‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 11 sur 33 · INFLUENCE DES MŒURS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES MŒURS

Tous les auteurs qui se sont occupés avec quelque distinction de l’étude des maladies mentales ont remarqué qu elles étaient d’autant plus nombreuses que les moeurs du pays où ils les observaient étaient plus dissolues. Il est fâcheux que ces médecins n’aient pas eu plus de connaissances sur la nature de l’homme et la source de ses déterminations ; ils auraient étendu cette idée, et démontré, par des faits incontestables, que la multiplicité des délits suit, comme le suicide et la folie, le relâchement ou la perte des mœurs ; et les gouvernements, frappés de celte vérité, auraient peut-être alors mieux senti la nécessité de mettre une digue, par de bonnes institutions, à ces débordements qui non seulement font perdre la raison à quelques individus, mais qui multiplient encore les crimes dans la même proportion, et entraînent nécessairement, à la longue, la ruine et l’opprobre des nations.

Ici se présente cette question tant de fois agi-

DES MœURS.

tée, et dans l’examen de laquelle chaque auteur n’a cessé d’apporter ses préjugés et ses passions. Est-ce parmi le bas peuple, est-ce parmi les classes élevées de la société, que la dépravation morale est la plus grande ? Des volumes ont été faits sur cette matière, et la question paraît encore indécise. Essayons donc d’en donner la solution, et ne craignons pas d’exprimer, dans l’intérêt de la morale et de la vérité, notre pensée tout entière.

Pour juger dans quelle classe de la société la dépravation morale est la plus grande, pour trancher en un instant la difficulté, il ne faut, ce me semble, qu’apprécier la position respective et l’état intellectuel et moral de chaque classe en particulier. Je m’explique.

Les enfants du bas peuple naissent au sein de la misère, abandonnés en quelque sorte à la charité publique ; ils passent leur première enfance dans le vagabondage et la mendicité, ne tenant à rien dans la société, pas même aux auteurs de leurs jours, qui le plus souvent, aigris par le malheur, ne leur ont fait essuyer que de durs traitements ; sans éducation, conséquemment sans morale, sans rehgion, ou ne possédant sur toutes ces choses que des notions confuses, et, par la même cause, presque sans intelligence,

INFLUENCE

ils arrivent ainsi à l’époque de la puberté, à cette époque où des sentiments et des penchants jusqu’alors inconnus se prononcent avec énergie, et demandent impérieusement leur emploi; à cette époque enfin signalée par tous les observateurs comme orageuse pour le jeune homme même élevé dans les principes de la morale la plus austère, fortifié par les leçons sublimes de la religion, accoutumé de bonne heure à soumettre ses passions à la voix de la raison, et dont rintelligénçe, agrandie par tous les moyens, luifournit encore des motifs d’un ordre supérieur pour sortir triomphant de cette lutte difficile.

Comment veut-on maintenant qu’un enfant nourri dans l’abjection, élevé dans l’ignorance et la débauche la plus grossière, dont la vie animales été jusqu’alors presque seule en action, apporte, lorsqu’il est homme, de la dignité dans sa conduite, dompte sek penchants, et puisse éviter de perdre la tête ou de tomber dans tous les dérèglements imaginables ? Un pareil homme n’est point un être dépravé, à prendre le mot dans son acception rigoureuse; n’ayant jamais rien possédé en grandeur, en morale, en vertu, il est tel qu’il a toujours été. C’est une véritable brute, qui, par le vice de nos institutions, s’enfonce de plus en plus dans la fange où elle est née, et qui, dans

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