‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 10 sur 33 · CINQUIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME OBSERVATION

S...... âgée de quarante-huit ans, est dévorée

par deux démons qui se sont établis dans ses deux hanches, et qui ressortent par ses oreilles. Les diables lui ont fait plusieurs marques sur le corps; son cœur est tous les Jours déplacé. Elle ne mourra jamais, quoique le diable lui dise d’aller se noyer. Elle a vu les deux diables qui la possèdent; l’un est jaune et blanc, l’autre est noir; ce sont des chats. Elle met du tabac, du vin et surtout de la graisse sur sa tête et dans ses oreilles pour conjurer le diable. Elle marche sans cesse nu-pieds, au soleil, à la pluie; en marchant, elle ramasse tout ce qu’elle ren-sontre; elle égare ses vêtements ; elle mange beaucoup ; ses défections sont involontaires; elle ne dort point; elle est sale, elle est maigre; sa peau est très noire. Elle n’a aucune suite, même dans le système d’idées qui la préoccupent sans cesse; elle articule les sons avec la plus grande difficulté. C’est bien là une démonomanie compliquée de démence et de paralysie.

RELIGIEUSES

Maintenant que nos lecteurs connaissent, par des observations nombreuses, à quels égarements l’exaltation du sentiment religieux peut conduire, maintenant qu’ils connaissent les malheurs de l’ignorance et de la superstition, et qu’ils possèdent un terme de comparaison, voyons, comme je l’ai déjà dit, si les hommes ignorants, fanatiques ou superstitieux, dont l’histoire de tous les temps nous a retracé les ridicules et les horreurs, n’ont pas, avec les aliénés cités, la plus frappante conformité. Si ce rapprochement est naturel, il atténuera , aux yeux de l’homme impartial, les violences de ces infortunés; si jamais des calamités semblables à celles dont nous avons la triste connaissance affligent son pays ; si sa profession, son devoir l’appellent à prononcer sur de pareils individus ; si l’intérêt social en exige impérieusement la punition exemplaire, il gémira sur cette nécessité cruelle ; il fixera l’attention des gouvernements sur la nature et la source de ces égarements ; il indiquera les moyens de les prévenir , et sa voix éloquente., plaidant la cause du malheur, réclamant les droits de l’humanité, frappera, n’en doutons pas, tous les esprits généreux, étendus et bien intentionnés.

Comme les aliénés, d’abord ils vivent sous

INSTIT UTIONS

l’eiiapire d’un sentiment exclusif; ils ont une idée fixe, et ils asservissent la religion aux caprices de l’imagination et aux dérèglements des passions.

Sur eux comme sur les aliénés, la raison, les lois sont sans autorité ; joignez à cela la simplicité, la bonhomie avec laquelle ces convulsionnaires, pour honorer la Divinité, se livrent à des pratiques bizarres et ridicules; ajoutez que, dans leur enthousiasme, violant les droits les plus sacrés, étouffant les sentiments les plus chers et faisant couler le sang par torrents, ils croient non seulement être innocents, mais encore avoir fait pour le ciel une œuvre expiatoire ; vous aurez alors rassemblé tous les traits qui caractérisent le délire, et loin d’imiter ces écrivains déclamateurs qui cherchent à attirer sur ces malheureux la vindicte publique, plus éclairés, vous ne verrez en eux que de véritables monomanes qui, dans leur exaltation et dans leurs atrocités, croient constamment bien faire, deviennent meurtriers de bonne foi et toujours pour la bonne cause, et qu’il est plus juste de chercher à ramener à la raison et à des sentiments modérés, par les secours de la médecine, de la philosophie et de la véritable religion , que de les punir pour leurs infractions à

lîrSTJTUTlOÏTS RELIGIEUSES. 65

l’ordre social ; infractions qui perdent une partie de leur criminalité, par l’impuissance où ils sont, dans cet état de Fâme, d’apporter dans leurs actions la moindre moralité.

Le flambeau de l’analyse, que j’ai osé porter ici dans les profondeurs de la nature humaine, fait clairement distinguer, si je ne me trompe, le zèle aveugle et conséquemment dangereux de cet enthousiasme, de ces sentiments sublimes approuvés par la raison, mais bien supérieurs, à elle, qui, transportant l’homme hors de luimême , étouffent l’égoïsme et deviennent la cause de cette abnégation totale, de ces dévouements généreux qui tant de fois ont servi la religion et la patrie. Qui de nous voudrait calomnier les héros, avilir les martyrs? Ces grandes âmes, qu’on ne saurait se lasser d’admirer, rappellent à l’homme la noblesse de son origine; elles lui retracent en même temps la règle de ses devoirs , et lui montrent le degré de perfection où le courage et la vertu peuvent le faire arriver.

INFLUENCE

Page 1