en particulier les époques des passages de ces poissons. Ceux qu’exécutent seulement

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